République Démocratique du Congo : trois présidents, trois vampires et le « hasard »

Trois personnes : Joseph-Désiré Mobutu ; Laurent-Désiré Kabila, dit Mzee, et père putatif de Joseph Kabila. Trois vampires, parvenus au sommet de l’Etat « par hasard ». D’où, par ailleurs, les misères du Congo auquel on a attribué, en moins d’un demi-siècle, trois noms différents. Pour, à chaque fois, monter en épingle un faux changement. Et, du coup, faire durablement assoir des régimes dictatoriaux.

A propos de ce changement, en voici la chronologie : Congo-Kinshasa, 1960-1971 (pour faire la différence avec Congo-Brazzaville ; changement pour le moins justifié) ; Zaïre : 1971-1997 (affabulation sortie tout droit de l’esprit retors de Mobutu ; sans justification qui vaille) ; République démocratique du Congo (RD Congo) : 1997 à nos jours (supercherie de Laurent Kabila, pour occulter, dès ses son accession au pouvoir, son autocratie viscérale).

Voilà pour le décor. Reste l’histoire. Mais, une histoire dont un maillon important manque souvent sur sa chaîne ; il a pour nom : hasard. C’est le mal absolu pour le pays, puisqu’il constitue le moteur de l’ascension de ces trois hommes au pouvoir. Or, ce fait n’a jamais été suffisamment pris en compte sur la déroute de la politique congolaise.

Joseph-Désiré Mobutu : retenu sans casting

C’est Joseph-Désiré Mobutu qui ouvre le bal. Intelligent mais tête brûlée. Il est expulsé, après sa première année d’études, de l’école secondaire catholique de Coquilhatville, aujourd’hui, Mbandaka. En 1950, alors qu’il est âgé de 20 ans, il est enrôlé de force dans l’armée coloniale. C’était la règle, à l’époque, pour éviter la « divagation de la jeunesse dévoyée ».

La suite est connue. Un concours de circonstances veut qu’en 1960, Mobutu se trouve à Bruxelles, aux côtés de Lumumba, pour négocier les termes de l’indépendance du pays. Là, un hasard, encore une fois, fait croiser son chemin avec celui d’un certain Larry Delvin, agent de la CIA, chargé de recrutement. Le Congo est dans le collimateur des Etats-Unis, ces derniers étant empêtrés dans la « guerre froide ». Il leur faut un pion en Afrique centrale. Mobutu est retenu pour la besogne sans casting.

C’est son point de départ, qui favorisera sa réintégration à l’armée, où il sera nommé colonel et, de ce fait, deviendra chef de l’armée. Position qui lui permettra, en 1965, avec l’onction de l’Oncle Sam et de la Belgique, de fomenter un coup d’Etat. Il dirigera le pays, en vassal de l’Occident, jusqu’en 1997. Soit pendant trente-deux ans. A travers un règne dictatorial, scandé par un rare culte de la personnalité, à la limite de la déification.

Bilan : destruction, par pans entiers, des structures socio-économiques héritées de la colonisation belge. Le tout couvert par un fleuve de sang. Il n’y allait ni plus ni moins d’un véritable vampirisme : à la fois élimination d’opposants et dilapidation de deniers publics. Le règne du « léopard » (un de ses surnoms de gloire), par l’effet du matraquage de la propagande, fut des plus nocifs pour le mental du Congolais. Aujourd’hui, le peuple congolais est un peuple apathique. Qui laisse faire… Sinon, il n’aurait pas laissé Joseph Kabila faire allègrement main basse sur la démocratie dix-huit ans durant.

L’itinéraire de Mobutu est rectiligne. On ne voit nulle part où il s’est illustré dans le combat pour l’indépendance du pays, alors que telle fut la préoccupation majeure, à l’époque, de tous les « clercs » (lettrés). Sa rencontre avec Lumumba ou Delvin, à l’analyse, n’était que le fait du hasard dont la suite l’a hissé au sommet de l’Etat.

