L’Afrique, le migrant et l’Europe

Depuis l’Homo sapiens, l’homme se déplace. Hier comme aujourd’hui, il cherche en priorité la nourriture ou fuit le danger. En cela, selon Hobbes, «l’homme ne fait pas de quartier». C’est le cas, aujourd’hui, du migrant africain. D’où son odyssée aux mille péripéties dramatiques, à travers l’Atlantique. Pourtant, l’Europe où il cherche à se réfugier n’est plus disposé à l’accueillir.

Or, l’Afrique est «en crise générale». Celle-ci génère d’atroces conflits armés dans lesquels on souffre jusqu’à la perte de toute humanité. Pour y échapper, le migrant africain, en véritable desperado, tente de gagner les rives froides de l’Atlantique. Où «coule le miel». A ce sujet, les épisodes macabres sont légions. L’image prégnante, en cela, restera pour longtemps les corps de deux gamins guinéens, découverts dans le train d’atterrissage d’un avion, en 1999, à l’aéroport de Bruxelles.

Ils étaient conscients du danger qu’ils encourraient en utilisant ce moyen pour atteindre l’Europe, puisqu’ils avaient préparé une lettre émouvante à l’attention de ses dirigeants. Voici le point d’orgue de celle-ci : «Donc, si vous voyez que nous nous sacrifions et exposons notre vie, c’est parce qu’on souffre trop en Afrique et qu’on a besoin de vous pour lutter contre la pauvreté et mettre fin à la guerre en Afrique». «Souffrir trop et mettre fin à la guerre», des maîtres-mots qui résument tout. Car, en Ituri, en République Démocratique du Congo, on en est arrivé à fabriquer des «beignets» à base d’argile, pour survivre. A ce point, l’homme est descendu trop bas… presqu’au rang d’animal.

Ce cri déchirant est-il justifié ? A-t-il été entendu par l’Europe ?

L’Afrique et l’Europe sont liés par l’Histoire. En dépit de tous les points négatifs inhérents à la pratique de l’esclavage et de la colonisation – un fait de l’Occident -, le rapport entre les deux parties devait se constituer sur un « partenariat sincère ». Fructueux pour l’une et l’autre. Ce qui n’est pas le cas. Le tuteur (perche qui soutient une jeune plante) s’étant départi de sa responsabilité. Ce cri est donc légitime.

La deuxième question, quant à elle, fait débat. Face aux flux des faméliques, l’Europe «paternelle» se recroqueville. Par peur, devant cette masse d’étrangers, de se diluer et de disparaître ou par pur rejet sur la base des «préjugés»…

En fait, l’argument chiffré détruit la première hypothèse. L’Union européenne (UE) comprend quelque cinq cents millions d’habitants, alors que le total des immigrés – tous pays confondus – ne dépasse pas vingt millions, soit 4 % seulement des personnes. Si le deuxième présupposé venait à être vérifié, ce serait bien regrettable, car on serait alors à mille lieues de la notion de mondialisation, dont le but ultime est la construction d’un «village planétaire». Un monde unifié.

Que faire ? La solution – toute simple mais valable – se trouve dans la missive des deux enfants retrouvés morts à Bruxelles. Ils invitaient l’Europe à «la lutte contre la pauvreté», en Afrique. Autrement dit, à aider réellement ce continent à se démocratiser et, de ce fait, à se débarrasser de la race des dictateurs, oisifs et nocifs. A l’image des «rois fainéants» mérovingiens.

La solution est dans la pratique d’un vrai humanisme, qui professe le « respect de l’homme ». Exit donc le populisme égoïste des ultras et les murs à la hongroise. Hélas, «Ventres affamés n’ont point d’oreilles», dit-on !

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