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République Démocratique du Congo : Kabila n’est pas Poutine

On tente de mettre en parallèle la situation politique qui prévaut en RD Congo et celle qui a eu lieu en Russie. On utilise volontiers, pour faire le lien, cette expression médiatique prisée : « A la Poutine-Medvedev ». A tort. Car, Poutine vise le pinacle. Pour une Russie flamboyante. Kabila et ses affidés, eux, raffolent de la turpitude. Pour la grande perte de la République Démocratique du Congo.

Entre 2008 et 2012, Poutine a cédé le pouvoir à Medvedev – un joker -, pour le lui reprendre. Le temps d’un mandat. Acculé au pied du mur, Kabila a présenté un « dauphin », le 8 août ; un joker, nommé Shadary.

Si celui-ci gagnait les élections (il les gagnera, si le dispositif de fraude mis en route n’est pas écarté), il ne resterait au pouvoir que le temps d’un mandat, avant de le remettre à l’usurpateur initial.

Dans la forme, le scénario entre les deux situations est identique. Mais il n’en est rien, sur le fond. La République Démocratique du Congo n’est pas la Russie. Pas plus que Kabila n’est Poutine.

Dans la série des articles que nous avons, récemment, consacrés à la situation politique de la RD Congo, publiés par « L’Œil de la Maison des journalistes, Paris« , nous avons cherché à qualifier l’homme-Kabila et son œuvre globale.

Kabila, fils de mille étoiles

Ecorcé, il nous a apparu, sans aucune autre forme de description, comme un « roi fainéant » de l’époque mérovingienne (France). Ou, selon l’expression du général de Gaulle, comme « un personnage limité à inaugurer les chrysanthèmes ». Autrement dit, un « nul ». Mais, un virtuose « d’ingénierie politique négative ». Ainsi avons-nous assimilé son oeuvre, à une « usine à gaz ».

Image du désordre duquel découle un bilan socio-économique des plus désastreux. De fait, près de 45 % des Congolais vivent avec moins de 2 euros par jour.

Quant à l’identité de l’homme, celle-ci reste difficile à établir. Du fait d’un pedigree complexe. Il serait pourtant un jumeau. Ce qui aurait eu le don de clarifier la situation. Car, en RD Congo, la naissance des jumeaux marque toujours un événement bruyant. Les enfants, selon les régions, reçoivent, chacun, un « nom ‘spécifique’ de circonstance ». On chante, on danse, on s’asperge de « pemba » (calcaires blancs), en lançant des cris de joie pour remercier les ancêtres. Un tel événement, dans n’importe quel village congolais, laisse des souvenirs solides. Non sans constituer des témoins vivants irrécusables.

Or, pour ce cas précis, bernique ! A ce jour, le dossier sur l’état civil de Kabila accuse sinon un flou artistique, du moins un vide effrayant. Son passé, avant qu’il ne soit révélé fils de Laurent Kabila, emprunte le même chemin sinueux. Le poète dirait de lui : « Fils de mille étoiles ».

Qu’en est-il de Poutine ? C’est un Russe pur jus, né le 7 octobre 1952, à Pétersbourg. Un blondin que Boris Eltsine (premier président de la fédération de Russie 1985-1987) présenta au monde, le 31 décembre 1999.

Vrai produit de la nomenklatura bolchévique, Poutine est un ancien colonel du KGB, les célèbres services secrets russes, passés à la trappe, avec la chute de l’URSS. Au pouvoir, il y a dix-huit ans, il se pose en volontariste assumé. En lui transpire le désir, insatiable, de porter la Russie vers les cimes d’honneur. Un Russe sur deux, aujourd’hui, le crédite d’avoir restitué au pays de Khrouchtchev sa grandeur d’antan.

La RD Congo dans un lit de fantasme

Pour preuve. En 2000, date de l’arrivée de Poutine au pouvoir, les statistiques officielles comptaient 40 millions de Russes vivant sous le seuil de pauvreté. En 2016, elles en comptabilisaient 20 millions, soit la moitié en moins, sur un parcours de 14 ans. A l’international, la Russie n’est pas à la traine. L’organisation magnifique des Jeux Olympiques (Sotchi, 2014) et celle de la Coupe du monde de football, en juillet dernier, plaident largement pour sa montée en puissance. Et ajoutent à son bilan socio-économique éloquent.

Eloquents aussi sont les deux tableaux, en termes de comparaison. Différents en tout. Sauf en trois cas de similitude, du reste négatifs : les deux hommes règnent, en satrape, pendant deux décennies, presque ; ils vont dans la même direction, quant à l’organisation des scrutins qui n’ont d’élections que le nom ; enfin, ils ont la même obsession du pouvoir. D’où l’imitation par le « Congolais » de la méthode qui semble avoir réussi au Russe.