Laurent-Désiré Kabila : une vie de pacha

Vint le tour de Laurent-Désiré Kabila. Un « Katangais » pur jus. Sa date de naissance reste floue : 1939 ou 1941 ? Peu importe. L’homme est intelligeant. Il termine ses études secondaires à l’Institut Saint-Boniface, à Elisabethville, aujourd’hui, Lubumbashi.

Contrairement au chemin parcouru par Mobutu, dicté exclusivement par le hasard, il se forge un destin. En 1959, son talent oratoire l’aide à s’insinuer dans les milieux de la jeunesse politique, où il joue un rôle de leader. Ainsi du « Balubakat » (ancien grand parti politique du Nord-Katanga) ou du Mouvement national congolais (MNC) de Lumumba. Le nom de Kabila est cité en termes élogieux.

Après l’assassinat de Lumumba, en janvier 1961, et l’échec de la rébellion de Pierre Mulele, en 1965, à laquelle il participe activement, il se retire sur les plateaux du Sud-Kivu. Il y crée un maquis, avec une poignée d’hommes, dans la perspective de venir à bout du régime de Kinshasa. Il donne à cet endroit le nom paradisiaque de « Hewa Bora », en kiswahili « l’air pur ». Au cours de la même année, le mythique sud-américain Che Guevara lui rend visite pour le booster, mais l’homme incline plus à la contrebande qu’à une lutte révolutionnaire.

Ainsi mène-t-il une vie de pacha, entre 1966 et 1997, à travers le trafic de l’ivoire et de l’or. Il élit domicile, à Dar es Salam, en Tanzanie. L’idéal politique, face à la toute-puissance du dollar, a lâché prise…

Pendant ce temps, Mobutu n’est plus en odeur de sainteté des Américains. Ces derniers décident de s’en débarrasser, en 1997, avec l’aide des armées rwandaise et ougandaise. L’opération devant revêtir un caractère national, le nom de Kabila émerge dans l’esprit des comploteurs. C’est ainsi qu’il y est associé, à travers l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), montée de toutes pièces pour la circonstance. Celle-ci marche, en mai 1997, sur la capitale congolaise, faisant du « trafiquant un calife » d’un de plus grands pays de l’Afrique.

Si sa gouvernance est kafkaïenne, sur le plan économique, Laurent Kabila est au moins clairement un vampire, qui porte beaucoup de sang sur les mains. A son actif macabre : le viol et le massacre des sœurs religieuses, à Wamba, en 1965, celui des Hutus rwandais, en 1997, ainsi que l’assassinat de ses compagnons d’armes, Kisase Ngandu et Masasu… Il est assassiné, en janvier 2001, dans des circonstances non élucidées.

N’eût été l’épisode de l’intervention américaine contre Mobutu, ce contrebandier affirmé ne serait jamais parvenu au pouvoir. Le hasard, encore une fois, a joué !

Joseph Kabila Kabange : Président « par défaut »

Enfin, Joseph Kabila Kabange. Il remplace immédiatement son putatif de père, sur décision prise à la hâte par l’armée. Encore en gestation, celle-ci pense que son passage au pouvoir sera rejeté par le peuple. Une façon aussi pour elle d’éloigner tout soupçon sur le meurtre du chef de l’Etat. Ainsi, la désignation du jeune Joseph présenta-t-elle un exutoire parfait, pour l’armée tétanisée. Il devint donc, « président par défaut ».

C’est le plus médiocre, par rapport à ses deux prédécesseurs. Car, il n’a ni la prestance de Mobutu ni la faconde de Laurent Kabila. Ni l’intelligence de l’un ou l’autre. C’est un vrai quidam ! Mais, un manœuvrier, dont l’aspect inoffensif, souligné par un visage poupin, cache un « monstre froid ». Les récents événements tragiques, à travers la marche des chrétiens, à Kinshasa, le démontrent à suffisance. Sa garde prétorienne a tiré sur la foule à balles réelles.  Massacre auquel il faut ajouter la découverte des fosses communes, un peu partout, sans compter plusieurs cas de disparitions et d’assassinats ciblés.

Son bilan socio-économique est tout autant médiocre. Marqué par la corruption, le clientélisme et le farniente, son règne a plongé le pays dans une misère indescriptible. Coiffée de son bonnet d’âne, la Rpublique Démocratique du Congo a occupé, en 2017, l’avant-dernière place au classement des pays les plus pauvres de la planète.

