Entrées par Guillaume Luer

Pascal Brice: « Tant que nous n’aurons pas une politique migratoire européenne digne de ce nom, la politique du droit d’asile restera sous pression. »

Ce lundi 14 octobre, il y a foule dans l’Amphi 4 de la Sorbonne pour accueillir Pascal Brice, ancien directeur de l’OFPRA et auteur du livre « Sur le fil de l’asile » paru chez Fayard. Il va s’exprimer pendant plus d’une heure au sujet de  l’accueil des réfugiés en France et en Europe, et plus particulièrement l’asile politique. C’est aussi une rencontre entre monde diplomatique et académique.

Pascal Brice © Camille Millerand

Contrairement aux précédentes interventions publiques de Pascal Brice relayées sur notre média, le directeur de l’OFPRA a quitté ses fonctions, c’est donc le citoyen qui nous parle.


OFPRA, Pascal Brice: « Je ne connais qu’une réponse: l’accueil, l’humanité et la rigueur »


​Durant cette allocution, il va dresser plusieurs constats: l’Union Européenne est désunie sur l’immigration et cela a des conséquences négatives pour les européens et les migrants. De plus, le droit n’est que partiellement appliqué.

L’explosion migratoire, la crise syrienne et les défaillances de l’Europe : 2015, année du chaos

Depuis 1946, le droit d’asile est inscrit dans la Constitution française. Il est même considéré comme un droit fondateur de la République française. Sa directive inclut une protection juridique et administrative aux migrants ainsi qu’une procédure définie par le Conseil Constitutionnel.


« Le citoyen peut être bouleversé par l’ampleur de la catastrophe humanitaire, mais le directeur de l’OFPRA agit en fonction d’un cadre juridique. »


En 2014, la Méditerranée devient la route principale de l’exil et les européens découvrent avec effroi les nombreux morts par noyade. L’année suivante, les demandes d’asile explosent: tandis que la Turquie reçoit de l’argent par l’Union Européenne pour prendre en charge 3 millions de réfugiés, l’Europe agit en ordre dispersé.

Camp de réfugié le long du canal de la Vilette proche de la rotonde de Stalingrad – Hiver 2017 © Valentine Zeler

En 2015, l’Allemagne accueille un million de réfugiés tandis que la France se limite à 120.000 personnes.

« La Grande Bretagne quant à elle ferme ses frontières au mépris de toutes les conventions signées, y compris celle de Genève. L’Europe de l’est suit la tendance britannique. »

Parmi eux, certains subissent les passages de milliers réfugiés comme l’Autriche.

Des difficultés d’organiser le droit d’asile

« Le citoyen peut être bouleversé par l’ampleur de la catastrophe humanitaire, mais le directeur de l’OFPRA agit en fonction d’un cadre juridique. » Or, la convention de Genève et les autres traités internationaux dédiés à l’immigration sont mal appliqués.

« On est loin des exigences » rappelle-t-il. « Tant que nous n’aurons pas une politique migratoire européenne digne de ce nom, la politique du droit d’asile restera sous pression. »

Quelle est la capacité des européens à  faire face aux questions migratoires ? « Il faut avant tout éviter le catastrophisme car l’argument se transforme en chantage. Essayons d’être bienveillant et d’appliquer le droit. »

Ce droit, Pascal Brice a essayé de l’appliquer dès sa prise de fonction en décembre 2012. Il constate que l’OFPRA a accordé le droit d’asile à 9% des demandeurs en 2012. Les 91% qui ont été refusés peuvent demander un appel devant la Cour Nationale du droit d’asile. Parmi ceux qui ont fait cette nouvelle demande, 12% était admis. Ainsi, il y avait plus de demandes accordées par le juge que par l’OFPRA. « Cette situation était anormale. Comment l’oganisme indépendant qui valide les demandes peut valider un chiffre inférieur de régularisation par rapport à un juge qui tranche en appel ? »

Pascal Brice a décidé d’agir. « Ce n’est pas la question d’être sympa ou non, c’est la rigueur de l’application du droit. Nous avons à la fois codifié ‘le bénéfice du doute’ et ‘la crédibilité des craintes’ par rapport à un récit mal construit » souligne-t-il. 

En outre, la vigilance vis-à-vis de potentiels terroristes est impérative. « Même si c’est vraiment infime, la menace est bien réelle ».

Comment organiser l’arrivée des migrants ? Hotspot versus Externalisation

Pour Pascal Brice, « deux choix s’offrent à l’Europe. »

La seule solution viable à ses yeux est la création d’hotspot. Un hotspot est situé aux frontières de l’espace Schengen. Il a pour mission d’accueillir dignement tous les migrants et de lancer leurs procédures administratives.

Camp de la Moria à Lesbos en Grèce – Photographie Mortaza Behboudi

Durant le temps de traitement, les migrants ne sont plus libres de circuler, c’est un centre fermé. Une fois la décision rendue, ils sont soit raccompagnés à la frontière ou bénéficient d’une aide de réinstallation fournie par le HCR, soit ils obtiennent un statut de réfugié ou une carte de séjour.

Il existe certains camps comme celui de la Moria à Lesbos en Grèce où notre journaliste Mortaza Behboudi a travaillé plusieurs mois. Mais dans les faits, ces centres sont relativement inhumains et les drames se succèdent.