A tout prendre, la formule magique « Poutine – joker Medvedev – Poutine » semble fonctionner, puisque Poutine est assuré de rester aux manettes du pouvoir jusque en 2024. Apparemment, sans gros nuages sous le ciel russe. Il y va du « contexte russe ».

Kabila se rêve dans la même position, à travers la formule-sœur « Kabila – joker Shadary – Kabila » … mais, dans un « lit de fantasme ».

Ainsi donc, Poutine n’est pas Kabila. La Russie non plus n’est pas la République Démocratique du Congo, où les feux, annonçant le passage probable d’un tsunami, clignotent déjà à l’horizon.

Par Jean-Jules Lema Landu, journaliste congolais, réfugié en France

EN SAVOIR PLUS SUR CE THÈME

RD Congo : un criminel au perchoir du Sénat

Tout se passe dans la logique de Kabila et de son FCC (Front Commun pour le Congo) de gagner tous les votes. Il y eut été étonnant, voire surréaliste, que Thambwe Mamba, candidat de la plate-forme fidèle à l’ancien chef de l’Etat, perde le scrutin pour l’occupation du perchoir du Sénat. Mais il l’a difficilement emporté par 65 voix contre 43 voix arrachées par Modeste Bahati Lukwebo, pour un total de 108 votants. Moins la voix de Kabila, absent à la séance. C’était le samedi 27 juillet.

Bahati Lukwebo est à féliciter avec un roulement de tambour, du fait que l’histoire retiendra qu’il aura été le premier homme politique à claquer la porte du FCC et à défier ensuite celui-ci à travers un vote.

En somme, l’ancien ministre de la justice, Thambwe Mamba, un des thuriféraires du premier cercle de Kabila, ne peut se réjouir d’un succès qui a tout d’une gloriole. Compte tenu de son âge (76 ans), de sa longue carrière politique, de sa richesse immense et de sa proximité avec le « raïs », il aurait dû faire mieux que par cette victoire poussive contre un Bahati Lukwebo, décidé à monter sur le ring et à combattre presqu’à mains nues.

Au-delà de cette décision téméraire de Bahati Lukwebo, il n’y a pas à voir que la victoire du courage d’un homme qui s’est arrêté, en se disant « ça suffit », mais la fragilité de l’édifice que Kabila est en train de construire pour se maintenir au pouvoir. L’acte du challenger de Thambwe Mamba  vient de démontrer que le FCC est une mosaïque constituée non pas de convictions politiques, mais plutôt d’illusions et de profits matériels.

Maintenant que la direction du Parlement est entièrement à la dévotion du « raïs », aussi bien l’Assemblée nationale que le Sénat, que reste-il à faire par le FCC? L’expérience nous montre que Kabila et ses comparses ne font jamais rien au hasard. Toutes les étapes que la vie politique congolaise est en train de traverser, depuis la grande mascarade de la passation du pouvoir entre Kabila et Tshisekedi, sont réglées comme du papier à musique.

Les temps sont mûrs

La réponse est simple. Le nouveau cap pour le FCC est maintenant l’amorce d’un travail de sape pour faire tomber Tshisekedi. Jusque-là, celui-ci n’a fait que multiplier des erreurs, après avoir pensé que Kabila le laissera évoluer sans anicroche. Puisqu’il aurait été élu par le peuple, donc « président élu », sa première démarche positive aurait été celle de s’émanciper de l’ancien président -rompre unilatéralement l’accord qui les lie. Il aurait, ensuite, cherché à démontrer que la majorité ainsi gagnée par le FFC, au niveau des législatives, était pure invention, sans aucune logique. Enfin, il se serait dépensé à faire cause commune avec Lamuka.

La formule aurait marché à merveille, puisque le peuple séparé par la mésentente des leaders, réconciliés, se serait réconcilié avec lui-même, à son tour, pour exiger le départ de Kabila. Au lieu de cela, Félix Tshisekedi a cherché le serrage de boulons de son siège éjectable à l’extérieur. Y compris au Rwanda et en Ouganda, dont le regard sur la situation en RD Congo, n’est pas du tout désintéressé. Que pourront faire ces pays contactés s’il arrive que le FCC décide le destituer? Rien du tout.

Or, tel est l’enjeu de la démarche entreprise par Kabila. Pour lui, c’est le pouvoir et rien d’autre. Et le chemin royal pour y parvenir, dans le contexte actuel, restait la mise en accusation et la destitution de Tshekedi par le Parlement. La suite passe comme une lettre à la poste : modification de la Constitution et élection d’un nouveau président par le Sénat. En la personne de Kabila.

