dans par

Petite annonce: «Recherche emploi de Fou du Roi»

Dans le passé, des cours royales s’honoraient de la présence d’un «Fou du Roi». Un job risqué mais tellement intéressant et utile que j’ai décidé d’en relancer la mode. Alors, c’est dit, je vise, moi Yuan Meng, panda exilé et mangeur de bambou, l’emploi de Fou du Président-Roi.

Depuis l’Antiquité et ensuite dans les cours d’Europe, les puissants ont donc parfois employé des bouffons pour les faire rire. Et puis, tels des chansonniers à l’œil aiguisé, les gars en question se sont mis à se moquer des attitudes, des décisions et des habitudes des courtisans et de leurs maîtres. C’était gonflé, certes, mais si nécessaire ! Et si on tentait le coup ici et maintenant ?

Aujourd’hui, trop souvent coupés des réalités, nos dirigeants paraissent surpris quand les urnes les contredisent et les renvoient à leurs chères études. Et quand un problème se pose, ils ont un mal fou (c’est le cas de le dire) de défaire le sac de nœuds… malgré leur science de haut vol et les milliers d’experts qui les entourent. Plus personne n’est d’accord et le dernier qui balance un tweet à travers la planète a forcément raison… jusqu’au tweet suivant.

Imagine que je fasse ça depuis mon enclos… Comment me jugerait-on, hein ? De toute façon je n’ai pas de smartphone.

Le fou ne s’en fout pas !

TOUS CES GENS devraient être conseillés par un FOU, un fou du roi selon une bonne vieille recette qui pourrait encore marcher, foi de panda CAR Le panda sait et le panda sent, comme tu le sais déjà (voir mes précédentes chroniques). Et le panda sait, notamment, que le fou ne s’en fout pas du monde tel qu’il va.

Le gars Erasme avait raison !

Tu veux en savoir plus ? Alors voici… Figure-toi que les jours de relâche, au zoo qui m’abrite (à Beauval), je lis un peu. Ainsi on m’a passé un bouquin d’un chanoine-philosophe, un certaine Erasme. Ce monsieur a vécu à cheval sur deux siècles (ça ne devait pas être confortable) de 1461 à 1536 exactement.

C’est cet ecclésiastique qui a écrit (dans «L’éloge de la folie»), à propos des bouffons professionnels : « Accordez aux fous une qualité qui n’est pas à dédaigner :  ils sont francs et véridiques. » 

Et ce gars-là a ajouté ce qui devrait être l’éthique des journalistes, outre celle du fou : « On me dira que les oreilles princières ont horreur de la vérité et que, si elles fuient les sages, c’est par crainte d’ouïr parmi eux une voix plus sincère que complaisante. »

Tu peux tout dire, ça finira par plaire !

Suite du propos d’Erasme : « La vérité n’est pas aimée des rois. Et pourtant, les fous réussissent cette chose étonnante de la leur faire accepter, et même de leur causer du plaisir en les injuriant ouvertement. Le même mot, qui, dans la bouche d’un sage, lui vaudra la mort, prononcé par un fou réjouira prodigieusement le maître. C’est donc que la vérité a bien quelque pouvoir de plaire, si elle ne contient rien d’offensant, mais les Dieux l’ont réservée aux fous. » Autrement exprimé : tu peux tout dire. C’est juste une question de forme.

Note que, ajoutant la fameuse « cerise sur le gâteau » (une expression jamais utilisée par Erasme), le chanoine diffusait aussi une pensée pacifiste qui tient toujours le manche de nos jours.

Ton pays et l’Europe, façon XVème siècle, une idée neuve !

Tu veux une preuve ? Attrape ! dans une biographie  dédiée au philosophe, Stefan Zweig résume les idées du chanoine : «au lieu d’écouter les vaines prétentions des roitelets, des sectateurs et des égoïsmes nationaux, la mission de l’Européen est au contraire de toujours insister sur ce qui lie et ce qui unit les peuples, d’affirmer la prépondérance de l’européen sur le national, de l’humanité sur la patrie et de transformer la conception de la Chrétienté, considérée en tant que communauté uniquement religieuse, en celle d’une chrétienté universelle, en un amour de l’humanité humble, serviable, dévoué…»

Houllllaaa : ton pays et l’Europe façon XVème siècle ? Une idée neuve qui vaudrait le coup d’être enfin mise pratique !

