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République Démocratique du Congo : Kabila n’est pas Poutine

On tente de mettre en parallèle la situation politique qui prévaut en RD Congo et celle qui a eu lieu en Russie. On utilise volontiers, pour faire le lien, cette expression médiatique prisée : « A la Poutine-Medvedev ». A tort. Car, Poutine vise le pinacle. Pour une Russie flamboyante. Kabila et ses affidés, eux, raffolent de la turpitude. Pour la grande perte de la République Démocratique du Congo.

Entre 2008 et 2012, Poutine a cédé le pouvoir à Medvedev – un joker -, pour le lui reprendre. Le temps d’un mandat. Acculé au pied du mur, Kabila a présenté un « dauphin », le 8 août ; un joker, nommé Shadary.

Si celui-ci gagnait les élections (il les gagnera, si le dispositif de fraude mis en route n’est pas écarté), il ne resterait au pouvoir que le temps d’un mandat, avant de le remettre à l’usurpateur initial.

Dans la forme, le scénario entre les deux situations est identique. Mais il n’en est rien, sur le fond. La République Démocratique du Congo n’est pas la Russie. Pas plus que Kabila n’est Poutine.

Dans la série des articles que nous avons, récemment, consacrés à la situation politique de la RD Congo, publiés par « L’Œil de la Maison des journalistes, Paris« , nous avons cherché à qualifier l’homme-Kabila et son œuvre globale.

Kabila, fils de mille étoiles

Ecorcé, il nous a apparu, sans aucune autre forme de description, comme un « roi fainéant » de l’époque mérovingienne (France). Ou, selon l’expression du général de Gaulle, comme « un personnage limité à inaugurer les chrysanthèmes ». Autrement dit, un « nul ». Mais, un virtuose « d’ingénierie politique négative ». Ainsi avons-nous assimilé son oeuvre, à une « usine à gaz ».

Image du désordre duquel découle un bilan socio-économique des plus désastreux. De fait, près de 45 % des Congolais vivent avec moins de 2 euros par jour.

Quant à l’identité de l’homme, celle-ci reste difficile à établir. Du fait d’un pedigree complexe. Il serait pourtant un jumeau. Ce qui aurait eu le don de clarifier la situation. Car, en RD Congo, la naissance des jumeaux marque toujours un événement bruyant. Les enfants, selon les régions, reçoivent, chacun, un « nom ‘spécifique’ de circonstance ». On chante, on danse, on s’asperge de « pemba » (calcaires blancs), en lançant des cris de joie pour remercier les ancêtres. Un tel événement, dans n’importe quel village congolais, laisse des souvenirs solides. Non sans constituer des témoins vivants irrécusables.

Or, pour ce cas précis, bernique ! A ce jour, le dossier sur l’état civil de Kabila accuse sinon un flou artistique, du moins un vide effrayant. Son passé, avant qu’il ne soit révélé fils de Laurent Kabila, emprunte le même chemin sinueux. Le poète dirait de lui : « Fils de mille étoiles ».

Qu’en est-il de Poutine ? C’est un Russe pur jus, né le 7 octobre 1952, à Pétersbourg. Un blondin que Boris Eltsine (premier président de la fédération de Russie 1985-1987) présenta au monde, le 31 décembre 1999.

Vrai produit de la nomenklatura bolchévique, Poutine est un ancien colonel du KGB, les célèbres services secrets russes, passés à la trappe, avec la chute de l’URSS. Au pouvoir, il y a dix-huit ans, il se pose en volontariste assumé. En lui transpire le désir, insatiable, de porter la Russie vers les cimes d’honneur. Un Russe sur deux, aujourd’hui, le crédite d’avoir restitué au pays de Khrouchtchev sa grandeur d’antan.

La RD Congo dans un lit de fantasme

Pour preuve. En 2000, date de l’arrivée de Poutine au pouvoir, les statistiques officielles comptaient 40 millions de Russes vivant sous le seuil de pauvreté. En 2016, elles en comptabilisaient 20 millions, soit la moitié en moins, sur un parcours de 14 ans. A l’international, la Russie n’est pas à la traine. L’organisation magnifique des Jeux Olympiques (Sotchi, 2014) et celle de la Coupe du monde de football, en juillet dernier, plaident largement pour sa montée en puissance. Et ajoutent à son bilan socio-économique éloquent.

Eloquents aussi sont les deux tableaux, en termes de comparaison. Différents en tout. Sauf en trois cas de similitude, du reste négatifs : les deux hommes règnent, en satrape, pendant deux décennies, presque ; ils vont dans la même direction, quant à l’organisation des scrutins qui n’ont d’élections que le nom ; enfin, ils ont la même obsession du pouvoir. D’où l’imitation par le « Congolais » de la méthode qui semble avoir réussi au Russe.

A tout prendre, la formule magique « Poutine – joker Medvedev – Poutine » semble fonctionner, puisque Poutine est assuré de rester aux manettes du pouvoir jusque en 2024. Apparemment, sans gros nuages sous le ciel russe. Il y va du « contexte russe ».

Kabila se rêve dans la même position, à travers la formule-sœur « Kabila – joker Shadary – Kabila » … mais, dans un « lit de fantasme ».

Ainsi donc, Poutine n’est pas Kabila. La Russie non plus n’est pas la République Démocratique du Congo, où les feux, annonçant le passage probable d’un tsunami, clignotent déjà à l’horizon.

Par Jean-Jules Lema Landu, journaliste congolais, réfugié en France

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