Sur le papier ou dans l’imagination, tout cela semble facile à se réaliser. Mais, c’est sans compter, désormais, avec un effet de criquet : le peuple dont le FFC ne tient aucunement compte. Car, le peuple congolais de 2018 -qu’on nous le conteste ou non– n’est pas celui de 2019. En témoigne l’attitude homérique de Modeste Bahati Lukwebo. Par cette brèche s’engouffreront, sûrement, plusieurs autres kabilistes repentis. Mine de rien, les temps sont comme mûrs!

Les temps sont comme mûrs, puisqu’à consulter « les réseaux sociaux », les cris d’orfraie montent de partout, en RD Congo, et même en Afrique, pour moquer l’occupation du perchoir du Sénat par un criminel de guerre. En effet, Thambwe Mwamba est accusé de ce forfait par un juge belge.

RDCongo : une nouvelle pierre d’achoppement dans les négociations sur le gouvernement

À dix jours de la fin de session parlementaire, prévue pour le 15 juin et au cours de laquelle le nouveau gouvernement congolais doit être investi, les négociations entre la coalition CASH de Félix Tshisekedi et le FCC de Joseph Kabila sont au point mort. Les deux camps ne s’accordent toujours pas sur la répartition des postes au sein du futur gouvernement.

La dernière réunion de négociations qui s’est tenue mardi soir à Kinshasa a tourné court. La réunion n’aura duré que quelques minutes pour se conclure sur un constat d’échec, avant même que la question du gouvernement à proprement parler ne soit abordée.

En cause : la décision lundi du chef de l’État Félix Tshisekedi de procéder à des nominations à la tête de la Gécamines et de la Société Nationale des Chemins de fer Congolais (SNCC), sans l’aval du nouveau Premier ministre.

Des nominations jugées « illégales »

Une décision jugée « illégale » par les pro- Kabila, qui n’ont pas fait mystère de leur mécontentement dès le début de la réunion.

Pour Constant Mutamba, avocat et cadre de cette coalition, elles « violent l’article 81 de la Constitution » car elles n’ont pas été contresignées par le nouveau Premier ministre. L’avocat menace de saisir le Conseil d’État.


« On ne peut pas éternellement bloquer tout un pays », abonde un cadre du parti présidentiel.


Une lecture contestée par Me Kapiamba, le président de l’Acaj (Association congolaise pour l’accès à la justice). Pour lui, le chef de l’État a agi en vertu de l’article 60 de la Constitution de l’État, alors que l’ex-Premier ministre est démissionnaire et que le nouveau Premier ministre n’est pas encore formellement investi, faute d’accord sur la composition du gouvernement. « On ne peut pas éternellement bloquer tout un pays« , abonde un cadre du parti présidentiel.

Mais au- delà du débat juridique, c’est aussi le choix de Gabriel Kyungu pour diriger le conseil d’administration de la société nationale des chemins de fer (SNCC) qui dérange, estime une source au FCC. Ce proche de Moïse Katumbi, ne fait pas partie de la coalition au pouvoir. « C’est un message subliminal de la part du chef de PPRD Joseph Kabila », explique cette source pour qui le Raïs laisserait ainsi entendre à ses partenaires qu’il pourrait au besoin se chercher de nouveaux alliés.

« Nous n’en sommes pas à la rupture, mais nous sommes bloqués »

Une pierre d’achoppement de plus en tout cas dans des discussions déjà bien difficiles. « Nous n’en sommes pas à la rupture, mais nous sommes bloqués », reconnaissait mercredi l’un des négociateurs du président Tshisekedi tout en accusant ses partenaires d' »entraver » les discussions avec des « manœuvres dilatoires » et de « refuser de céder » la moindre parcelle de pouvoir.

Les deux camps n’arrivent pas se mettre d’accord sur ce que doit être la répartition des postes entre les deux coalitions. Pas question côté FCC, largement majoritaire dans les deux assemblées de concéder aux pro-Tshisekedi plus 24% des postes ministériels, quand ces derniers en réclament 45%, avec pour argument « qu’ un poste de président « devrait peser » plus » dans les négociations que « quelques députés », explique l’un des négociateurs.

Bref, des positions encore très éloignées. Sans oublier l’épineuse question des postes régaliens, revendiqués par les deux camps, qui augure là aussi de tractations houleuses et n’a pas encore été abordée. Signalons que les plateformes de Tshisekedi et Kabila optent pour une coalition gouvernementale n’aspirent aucun confiance au sein de la classe politique, ni à la société civile et, moins encore à la presse congolaise qui constate que les violations des droits humains restent très élevées en 2019, selon l’ONU.