Tu vas me rétorquer que tout ça c’est du jus de crâne, du rêve sur papier, une guignolade, de bonnes paroles et de bons sentiments à 1 €, pas plus… Ben, tiens alors, voici 1 €. Prends-le. Je préfère entendre ça que tout le reste. L’entendre ET LE DIRE, bien sûr. C’est pour cela que je vise un emploi de Fou. Une candidature que j’adresse à l’Elysée, Paris, France… Nom d’un bambou !

Crédit : Sylvie Howlett

Yuan Meng

(Traduction de Denis PERRIN)

EN SAVOIR PLUS SUR CE THÈME

Everything France has given me

Paris, April 29, 2019. It was raining, passers-by were looking for shelter while running. No one noticed a wet bird. I looked at this bird while thinking about myself : the confusion of ignorance, the fear, the anguish provoked by the unknown… I was wondering, Meiirbek, why are you in France ? 

I kept wondering : Meiirbek, if you decided to remain silent in Kazakhstan, would you still have a peaceful and prosperous life over there ? Maybe. But I would not find peace deep in my heart. I could not stay silent so I started shouting: Liberty, Liberty ! But I received  threats instead. 

In Paris, all alone in my little room at the Maison des journalistes, whenever I cook or lay in my bed, I have my answer. Meiirbek, if you were in Kazakhstan you would be in prison, France gave you Liberty. 

France is my third homeland. It is true that France is not perfect. There are many problems that need to be solved. But at least in France, these problems are not hidden.

Meiirbek SAILANBEK

Besides in France, we as refugees, just like birds all soaked by the rain, have the same rights as French citizens. We can live in equality. Whether at work, in the field of education or displacement, we are granted the same rights (officially and politically at least). Therefore France gave me Equality. 

When we birds are shaking under the rain, a soft and warm hand reaches toward me. It wipes the water off my body and offers me  shelter… Thus I would like to thank you, professors, because in addition to teaching us French, you also teach us Fraternity.

I remember your smile well every time. Whenever I was facing difficulty, I remember the smile of my teachers and their encouragement such as “That’s okay Meiirbek, you can do it !”

So what has France given me ? Liberty, Equality, Fraternity. 

Thank you very much. 

 

Meiirbek SAILANBEK Kazakh journalist and former resident at the MDJ

  •  Translated from the French by Léna Jghima, trainee at Maison des journalistes (MDJ). You can read the original version HERE.

 

 

 

D’autres articles 

Tout ce que la France m’a donné

29 avril 2019 à Paris. Il pleuvait, les passants cherchaient des abris en courant. Personne n’a remarqué un oiseau tout trempé. J’ai vu cet oiseau en pensant à moi-même : la confusion de l’ignorance, la peur, l’angoisse de l’inconnu… Je me demandais, Meiirbek, pourquoi tu es en France ?

Je me demandais sans arrêt : Meiirbek, si tu restais silencieux au Kazakhstan, est-ce que tu garderais ta vie tranquille et prospère là-bas ? Peut-être ? Mais je ne trouverais pas la paix au fond de mon cœur,  je ne pouvais pas rester silencieux ainsi j’ai commencé à crier : la liberté, la liberté. Mais au lieu de la liberté, c’est la menace que j’ai reçue.

À Paris, tout seul dans ma petite chambre [à la Maison des journalistes], chaque fois que je fais la cuisine et que je suis dans mon lit, j’ai ma réponse : Meiirbek, si tu étais au Kazakhstan tu serais en prison, et la France t’a donné la liberté.

La France est ma troisième patrie. Oui, la France n’est pas parfaite, il y a beaucoup de problèmes à résoudre en France. Mais au moins en France, on ne cache pas les problèmes.

Et puis, en France, nous les réfugiés, comme des oiseaux trempés par la pluie, nous avons les mêmes droits que les citoyens français. Nous pouvons vivre dans l’égalité. Que ce soit le travail, l’éducation ou le déplacement, nous avons les mêmes droits, au moins officiellement et politiquement. Donc la France m’a donné l’égalité.