Ici, le hasard a brutalement imposé un « homme venu de nulle part » ! Un vampire !

Défauts de la cuirasse

Faut-il plus pour démontrer que c’est le « hasard », coup sur coup, qui a présidé à l’arrivée au sommet de l’Etat de ces trois présidents successifs ? Et que c’est dans les plis de celui-ci que se cachaient et continuent de se cacher les défauts de la cuirasse, à la base du « mal congolais » ?

Pourtant, dans ses définitions, le mot hasard n’endosse pas que le sens négatif. Il laisse également entendre la survenance d’un événement heureux. Tel n’est pas le cas pour la RD Congo. Ce mot devra être pleinement compris, en fonction du résultat de la gestion du pays pendant un demi-siècle, dans son sens négatif : un « mauvais concours de circonstances ».

L’analyse montre que c’est ce « mauvais concours de circonstances » qui a porté à-bras-le corps Joseph-Désiré Mobutu, Laurent-Désiré Kabila et Joseph Kabila Kabange au pouvoir. Or, « sur la route du hasard, il y a plus de chance de rencontrer un diable (muzimu) qu’un envoyé des dieux (musangu) », proclame un proverbe de l’Afrique centrale. C’est tout dire.

Avec les yeux de la superstition, il y a même lieu de voir et de conclure qu’une « chaîne de malédiction » s’était formée pour charrier au pouvoir les personnes issues d’un même pedigree : celui des vampires. Trois personnes, curieusement, liées par les mêmes prénoms : « Désiré », prénom porté à la fois par Mobutu et Kabila père, d’une part, et « Joseph », prénom porté à la fois par Mobutu et Kabila fils, d’autre part. Curieuse homonymie !

EN SAVOIR PLUS SUR CE THÈME

RD Congo – En cas de guerre, le Rwanda va nous broyer

Actuel coordonnateur de la plateforme politique LAMUKA, Adolphe Muzito, a mis les pieds dans le plat. En envisageant de faire la guerre contre le Rwanda, pour le retour de la paix à l’est de la RD Congo, à l’initiative de de cette dernière, il a soulevé une question à la fois lancinante et thérapeutique. C’était au cours d’une conférence qu’il a tenue, lundi 23 décembre à Kinshasa.

Pour la conscience collective congolaise, le Rwanda constitue la source principale de grands maux dont souffre le Congo, depuis plus de vingt ans. Pour en finir avec ce calvaire, il faudra absolument, selon Muzito, que les deux pays croisent le fer.

Mais cet homme politique, qui compte parmi les grandes pointures de la scène congolaise, ne s’est pas laissé emporter par un lyrisme populiste. Certes, il a évoqué la guerre, mais aussi le temps pour la réforme d’une armée en lambeaux.


Il est apparu (à l’exclusion de tout sondage à caractère scientifique) que l’idée de faire la guerre au Rwanda était l’idéal pour la restauration de la paix à l’est du pays…


«Si vis pacem para bellum», clame une expression latine. Autrement dit, «si tu veux la paix, prépare la guerre».

Le fond du discours du leader de LAMUKA s’intègre, en partie, dans cette logique. Pour ce faire, le va-t’en-guerre congolais s’est répandu dans toutes les directions.

Il s’est appuyé, notamment, sur l’aspect finance. Car, réformer une armée, tel qu’il le préconise (pour s’engager dans une guerre préméditée), implique beaucoup de moyens à disposition: capacités didactiques dans le domaine militaire et autres; armement moderne, temps de réarmement, moral… argent liquide. Moyens que la RD Congo n’a pas, pour le moment, et qu’elle n’aura certainement pas, à moyen terme.

Quoi qu’il en soit, la proposition de Muzito a plu à la majorité des Congolais. Dès le lendemain, les réactions ont fusé de partout. La diaspora congolaise n’a pas été en reste. Il est apparu (à l’exclusion de tout sondage à caractère scientifique) que l’idée de faire la guerre au Rwanda était l’idéal pour la restauration de la paix à l’est du pays, mais aussi en vue de la réappropriation de la souveraineté nationale confisquée. Autant que pour venger de nombreuses humiliations que le régime en place à Kigali continue d’infliger au peuple congolais.

