Daniela Rea signe un documentaire poignant

Journaliste d’investigation au Mexique, Daniela Rea s’est récemment rendue à la Maison des journalistes. Elle y a rencontré plusieurs de ses collègues exilés qui y sont hébergés. Daniela Rea est la première lauréate du prix mexicain Bleach –Valdez, prix récompensant des journalistes pour la qualité de leurs enquêtes dans le domaine des Droits de l’Homme.

Venue en France pour présenter son documentaire « No sucumbio la éternidad » (« L’éternité n’a pas succombé »), Daniela Rea a saisi cette occasion pour rappeler la situation des professionnels de la presse dans son pays : plus de cent de journalistes sont morts depuis 2000, 12 rien qu’en 2017, 4 depuis le début de l’année 2018. Le Mexique est classé 147ème pays au baromètre RSF.

Être journaliste au Mexique

La discussion a débuté sur la situation des journalistes au Mexique. Deux mots se sont souvent invités lors de cet échange : dignité et sécurité.

« La situation au Mexique est terrible pour les journalistes : au-delà des morts, il y a les menaces, les tortures, les fausses accusations, les emprisonnements arbitraires… Quand vous êtes journaliste au Mexique, ce travail engage toute votre famille. Malgré ma passion pour ce métier, il a fallu parfois que je dise stop. Car la violence et la répression sont tellement intenses que cela finit par nous atteindre, à modifier notre caractère. Je me suis rendu compte que j’avais beaucoup de mal à séparer ma vie professionnelle et personnelle. Lorsqu’on s’engage sur le terrain de la vérité, on n’imagine pas toutes les embûches qu’il y a sur ce chemin. »

Une différence entre la capitale et le reste du pays

« La situation de la presse au Mexique a deux caractéristiques : les journalistes locaux sont prisonniers d’un système de subventions et de plus, des groupes puissants dominent les médias (…) Dans ces conditions, il est impossible d’être objectif et de mener des investigations. En outre, les menaces dans les villes de province sont plus pesantes que dans la capitale Mexico. » C’est dans ce contexte que Daniela Rea  a décidé de vivre à Mexico. Pourtant même dans la capitale, de nombreux risques existent.

La journaliste mexicaine Daniela Rea (à gauche) accompagnée de la Directrice de la Maison des journalistes, Darline Cothière.

Les problèmes des journalistes sont partout les mêmes

Lors de leurs échanges avec Daniela Rea à la Maison des journalistes, des journalistes de la République Démocratique du Congo et du Zimbabwe ont souligné les points de ressemblance entre leurs pays et le Mexique. Journalistes tués, torturés, sans raison, sans explication. Qui a tué qui et pourquoi ? Souvent, il n’y a pas de réponse. Au cœur de cet univers incertain, il est donc très difficile de conduire des enquêtes.

Au Mexique il existe également un autre obstacle : comme souvent ailleurs, la situation financière des professionnels reste précaire a notamment expliqué Daniela Rea. « Quand on n’a pas de contrat, que l’on est payé si peu au regard des risques pris, cela décourage de vivre de cette vocation ». La vérité devient orpheline de ces défenseurs. Alors, le journalisme alimentaire est survalorisé au détriment de l’investigation.

De même, être femme et journaliste est une difficulté majeure, que ce soit pour travailler mais aussi pour être protégée. « Il faut travailler le double par rapport à un homme », dit Daniela Rea. « Le prix à payer » pour être journaliste au Mexique est rude.

 « L’éternité n’a pas succombé »

Au fil du temps, la journaliste Daniela Rea a ressenti le besoin de témoigner de la souffrance des familles mexicaines touchées par des disparitions aux causes politiques (plusieurs dizaines de milliers de familles sont dans ce cas). Son documentaire intitulé en français « L’éternité n’a pas succombé » traite ainsi du parcours de deux femmes qui ont subi la violence de l’Etat.

La première a vu son mari disparaitre il y a 40 ans, la seconde il y a 7 ans. C’est cette impasse dramatique, faite d’attente et d’espoir, que relate le documentaire :  lorsqu’un être humain disparait, c’est toute une famille qui vit dans l’attente ou dans ledeuil. Avec des conséquences évidentes sur leur vie privée : « il faut dénoncer l’impact social » que cela induit. Pourquoi avoir fait cette enquête en vidéo plutôt que par écrit ? « Car parfois les mots ne suffisent pas, alors j’ai voulu apporter une autre dimension avec un autre langage », celui de l’image et du commentaire pris sur le vif.