Les agents de l’État sont plus que jamais pointés du doigt en ce moment, ils sont même responsables selon l’ONU, d’au moins 73% des exactions comptabilisées sur tout le territoire national, contre 53% en décembre. A noter le nombre très élevé d’exécutions extrajudiciaires : au moins 47 dont 7 femmes, soit plus d’une par jour. Au total, l’ONU relève 574 violations, soit plus qu’en novembre ou décembre 2018, et sur ces 574, un bon tiers sont des violations à caractère politique.

Au moins une cinquantaine de personnes, pour l’essentiel des militants des droits de l’homme et des journalistes, ont fait l’objet de menaces ou d’attaques et ils ont eu besoin, dans les quatre semaines qui ont suivi l’enterrement à Kinshasa de sphinx de Limite Monsieur Étienne Tshisekedi (le père de l’actuel président Félix Tshisekedi), mesures de protection des Nations- unies. Nascimento Christian Journaliste politique.

Confusion artistique au sommet de l’Etat congolais : tous masqués et perdants !

Des images contradictoires, futiles à souhait. Du sur-place politique. Au sommet de l’Etat, trônent deux présidents de la République, le premier visible (sans pouvoir), le second masqué (détenant illégalement l’imperium). Le tout rehaussé, en théâtralité, par un début d’éclatement du parti d’opposition LAMUKA. Voilà ce à quoi assiste le peuple congolais, depuis la « passation du pouvoir civilisée » entre Kabila et Tshisekedi. Il y a plus de trois mois. Au total, un vrai flou artistique !

Entre-temps, les cent jours probatoires pour le nouveau chef de l’Etat se sont consommés. Sans roulement de tambour. Quant au gouvernement, on continue de chercher le fil d’Ariane indispensable pour le tirer des labyrinthes de Kingakati (capitale politique des kabilistes). Tout cela sur le dos du peuple, qui en bave.

Quel est donc le problème de gouvernance en République Démocratique du Congo ?

Qu’est-ce qui enraye la machine, justifiant ainsi les allégations de ceux qui pensent que, globalement, c’est à cause des accords scélérats signés entre Kabila et Tshisekedi que tout va à vau-l’eau.

Dans cette vision -généralement partagée par nombre d’observateurs objectifs-, il y va des choses qui paraissent simples à celles qui relèvent d’une importance capitale : d’un président de la République logé en dehors du palais présidentiel, par exemple, au blocage de la nomination d’un Premier ministre et, dans la foulée, de la mise en place d’un gouvernement pour le fonctionnement normal du pays.

Marché de dupes

Une simple observation, par rapport au dernier point, suggère que les dessous de l’accord passé entre Kabila et Tshisekedi porteraient sur des intérêts divergents. Non avoués au moment ultime de la signature.

Si tel est le cas, il y a entre Kabila et Tshisekedi, un véritable dindon de la farce. Une dupe. Un jeu de « tel est pris, qui croyait prendre« . La formation du gouvernement achopperait à cette difficulté.

Sinon, la ruse de Kabila aurait préparé, à l’avance, ce scénario pour donner le change et faire croire à l’opinion que CACH a son mot à dire sur le déroulement des affaires.

Pendant ce temps, Kabila prend le plaisir de se lover dans un palais présidentiel où il n’a plus le moindre droit de séjourner, continuant à se regarder dans un miroir brisé, qui lui renvoie sa propre image brisée à laquelle il ne veut pas croire.

Pourtant, c’est cela la réalité de la situation qui prévaut. Il y a eu un « après Kabila », en dépit de la démonstration de force qu’il continue d’étaler.

Par exemple, convoquer « tous » les gouverneurs de province à Kingakati, sa ferme privée.

 

Alors, Tshisekedi « partenaire » de Kabila ou pas ?

Difficile à dire, pour le moment, en attendant que les masques tombent. Car, il n’y a pas que Kabila, dans cette pièce théâtrale tragi-comique, qui porte le masque ; Tshisekedi en porte un, également, quand il reste muet sur le contenu des accords qui le lient à Kabila.

Or, ces accords ayant un caractère secret ne seront pas connus de sitôt, faisant en sorte que Tshisekedi est aussi masqué, vis-à-vis du peuple.