L’autre solution a été proposée dès 2003 par plusieurs dirigeants européens comme Sivio Berlusconi en Italie, José Maria Aznar en Espagne ou Tony Blair en Angleterre. Elle consiste à externaliser les demandes d’asile aux pays frontaliers comme la Lybie. « Mais outre les difficultés de mis en place, il est évident qu’on est loin des critères d’accueil signés dans les traités internationaux. »

Pour Pascal Brice, cette solution d’externalisation est mauvaise.

L’impact important et très négatif du traité de Dublin

Le traité de Dublin impose une demande dans le premier pays où le migrant est arrivé. Conséquence, les pays du sud de l’Europe reçoivent la plupart des demandes.

« Durant des années, ce traité était resté bien enfoui dans un fond de tiroir de l’Union Européenne. Quand il a dû être appliqué, cela s’est accompagné d’un certain laxisme » se souvient Pascal Brice, un brin désabusé. A cette époque, la police des frontières laissait plus ou moins passé les migrants aux frontières greques ou italiennes. Mais l’arrivée du gouvernement italien d’extrême droite de Matteo Salvini a changé la donne.

Pascal Brice se rend régulièrement à Calais pour rencontrer des migrants et les persuader de quitter la « jungle » ou  du moins établir un dialogue. S’y rendant en 2018 comme chaque année, il se rend compte que les 400 migrants venu l’écouter ont systématiquement été enregistrés dans le pays d’arrivée. Il est donc impossible pour eux de demander leur statut en France tant que l’Italie n’a pas statué sur leur cas.


« Les citoyens des pays d’accueil constatent cette inactivité alors que les migrants sont nourris et logés au frais de l’Etat du pays d’accueil. Cela renforce la xénophobie. »


Le premier pays européen où arrive le migrant est donc obligé de déclencher une procédure d’accueil. Tant que la réponse n’est pas donnée, le migrant ne peut pas entreprendre d’autres démarches administratives. C’est donc les pays frontaliers qui endossent les demandes d’asile. 

Quant aux pays qui ne sont pas frontaliers, ils refusent de prendre les demandes de migrants se réfugiant derrière la loi de Dublin. La France a aussi joué ce jeu qui fait le lit des nationalistes xénophobes.

Pour résumer sa colère, Pascal Brice souligne « non seulement le manque de solidarité entre pays d’arrivée et pays de destination », mais aussi l’inactivité imposée aux migrants durant des périodes allant jusqu’à 18 mois. « Les citoyens des pays d’accueil constatent cette inactivité alors que les migrants sont nourris et logés au frais de l’Etat du pays d’accueil. Cela renforce la xénophobie. »

La dissuasion et la reconduite à la frontière

Il ne faut pas que les conditions sociales soient trop bien pour les migrants sinon ils viendront tous !

Cette phrase maintes fois entendues n’est pas du tout recevable pour Pascal Brice. « D’abord parce que les gens viennent quand même, mais en plus ils sont mal accueillis, dans des conditions très difficiles qui renforcent les incompréhensions de part et d’autres ».


« Le droit d’asile n’est pas qu’une politique migratoire, c’est un droit politique.« 


L’asile doit être garanti comme le stipule le droit européen dans le respect de l’ordre public. Ni plus, ni moins. C’est inscrit dans la Constitution française et c’est notre devoir de Nation.

Pascal Brice: « Réformer le droit d’asile est indispensable mais cela ne suffira pas »

Au fil de l’exposé, on comprend que la politique migratoire est non seulement inefficace mais aussi dangereuse, aussi bien pour les migrants que pour les européens. Pascal Brice ajoute: « Le droit d’asile n’est pas qu’une politique migratoire, c’est un droit politique. »

Il est donc nécessaire que ce problème soit pris de manière collégiale au sein des pays qui appliquent la libre circulation du traité de Schengen. Les répartitions deviendraient plus équitables. Alors qu’au contraire, chaque pays réfléchit pour lui-même. Dès lors, on constate le retour implacable des frontières entre chaque pays. 

L’autre point, c’est la stricte application du droit. Le droit des migrants se confond de plus en plus avec ceux des réfugiés politiques. Beaucoup de migrants ne correspondent pas à ces critères. Ils n’auront même pas de carte de séjour.

Quid des expulsions.  

« Nous avons pris la mauvaise habitude de s’habituer au fait que le droit est plus ou moins appliquée ». Parfois l’expulsion est impossible mais quand c’est le cas, c’est rarement effectif.  « Les conséquences sur la montée des xénophobies européennes sont dévastatrices pour le vivre ensemble. »

Et la régularisation de masse ? « C’est un aveu d’échec. »

Comment la France accueille administrativement les migrants?

Chaque pays européen a un processus d’accueil spécifique. Certains camps comme Lesbos en Grèce sont dirigés par le HCR (Haut-Commissariat aux Réfugiés).

  • En France, les migrants s’inscrivent sur la plateforme PADA (Plateforme d’Accueil de Demandeurs d’Asile) qui leur demande le relevé d’état civil.
  • Ils obtiennent alors un rendez-vous « au guichet unique ». Ce guichet est géré par la préfecture et par l’OFII (Office Français de l’Immigration et de l’Intégration).
  • Soit ils sont dans le cadre de la procédure Dublin et doivent attendre la décision du premier pays par lequel ils sont passés, soit se déclenche une procédure normale ou accélérée.
  • La demande d’asile est formulée. Le guichet unique renvoie le dossier à l’OFPRA qui vérifie le récit de la personne.
  • Soit l’OFPRA valide le dossier, soit il est renvoyé devant un juge du CNDA. Si le CNDA refuse le droit d’asile, le migrant rentre alors dans un processus d’expulsion.