Des voix « off » témoignent sur les scènes d’une vie quotidienne où le temps s’étire sur un fond de drame sans fin. Un documentaire aussi étonnant sur le fond que sur la forme.

Daniela Rea fait partie des résistants de l’information et son message est empreint d’humanité et de dignité. L’échange avec les exilés de la Maison des journalistes a permis à tous de confronter leurs destins personnels et de se soutenir en ces moments si difficiles. Non, les journalistes en difficulté ne sont pas isolés et leurs situations respectives se répondent, comme en écho, où qu’ils soient dans le monde.

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Capture d'écran de Take a Breath

Gökkuş : « Je fais passer des sentiments et non des messages »

Capture d'écran de Take a Breath

Réalisateur et journaliste turc réfugié en France, Beraat Gökkuş continue à s’inspirer de sa vie parisienne pour faire des films. Après The Lost Pen, qui a remporté le prix du meilleur réalisateur et le meilleur film SmartFone Flick Fest 2020 (Australie) et le Festival International du Film Africain sur Smartphone, c’est le tour de Take a Breath; un film qui s’inspire du confinement pour traiter de la liberté d’expression. Il est déjà sélectionné pour le festival Super9Mobile (Portugal). Ancien résident de la Maison des journalistes, Beraat répond aux questions de L’oeil de la MDJ. Entretien.

Comment as- tu vécu les deux confinements?

C’est une expérience à la fois étrange, difficile et intéressante. C’est quelque chose que je n’ai jamais vécu. Je pense que c’est le cas pour des millions de personnes à travers le monde. C’était difficile, mais on a eu le temps de nous découvrir nous même. On commence à avoir l’habitude de rester chez soi. C’est intéressant pour quelqu’un comme moi qui sort beaucoup et ne passe que peu de temps à la maison. Sur le plan psychologique c’était dur, notamment avec le fameux « papier de sortie » [attestation de déplacement]. Soudain on sent cette autorité qui nous interdit de sortir “car ce n’est pas bien pour nous”. C’est liberticide comme action. Le second confinement a été encore plus difficile à mon avis. Les gens étaient plus solidaires pendant le premier. C’est ce qu’on a vu avec les applaudissements de 20h qui ont presque disparu pendant le second.

Et l’idée du film?

C’est pendant le second confinement justement. Je vis dans un appartement de 30 mètres carrés. Il fallait donc sortir marcher. Je le faisais chaque jour. Alors que je marchais un après-midi, j’ai remarqué les changements dans les couleurs des arbres. C’était le début du printemps. Il y avait quelques rayons de soleil. Et tout à coup j’ai senti une grande envie d’enlever mon masque, de respirer naturellement et de profiter de la nature. Je voulais me libérer. C’est donc comme ça que l’idée du film m’est venue à l’esprit.

Malgré cette sensation d’étouffement dans le film, il y a un message d’espoir…

Je ne sais pas. Pour moi le film traite d’une question politique : un manque de liberté. Marcher sans masque est devenu une façon de se libérer et d’exercer cette liberté. C’est quelque chose que nous n’avons pas toujours constaté avant la crise du Covid 19 et le confinement. Il y a bien sûr un espoir avec les images et le son. Mais moi ce que je veux faire passer ce n’est pas des messages, mais des sentiments. Une fois ces derniers transmis, c’est à chacun de déduire les messages qu’il veut capter.

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IRAN – Mort de Mohammad-Reza Shajarian, chanteur légendaire militant et engagé

Le plus célèbre chanteur et compositeur iranien est décédé ce jeudi 8 octobre 2020 à l’âge de 80 ans à l’hôpital Jam de Téhéran, des suites d’un long combat contre le cancer. Chanteur, instrumentiste et compositeur engagé, Mohammad-Réza Shajarian a incarné plus que tout autre pendant un demi-siècle la musique traditionnelle et classique iranienne à l’étranger comme en Iran.

Mohammad-Reza Shajarian maître de la musique traditionnelle persane était connu pour ses prises de position publiques contre la répression brutale des manifestations nationales de 2009 et pour sa rhétorique contre le régime.

Très vite après l’annonce de la mort de l’Ostad (qui signifie « maître » en persan), des milliers d’admirateurs de tous âges ont convergé vers l’hôpital Jam de Téhéran où il avait été admis il y a quelques jours dans un état critique, selon des journalistes de l’AFP sur place.