Quand nous les oiseaux sommes en train de trembler sous la pluie, une main douce et chaude se tend vers moi, elle essuie l’eau sur mon corps et me donne un abri… Ainsi j’aimerais vous remercier, les professeurs, car non seulement vous nous apprenez le français, mais vous nous apprenez, en plus, la fraternité.

Je me souviens bien de votre sourire, à chaque fois. Chaque fois que je suis en difficulté, je me rappelle les sourires de mes professeurs et leurs encouragements: “Meiirbek, c’est pas grave, tu y arriveras!

Qu’est ce que la France m’a donné?   La liberté, l’égalité, la fraternité.

Merci beaucoup.

Meiirbek SAILANBEK, journaliste kazakh (ancien résident de la MDJ)

Corbeil-Essonnes

04.06.2021

D’autres articles 

Hong Kong: comprendre la crise par la liberté de sa presse

Alors que la Chine est classée 177 sur 180 dans le classement de la liberté de la presse de Reporters sans Frontière (RSF), la presse de la région administrative spéciale de Hong Kong a elle, pendant longtemps, bénéficié de son système libéral. Mais depuis la rétrocession en 1997, la donne a drastiquement changé. Hong Kong a chuté de la 18e place en 2002 à la 73e cette année. Les manifestations se déroulant depuis 3 mois à Hong Kong pourraient annoncer un tournant décisif pour le futur de la presse.

Grâce au « un pays, deux systèmes », Hong Kong a longtemps accueilli les grandes agences de presse étrangère (AFP, Reuters pour ne citer qu’eux). Les réseaux Internet ne souffrent pas non plus du Grand Firewall chinois : des sites comme Google ou Facebook sont accessibles sans compromis. Mais derrière cette façade, la presse subit depuis les années 2000 de graves attaques de son voisin communiste.

Définitivement abandonné le 4 septembre, le projet de loi d’extradition vers la Chine a été pointé du doigt dès son annonce par les organismes de défense des droits de la presse comme étant une menace importante pour les journalistes hongkongais et leurs sources. Jusqu’ici, la Chine organisait des kidnappings pour ramener sur son territoire des opposants à l’étranger, mais le nouveau projet de loi menaçait, avec l’accord avec les autorités hongkongaises, de permettre des extraditions par la voie légale.

Hong Kong, un îlot pour la presse libre en Asie

En juillet 2018, on comptait à Hong Kong 78 quotidiens de presse, pour la majorité en langues chinoise ou anglaise. Ils cohabitent depuis toujours, à l’image de la société hongkongaise, une grande variété d’opinions dans la presse. Le grand clivage politique étant la relation avec la Chine, entre les médias dit pro-démocrates (Apple Daily, Passion Times) et les médias pro-chinois (Sing Pao Daily News, The Standard, Sing Tao Daily). Cependant, les sensibilités de ces médias varient également sur les questions politiques, libérales, internationales ou sociales.

En parallèle, deux journaux sont contrôlés par Pékin via le Bureau de liaison à Hong Kong (Wen Wei Po, Ta Kung Pao). Ces quotidiens diffusent la vision officielle de l’actualité mondiale et nationale du Parti communiste chinois (PCC), mais selon un sondage de l’Université chinoise de Hong Kong, ils sont considérés aux yeux des Hongkongais comme les journaux les moins crédibles.

Michel Bonnin dans l’émission d’Arrêt sur Images du 23 août 2019

Au départ opposé au projet de loi qui menaçait leur liberté économique, le milieu des affaires a ensuite fait marche arrière pour s’aligner avec la Chine après que le régime leur ait rappelé que c’est du marché économique chinois dont ils dépendent.

Des journaux hongkongais déjà sous influence chinoise

Fin 2015, le rachat du South China Morning Post (SCMP), le quotidien anglophone le plus important de Hong Kong par le groupe Alibaba (plateforme de vente Chinois) a mis en lumière la fragilité de l’indépendance des médias.

Depuis, le journal a été à plusieurs reprises accusé de collaboration avec les autorités chinoises. En juillet 2015, Zhao Wei est arrêtée et retenue prisonnière pour « incitation à la subversion du pouvoir de l’État ».

Un an après cette avocate et activiste des droits de l’Homme en Chine sort de prison mais reste sous le coup d’une importante surveillance. Au moment de sa libération, le SCMP publie alors les confessions de la jeune avocate qui explique « réaliser d’avoir emprunté un chemin dangereux et souhaite se repentir. Je ne suis plus la même personne. »

Ni son avocat, ni son mari n’avait pu obtenir le droit de s’entretenir avec elle depuis son incarcération.