  • Pascal Brice: « Tant que nous n’aurons pas une politique migratoire européenne digne de ce nom, la politique du droit d’asile restera sous pression. »17/10/2019 - 12:57

    Ce lundi 14 octobre, il y a foule dans l’Amphi 4 de la Sorbonne pour accueillir Pascal Brice, ancien directeur de l’OFPRA et auteur du livre « Sur le fil de l’asile » paru chez Fayard. Il va s’exprimer pendant plus d’une heure au sujet de  l’accueil des réfugiés en France et en Europe, et plus particulièrement l’asile […]

  • Impact et révélations sur l’affaire des ventes d’armes françaises à l’Arabie Saoudite par les journalistes d’investigation de Disclose01/06/2019 - 12:57

    Mardi 28 mai à 19h30 se tenait à Paris, au bar le grand Bréguet, le grand live Disclose. L’occasion de revenir sur l’enquête explosive « Made in France ».  Le 15 avril dernier, Disclose a publié une enquête mettant en avant la problématique des ventes d’armes françaises à l’Arabie Saoudite. Suite à cette enquête, le 14 mai, […]

  • Interview de l’Ambassadeur des Droits de l’Homme François Croquette30/05/2019 - 1:59

    François Croquette a rendu visite à la Maison des journalistes. L’occasion de lui présenter la vie et le fonctionnement de la MDJ et de rencontrer les journalistes réfugiés pour avoir exerceur leur métier sur la liberté d’informer. Accompagné de la directrice de la MDJ, Darline Cothière, l’ambassadeur a pu prendre connaissance de l’histoire personnelle des […]

  • Deux hommes du pouvoir congolais au coeur d’un système de répression11/04/2019 - 9:26

    Il faut enquêter sur deux anciens responsables des services de renseignement ! En effet, deux anciens hauts responsables de l’Agence nationale de renseignements – ANR – ont été récemment limogés et devraient être traduits en justice. Les autorités de la République démocratique du Congo devraient ouvrir des enquêtes sur deux anciens responsables des services de […]

  • Afghanistan : dans une province d’1,5 millions d’habitants, aucune femme journaliste07/03/2019 - 2:07

    [JOURNÉE DE LA FEMME] En l’honneur de la journée de la femme ce vendredi 8 mars 2019, la MDJ vous propose exceptionnellement la traduction d’un article du média Pajhwok Afghan News. « Il n’y a pas de femme journaliste dans la province du sud-est de Khost sur 1,5 million d’habitants, ont annoncé mercredi 6 mars des responsables. » Au-delà de ce constat, pourquoi aucune rédaction (pourtant nombreuse), n’a pas de femme journaliste ?

  • RD Congo : corruption et violation des Droits de l’Homme sanctionnées par les Etats-Unis05/03/2019 - 3:05

    [INTERNATIONAL] Les autorités américaines évoquent leur implication « dans une corruption importante, des violations des droits de l’homme, des abus ou une atteinte à la démocratie ». Ces personnes et les membres de leur famille ne peuvent entrer aux USA car ces personnes se sont enrichies par la corruption ou ont dirigé et supervisé des actes de violence à l’encontre de personnes qui exercent leur droit de réunion pacifique et leur liberté d’expression.

  • Amnesty International révèle les violations des droits de l’homme en Côte d’Ivoire12/02/2019 - 11:24

    [DROITS DE L’HOMME] La situation en matière de droits humains demeure fragile, présentée avant l’Examen périodique universel (EPU) sur la Côte d’Ivoire en mai, Amnesty International Côte d’Ivoire a mis en lumière des préoccupations majeures en termes de droits humains, notamment l’usage de lois répressives pour faire taire la dissidence.

  • RD Congo : le CLC va poursuivre son combat contre le « Système » et non les « individus »05/02/2019 - 11:41

    [ÉLECTION] « Le combat du CLC est une autre nature, c’est un combat de longue haleine pour qu’au Congo, enfin, un Etat de droit puisse s’instaurer et que la population puisse vivre mieux. Nous continuerons, mais notre combat n’est pas une question d’individus, c’est une question de systèmes et là nous avons encore des choses à faire parce que l’État de droit et la liberté d’expression n’e sont pas encore mis en place, les libertés publiques ne sont pas encore acquises » a déclaré vendredi à Top Congo FM, l’historien Isidore Ndaywel modérateur du CLC.

  • L’OFPRA n’a plus de chef depuis décembre, Pascal Brice n’a pas été renouvellé31/01/2019 - 2:03

    [BILAN] L’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides – OFPRA – n’a plus de directeur général depuis le 28 décembre 2018. Le diplomate Pascal Brice surnommé « Monsieur migrants » n’ayant pas été reconduit dans ses fonctions, a-t-on appris le jeudi 17 janvier auprès du syndicat de l’agence.

  • Solidarité avec les journalistes et syndicalistes turcs11/12/2018 - 9:42

    [APPEL A LA SOLIDARITÉ] La répression en Turquie contre les journalistes et syndicalistes se poursuit inexorablement mettant en cause l’existence même de la liberté d’expression et de la liberté syndicale : cinq de nos confrères, dont une responsable syndicale, viennent de se voir condamnés à de lourdes peines de prison ferme.