La foule qui s’est rassemblée devant l’hôpital Jam a scandé « Mort au dictateur« , « La télévision et la radio officielles sont une honte« , reprenant le chant de Shajarian lors des manifestations de 2009.

Les forces de sécurité iraniennes ont attaqué les personnes en deuil. Puis elles ont dispersé les foules qui célébraient la vie de Shajarian et protestaient contre la censure de son art et de sa musique.

Le régime a également tenté d’opprimer les voix du peuple iranien en limitant la bande passante de l’internet pendant ces manifestations. Mais certains ont pu poster de courtes vidéos sur les médias sociaux. Une vidéo a été largement diffusée sur les médias sociaux.

Elle montre Shajarian dans sa voiture qui brandit un symbole de paix tout en disant «Mort au dictateur» pendant les manifestations. Malgré les efforts du régime pour soumettre et contrôler l’expression artistique de Shajarian, cette manifestation publique démontre son importance pour le peuple iranien.

https://twitter.com/binam1418/status/1314253597924904963

L’héritage de Shajarian en matière de «solidarité avec le peuple»

Bien que Mohammad-Reza Shajarian soit un artiste iranien légendaire qui a changé le visage de la musique classique iranienne, il était également aimé du peuple à cause de ses discours contre le régime.

Dans une interview accordée à Euronews en 2015, Shajarian avait dit qu’il était populaire pas seulement pour sa musique. Il savait que le peuple l’aimait aussi parce qu’il était aux côtés du peuple, et non de l’élite dirigeante.

«Les artistes doivent faire très attention à leur comportement. La communauté est très intelligente et consciente. J’ai essayé de prendre le parti du peuple. Ma musique est pour le peuple, pas pour les ministres et les hommes d’État.»

Il était également un fervent partisan de la liberté. Dans plusieurs interviews, il a déclaré que les Iraniens finiraient par l’emporter sur le régime. Il avait foi en la force de son peuple pour aller arracher sa liberté.

«La mentalité de la majorité est une priorité par rapport à la mentalité d’une seule personne et finalement, la majorité l’emportera», a-t-il déclaré dans une interview accordée à la chaîne de télévision australienne SBS en 2010.

Dans une autre interview, il a déclaré que «les gens se battront pour ce qu’ils veulent et finiront par réussir.»

Sa musique chantait les rêves de liberté des Iraniens En 2002, Mohammad-Reza Shajarian a déclaré que l’Iran n’avait pas encore connu la démocratie et que sa musique reflétait la douleur et la souffrance du peuple.

«Il suffit de regarder notre histoire. Elle est pleine de guerre, de meurtres, de misère, de pression et de tyrannie. Et nous n’avons toujours pas vu la démocratie. Ma musique reflète cette situation. On ne peut pas demander à la musique de fermer les yeux et de se contenter de s’amuser et de danser. Nous n’avons pas encore atteint le moment d’utiliser ce genre de musique. Pour l’instant, notre musique reflète notre douleur. Tout cela découle de la tyrannie et de l’oppression. Tout notre art a changé pour refléter cela.»

Dans une chanson sortie en 2009, Zaban-é Atache (Langage du feu), il lançait un « Laisse ton fusil à terre mon frère« , compris immédiatement comme un message aux forces paramilitaires qui tirent sur les manifestants. L’artiste avait alors assuré que ses chansons ont toujours un rapport avec la situation politique et sociale du pays, même lorsqu’il chante les poèmes lyriques de Hafez ou Rumi. Boycotté dans les médias contrôlés par les mollahs Shajarian avait l’interdiction d’organiser des concerts depuis 2009. C’est à ce moment qu’il a défendu les manifestants du simulacre d’élection présidentielle des mollahs.

Sa musique a également été interdite de diffusion à la télévision publique, y compris sa célèbre prière du Ramadan, «Rabanna.»

Lors d’une cérémonie en l’honneur du légendaire poète iranien Hafez, en avril 2015, Shajarian a répondu au public qui l’encourageait à chanter.

Il lui a dit: «Je vis dans un pays où, depuis plusieurs années, il m’est interdit de chanter pour mon propre peuple.» En raison de sa popularité massive, le régime n’a pu riposter qu’en interdisant ses concerts et ses albums. Cela n’a fait que le rendre plus populaire.

Après une interdiction de 11 ans, la chaîne de télévision officielle, IRIB TV, a montré son image pour annoncer la nouvelle de sa mort jeudi 8 octobre 2020. Shajarian enterré près de la tombe du poète persan Ferdossi Mohammad-Réza Shajarian a été inhumé samedi 10 octobre dans la ville de Tous, près de la tombe du poète du dixième siècle Ferdossi, auteur de l’épopée persane Chahnameh (le Livre des Rois).