L’Eglise se rétracte

Contradictions polluantes au sommet de l’Etat, mais contradictions également à l’extérieure de la sphère officielle du pays. L’Eglise catholique, appui indéfectible de la « vérité des urnes », se rétracte aujourd’hui avec force philosophie, en soufflant le chaud et le froid. Confirmer la « vérité des urnes » et, dans le même temps, accepter « d’accompagner le faux » est troublant.

Plus troublant quand le mot « vérité » traverse les pages de la Bible en se déclinant de plusieurs manières, et surtout lorsqu’elle évoque l’épître de Paul à Timothée, en parfaite corrélation avec la situation politique actuelle du pays :

« Je t’écris ces choses, avec l’espérance d’aller bientôt vers toi, mais afin que tu saches, si je tarde, comment il faut se conduire dans la maison de Dieu, qui est l’Eglise du Dieu vivant, la colonne et l’appui de la vérité » (1 Tim. ch. 3 : 14-15).

Le mot vérité est employé ici autant dans son sens général que dans celui qui voudrait prouver l’existence de Dieu.

En prenant l’attitude de mi-figue, mi-raisin, l’Eglise catholique du Congo se soustrait à ses responsabilités, alors qu’ailleurs c’est cette Eglise-là qui se place « au milieu du village » pour libérer la vérité.

L’Amérique latine nous en donne un exemple éloquent et, singulièrement, le cas de Cuba.

L’Eglise romaine y a mis du sien pour arriver à favoriser l’assouplissement du régime communiste tortionnaire, en matières de droits de l’homme. Les deux derniers papes (Jean-Paul II et Benoît XVI), y compris François actuellement à la tête du Vatican, y ont tous séjourné et, dans la foulée, des prisonniers politiques ont été libérés.

La vérité a triomphé sur l’obscurantisme entretenu pas le régime communiste vis-à-vis des droits humanitaires.

On y découvre le sens épanoui de cette expression « l’Eglise au milieu du village », hélas galvaudé pour des raisons diverses.

La communauté internationale n’est pas claire

La communauté internationale, quant à elle, a également versé dans l’ambiguïté. Et, spécialement, les Etats-Unis de Trump : ils confirment que le résultat des élections « n’est pas conforme à la volonté du peuple congolais », tout en acceptant d’accompagner le président non élu.

Dans la galère, il y a aussi la présence d’un certain Joseph Kabila, et, la cerise sur le gâteau, c’est ce dernier qui est le capitaine du bateau!

Faut-il admettre que cette dichotomie exprimée à la fois par l’Eglise catholique et les Etats-Unis résulterait d’une approche qui privilégie la notion de « fait accompli »? Tout en sachant qu’une telle délibération n’est qu’une fuite en avant, qui laisse derrière elle un problème non résolu?

Pour la communauté internationale, la compréhension y est aisée, elle qui ne jure que par le nom de ses intérêts. Mais, il est malaisé de comprendre la volte-face de l’Eglise. Son attitude aurait été moins choquante, si elle s’était résolue à garder le silence.

 

Faux et usage de faux

Qu’en conclure ? La réponse est des plus faciles. Depuis 1960, date de l’indépendance, la « Maison Congo » n’a jamais eu de fondement.

Et, aujourd’hui plus qu’hier, elle ressemble à une baraque construite sur le sable, destinée à être emportée par le vent, à tout bout de champ.

Jamais au monde élections n’ont été autant torpillées, suivies d’une période postélectorale aussi embrouillée. Comment imaginer, un seul instant, dans ce cas précis, que le pays sera gouverné, alors qu’il est assis sur le « faux et usage de faux « ?

Et, c’est à cet horizon déjà suffisamment brouillé que la plate-forme LAMUKA, qui incarnait plus ou moins les espoirs du peuple, donne les signes d’éclatement. Petit à petit la sirène des ambitions personnelles a fini par vaincre les nobles idéaux portés par ce regroupement politique pour la libération du peuple congolais. Demain, on le verra bien, chacun des leaders de LAMUKA jouera sa propre partition. Ces gens, dans leur ensemble, sont masqués et seront tous perdants! Au grand dam de l’avenir du pays.

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Etre une femme journaliste en exil


A l’occasion de la Journée Mondiale de la Liberté de la Presse, la Maison des journalistes et Magnum Photos se sont associés pour une exposition nommée « D’ICI ». Inauguré le 3 mai 2019, le vernissage a été suivi d’une table ronde sur le thème « La liberté de la presse, un enjeu rédactionnel et photographique » à l’Hôtel de Ville. L’opportunité pour Thelma Chikwanha et Rowaida Kanaan de se livrer sur leur condition de journaliste en exil.