  • Il y a 28 ans, jour de fête nationale, commençait le génocide mauritanien29/11/2018 - 2:21

    [CRIMES CONTRE L’HUMANITÉ] 28 ans après l’indépendance qui divise encore la Mauritanie, des veuves et des orphelins sont descendus dans la rue pour commémorer les pendaisons des militaires noirs d’Inal, les 27 et 28 novembre 1990. Cette manifestation a été réprimée par les forces de police. Le communiqué ci-dessous des victimes montrent l’unité nationale encore loin car victime de son passé non résolu. L’Etat a reconnu sa responsabilité dans ces crimes mais peine à donner des droits aux victimes.

  • Critique du film « Le Procès: L’Etat de Russie vs Oleg Sentsov »27/11/2018 - 4:31

    [FILM] Le Procès c’est l’histoire d’une cinéaste originaire de Crimée qui s’appele Oleg Sentsov, un directeur qui est devenu célèbre après la sortie en 2012 de son film Gamer. Il a aussi travaillé comme un activiste pendant le mouvement de protestation ukrainien appelé « Euromaidan. » Le mouvement était contre l’annexion russe de la Crimée. Le gouvernement russe l’a arrêté et retenu pour les activités te

  • Théâtre : hommage à Anna Politkovskaïa et à la liberté d’informer14/11/2018 - 11:47

    [THÉATRE] Opposante au jeune président Vladimir Poutine, Anna Politkovskaïa était un symbole vivant bien avant sa mort. Célèbre autant pour avoir couvert le conflit tchétchène et les exactions de l’armée russe, que pour ses investigations sur le pouvoir en place, la corruption, les violences, Anna Politkovskaïa était particulièrement menacée.

  • Manifestation contre l’esclavage en Mauritanie violemment réprimée30/10/2018 - 2:24

    [LUTTE CONTRE L’ESCLAVAGE] « Aujourdhui plusieurs militants ont été gravement blessés, battus sauvagement par des policiers armés jusqu’aux dents et ayant pour ordre de casser les militants pacifiques. Des blessés graves, victimes de tabassage violent à coups de matraques, de godasses sur toutes les parties du corps. »

  • Prison sans jugement pour le partage d’une publication Facebook30/10/2018 - 1:19

    [CENSURE] Eddie Armel Kouassi, 20 ans, étudiant et cyber activiste fait désormais partie des pensionnaire de la plus grande prison civile de Côte d’Ivoire, la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA). Les autorités ivoiriennes lui reprochent d’avoir traité le Président Alassane Ouattara et Fabrice Sawegnon, le candidat malheureux a la mairie, d’étrangers.

  • Alizée Gau met en vedette « les Porteurs de Paix »18/10/2018 - 9:21

    [EXPOSITION] Que font les peuples après la guerre ? La journaliste Alizée Gau s’est interrogée. Rédactrice et photographe, elle s’est rendue sur le terrain pour trouver la réponse. Résultat : une exposition itinérante intitulée « Tales of the afterwar », des articles et des projections commentées.

  • Le prix Bayeux 2018 des correspondants de guerre17/10/2018 - 1:58

    [ÉVÉNEMENT] 25 ans plus tard, le prix Bayeux est encore là avec davantage de réussite. « 25 ans plus tard, nous avons une énorme organisation, tous les services de la ville sont mobilisés derrière le Maire, mais, il y a 25 ans personne n’y croyait sauf Marie Jean-Alexe, directrice d’animation à Bayeux et moi » déclare Jean-Léonce Dupont Conseiller départemental de Bayeux et Président du Conseil départemental.

  • L’exposition photo d’Ameer à la Chapelle Notre-Dame de la Sagesse11/10/2018 - 10:06

    [EXPOSITION] Samedi après-midi 6 octobre 2018. À 4.000 km d’Alep, en Syrie. 6 ans après le début des bombardements. Retour à Paris. D’une photo à une autre, le regard d’Ameer Al Hablbi nous habite. Le temps de l’exposition, nous vivons dans deux mondes parallèles: l’angoisse de la guerre et la douceur de vivre d’un étudiant parisien.

  • Un voyage sans retour10/10/2018 - 10:07

    [EXIL] C’est le départ. Il faut y aller. Aller loin de ce pays, loin de tout ce cauchemar. Parcequ’il faut survivre. A l’aéroport ce jour, le militaire à qui on avait donné beaucoup d’argent pour m’aider à sortir vint me chercher dans la voiture. C’est lui qui a géré les bagages. Il m’a bien dit d’en prendre sinon j’allais attirer l’attention. Il a raison après tout. J’ai presque eu un excédant mais tout est rentré dans l’ordre.

  • « Un Prix Nobel congolais » est-ce un signe des temps ?09/10/2018 - 9:11

    [PRIX NOBEL] « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». L’aphorisme est de Rabelais. En harmonie totale avec l’attribution du Prix Nobel de la paix 2018, vendredi dernier, au médecin gynécologue congolais, Denis Mukwege, pour son abnégation à la cause des femmes violées, au Sud-Kivu, en République Démocratique du Congo. A la fois, un cas de science et de conscience. Est-ce un présage des lendemains qui « changent » dans ce pays meurtri ?

Le dessin de presse aux portes du marché de l’art

A quand une grande vente aux enchères de dessins de presse comme le font les maisons Drouot ou Sothebys pour des artistes tel que Picasso ?

