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Petite annonce: «Recherche emploi de Fou du Roi»

Dans le passé, des cours royales s’honoraient de la présence d’un «Fou du Roi». Un job risqué mais tellement intéressant et utile que j’ai décidé d’en relancer la mode. Alors, c’est dit, je vise, moi Yuan Meng, panda exilé et mangeur de bambou, l’emploi de Fou du Président-Roi.

Depuis l’Antiquité et ensuite dans les cours d’Europe, les puissants ont donc parfois employé des bouffons pour les faire rire. Et puis, tels des chansonniers à l’œil aiguisé, les gars en question se sont mis à se moquer des attitudes, des décisions et des habitudes des courtisans et de leurs maîtres. C’était gonflé, certes, mais si nécessaire ! Et si on tentait le coup ici et maintenant ?

Aujourd’hui, trop souvent coupés des réalités, nos dirigeants paraissent surpris quand les urnes les contredisent et les renvoient à leurs chères études. Et quand un problème se pose, ils ont un mal fou (c’est le cas de le dire) de défaire le sac de nœuds… malgré leur science de haut vol et les milliers d’experts qui les entourent. Plus personne n’est d’accord et le dernier qui balance un tweet à travers la planète a forcément raison… jusqu’au tweet suivant.

Imagine que je fasse ça depuis mon enclos… Comment me jugerait-on, hein ? De toute façon je n’ai pas de smartphone.

Le fou ne s’en fout pas !

TOUS CES GENS devraient être conseillés par un FOU, un fou du roi selon une bonne vieille recette qui pourrait encore marcher, foi de panda CAR Le panda sait et le panda sent, comme tu le sais déjà (voir mes précédentes chroniques). Et le panda sait, notamment, que le fou ne s’en fout pas du monde tel qu’il va.

Le gars Erasme avait raison !

Tu veux en savoir plus ? Alors voici… Figure-toi que les jours de relâche, au zoo qui m’abrite (à Beauval), je lis un peu. Ainsi on m’a passé un bouquin d’un chanoine-philosophe, un certaine Erasme. Ce monsieur a vécu à cheval sur deux siècles (ça ne devait pas être confortable) de 1461 à 1536 exactement.

C’est cet ecclésiastique qui a écrit (dans «L’éloge de la folie»), à propos des bouffons professionnels : « Accordez aux fous une qualité qui n’est pas à dédaigner :  ils sont francs et véridiques. » 

Et ce gars-là a ajouté ce qui devrait être l’éthique des journalistes, outre celle du fou : « On me dira que les oreilles princières ont horreur de la vérité et que, si elles fuient les sages, c’est par crainte d’ouïr parmi eux une voix plus sincère que complaisante. »

Tu peux tout dire, ça finira par plaire !

Suite du propos d’Erasme : « La vérité n’est pas aimée des rois. Et pourtant, les fous réussissent cette chose étonnante de la leur faire accepter, et même de leur causer du plaisir en les injuriant ouvertement. Le même mot, qui, dans la bouche d’un sage, lui vaudra la mort, prononcé par un fou réjouira prodigieusement le maître. C’est donc que la vérité a bien quelque pouvoir de plaire, si elle ne contient rien d’offensant, mais les Dieux l’ont réservée aux fous. » Autrement exprimé : tu peux tout dire. C’est juste une question de forme.

Note que, ajoutant la fameuse « cerise sur le gâteau » (une expression jamais utilisée par Erasme), le chanoine diffusait aussi une pensée pacifiste qui tient toujours le manche de nos jours.

Ton pays et l’Europe, façon XVème siècle, une idée neuve !

Tu veux une preuve ? Attrape ! dans une biographie  dédiée au philosophe, Stefan Zweig résume les idées du chanoine : «au lieu d’écouter les vaines prétentions des roitelets, des sectateurs et des égoïsmes nationaux, la mission de l’Européen est au contraire de toujours insister sur ce qui lie et ce qui unit les peuples, d’affirmer la prépondérance de l’européen sur le national, de l’humanité sur la patrie et de transformer la conception de la Chrétienté, considérée en tant que communauté uniquement religieuse, en celle d’une chrétienté universelle, en un amour de l’humanité humble, serviable, dévoué…»

Houllllaaa : ton pays et l’Europe façon XVème siècle ? Une idée neuve qui vaudrait le coup d’être enfin mise pratique !

Tu vas me rétorquer que tout ça c’est du jus de crâne, du rêve sur papier, une guignolade, de bonnes paroles et de bons sentiments à 1 €, pas plus… Ben, tiens alors, voici 1 €. Prends-le. Je préfère entendre ça que tout le reste. L’entendre ET LE DIRE, bien sûr. C’est pour cela que je vise un emploi de Fou. Une candidature que j’adresse à l’Elysée, Paris, France… Nom d’un bambou !

Crédit : Sylvie Howlett

Yuan Meng

(Traduction de Denis PERRIN)

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