Même histoire pour Gui Minhai, écrivain suédois d’origine chinoise qui travaillait pour la librairie hongkongaise Causeway Bay Books. Entre octobre et décembre 2015, cinq employés sont enlevés, dont Gui Minhai, kidnappé lors d’un voyage en Thaïlande. Début 2016, les cinq libraires réapparaissent à la télévision nationale. Ils confessent plusieurs délits, expriment leurs regrets puis purgent leurs peines. Gui Minhai est le dernier des cinq libraires à être libéré en octobre 2017 mais il est interdit de sortie de territoire.

Quelques mois plus tard, nouveau rebondissement, Gui Minhai retourne en prison. Prétextant une visite médicale, des diplomates suédois auraient tenté de l’extraire du pays mais les autorités chinoises l’ont intercepté avant.

« Gui a insisté pour l’interview [avec le SCMP], il souhaite dire la « vérité » au public » – Au South China Morning Post on reste évidement septique, on met des guillemets autour de « vérité »

C’est à ce moment que le journal hongkongais South China Morning Post intervient.

Dans un article publié en février 2018, le bouquiniste hongkongais réapparaît dénonçant une machination de la Suède qui l’aurait piégé. « J’ai honte de mon comportement. J’ai commis beaucoup d’erreurs (…) Je souhaite à ma famille une vie heureuse. Ne vous inquiétez pas pour moi. » « J’aimerais désormais rester vivre en Chine. (…) Je souhaite que le gouvernement suédois cesse de me contacter et arrête de dramatiser mon cas. »

C’est la seconde confession de Gui Minhai mais celle-ci ne convainc pas sa fille, Angela Gui, plus que la première. Depuis 2015, elle dénonce sa détention comme politique et exige le retour de son père.

En avril, Tammy Tam, rédactrice en chef du SCMP lui répondait dans un éditorial : « Nous vous assurons catégoriquement que nous n’avons pas collaboré avec les autorités chinoises. (…) En tant que journalistes, nous faisons couramment face à des décisions difficiles. Ici, nous avons dû choisir entre interviewer votre père dans ce cadre contrôlé ou ne rien faire. »

Mais cette déclaration d’indépendance de la rédactrice en chef sonne faux alors qu’en 2015, 6 mois avant le rachat du journal, quatre éditorialistes du SCMP, connus pour leur opposition au régime chinois, étaient forcés de quitter la rédaction.

Dans un éditorial, le Asia Sentinel (journal où travaille également Philip Bowring, un des éditorialistes écartés du SCMP) soupçonnait déjà le Bureau de liaison à Hong Kong, souvent taxé d’être un organe d’influence chinois, d’être derrière ces évictions.

Les confessions forcées, un « classique » des médias chinois

Les confessions publiques comme celles qu’on fait Zhao Wei et Gui Minhai sont très répandues dans les médias chinois, elles sont réalisées en collaboration avec les autorités et diffusées aux heures de grande écoute de la télévision publique chinoise.

En réalité, ces confessions sont produites sous la menace et représentent une des nombreuses pratiques utilisées par le régime pour tisser la toile de sa propagande. Celles-ci n’ont jamais fait illusion à Hong Kong ou à l’international et visent majoritairement le public chinois sensible à la propagande du PCC.

Mais voir apparaître ce type de pratique propagandiste à Hong Kong, dans un média pourtant censé être indépendant du pouvoir, semble indiquer que la Chine continentale a déjà commencé à reprendre la main sur la presse hongkongaise.

Dans un article pour la revue Made in China en novembre 2018, Magnus Fiskesjö, anthropologue et ami de Gui Minhai estimait la réputation du journal définitivement ternie: « Ces récentes affaires montrent que le South Chinia Morning Post [depuis son rachat par Alibaba] ne peut désormais plus être considéré comme une organisation de presse indépendante. »

Une opinion qui semble partagée par les Hongkongais, alors même que le journal était auparavant perçu comme le quotidien le plus sérieux de la presse. Selon un sondage de l’Université chinoise de Hong Kong, le SCMP est le journal qui a le plus perdu en crédibilité entre 2003 et 2016.

