Journée internationale pour le soutien aux victimes de la torture

Mardi 26 juin est la journée “anniversaire” de l’entrée en vigueur (à dater du 26 juin 1987) de la Convention contre la torture par les Nations Unies. Une journée de sensibilisation à une plaie qui ne connaît ni patrie, ni frontière. Nommer l’ennemi devient compliqué: la pratique de la torture est tout aussi commune aux Etats-Unis qu’à l’Indonésie et s’applique tant aux soldats qu’aux civils. Parmi eux, les journalistes sont une cible de choix.

Un engagement clairsemé

Sur les 189 états membres des Nations Unies, seuls 129 se sont engagés dans cette lutte. Ce qui signifie que 60 pays persistent ouvertement à ne pas prendre les mesures nécessaires, se complaisant dans une passivité n’excluant souvent pas l’utilisation de la torture.

La torture, figurant dans la liste des crimes contre l’humanité créée en 1945 dans le statut du tribunal militaire de Nuremberg, est depuis établie par la Charte de Londres.

Les journalistes face à l’acharnement

Figure de la libre-parole contestataire sous des régimes peu démocratiques, le journaliste est la cible idéale pour les adeptes des pratiques de torture. Concentrant toute la rage d’un pouvoir frustré de ne pouvoir museler une presse pourtant déjà opprimée, la plupart des journalistes des pays d’Afrique et du Moyen-Orient pèsent leurs mots. Dire l’information devient un combat pour la vie. Encore en mars dernier au Mozambique, Ericino de Salema, commentateur politique pour plusieurs médias, est kidnappé à Maputo.

Un fait dans un milliard, une vie qui se perd parmi tant d’autres. La lutte contre l’utilisation de la torture ne faiblit pas et les pays engagés auraient bien du mal à faire entendre raison aux dissidents des Droits de l’Homme: la dignité humaine a ses raisons que l’économie ignore.

Dire la violence pour l’interdire

“Viens par là”

O. journaliste spécialisé et archéologue syrien raconte. “Je travaillais et écrivais des articles pour le département d’archéologie du musée de Raqqa”. Ses écrits déplaisent au régime, les menaces et pressions diverses s’accumulent: “Si tu ouvres ta bouche et écris le moindre article, on t’arrête toi, ton père, ta mère, ta soeur. Ne parle pas”. Dénonçant les accointances entre le directeur du musée et les milices de Daesh et Al Nosra présentes dans la ville dès 2013, O décrit la situation: “Le musée avait été pillé”.

Le pire arrive bien assez vite: “J’allais au travail et la sécurité du régime m’a emmené. ‘Viens par là. Ton travail est terminé’, on m’a dit. Ils ont commencé à me frapper, je suis resté pendu pendant 3 jours. Ils me frappaient tous les jours, ils ont cassé toutes mes dents en me posant des questions. J’ai passé environs 3 mois enfermé. Dans la prison, la sécurité, après m’avoir frappé,  jouaient avec des pistolets près de ma tête, ils mettaient de l’eau dans la cellule et ouvraient l’électricité”.

Après plusieurs mois de menaces et 3 mois de torture, O est relâché et s’enfuit en Turquie. La situation n’y est que légèrement meilleure, mais au moins, il finit par obtenir un visa pour la France. Depuis, il est hébergé à la Maison des journalistes.

« Si je meurs, personne ne le saura »

Egalement hébergée à la Maison des Journalistes, R, journaliste syrienne, la prison ça la connait. 3 séjours: pour manifestation en 2011, pour soutien aux hôpitaux clandestins en 2012 et pour l’exercice de son métier en 2013. Sous les verrous, le viol devient une menace, un moyen de pression -qu’elle ne connaîtra heureusement pas. « Certaines femmes n’avaient rien à voir avec la révolution syrienne, elles étaient emprisonnées pour faire réagir leur frère, leur cousin… Et torturées pour obtenir des informations ». Là-bas, tous les coups sont permis: « Ils utilisent la torture sur les sunnites, ils ont dit que j’en étais une alors que même pas! »

R. ne verse pas dans le larmoyant: « J’ai choisis de participer à la révolution. Je savais que ça allait être dur, c’est mon choix, je dois l’assumer ». Le plus dur est de disparaître aux yeux de la société, de ses proches: « J’ai appris par coeur le nom des morts, pour pouvoir le dire en sortant (…) les familles ne savent pas. Elles peuvent rester dans le doute longtemps et c’est une vraie torture psychologique ». La journaliste connait un véritable soutien de ses proches en sortant des geôles d’Assad; un fait qu’elle considère comme une chance au regard de ce que peuvent vivre d’autres femmes: « Beaucoup, en sortant, sont en marge de la société. Elles peuvent être reniées par leur famille et abandonnées, ou pire. Ca, c’est à cause du viol ».

Si rien ne sert d’ouvrir un bureau des pleurs, la lutte doit continuer. En ce 26 juin, il est important de se souvenir que des pratiques barbares fleurissent toujours dans les prisons du globe, malgré les conventions internationales. Dans son ouvrage “Ni pardon ni talion”, Raoul Vaneigem permettra de conclure avec philosophie: “La connaissance éveille la conscience, la vengeance l’endort”. De quoi, au moins, tenter de garder son calme.

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