Epouvantail à moineaux

Les enjeux sont sur la table, comme on dit. Mais si, par hypothèse, cette guerre advenait quelles qu’en soient les circonstances, la RD Congo tiendrait-elle devant l’armée rwandaise ? Question pertinente.

La réponse est non. A moins que le peuple congolais cesse ses divisions mortifères.

A ce propos, l’Histoire nous en dit long. Ce ne sont ni les dimensions géographiques, ni l’importance démographique d’un pays, qui conditionnent la victoire dans une guerre. Et encore moins les ressources financières faramineuses dont il disposerait. Le secret est dans l’unité et la détermination d’un peuple, forteresse inexpugnable des ressources morales qui soutiennent un soldat face à l’ennemi. Surtout quand la cause est juste.


La victoire dans une guerre n’est liée ni au nombre, ni à la puissance des armes, et encore moins à l’intervention de la richesse d’un pays.


«Un soldat sans moral est un épouvantail à moineaux», disait le général vietnamien Nguyên Giap.

Pour étayer notre thèse, évoquons très brièvement deux cas que l’Histoire raconte, lesquels ne manquent pas du piquant. En premier lieu, il s’agit de Numance, une petite ville de l’Espagne antique. Elle résista durant vingt ans, au IIème siècle avant notre ère, face à la puissante armée de conquête romaine.

Cette ville finit par tomber, grâce à des pratiques militaires peu honorables utilisées par le fameux général romain, nommé Maximilien. Il ordonna l’encerclement de Numance, sans laisser aucune possibilité d’approvisionnement en vivres pour ses habitants, pendant plusieurs mois. Nombreux d’entre eux décédèrent par inanition et le reste finit ainsi par se rendre. Avec honneur !

Le deuxième cas, beaucoup plus emblématique, est celui qui se rapporte à la Bataille des Thermopyles, en 480 av. J.-C. L’Empire perse sous Xerxès 1er s’est mis à cœur d’envahir la Grèce, c’est-à-dire les cités réunies d’Athènes et de Sparte. La bataille fut âpre entre dix mille soldats perses (appelés Immortels) contre trois cents combattants grecs, sous le commandement du roi Leonidas. L’enjeu de la bataille: le défilé des Thermopyles, un passage étroit, qui commandait l’accès à la Grèce centrale.

Les «Immortels» furent écrasés comme des mouches par la vaillance de trois cents hommes de Leonidas. La victoire était certaine pour les Grecs, s’il n’y avait eu cas de trahison. En fin de compte, les Perses l’emportèrent, mais sans gloire.

Dans l’histoire contemporaine, sous nos yeux, la puissante Amérique de Trump est en train de plier bagages en Afghanistan, la queue entre les pattes. Après vingt ans d’engagement militaire sans succès contre des groupuscules islamistes.

Ces exemples montrent, en général, que la victoire dans une guerre n’est liée ni au nombre, ni à la puissance des armes, et encore moins à l’intervention de la richesse d’un pays. A l’exclusion, bien sûr, de l’utilisation des armes nucléaires.

Kagame : figure tutélaire

La perspective de guerre entre la RD Congo et le Rwanda, du moins pour le moment et peut-être dans dix ans, entre dans ce cadre. Rien de comparable entre les deux grandeurs, en ce qui concerne leurs dimensions géographiques autant que leur importance démographique.

La RD Congo est, géographiquement, quatre-vingt-neuf fois plus grande que le Rwanda (2.345.000 km² contre 26.338 km²). Pareil pour la démographie dont le premier pays est huit fois plus grand que le second (presque cent millions d’habitants contre douze millions d’habitants).


Les critiques qu’on soulève contre le chef de l’Etat rwandais sur sa dérive autoritaire est indéniable, mais le reste n’est pas si négatif.