Un nouveau journalisme d’opposition

En réponse à la pression chinoise grandissante, de nouveaux médias web au financement alternatif sont apparus avec une ligne radicalement opposée à la rétrocession de Hong Kong.

Extrait d’une manifestation du 5 août filmé à 360° par Hong Kong Free Press

Né dans le sillage de la Révolution des parapluies de 2014, Hong Kong Free Press (HKFP) est un journal web anglophone.

Ce média fonctionne par donation, selon un modèle non lucratif et affiche une transparence sur ses finances. Sa couverture alternative des manifestations de 2019 diffère du reste de la profession, les journalistes filment les rassemblements et affrontements au côté des manifestants.

FactWire est une agence de presse bilingue apparue en 2016. Elle se concentre sur l’investigation des affaires nationales et fonctionne sur un modèle économique similaire à HKFP. Sa première enquête exposa les graves défauts de qualité des rames de métros hongkongaises importés de Chine continentale. Depuis le début des manifestations, FactWire couvre les cas de violences policières en recoupant le déroulé des événements grâce aux dizaines de vidéos disponibles sur la toile.

Face à une influence chinoise de plus en plus présente, ces nouveaux médias entendent peser sur le marché de l’information hongkongaise en mettant en avant la liberté d’expression, la démocratie et les droits de l’Homme contre le système chinois. Un climat de peur entretenu par des attaques contre les journalistes.

Des journalistes pro-démocratie pris pour cible

Kevin Lau au club des correspondants internationaux de Hong Kong le 9 mai 2015

« On m’a souvent demandé ces deux dernières années si la presse à Hong Kong était en danger. Maintenant, je crois que la réponse est claire comme de l’eau de roche. Elle l’est. »

Le Ming Pao est un des plus gros journaux de la presse hongkongaise, de tendance plutôt libérale et en faveur de l’ouverture vers Pékin. En 2014, le journal participait à une enquête du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) sur les paradis fiscaux mis en place par le gouvernement de Xi Jinping et le PCC [Parti Communiste Chinois].

Le 26 février 2014, Kevin Lau, rédacteur en chef au Ming Pao est attaqué au couteau alors qu’il sortait de sa voiture. Deux hommes appartenant aux triades hongkongaises lui infligent de multiples blessures au dos et aux jambes.

Pour la sphère politique, aucun lien ne peut être établi entre l’attaque de Kevin Lau et une atteinte à la liberté de la presse. Mais le Ming Pao, rejoint par toute la profession journalistique, dénoncent alors cette attaque comme un crime contre la liberté de la presse.

Mais cette attaque rejoint la liste grandissante des violences contre les journalistes depuis la fin des années 90.

  • En 1996, le journaliste Leung Tin-Wai se fait mutiler au hachoir dans son bureau de travail.
  • En 1997, Albert Cheng, journaliste de radio se fait poignarder dans le parking de son lieu de travail.
  • Chen Ping éditeur du magazine iSun Affairs subit un passage à tabac en 2013
  • Deux jours plus tard le patron de l’Apple Daily, Jimmy Lai, retrouve une machette et une hache en guise d’avertissement à son domicile vandalisé.

Tous partagent une opinion opposée à la rétrocession de Hong Kong.

La question du mobile de l’attaque s’est ensuite posée. À ce moment là, Kevin Lau et la rédaction du Ming Pao collabore avec le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) pour une enquête sur les montages fiscaux organisés par l’élite politique chinoise du PCC.

Une corrélation qui n’a pas été plus approfondie, n’ayant aucune preuve que l’attaque ait été commandée depuis la Chine, les organisations de protection des journalistes ont préféré écarter toute hypothèse prématurée.

Après 11 arrestations et 2 condamnations, l’enquête n’est finalement pas parvenue à déterminer de commanditaire, cependant ces même triades hongkongaises sont depuis réapparues à plusieurs reprises. Contre le mouvement pro-démocrate en fin 2014, et également le 22 juillet dernier où cette fois-ci, elles ont été aperçues collaborant avec les forces de police hongkongaise dans de nombreuses vidéos amateur compilées par le New York Times.