Autour de Martine Mauvieux, conservatrice du dessin de presse à la Bibliothèque de France, une cinquantaine de dessinateurs venus des 4 coins du monde (Portugal, d’Inde, d’Ecosse, de Jordanie, de Grande Bretagne, du Brésil, du Nigéria…) et des ayants droits se sont réunis à la BnF dans le cadre des Etats Généraux du dessin de presse. L’occasion de nous plonger dans l’univers des caricatures d’actualité, siamois du journalisme. 

Le public est impatient, percutant et chamailleur, il n’hésite pas à poser des questions et rend cette conférence aussi intéressante que dynamique. 

L’histoire du dessin de presse 

La caricature a commencé par l’humour. « L’humour dans l’image existe depuis toujours » rappelle Martine Mauvieux. 

Pour que le dessin de presse soit pris au sérieux au sein du milieu culturel et artistique, il a fallu attendre certaines donations pour qu’en 2007 le Ministère de la Culture ouvre le premier poste de conservateur à la BNF dédié au Dessin de Presse. 

Le dessin de presse est aux portes du marché de l’art

Ce marché de l’art est encore balbutiant. Certes, de grandes maisons d’enchères comme Sothebys ou Drouot ont déjà proposé des dessins de presse lors de leurs ventes aux enchères, mais ils sont rares et n’ont jamais eu droit à une cession consacrée. 

Sans la reconnaissance des plus grandes maisons de ventes aux enchères, il est difficile pour le dessin de presse de créer ou stabiliser un marché de l’art. De plus, certains vendeurs mettent aux enchères des fonds entiers. La profusion impacte les prix. Lorsque des centaines de dessins sont mis en vente d’un seul coup, cela fait baisser le prix de chaque dessin de presse. Malgré un potentiel important, le marché balbutie. 

L’autre handicap du dessin de presse est le traitement du sujet. Un dessin du général De Gaulle a toute sa place chez le particulier ou dans un musée. En revanche, la caricature d’un « simple ministre » ou d’un événement oublié perd de la valeur, ou parfois n’en a aucune. 

La caricature est un art populaire. « Vous pouvez acheter pour 30 euros jusqu’à 80 dessins » se scandalise un spectateur ! En même temps, ceux qui achètent ne sont pas les plus fortunés.

Malgré cela, l’avenir pourrait s’avérer radieux pour le dessin de presse. A titre comparatif, le marché de la Bande Dessinée a explosé en quelques années. La BD avait si peu de valeur que de nombreuses planches originales ont été détruites. Puis au fil des ans, l’essor des ventes aux enchères en a fait un style à part entière qui génère maintenant d’importants profits. 

Cependant, comme pour un dessin de presse, la conservation reste un enjeu primordial. 

L’enjeu crucial de la conservation

« Je suis un dessinateur compulsif, j’écris n’importe où, n’importe quand, y compris sur un coin de table par exemple... »

Devant cet aveu, la conservatrice sourit poliment tout en haussant légèrement les épaules. Comment conserver ces dessins ? Elle qui nous a patiemment énuméré comment la texture du papier (bien plus solide avant 1850) et la qualité de l’encre sont les conditions sine qua non d’une bonne conservation. Vient ensuite l’environnement du dessin, la température, l’éclairage, l’humidité… Garder un dessin de presse en l’état se révèle un travail méticuleux. 

Mais face à la qualité d’une nappe papier de restaurant, la conservatrice ne peut rien conseiller, à part photographier le dessin.

Bien sûr, la question se pose moins quand le dessinateur utilise directement un support digital. 

Et en ces temps où le dessin de presse n’a pas toute la place qu’il mérite, la digitalisation est une bonne option de conservation. C’est ainsi que le caricaturiste Triambak Sharma nous a montré un musée entièrement digital dont la passionnante visite nourrit l’imagination. 

Le dessin de presse est présent partout dans le monde et il deviendra peut-être un art majeur. Comprendre une époque par ces dessins de presse est une approche originale du quotidien par l’information.

Nous ne pouvons nous empêcher de conclure cet article par un dessin de Bilal Daggezen, présent à cette conférence et ancien journaliste de la MDJ. Il a du fuir la Turquie à cause de ses dessins.

 

  • Pascal Brice: « Tant que nous n’aurons pas une politique migratoire européenne digne de ce nom, la politique du droit d’asile restera sous pression. »17/10/2019 - 12:57

    Ce lundi 14 octobre, il y a foule dans l’Amphi 4 de la Sorbonne pour accueillir Pascal Brice, ancien directeur de l’OFPRA et auteur du livre « Sur le fil de l’asile » paru chez Fayard. Il va s’exprimer pendant plus d’une heure au sujet de  l’accueil des réfugiés en France et en Europe, et plus particulièrement l’asile […]

  • Impact et révélations sur l’affaire des ventes d’armes françaises à l’Arabie Saoudite par les journalistes d’investigation de Disclose01/06/2019 - 12:57

    Mardi 28 mai à 19h30 se tenait à Paris, au bar le grand Bréguet, le grand live Disclose. L’occasion de revenir sur l’enquête explosive « Made in France ».  Le 15 avril dernier, Disclose a publié une enquête mettant en avant la problématique des ventes d’armes françaises à l’Arabie Saoudite. Suite à cette enquête, le 14 mai, […]