Son corps a été transporté le lendemain dans la ville sainte chiite de Mashhad, capitale de la province du Khorassan-é Razavi (nord-est), où il est né. Craignant de manifestations majeures, le régime a organisé les funérailles de M. Shajarian sous de hautes mesures sécuritaires.

Une foule d’«environ 150 personnes» dont sa famille était présente dans la cour du mausolée lors de l’enterrement. Des milliers personnes se sont rassemblées à l’extérieur, chantant les chansons de l’«Ostad» et regardant la cérémonie sur de grands écrans. Homayoun Shajarian a remercié les participants d’assister à la cérémonie de son père, en dépit «des difficultés».

Maryam Radjavi: son hommage à une voix irréductible en faveur de la liberté et d ela démocratie

Concernant le décès de M. Shajarian, Maryam Radjavi, présidente élue du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI) a déclaré:

«J’adresse toutes mes condoléances au peuple iranien et à la communauté des artistes, à la famille et aux amis de Shajarian pour la perte d’un des plus grands artistes d’Iran. Certes, ses œuvres brillantes lui survivront et s’inscrivent au nombre des trésors inestimables de l’art national. Shajarian a déclaré à plusieurs reprises dans des interviews qu’il faisait face à une dictature qui voulait le soumettre et qu’il refusait de plier. Il ne fait aucun doute que la communauté artistique en Iran et les amoureux de la musique iranienne nourriront davantage ses œuvres, ses enseignements et ses innovations et viendront enrichir les joyaux uniques de l’art et de la culture de notre pays. Sa voix a toute sa place dans le cœur de millions d’Iraniens depuis plusieurs générations et ne peut être réduite au silence. Le régime des mollahs ayant empêché la participation nombreuse aux obsèques de Shajarian, nous continuerons de rendre hommage à cette voix irréductible contre la dictature, jusqu’à sept jours. »

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LIBAN – Guerre et Paix, le symbole de la Beit Beirut

«L’art est le plus court chemin de l’homme à l’homme» – André Malraux


La guerre civile libanaise entre 1975 et 1989 a eu des effets profonds et dévastateurs sur le peuple libanais. Des milliers ont été tués et d’autres sont toujours portés disparus. L’après-guerre n’a jamais pu retrouver le goût d’avant-guerre. Pour réunir les Libanais et permettre de refonder le « vivre ensemble », l’art a servi de lien. Symbole de ce lien entre libanais, le batiment nommé la Beit Beirut, symbole d’une unité difficile à maintenir et ouverte à tous.

Selon Jean-Pierre Klein, ce type d’œuvre dévoile la quintessence de ce que le culturel peut apporter à une société civile: une «entremise destinée à mettre d’accord, à concilier ou à réconcilier des personnes, des partis, des États».

Connaitre le Liban à travers une œuvre d’art aimé et partagé par tous, c’est prendre l’histoire du Liban sous un angle particulier. Le lieu nommé «Beit Beirut» incarne les étapes du développement urbain et social de la capitale libanaise.

Beith Beirut: un symbole historique de la société multiculturelle libanaise

Beit Beirut est un musée vivant témoin de la guerre civile libanaise. Un témoin de la guerre civile libanaise, un héritage qui peut être partagé par les Libanais afin de tirer les leçons du passé douloureux et sanglant.

Sa forme reflète les caractéristiques sociales, culturelles et politiques de la ville. Édifié en 1924 par l’architecte libanais Youssef Afandi Aftimos, puis surélevé en 1932 de deux étages supplémentaires par l’architecte Fouad Kozah, Beit beruth est surnommée la «maison jaune» à cause de son grès ocre employé pour sa construction.

Détruite, reconstruite, témoin des horreurs de la guerre civile alors que ce lieu était devenu un dépôt pour les armes de guerre et un terrain privilégié pour les snipers. Les plaies du bâtiment sont aujourd’hui le symbole des effets psychologiques de la guerre gravée dans le subconscient du peuple libanais.

Il suffit d’un coup d’œil sur le bâtiment pour comprendre la représentation artistique et culturelle entre ses deux bâtiments qui ne font qu’un.

Maquette finale d’avant-projet d’ingénierie de Beit Beirut.