La rétrocession de Hong Kong en 1997 a porté un grand coup au journalisme hongkongais et les affaires d’ingérence se sont succédées. Face aux pressions chinoises, le modèle libéral hongkongais ne semble pas capable de protéger la liberté de sa presse et tend au contraire, sous la pression, à collaborer avec Pékin. Reste la société hongkongaise, qui elle, après 14 semaines de mobilisation, ne semble pas l’entendre de cette oreille.

Une présence massive sur les réseaux sociaux et un important retour du journalisme citoyen

Si la situation pour la presse semble s’assombrir à Hong Kong, la mobilisation elle ne semble pas diminuer.

Alors que les manifestants étaient quelques dizaines de milliers dans les rues en 2014, les cortèges ont rassemblé cette année près de deux millions de personnes mi-juin et 1,7 million le 18 août, alors même que le mouvement tend à se radicaliser.

Dans Le Temps du débat sur France Culture, Eric Sautedé, analyste politique basé à Hong Kong, évoque un soutien populaire de près de 80% et une mobilisation de 25% des citoyens (pour une population de 7,4 millions).

« Be Water »: slogan phare de la mobilisation

Dans ce contexte, le mouvement a développé une présence d’une importance sans précédent sur les réseaux sociaux.

La communication autour des mobilisations, empreinte de culture asiatique, est massive et a largement dépassé les frontières chinoises (voir thread twitter du photojournaliste Maxime Reynié sur les visuels partagées sur les réseaux)

Suivant le modèle du réseau de journalisme citoyen Indymedia en Europe et Amérique du Nord (ensemble de médias citoyens locales de tendance de gauche radicale), In-Media version hongkongaise s’est développé à Hong Kong de façon collaborative depuis 2004.

Alors que le journalisme citoyen à connu un fort déclin en Occident au profit des réseaux sociaux, In-Media a continuer à fonctionner au gré des mobilisation contre la gouvernance chinoise.

Le site de In-Media connaît depuis le début des manifestations des pics d’affluence (classé 82.000e début juin, inmediahk.net est aujourd’hui 38.000e mondial selon les statistiques de trafic Web Alexa) tandis que la page Facebook compte elle plus de 560.000 abonnés.

Algérie : la rue, Bouteflika et la victoire du peuple

« Qu’ils partent tous », c’est le slogan qui continue de gronder, alors qu’Abdelaziz Bouteflika a remis sa démission, mercredi 3 mars, dans la soirée. Démission entérinée aussitôt par le Conseil Constitutionnel. On voit clairement, à travers une telle diligence, pour une institution entièrement acquise à l’ancien chef de l’Etat, l’image d’une « main forcée ». Est-ce la fin du théâtre algérien ? Les astres se sont-ils alignés afin de souffler l’apaisement, qui débouchera véritablement sur le triomphe des réclamations des Algériens ?

En attendant, on en est au niveau des interrogations ainsi qu’à celui d’échafauder des hypothèses susceptibles de dégager l’horizon encore couvert de brouillard. Tant certains souvenirs du « Printemps arabe » constituent des abats-joie, comme c’est le cas en Libye. Pourtant les peuples n’avaient fait qu’exiger leurs droits, c’était sous-estimé le monde injuste dont les lois non écrites dominent sur les codes en vigueur. En général, et pendant un temps, les peuples sont toujours vaincus par des prédateurs.

Les deux à la fois. Sauf que l’armée a oublié qu’en s’écoulant oisivement, le temps s’est mis à composer, petit à petit, avec les nouvelles générations de citoyens. Certes, ces dernières continuent de célébrer les hauts faits des Moudjahidines [combattants pour l’indépendance], mais sans toutefois ne pas se laisser séduire par une autre façon de vivre et de voir les choses. Parmi celles-ci, se distingue l’exercice de la démocratie. C’est cette force de changement qui a fait se lever la jeunesse algérienne, comme un seul homme, en ce jour du 22 février, jusqu’à la chute du calife, mercredi soir.

Les leçons à tirer

Il reste encore un processus à suivre, avant de déboucher sur la normalisation de la situation. Car, pendant vingt ans, les racines du pouvoir en Algérie se sont solidifiées. Le pouvoir n’était plus, depuis 2013, l’affaire d’un chef malade frappé d’un AVC, mais une histoire de membres de famille, de l’armée, et d’une poignée de vautours de finances, en sous-main, agissant au nom des millions que laissent tomber les barils de pétrole.