  • Interview de l’Ambassadeur des Droits de l’Homme François Croquette30/05/2019 - 1:59

    François Croquette a rendu visite à la Maison des journalistes. L’occasion de lui présenter la vie et le fonctionnement de la MDJ et de rencontrer les journalistes réfugiés pour avoir exerceur leur métier sur la liberté d’informer. Accompagné de la directrice de la MDJ, Darline Cothière, l’ambassadeur a pu prendre connaissance de l’histoire personnelle des […]

  • Deux hommes du pouvoir congolais au coeur d’un système de répression11/04/2019 - 9:26

    Il faut enquêter sur deux anciens responsables des services de renseignement ! En effet, deux anciens hauts responsables de l’Agence nationale de renseignements – ANR – ont été récemment limogés et devraient être traduits en justice. Les autorités de la République démocratique du Congo devraient ouvrir des enquêtes sur deux anciens responsables des services de […]

  • Afghanistan : dans une province d’1,5 millions d’habitants, aucune femme journaliste07/03/2019 - 2:07

    [JOURNÉE DE LA FEMME] En l’honneur de la journée de la femme ce vendredi 8 mars 2019, la MDJ vous propose exceptionnellement la traduction d’un article du média Pajhwok Afghan News. « Il n’y a pas de femme journaliste dans la province du sud-est de Khost sur 1,5 million d’habitants, ont annoncé mercredi 6 mars des responsables. » Au-delà de ce constat, pourquoi aucune rédaction (pourtant nombreuse), n’a pas de femme journaliste ?

  • RD Congo : corruption et violation des Droits de l’Homme sanctionnées par les Etats-Unis05/03/2019 - 3:05

    [INTERNATIONAL] Les autorités américaines évoquent leur implication « dans une corruption importante, des violations des droits de l’homme, des abus ou une atteinte à la démocratie ». Ces personnes et les membres de leur famille ne peuvent entrer aux USA car ces personnes se sont enrichies par la corruption ou ont dirigé et supervisé des actes de violence à l’encontre de personnes qui exercent leur droit de réunion pacifique et leur liberté d’expression.

  • Amnesty International révèle les violations des droits de l’homme en Côte d’Ivoire12/02/2019 - 11:24

    [DROITS DE L’HOMME] La situation en matière de droits humains demeure fragile, présentée avant l’Examen périodique universel (EPU) sur la Côte d’Ivoire en mai, Amnesty International Côte d’Ivoire a mis en lumière des préoccupations majeures en termes de droits humains, notamment l’usage de lois répressives pour faire taire la dissidence.

  • RD Congo : le CLC va poursuivre son combat contre le « Système » et non les « individus »05/02/2019 - 11:41

    [ÉLECTION] « Le combat du CLC est une autre nature, c’est un combat de longue haleine pour qu’au Congo, enfin, un Etat de droit puisse s’instaurer et que la population puisse vivre mieux. Nous continuerons, mais notre combat n’est pas une question d’individus, c’est une question de systèmes et là nous avons encore des choses à faire parce que l’État de droit et la liberté d’expression n’e sont pas encore mis en place, les libertés publiques ne sont pas encore acquises » a déclaré vendredi à Top Congo FM, l’historien Isidore Ndaywel modérateur du CLC.

  • L’OFPRA n’a plus de chef depuis décembre, Pascal Brice n’a pas été renouvellé31/01/2019 - 2:03

    [BILAN] L’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides – OFPRA – n’a plus de directeur général depuis le 28 décembre 2018. Le diplomate Pascal Brice surnommé « Monsieur migrants » n’ayant pas été reconduit dans ses fonctions, a-t-on appris le jeudi 17 janvier auprès du syndicat de l’agence.

  • Solidarité avec les journalistes et syndicalistes turcs11/12/2018 - 9:42

    [APPEL A LA SOLIDARITÉ] La répression en Turquie contre les journalistes et syndicalistes se poursuit inexorablement mettant en cause l’existence même de la liberté d’expression et de la liberté syndicale : cinq de nos confrères, dont une responsable syndicale, viennent de se voir condamnés à de lourdes peines de prison ferme.

  • Il y a 28 ans, jour de fête nationale, commençait le génocide mauritanien29/11/2018 - 2:21

    [CRIMES CONTRE L’HUMANITÉ] 28 ans après l’indépendance qui divise encore la Mauritanie, des veuves et des orphelins sont descendus dans la rue pour commémorer les pendaisons des militaires noirs d’Inal, les 27 et 28 novembre 1990. Cette manifestation a été réprimée par les forces de police. Le communiqué ci-dessous des victimes montrent l’unité nationale encore loin car victime de son passé non résolu. L’Etat a reconnu sa responsabilité dans ces crimes mais peine à donner des droits aux victimes.

  • Critique du film « Le Procès: L’Etat de Russie vs Oleg Sentsov »27/11/2018 - 4:31

    [FILM] Le Procès c’est l’histoire d’une cinéaste originaire de Crimée qui s’appele Oleg Sentsov, un directeur qui est devenu célèbre après la sortie en 2012 de son film Gamer. Il a aussi travaillé comme un activiste pendant le mouvement de protestation ukrainien appelé « Euromaidan. » Le mouvement était contre l’annexion russe de la Crimée. Le gouvernement russe l’a arrêté et retenu pour les activités te

  • Théâtre : hommage à Anna Politkovskaïa et à la liberté d’informer14/11/2018 - 11:47

    [THÉATRE] Opposante au jeune président Vladimir Poutine, Anna Politkovskaïa était un symbole vivant bien avant sa mort. Célèbre autant pour avoir couvert le conflit tchétchène et les exactions de l’armée russe, que pour ses investigations sur le pouvoir en place, la corruption, les violences, Anna Politkovskaïa était particulièrement menacée.