Le bâtiment jaune a résisté aux nombreuses tentatives de démolition des années 1990 grâce à l’appui de la société civile. Finalement, le bâtiment est devenu la propriété de la municipalité de Beyrouth et la décision de démolition a été annulée. Le projet de réhabilitation a conservé ses caractéristiques anciennes, mêlant les cicatrices du temps à la modernité, pour rester un espace ouvert et interactif documentant l’histoire de Beyrouth ancienne et moderne avec une exposition permanente.

Et plusieurs années plus tard en 2006, un projet de réhabilitation est né. La ville de Paris et la ville de Beyrouth ont uni leurs compétences pour atteindre l’objectif souhaité. Selon une approche intégrant préservation patrimoniale et innovante technologiquement, l’immeuble Barakat (du nom de ses propriétaires) est un lieu qui devait devenir un lieu de mémoire, de débat, d’échanges, de rencontres et d’Histoire, à même de réunir les citoyens en un lieu ouvert au public.

Aujourd’hui, la culture se transmet oralement grâce à la musique diffusée sur place, et dont le but est de transformer les vibrations négatives en vibrations positives, étant donné que chaque coin de la place nous ramène à l’époque de la guerre civile libanaise.

Beit Beirut, sa survie dépend-il des décisions politiques ?

L’aventure de ce lieu est comme la ville de Beyrouth, un combat du présent. Cet édifice souffre d’un manque de soutien financier et moral. Jusqu’à présent, aucun comité culturel n’a été nommé pour s’occuper des affaires de Beyrouth.

Ce n’est pas étonnant dans un pays comme le Liban, pays des contradictions et de la procrastination bien connue des services administratifs de la municipalité de Beyrouth. Conséquence, le lieu n’est ni valorisé, ni respecté. Il n’y a presque pas de promotion, que ce soit lors des événements artistiques ou pour d’autres événements. Et que dire de la page Facebook et du site web qui ne sont pas très actifs ?

Désormais, la Beit Berut est fermée au grand public sauf les jours où il y a des expositions d’art. Certains artistes comme Zeina El Khalil ont notamment utilisé la projection vidéo et la sculpture, quitte à désacraliser le lieu.

Car l’objectif de ces artistes libanais, est de «transformer cette ancienne machine à tuer en une plate-forme pour la guérison, la paix et la réconciliation» (agendaculturel, 2017).

L’art comme témoin d’une époque de transition

L’art devient le seul témoin de la réconciliation et la guérison du passé douloureux. Et indirectement, la société libanaise devient dynamique et innovante. Un processus de transformation de l’énergie négative et des éléments de violence et de destruction en énergie positive qui répand l’amour et la paix.

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#Repost @theslowfactory with @get_repost ・・・ On August 4, 2020 two massive explosions erupted in the port of Beirut, Lebanon, destroying homes, businesses, and full city blocks and injuring thousands. So far, 300,000 people are now homeless, 5,000 have been injured and 135 people have died. As more people are being reported missing and buildings keep collapsing, these numbers will likely keep increasing. A state of emergency has been declared and the army will be taking over the city for two weeks. Beyond loss of life and massive wreckage to the city, this explosion has severe consequences for the livelihood of the entire country. Up to 80 percent of the country's food needs are imported in any given year while the port of Beirut handles 60% of all Lebanon imports. With the destruction of the port, access to food, basic necessities, and medical supplies is now close to none. While we need to rebuild Beirut, the explosions are just one example of the mismanagement and negligence of the Lebanese government. Everyone must play a part by holding the Lebanese government accountable, sharing accurate information, donating wherever you can and demanding your country’s officials put international pressure to investigate this disaster. Swipe for more information on how to help >> Follow & support the below >> Domestic workers aid @egnalegna @alinedeloscampos Food relief aid @lebfoodbank @ahlafawda @atfalouna.leb @kafe_be_kafak @foodblessed General relief aid @lebaneseredcross @offre.joie @beitelbaraka @impact.lebanon @baytna_baytak @daleelthawra @lebanonneeds @rebuild_beirut #lebanon #beirut #beirutlebanon

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Beit Beyrout fait partie de nombreux projets à l’ordre du jour, au même titre que le Musée de l’Histoire de Beyrouth (Place des Martyrs), le Musée Archéologique de Beyrouth et la Maison de Fairouz. La réalité libanaise se transforme en activant le travail de ces lieux.

Est-ce que la suppression des effets psychologiques de la guerre civile commence par la destruction de tout ce qui la symbolise, y compris Beit Beirut ?