Des itinéraires sombres et pourtant, le sourire n’a jamais quitté le visage des deux journalistes durant la rencontre-débat. A l’aide de leurs interprètes, les deux femmes se sont prêtées au jeu des questions dont les réponses touchantes débordaient de sincérité.

L’exil, une nécessité pour la survie

Rowaida Kanaan est une journaliste syrienne née à Damas en 1976. Elle a écrit pour plusieurs sites internet syriens en parallèle de son activité principale à la radio. Elle est arrêtée dès le mois d’août 2011 pour sa participation aux manifestations. Puis de nouveau en 2012, et en 2013, lors d’un contrôle à un checkpoint alors qu’elle est avec son compagnon. Elle est emprisonnée pour détention de carte de presse.


« Chaque minute, une femme est violée ou torturée en prison en Syrie ».


Avec émotion, Rowaida décrit la torture qu’elle a observée mais aussi subie en prison. De la même manière que les hommes, les femmes y sont battues, certaines subissant des violences sexuelles répétées. La gorge tremblante, la journaliste l’affirme, « chaque minute, une femme est violée ou torturée en prison en Syrie ». Des faits avérés passés sous silence par le gouvernement syrien.


Pour survivre, Rowaida n’avait pas d’autres choix que fuir.


Un départ similaire à celui de Thelma qui a quitté le Zimbabwe pour éviter le pire. Consultante en communication, correspondante pour One World UK, rédactrice politique pour les plus grands magazines, Thelma Chikwanha a couvert de nombreux évènements mondiaux.

Le 6 octobre 2016, elle se rend à l’aéroport à la demande d’un média pour prendre l’avion : direction la Suède pour assister à une conférence. A peine les portes franchies, la journaliste se fait attaquée. Ses effets personnels, son téléphone et son ordinateur lui sont arrachés. 3 jours plus tard, ses assaillants font irruption chez sa mère, retourne la maison et lui profère des menaces. Ils lui jurent de faire disparaitre Thelma de la même façon qu’ils avaient éclipsé l’un de ses collègues journalistes. Pour sa sécurité ainsi que celle de sa famille, Thelma Chikwanha décide de quitter le Zimbabwe pour faire de la France sa terre d’asile.

Rowaida KANAAN s’exprimant lors de l’événement #DICI à la Mairie de Paris : regards croisés entre journalistes exilés et photographes de l’agence Magnum.

Les premiers pas sur le sol français

La fraicheur et la pluie du 23 janvier 2017 ont marqué Thelma à son arrivée. Une journée d’hiver où elle est accueillie par une policière dont elle garde un sympathique souvenir. A cette époque, les mots « Bonjour », « Au revoir » et « Je t’aime » constituent la base de son vocabulaire français. Ayant emportée son fort caractère avec elle et son franc-parler dans ses bagages, elle exige aux policiers du commissariat voisin d’appeler le 115, le numéro d’urgence pour l’hébergement.


Elle dit se sentir dans les premiers temps « comme un arbre arraché à ses racines ».


Elle est hébergée la première semaine puis fait la connaissance d’une famille qui l’accueille à Mantes-la-Jolie. « Je leur dois énormément » déclare t-elle avec émotion en pointant du bout des doigts l’une des membres de cette famille assise au fond de la salle.

Pour Rowaida, l’intégration semble plus rude. Arrivée en 2014, les débuts sont difficiles. Passé 40 ans, la journaliste en exil comprend qu’il est compliqué de décrocher un travail et d’apprendre une nouvelle langue qui lui est inconnue. Elle dit se sentir dans les premiers temps « comme un arbre arraché à ses racines ».

Rowaida garde tout de même en tête une anecdote qui l’a fait sourire. « En France, on a besoin de faire beaucoup de papiers » s’exclame t-elle. Après un an et demi d’attente, elle fini par obtenir ses premiers papiers officiels. Par inadvertance, elle perd son sac à main quelques semaines plus tard. De quoi décrocher un vif fou rire dans l’auditorium.

Thelma CHIKWANHA s’exprimant lors de l’événement #DICI à la Mairie de Paris : regards croisés entre journalistes exilés et photographes de l’agence Magnum.

Comment se reconstruire ?

Rowaida a choisi le théâtre dès son arrivé en France. Elle est l’une des comédiennes de la pièce « X-Adra », un projet porté par Ramzi Choukair, comédien et metteur en scène franco-syrien.


Les journalistes savent où la trouver mais s’intéresse bien plus à la manière dont elle s’occupe d’un enfant plutôt qu’à son avis sur la situation au Zimbabwe.