Cet ordre de grandeur s’inverse totalement lorsqu’il s’agit de mettre en balance la qualité de l’armée rwandaise et celle de la RD Congo. Pour le moment, le pays de Kagame possède une armée capable de rivaliser avec les armées tchadienne et angolaise. Les deux armées bien organisées et classées en ordre utile, en Afrique subsaharienne, en termes de qualité d’hommes et d’armement. A part l’Afrique du Sud.

Le soldat rwandais est aguerri. C’est quelqu’un qui connaît le chemin des combats, depuis la prise de Kigali en 1994. Ils sont en majorité de l’ethnie tutsie, déterminés à défendre leur droit d’être Rwandais et de vivre dans ce pays en tant que tels. Ils se reconnaissent tous en Kagame, leur figure tutélaire. Et ils sont prêts à mourir pour lui, et pour le Rwanda.

Les critiques qu’on soulève contre le chef de l’Etat rwandais sur sa dérive autoritaire est indéniable, mais le reste n’est pas si négatif. Le Rwanda est en train de se construire sur l’unité de tous les Rwandais, hutus, tutsis et twas.

Ainsi donc qu’il s’agisse d’aujourd’hui ou d’une période de dix ans après, en attendant que la RD Congo se réveille, la guerre contre le Rwanda serait un coup de poker. Aujourd’hui, les troupes rwandaises feraient une promenade de santé, de Goma à Kinshasa.

Dans dix ans, elles entreprendraient la même partie de plaisir, car, Kagame ou ses successeurs auront démultiplié, par dix, la force de frappe de l’APR (Armée patriotique rwandaise). A moins que…

Un effet placebo

Et, alors ? Était-t-il excessif d’utiliser le terme «broyer» dans notre titre ? Que nenni. Loin d’être un jugement de valeur (subjectif), la réflexion livrée ci-haut relève d’une preuve empirique acceptable.


On ne peut parler de réforme de l’armée sans envisager la reconstitution de l’Etat.


Pour le moment, le Rwanda est une puissance militaire en Afrique des Grands Lacs, alors que l’armée congolaise ressemble à une cohorte, couverte d’oripeaux puants, puisqu’uniquement guidée par les intérêts personnels. Sans référence morale.

En cas de guerre, personne n’acceptera de mourir pour Kabila. Ni pour personne d’autre, d’ailleurs, puisque l’Etat n’existe plus. L’Etat -s’il faut le nommer- dont le «sommet illusoire» constitue une caverne d’Ali Baba. Muzito l’a apparemment oublié. On ne peut parler de réforme de l’armée sans envisager la reconstitution de l’Etat.

Tout compte fait, l’adresse du leader de LAMUKA a eu le don de créer un effet placebo dans la conscience du peuple congolais, humilié depuis des lustres par le Rwanda. Par cette simple idée d’évoquer le mot «guerre» contre ce pays, plusieurs Congolais ont chantonné l’hymne national: «Debout Congolais». Thérapeutique !

Cependant, l’avertissement doit rester de mise: la guerre, c’est la guerre. On sait quand elle commence, on ne sait jamais quand elle se termine. Parler «d’annexer le Rwanda» était fort imprudent de la part du coordonnateur de LAMUKA, puisque si les rapports de force ne venaient à s’équilibrer, c’est plutôt le Rwanda qui annexerait le Grand Congo.

Par Jean-Jules Lema Landu, journaliste congolais, réfugié en France 

D’autres articles de Jean-Jules LEMA LANDU

Guinée: le troisième mandat présidentiel, un virus contagieux en Afrique

Plusieurs présidents de pays africains souhaitent changer la Constitution Nationale de leur pays… pour briguer un troisième mandat présidentiel. L’exemple russe Poutine – Medvedev, repris en République Démocratique du Congo par le duo Kabila – Tshisekedi, ne fait pas d’émule en Afrique, au contraire.

En Guinée, le président Alpha Condé, pourtant opposant de longue date aux dictatures, se laisse lui aussi tenter par ce troisième mandat. Au risque d’embraser les foules déterminées à faire respecter la Constitution pacifiquement.


Comment un Alpha Condé, opposant historique qui dénonçait avec tant de vigueur ses prédécesseurs, peut-il se rabaisser à ce point alors qu’il a plus de 80 ans?


