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« J’ai 20 ans et je veux un futur »

Le 15 juin 2013 fut son dernier jour au Lycée de Raqqa en Syrie, elle était aussi excitée que nerveuse. Sa ville natale était alors occupée par l’Etat Islamique. Je parle de Rania Mustafa Ali, jeune fille syrienne ayant décidé de quitter Raqqa pour Kobani.

Rania Mustafa Ali a filmé son voyage de Kobani en Syrie à l’Autriche. Ses images montrent ce que de nombreux réfugiés affrontent lors de leur voyage risqué en Europe. Rania a rencontré des passeurs, elle fut gazée et battue à la frontière macédonienne. Elle risqua ensuite de se noyer en Méditerranée, voyageant dans un bateau destiné à accueillir 15 personnes mais bourré avec plus de 60 personnes.

Invitée du festival Solidays 2018 dans l’espace Social Club dimanche dernier, Rania nous a raconté son voyage vers l’Europe à travers ses mots et ses émotions : ce n’était pas un choix pour elle, elle voulait juste être en sécurité et avoir un futur.

En novembre 2015, elle se décide à quitter la Syrie

Elle rencontre un journaliste norvégien qui lui demande de filmer sa route vers l’Europe avec une petite caméra: « J’ai quitté la Syrie car j’étais menacée avec une  kalachnikov devant ma tête car un des membre de l’état islamique m’a condamnée pour ne pas avoir un hijab suffisamment couvrant. » a ajoutée Rania.

Passer la frontière entre la Syrie et la Turquie ce n’est qu’un risque de plus dans une vie entourée de chaos. Elle réussit à traverser après plusieurs essais. En Turquie, elle rencontre son ami Ayman qui fuit la Syrie après son Lycée. Ayman a été détenu par le régime de Bashar-Al-Assad, accusé d’être révolutionnaire et activiste. Après 4 mois en Turquie, les deux amis trouvent un bateau pour Lesbos, île grecque au large de la Turquie. Rania avait peur de l’eau et elle ne pouvait pas nager. Elle a risqué sa vie en prenant ce bateau.

« On était dans un bateau destiné à accueillir 15 personnes mais bourré à plus de 60 personnes. »

Après avoir réussi miraculeusement leur arrivée à Lesbos avec l’aide des gardes-côtes européens, Rania et son ami décident de se rendre à Athènes, capitale grecque. Mais aujourd’hui, il y a plus de 9000 réfugiés et demandeurs d’asile détenus sur cette île et ils ne peuvent pas partir. On emploie le mot « camp » avec la définition d’une prison. Le camp de Moria a été construit pour 2000 personnes mais plus de 7000 y dorment à Lesbos. Ils doivent passer des entretiens et attendre plus d’un an.

«L’aide et la gentillesse de nombreux bénévoles me rendent optimiste.»

Ils sont restés 5 jours dans un camp de réfugiés à Athènes puis ils sont partis pour la frontière avec la Macédoine. À cette frontière, elle resta choquée : plus de 12.000 personnes attendent de passer. Elle a du attendre pendant 2 mois et demi pour franchir cette fameuse frontière macédonienne. Cependant Rania tente plusieurs fois de passer, mais elle et son ami sont gazés et battus par la police.

Le film de la route de Rania a été publié sur le journal en ligne du « Guardian » en août 2017 et enregistre des millions de vues. Désormais, elle est réfugiée en Autriche et compte continuer ses études.

«Je voudrais être journaliste pour raconter l’histoire des personnes isolées et donner la parole aux réfugiés.» Rania Mustafa Ali au Solidays 2018.

Cette année, le festival Solidays a pris l’initiative d’inviter Reza Deghati, photographe, réfugié iranien. Rania Mustafa Ali, réfugiée syrienne. Marie-France Cohen, Citoyenne solidaire et accueillante des réfugiés à Paris. Cédric Herrou, agriculteur et activiste. Laurence Geai, reporteur de guerre et humanitaire.

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