  • Manifestation contre l’esclavage en Mauritanie violemment réprimée30/10/2018 - 2:24

    [LUTTE CONTRE L’ESCLAVAGE] « Aujourdhui plusieurs militants ont été gravement blessés, battus sauvagement par des policiers armés jusqu’aux dents et ayant pour ordre de casser les militants pacifiques. Des blessés graves, victimes de tabassage violent à coups de matraques, de godasses sur toutes les parties du corps. »

  • Prison sans jugement pour le partage d’une publication Facebook30/10/2018 - 1:19

    [CENSURE] Eddie Armel Kouassi, 20 ans, étudiant et cyber activiste fait désormais partie des pensionnaire de la plus grande prison civile de Côte d’Ivoire, la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA). Les autorités ivoiriennes lui reprochent d’avoir traité le Président Alassane Ouattara et Fabrice Sawegnon, le candidat malheureux a la mairie, d’étrangers.

  • Alizée Gau met en vedette « les Porteurs de Paix »18/10/2018 - 9:21

    [EXPOSITION] Que font les peuples après la guerre ? La journaliste Alizée Gau s’est interrogée. Rédactrice et photographe, elle s’est rendue sur le terrain pour trouver la réponse. Résultat : une exposition itinérante intitulée « Tales of the afterwar », des articles et des projections commentées.

  • Le prix Bayeux 2018 des correspondants de guerre17/10/2018 - 1:58

    [ÉVÉNEMENT] 25 ans plus tard, le prix Bayeux est encore là avec davantage de réussite. « 25 ans plus tard, nous avons une énorme organisation, tous les services de la ville sont mobilisés derrière le Maire, mais, il y a 25 ans personne n’y croyait sauf Marie Jean-Alexe, directrice d’animation à Bayeux et moi » déclare Jean-Léonce Dupont Conseiller départemental de Bayeux et Président du Conseil départemental.

  • L’exposition photo d’Ameer à la Chapelle Notre-Dame de la Sagesse11/10/2018 - 10:06

    [EXPOSITION] Samedi après-midi 6 octobre 2018. À 4.000 km d’Alep, en Syrie. 6 ans après le début des bombardements. Retour à Paris. D’une photo à une autre, le regard d’Ameer Al Hablbi nous habite. Le temps de l’exposition, nous vivons dans deux mondes parallèles: l’angoisse de la guerre et la douceur de vivre d’un étudiant parisien.

  • Un voyage sans retour10/10/2018 - 10:07

    [EXIL] C’est le départ. Il faut y aller. Aller loin de ce pays, loin de tout ce cauchemar. Parcequ’il faut survivre. A l’aéroport ce jour, le militaire à qui on avait donné beaucoup d’argent pour m’aider à sortir vint me chercher dans la voiture. C’est lui qui a géré les bagages. Il m’a bien dit d’en prendre sinon j’allais attirer l’attention. Il a raison après tout. J’ai presque eu un excédant mais tout est rentré dans l’ordre.

  • « Un Prix Nobel congolais » est-ce un signe des temps ?09/10/2018 - 9:11

    [PRIX NOBEL] « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». L’aphorisme est de Rabelais. En harmonie totale avec l’attribution du Prix Nobel de la paix 2018, vendredi dernier, au médecin gynécologue congolais, Denis Mukwege, pour son abnégation à la cause des femmes violées, au Sud-Kivu, en République Démocratique du Congo. A la fois, un cas de science et de conscience. Est-ce un présage des lendemains qui « changent » dans ce pays meurtri ?

Interview de Mago Torres : « La menace contre les journalistes existe, notre travail y répond »

Mago Torres est à la fois journaliste et chercheuse, elle fait partie d’une équipe de journalistes mexicains et américains qui ont enquêté sur les fosses non répertoriées au Mexique. Ce travail d’investigation de plus d’un an et demi répertorie plus de 2.000 « fosses » clandestines au Mexique entre 2006 et 2016. Un site a été créé adondevanlosdesaparecidos.org : « Où vont les disparus? », ainsi qu’une carte interactive pour géolocaliser ces fosses. Leur approche du terrain et le travail d’équipe dans ce pays extrêmement dangereux pour les journalistes, ont été récompensés le 3 mai 2019 par le prix Breach/Valdez, créé en mémoire de deux reporters assassinés en 2017 au Mexique. A l’occasion de la remise d’un prix à la Mairie de Paris, Mago Torres a rendu visite à la MDJ et nous a accordé cette interview. 

Le plan interactif sur le site permet de naviguer à travers les états du Mexique et de lire les reportages associés à chaque fosse. Il permet aussi de voir l’évolution sur ces dix annéess, entre le début de l’offensive militaire contre la drogue, lancée en 2006 par l’ex-président Felipe Calderon, et le lancement de cette enquête journalistique.