Un décor où se mêlent témoignages de femmes, sur deux générations, passées par les geôles et la torture du régime syrien. Cette pièce est un moyen pour la journaliste de s’intégrer en France sans pour autant oublier son beau pays jalonné de problèmes politiques et sociaux. Pour elle, le théâtre est une forme de lutte. Thelma, de son côté, ne trouve pas la paix qu’elle recherchait en France. Lorsque Michel Urvoy lui pose la question de l’intégration, la journaliste débute un monologue passionnée sans laisser le temps à son interprète de traduire.

Thelma se révolte d’être une babysitter en France, elle qui a pourtant couvert des évènements majeurs tels que les élections américaines ou encore le G8. Selon elle, les journalistes savent où la trouver mais s’intéresse bien plus à la manière dont elle s’occupe d’un enfant plutôt qu’à son avis sur la situation au Zimbabwe.

Un sentiment partagé par une grande partie des journalistes en exil comme Maria Kuandika qui déclare « tels sont effectivement les secteurs les plus accessibles aux étrangers, pour ne pas dire aux réfugiés et aux migrants ».

Malgré la réintégration et la nouvelle vie qui s’offre aux journalistes, l’exil reste une blessure psychologique. Le temps apaise la douleur mais ne permet pas à ces femmes d’oublier qu’elles ont perdu leur statut pour lequel elles ont travaillé avec acharnement. La peur est définitivement présente mais l’envie d’écrire et d’informer reste plus forte. Comme le déclare Thelma, le journalisme, ce n’est pas une profession mais une vocation.

  • Hong Kong: comprendre la crise par la liberté de sa presse11/09/2019 - 10:07

    Alors que la Chine est classée 177 sur 180 dans le classement de la liberté de la presse de Reporters sans Frontière (RSF), la presse de la région administrative spéciale de Hong Kong a elle, pendant longtemps, bénéficié de son système libéral. Mais depuis la rétrocession en 1997, la donne a drastiquement changé. Hong Kong […]

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Ghislaine Dupont, Claude Verlon et Camille Lepage : une place en leur mémoire pour honorer la liberté de la presse

Le 3 mai 2019, à l’occasion de la Journée Mondiale de la Liberté de la Presse, une place au nom des trois journalistes français Ghislaine Dupont, Claude Verlon et Camille Lepage sera inauguré dans le 2ème arrondissement de Paris. La municipalité de Paris a décidé de rendre hommage à ces trois personnalités qui se sont distinguées par leur travail journalistique et au cours duquel elles ont finalement été tuées. Un regard plus attentif sur leurs histoires inspire de nombreuses réflexions pour cette date importante consacrée à la liberté de la presse.

Ghislaine Dupont, tuée à l’âge de 57 ans au Mali aux côtés de Claude Verlon, âgé de 55 ans, a commencé sa profession de journaliste dès son plus jeune âge.

Ghislaine Dupont, une vie dédiée au journalisme

Après une spécialisation à l’Ecole Supérieure de Journalisme de Paris (ESJ) et des expériences de travail antérieures dans le domaine de l’imprimerie et des émissions de radio, Ghislaine Dupont s’est tournée vers l’Afrique, où elle avait déjà passé une partie de son enfance.

Ghislaine Dupont et Claude Vernont

Journaliste à Radio France Internationale (RFI), elle a couvert depuis les années 1990 les principaux événements de l’époque, dont la mission de l’UNITA en Angola, le conflit érythréen-éthiopien, le génocide au Rwanda, puis au Soudan, en Algérie et en Côte d’Ivoire. A travers son journalisme d’investigation rigoureux, elle a rapporté à plusieurs reprises au monde des histoires vitales et dénoncé des faits cruciaux tels que l’existence de fosses communes à Abidjan en Côte d’Ivoire. Tout en gardant son intérêt persistant pour la région africaine, entre 1997 et 2007, elle s’est installée en République Démocratique du Congo où elle a continué activement à rendre compte de la réalité politique et sociale interne tout en démarrant une série de nouveaux projets. Elle a non seulement participé à la création de la nouvelle Radio Okapi, qui deviendra plus tard le principal média d’information du pays, mais elle s’est également impliquée dans la formation de jeunes journalistes dans la région. Les années passées en République Démocratique du Congo révèlent l’engagement sans faille de Dupont à rendre compte de la réalité de manière indépendante et précise sans exception. En raison de ses activités sur les questions sensibles et de sa couverture de la campagne électorale de 2006, elle a été expulsée de la République démocratique du Congo sous le gouvernement de Joseph Kabila. Tout en essayant de continuer à couvrir les événements de la République démocratique du Congo, l’attention de Dupont s’est concentrée sur de nombreux autres sujets, dont le Mali.