Dans son discours du jeudi 19 décembre 2019 à la télévision nationale R.T.G, le président Alpha Condé a expliqué aux guinéens qu’il soumettra à referendum le projet d’une nouvelle Constitution.

En effet, le ministre de la justice a déjà supervisé la nouvelle version de la Constitution. Et le texte a déjà été envoyé au président de l’Assemblée Nationale, puis à la Cour Constitutionnelle, qui selon le ministre de la justice, a rendu un avis favorable.

Comment un Alpha Condé, opposant historique qui dénonçait avec tant de vigueur ses prédécesseurs, peut-il se rabaisser à ce point alors qu’il a plus de 80 ans?

Les conséquences d’un troisième mandat en Guinée aura un écho en Afrique

Si le troisième mandat présidentiel passe en Guinée, il est certain que la Côte d’Ivoire et le Sénégal emboiteront le pas, car ils ont déjà des velléités allant dans ce sens.

En Côte d’Ivoire, la déclaration d’Alassane Ouattara est claire: il veut se représenter en 2020.

De même, le mandat d’arrêt émis contre son opposant politique Guillaume Soro est un autre exemple.


Le Président Alpha Condé associe la mascarade déguisée sous le label de «consultation». Mais ce n’était qu’une manœuvre dilatoire (processus tendant à gagner du temps) destinée à servir d’alibi pour légitimer le coup d’Etat Constitutionnel en Guinée.


Au Sénégal, le fils de l’ancien Président Karim Wade est toujours en exil. Sans oublier l’emprisonnement des opposants politiques du Président sénégalais Macki Sall.

Aujourd’hui, même libre, l’ancien maire de Dakar, Khalifa Sall, reste inéligible au regard de la loi sénégalaise.

Libre Parole au journaliste M.B Bah


« Nous dénonçons une injustice, nous défendons les droits constitutionnels… Conséquence, nous sommes parmi les plus opprimés.


En Guinée, tous les massacres qui ont eu lieu au cours des dernières années, ainsi que la plupart des conflits sanglants sont liés à des situations politiques et/ou ethniques.


Les victimes sont les mêmes depuis toujours, tandis que les détenteurs de forces publics sont les bourreaux.


Depuis 2010, une centaine de jeunes a été assassinée sans qu’aucune enquête ne soit diligentée.


Je m’intéresse aux Droits de l’Homme et l’indignation est grande.


Je suis toujours ému en regardant les archives historiques qui montrent quarante années de lutte. »

Bah M.B, journaliste guinéen en exil

Alpha Condé associe la mascarade déguisée sous le label de «consultation». Mais ce n’était qu’une manœuvre dilatoire (processus tendant à gagner du temps) destinée à servir d’alibi pour légitimer le coup d’Etat Constitutionnel en Guinée.

Le FND (Front National pour la Défense de la constitution) organise une marche le lundi 6 janvier 2020 et une série de marches continue à partir du 13 janvier. L’objectif est de protester contre le projet d’une nouvelle Constitution ainsi qu’un troisième mandat pour Alpha Condé.

L’opposition annonce son intention de boycotter et d’empêcher la tenue de l’élection législative prévue pour février 2020. Elle exige par exemple la fin des communales et communautaires par l’installation de chefs de quartiers et de districts.

Pour éviter de nouvelles violences, en prélude aux marches pacifiques appelées par le FNDC, il est important de protéger le droit de manifester pacifiquement.

Selon le site visionguinée.info, Alpha Condé interdit toutes les manifestations dans les zones minières. «Toute manifestation qui sera faite subira la rigueur de la loi.»

Cette interdiction annonce un climat tendu entre pouvoir, opposition et FNDC. Pourtant, manifester pacifiquement est un droit fondamental en Guinée : article 10 de la Constitution.

D’autres articles sur l’ Afrique

RD Congo: notre maison brûle, Kabila et Tshisekedi s’en moquent

Quand notre maison brûle, c’est parmi ce qu’il y a de plus grave dans la vie. La RD Congo est en train de brûler. Et de se consumer. Demain, si les Congolais ne font attention, il n’en restera plus que d’amas de ruines fumants. Le grand feu a été mis sur ce domaine immensément riche, mais dont les propriétaires sont comme ensommeillés, le 24 décembre 2018.