Le Général algérien Gaïd Salah, l’homme qui a annoncé la démission de Bouteflika

Ainsi, de simples coups de pioche n’auront-ils pas suffi pour en venir à bout. Il aura fallu se munir d’une arme plus puissante, mais simple, qu’on appelle « pugnacité dans la rue ». C’est la bête noire des dictateurs. La jeunesse algérienne s’en est emparée, et le système Bouteflika est en train de s’écrouler comme un château de cartes. Après six bonnes petites semaines de manifestations, du reste « très » pacifiques. Souvenons-nous de la chute du burkinabè Blaise Compaoré, en novembre 2014, après trois mois d’affilée de manifestations chaudes de rue par la jeunesse du pays.

C’est là un des aspects de l’acte de cette jeunesse, comptée parfois par millions, que nous avons vue battre le pavé à Alger et à d’autres villes. Il y a, cependant, un autre versant à regarder utilement, à savoir les leçons à tirer de cet événement. C’est qu’en premier lieu, dans nos pays africains – en dehors de l’Afrique du Sud -, le vrai pouvoir se trouve entre les mains de l’armée.


Dans nos pays africains […] le vrai pouvoir se trouve entre les mains de l’armée.


Dans le théâtre qui se joue actuellement en Algérie, c’est le général Gaïd Salah qui est le maître des horloges. « Que Bouteflika cesse d’être président de la République », a-t-il dit, et il en était ainsi. C’est lui qui a brisé le cercle « infernal » des proches du jeune frère de l’ancien président et, même, jeté en prison Ali Addad, une des figures de proue de la haute mafia algérienne…  

Est-ce que l’armée, en dépit de ces gestes hautement patriotiques, va-t-elle continuer de jouer le rôle de gardien du temple ?  Pas sûr. Y croire un seul instant, c’est mal saisir la profondeur du slogan « Qu’ils partent tous ». C’est-à-dire y compris le général Gaïd Salah, une des pièces majeures du « système » que les protestataires entendent voir voler en éclats.

L’autre leçon à tirer est que les dictateurs que nous craignons ne sont rien d’autre que, en dépit de tout, des baobabs aux racines entamées par les temps, bien pourries, lesquels ne peuvent résister devant l’action soutenue du peuple. L’arbitrage du général Salah n’est pas un acte de bienveillance, mais plutôt le résultat de la peur d’être lui-même emporté par cet ouragan silencieux balayant les rues d’Alger.

Enfin, à la jeunesse africaine, qui veut légitimement voir une alternative politique, de comprendre que la violence appelle la violence. Que la discipline et la ténacité dans l’action représentent une force inouïe, capable de tenir en respect les armées au service de la dictature. En Algérie, il n’y a eu ni casse ni un seul coup de fusil. A moins que la situation, par mauvaise aventure, vire prochainement à l’affrontement entre la jeunesse et l’armée.

Enfin, le fin du fin

En troisième lieu, c’est là la leçon de sagesse pour les présidents qui s’éternisent encore au pouvoir, jouant à la modification des Constitutions en leur faveur et croyant que les peuples sont des moutons à ne mener qu’à leurs pâturages bien enclavées. Gare à eux ! Nombre de convulsions sociales surgissent avec une telle spontanéité et violence qui ne leur donnent que trois issues misérables : la mort, la fuite éhontée et l’exile déshonorant.

Enfin, pour le fin du fin, la leçon, encore une fois, est à être ingurgitée par la jeunesse de l’Afrique subsaharienne, qui semble somnoler. Faudra-t-il attendre que tous les « Printemps politiques » nous viennent du Maghreb ? Réveillez-vous. « Lamuka ». Humez le parfum de la victoire qui embaume déjà les rues de l’Algérie… A quand vos victoires ?

Ingérence et attaque marocaine en plein Paris : des militants et des journalistes menacés

[LIBERTÉ D’INFORMER] La Maison des journalistes a pu interviewé l’un des intervenants de cette conférence, le journaliste Hicham Mansouri. Exilé en France, attaqué et diffamé au Maroc par des procès sans cesse reportés, hébergés il y a quelques années par la Maison des journalistes, Hicham a accepté de nous raconter ce qu’il s’est passé.