La rencontre avec Claude Verlon

C’est à ce moment qu’elle croise le chemin de Claude Verlon, avec qui elle partagera le même destin cruel d’assassinat le 2 novembre 2013. Journaliste et ingénieur du son de renom, Claude Verlon est arrivé au Mali après des années d’expérience sur le terrain. Après avoir étudié à l’Ecole Nationale Supérieure Louis-Lumière et plusieurs cours du soir, Claude Verlon rentre en 1982 à Radio France Internationale (RFI) en tant qu’ingénieur du son, poste pour lequel il travaillera jusqu’à sa mort. Spécialisé dans les zones de conflit, il n’a cessé de reporter sur des pays difficiles comme l’Afghanistan, le Liban, l’Irak, la Libye et bien d’autres encore. Tout au long de son travail sur le terrain, il s’est largement fait connaître comme un journaliste talentueux, capable de faire des reportages dans les régions les plus reculées du monde. Parmi les innombrables pays et conflits dont il a été témoin, le continent africain a constitué un domaine d’intérêt majeur depuis le début de sa carrière. C’est notamment de l’Afrique et, surtout, du Mali que son dernier reportage « La crise au Nord Mali et la réconciliation » devait traiter. Cependant, à son arrivée à Kidal au Mali dans la matinée du 29 novembre 2013, sa collègue Ghislaine Dupont et lui ne savaient pas encore ce que la vie allait leur réserver quelques jours plus tard.

En effet, le 2 novembre, les deux journalistes ont été enlevés et tués par balle. Leurs corps ont été retrouvés quelques heures plus tard par des soldats français. De nombreux doutes subsistent quant aux circonstances et aux raisons de leur mort et deux enquêtes sont ouvertes au Mali et en France selon RFI Afrique. Tout en attribuant l’assassinat à des membres de l’organisation militante islamiste Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), de nombreux faits restent à élucider, notamment le lien entre leur assassinat et la libération des otages d’Arlit quatre jours avant leur disparition, comme le montre un reportage sur France 2.

Camille Lepage, une jeune journaliste tuée dans des circonstances non élucidées 

Similairement, aucune élucidation complète n’a encore été apportée à la mort du troisième journaliste auquel la place parisienne sera dédiée, Camille Lepage.

Après une formation académique en journalisme, elle devient une photojournaliste de renom qui s’est déplacée dans différents pays d’Afrique. Après avoir largement couvert l’Egypte et le Sud-Soudan, elle s’est installée en République centrafricaine et son travail a été publié dans des journaux internationaux de renom tels que le New York Times, The Guardian, Le Monde et The Washington Post ainsi que pour des ONG telles qu’Amnesty International et Médecins Sans Frontières. Son véritable intérêt pour la région et son penchant naturel pour le dialogue et l’écoute ont accompagné toute sa carrière journalistique qui a toujours été marquée par une ferme détermination à rapporter librement ce dont elle a été témoin sans compromis.

Camille Lepage

Elle était déterminée à faire la lumière sur des histoires qui n’étaient pas couvertes par les médias grand public, comme le rappelle un article du Washington Post, en citant ses déclarations à sa mémoire : « Je ne peux accepter que les tragédies des gens soient réduites au silence simplement parce que personne ne peut en tirer de l’argent ». Toujours au début de sa carrière et avec de nombreux autres projets en tête, la République Centrafricaine sera sa dernière destination. Le 13 mai 2014, le corps de la journaliste de 26 ans a été retrouvé par les troupes françaises de maintien de la paix dans la région occidentale de Bouar. Ses comptes Twitter et Instagram ont révélé qu’elle voyageait en moto avec une milice anti-balaka pour aller rapporter les massacres qui ont eu lieu pendant des mois dans la localité d’Amada-Gaza. Deux ans après sa mort, en 2016, en dépit d’une riche mobilisation internationale pour que les responsables de son assassinat répondent de leurs actes, l’enquête est toujours dans l’impasse, comme l’a dénoncé Reporters Sans Frontières.

Unis par le même destin inoubliable, Ghislaine Dupont, Claude Verlon et Camille Lepage ont fait preuve d’un dévouement sans faille à la cause du reportage inconditionnel sur la réalité, dont nous pouvons nous inspirer pour la récurrence de la Journée Mondiale de la Liberté de la Presse. Leurs noms sur la place nous rappellent l’importance du reportage et de l’information libres, sans lesquels le journalisme ne peut servir son but comme le souligne l’écrivain Albert Camus ; « Une presse libre peut, bien sûr, être bonne ou mauvaise, mais, très certainement, sans liberté, la presse ne sera jamais que mauvaise« .

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