C’était le jour fatal, au cours duquel Joseph Kabila, en plein jour, passait la torche de pyromanie à Félix Tshisekedi.


«Il y a une étrange satisfaction à toucher le fond du désespoir; l’excès du malheur procure une espèce de sécurité, havre de grâce pour l’âme naufragée qui n’ose plus croire.»

Julien Green


Une partie du peuple fanatisée, militants de l’UDPS (parti présidentiel), festoyait avec ses tripes. Ivre de la duperie dont elle était l’objet de la part de Kabila. L’autre partie, sans doute consciente de la dérive en cours, demeure à ce jour dans l’incompréhension.

Mais, depuis, on assiste à une division du peuple, en deux camps qui s’affrontent. Ils en sont aujourd’hui à l’usage du verbe et de quelques actions repréhensibles: injures, imprécations, brutalités de chiffonniers (jusqu’à brûler les effigies de Tshisekedi, par les kabilistes, et vice-versa).

Demain, que sait-on ?

Toutefois, l’hypothèse penche à y voir un engagement corps-à-corps, par paliers successifs, jusqu’à une guerre civile. La brèche est déjà largement ouverte, pour cette phase ultime.

C’est, il faut l’avouer, le plus grand fait d’arme, la plus grande œuvre d’intelligence machiavélique jamais réalisée par le «raïs» du Congo et ses affidés.

Contrairement au dictateur Mobutu, en dépit de tout, celui-ci effectua un chemin inverse: l’unité du peuple. Il faut lui en savoir grandement gré.

L’Afrique noire est-elle maudite?

Qui en douterait, alors que Kabila est le seul chef d’Etat africain -de la race de vipère-, à défier la logique triptyque de «trois E»: Emprisonnement, Exécution, Exil.

Tel n’est-il d’ailleurs pas l’héritage inaliénable des dictateurs?


L’année 2019 doit être considérée comme une année blanche. Presque sans gouvernement…


Mugabe du Zimbabwe l’a échappé belle, à cause sans doute de son passé glorieux, en qualité de père de l’indépendance de son pays. Tout comme, pour échapper à un des châtiments décrits ci-dessus, le «raïs» trouve encore son salut dans la division du peuple.

Certes, il existe l’autre versant de l’histoire, qui ne manque pas d’éclat. Il s’agit de ce que nous pourrions appeler le «Panthéon africain» -Mémorial imaginaire-, où resteront à jamais inscrits en lettres d’or les noms des héros, tels Nyerere (Tanzanie), Mandela (Afrique du Sud) ou Chissano (Mozambique)…

Y compris tous ces dignes fils du continent, fauchés à l’aube de leur vie politique qui promettait d’être magnifique, comme Lumumba (RD Congo), Cabral (Cap Vert) ou Sankara (Burkina Faso)…

De génération en génération ! Est-ce à cause de ce sang noble, versé innocemment par les méchants, que Serge Michailof et Alexis Bonnel ont pensé que le continent constituait de «dangereux chaudrons où bouillonnent misère et frustrations?»

Ils l’ont dit dans leur ouvrage intitulé «Notre maison brûle au sud».

Est-ce à cause de ce sang-là, encore une fois, que Moussa Konaté s’est résolu à écrire, sans fard, «L’Afrique noire est-elle maudite?»

Questions pertinentes s’il en est ! De fait, c’est comme s’il y avait malédiction quelque part.

Le cas de la RD Congo, à tout le moins, serait en train de l’illustrer. Avec un certain brio. Car, pendant que «leur maison est en train de brûler», les leaders politiques congolais, eux, se paient de mot et ne se préoccupent que de leur avenir pour les prochaines échéances électorales, prévues en 2023.

L’année 2019 doit être considérée comme une année blanche. Presque sans gouvernement… celui-ci n’ayant joué que le rôle de figurant depuis qu’il a été mis en place, du fait de la dualité toxique dont il est l’émanation: la coalition FCC-CACH.