Après l’explosion du mois d’aout, les symboles d’unité nationale reste primordiale, et selon moi, Beit Berut est tout en haut de la liste.

Toujours debout, icône de la guerre civile, dédiée aux citoyens et à la mémoire, porteuse des valeurs du vivre ensemble avec le reste de la société, témoin de l’histoire architecturale libanaise, témoin d’une guerre qui a enflammée le pays pendant quinze ans et plus. Beit Berut est plus qu’un simple musée ou un haut lieu culturel, c’est la résistance artistique face à la violence au Liban. 

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Cinéma – Le film « Soumaya », un mélange d’émotions et de revendications

Grâce aux rencontres alternatives organisées dans le cours «Politique linguistique à l’égard des migrants» assuré par la professeure Nancira Guénif du département Sciences de l’Éducation à l’université Paris 8 Saint Denis, j’ai pu vivre un moment exceptionnel ce mardi 4 mars 2020 : la projection du film «Soumaya», une histoire vraie, dont les suites judiciaires sont en cours, et pour lequel l’actrice principale est venue à notre rencontre.

Exceptionnelle, car ce moment s’est tenu loin de la sphère universitaire. D’habitude les étudiants et la professeure échangent autour de sujets scientifiques ou des formations professionnalisantes. L’université Paris 8 étant en grève, l’idée de prolonger l’enseignement en-dehors des cours est un moyen de respecter la grève tout en partageant des connaissances liés à notre sujet.  

Pour cette rencontre exceptionnelle, nous étions réunis dans un endroit cinématographique, un lieu conçu pour recevoir des spectateurs. Nous avons eu la chance d’aller au cinéma, au 30 rue Saint-André des arts, dans l’élégant 6ème arrondissement de Paris.

À 13h15, flanqué au fond du mur, un écran géant dans une salle ornée de chaises rouge s’impose à nous, d’ailleurs rien ne gêne la bonne vue des spectateurs. Les lumières sont éteintes, ce qui rend le lieu sombre, doux et calme.

C’est dans ces conditions apaisantes et silencieuses qu’un son nous interpelle, puis l’écran s’est mis à scintiller, à illuminer la salle, prenant toute notre attention. Le film commençait.

https://www.youtube.com/watch?v=yf5zkVG7YnY

Le personnage principal, Soumaya, est cadre dans une société aéroportuaire depuis une dizaine d’années. Elle travaille dans une ambiance chaleureuse, jusqu’au jour où elle apprend son éviction de l’entreprise, à la télévision.

Nous sommes dans la période des attentats, et le secteur aéronautique est particulièrement surveillé. Pour ses employeurs, le fait qu’elle porte le voile en-dehors de son travail est un fait aggravant. Elle fait aussi partie d’un groupe affilié à une mosquée qui aide à l’apprentissage coranique.

Pour ses comportements légaux liés à sa religion, Soumaya est virée pour faute lourde, donc sans indemnité.

Au moment où j’écris ces quelques lignes, Soumaya est en bataille judiciaire contre son ancien employeur.

Je vous invite bien sûr à voir le film « Soumaya ». Soraya Hachoumi, qui tient le rôle de Soumaya, est venue en personne nous présenter ce film. Nous avons pu échanger avec elle et prendre quelques photos.

Le film ne laissant aucune chance aux cœurs fragiles, j’ai moi aussi ressenti beaucoup d’émotions. Le film « Soumaya » est très émouvant. Il m’a tellement bouleversé que je suis vite rentré à la Maison des journalistes pour écrire cet article et rendre hommage à ce que j’ai vu et ressenti. Je n’ai même pas pris le temps de boire un verre d’eau !

Soumaya

Sortie, le 5 février 2020, le film Soumaya dure 103 minutes, réalisé par Waheed Khan et Ubaydah Abu-Usayd, avec comme acteurs principaux Soraya Hachoumi, Sarah Perriez, Khalid Berkouz, Karine Dogliani, Sonya Mellah, Islem Sehili, Majida Ghomari et Assia Ait Abdelmalek.

https://twitter.com/ajplusfrancais/status/1108443841248428032

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Eunice Zunon : la prof de l’humour ivoirien

[CULTURE] Eunice Zunon. Cette frêle jeune fille de moins de trente ans s’est positionnée dans le milieu de l’humour ivoirien, voir africain. Ses vidéos parodient des stars du show-biz et de la politique. Elles récoltent de très nombreuses vues sur les réseaux sociaux. Lucarne sur un talent prometteur.