C’est dans ce contexte désolant que nous voyons Tshisekedi sortir pour parler au peuple; Fayulu envisage son retour à Kinshasa, transporté triomphalement en chef coutumier, promettant d’annoncer une formule-panacée en cette fin décembre; Moïse Katumbi se voue à la création d’un parti prophétique susceptible d’amener la RD Congo en Terre promise, à l’instar de Moïse biblique…

Kabila dictera sa «réapparition», dans ses linceuls en haillons, obstiné à revivre coûte que coûte. Misérables!

Habari

Nouveau nerf sensible

Qu’a-t-il dit, Tshisekedi, vendredi 13 décembre? En réalité, rien de valable. Sous d’autres latitudes, le discours sur l’état de la Nation est un moment idyllique. C’est un moment de communion intense, où le chef communique à son peuple le «substrat» de la marche de la nation: ce qui a été fait, ce qui est en train de se faire et ce qui se fera. Concrètement. Pas en termes de campagne électorale.

Dans la situation singulière de la RD Congo, le peuple s’attendait à toucher du doigt un «nouveau nerf sensible» dans les propos du président de la République, propre à rompre avec le passé néfaste kabiliste et à impulser une nouvelle donne pour des lendemains meilleurs.

Les Congolais, en dépit du spectacle truculant dont on a voulu dédier à la circonstance, n’ont finalement eu droit qu’à une logorrhée, de presque trois heures. Une sorte de «marronnier», en langage journalistique, c’est-à-dire des choses simples, répétitives, que tout le monde connaît.

Où a-t-il jeté la question de Minembwe ?

Où a-t-il enfoui les pistes de la disparition des quinze millions de dollars, volés par son cabinet ?

Où a-t-il caché les restes du Tupolev et personnes qui s’y trouvaient ?

S’était-il justifié des accusations sur ses manigances avec Museveni, à propos de la dette que la RD Congo réclame à l’Ouganda, à titre de dommages sur le massacre que les troupes de ce dernier pays ont perpétré dans la ville de Kisangani ?

Avait-il oublié que les minerais dont il a longuement parlé sont entre les mains de Kabila ?

Voilà, la philosophie de malheur d’un président qui ne veut pas «fouiner»… Le peuple congolais n’est pas si bête qu’on le croit. Encore une fois, Tshisekedi a raté l’occasion de se disculper et, par ricochet, de redresser la barre. Il est dos au mur.

Les politiques congolais sont tous médiocres

Il en est de même de Fayulu, de Katumbi, de Bemba et compagnie. Ils n’ont d’yeux qu’à leurs propres intérêts. La bataille qu’ils engagent, pour les échéances qui se profilent en 2023, n’augure rien de bon, tant ils sont tous médiocres.


Nous sommes passés de l’image de la «maison qui brûle» à celle «du fond de l’eau».


Car, l’essentiel, pour le moment, était d’affaiblir Kabila et de neutraliser sa capacité de nuisance. Or, ce dernier, tel un phénix de la mythologie grecque, vient de renaître de ses cendres. Ce n’est point pour amuser la galerie. Il est en train de poursuivre un but: celui de récupérer son trône. A tout prix.

Nous ne cesserons de le répéter. Ceux qui voient la chose autrement se trompent. Alors, à quoi servent discours et mouvements de repositionnement auxquels nous assistons? Quelle est la part du peuple qui, aujourd’hui, a touché le fond, se trouvant au plus mal? Rien du tout.

Curieusement, il se tait. Tranquille. C’est comme s’il faut approuver cette pensée «terrible» de Julien Green qui dit: «Il y a une étrange satisfaction à toucher le fond du désespoir; l’excès du malheur procure une espèce de sécurité, havre de grâce pour l’âme naufragée qui n’ose plus croire.»

Nous sommes passés de l’image de la «maison qui brûle» à celle «du fond de l’eau». Sans solution apparente pour le peuple congolais. Dommage ! C’est, en parallèle, tout le sens d’un faux anniversaire, 24 décembre 2019, sur lequel nous avons volontairement mis un black-out. Puisqu’il n’en est pas un.

 Par Jean-Jules Lema Landu, journaliste congolais, réfugié en France

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