Depuis, près de 250.000 personnes ont été assassinées à travers le pays, selon les chiffres officiels. « En 2006, il y avait deux fosses, l’année suivante on est passé à 100, puis on n’est pas descendu sous les 250 fosses » découvertes par an, a expliqué à l’AFP Marcela Turati, journaliste. Selon les estimations du gouvernement, un peu plus de 1.100 fosses clandestines ont été localisées et il y a environ 26.000 cadavres non identifiés dans les morgues.

Qu’est ce qu’une fosse ? 

Une fosse sert de tombe ou de charnier.

Au Mexique, la « fosse » est majoritairement composée de plusieurs corps (et non pas d’un seul), souvent de simples fragments d’os en décomposition.

Ces fosses ne sont pas que dans des endroits reculés, elles sont aussi en pleine ville. ​Plusieurs d’entre elles ont été découvertes lors de démolition d’immeubles, un mur de séparation peut avoir été utilisé pour camoufler un ou plusieurs corps. 

Outre Marcela Turati, les reporters mexicains Alejandra Guillen, Mago Torres, Marcela Turati, Erika Lozano, Paloma Robles et Aranzazu Ayala, ainsi que le journaliste américain David Eads ont travaillé avec 15 autres collaborateurs pour mettre en place cette plateforme.

La remise du prix Breach/Valdez, à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse le 3 mai 2019, intervient le jour même de l’annonce d’un nouvel homicide de journaliste au sud du Mexique. Telesforo Santiago Enriquez, qui animait une émission sur une radio communautaire, est le quatrième journaliste assassiné au Mexique depuis le début de l’année 2019.

En 2018, c’est la journaliste mexicaine Daniela Rea, auteur de nombreux reportages sur la violence déchirant son pays, qui avait reçu la première édition du prix Breach/Valdez, retrouver son interview ici.

La journaliste Mago Torres à la Maison des journalistes #MDJ

C’est avec Mago Torres que nous avons rendez-vous. Chercheuse et journaliste, elle est venue rencontrer les journalistes de la MDJ et apporter son soutien à notre association.

Nous en avons profité pour l’interviewer et comprendre comment une équipe de journalistes a pu enquêter dans ce pays si dangereux pour les journalistes et avec autant de données à traiter. 

Maison des journalistes : Mago Torres, qui êtes-vous et avec qui avez-vous travaillé pour cette enquête des 2000 tombes clandestines au Mexique? 

Mago Torres : Je suis journaliste d’investigation et chercheuse. Je suis également membre d’un collectif de journalistes indépendants qui s’est confronté au phénomène des personnes disparues au Mexique.

Nous avons décidé de nous réunir en faisant collaborer différentes disciplines: la recherche de données, l’expérience du terrain, les méthodologies, les accès aux archives publiques et la collecte de graphiques, les photographies, les videos…

C’est cet ensemble de compétences qui nous réunit et qui fait notre force d’investigation.

#MDJ : Quel était votre rôle dans cette équipe d’investigation ?

[MG] J’ai appris le journalisme (ou plus précisemment à faire du journalisme), non pas en suivant un cursus traditionnel, mais en collectant des données. J’ai ensuite été intéressée par les différentes méthodologies et les outils de recherche à notre disposition. C’est donc devenu mon rôle au sein du groupe de journaliste.

Je dois penser ma recherche des faits à partir de la documentation. Où sont les documents que nous pouvons interroger et à partir desquels nous pouvons construire, comprendre, raconter puis publier une histoire ?

En en tant que chercheuse, je travaille surtout en arrière-plan. Donc je n’échange pas avec les gens, je ne leur parle presque pas. Mon travail, c’est d’interroger les documents. 

Dans cette équipe de journalistes, mon rôle met en lumière les différentes manières de faire une enquête. 

Pour mener à bien ces investigations, qui subissent dissimulations et fausses pistes, la collaboration entre les disciplines est vitale. C’est dans cette interdisciplinarité que je situe ma contribution au journalisme.

Quel fut le point de départ de cette enquête ? 

Cette enquête n’a pas commencé par un fait précis en particulier, c’est le fruit d’une accumulation d’expériences.

Pendant des années, les journalistes ont mis à jour la présence de fosses communes dans le pays et ont décrit la peine que les familles de disparus endurent tous les jours.

A partir de toute cette expérience accumulée et de la compréhension du terrain que nous possédons, nous avons voulu avoir d’autres perspectives. Par exemple, que se passe-t-il lors du processus d’identification des personnes retrouvées dans ces fosses ?

C’est ce qui nous a conduit à enquêter sur les archives publics et à publier nos travaux à la fin de l’an dernier. C’est l’aboutissement d’un lent processus.

Pouvez-vous nous décrire cette méthodologie d’investigation ?

Tout d’abord nous voulions savoir quelles données étaient disponibles concernant la découvertes de ces tombes clandestines.

Nous avons donc utilisé l’expérience des membres de l’équipe sur le terrain et de tous ces journalistes au Mexique, et nous nous sommes demandés quelles étaient les données à notre disposition ?

Afin d’obtenir ces données, nous avons utilisé la loi d’accès à l’information (freedom of information act) du Mexique. Nous avons donc soumis des requêtes auprès du gouvernement fédéral mais aussi auprès des 32 états et entités du pays. Au fur et à mesure que nous recevions les documents, nous avons commencé à créer une base de données nationale en les organisant pour leur donner du sens.

Au cours de notre travail, nous avons rencontré quelques difficultés car sur les 32 états, seulement 24 ont reconnu la présence de tombes clandestines sur leur territoires; 8 ont donc nié leur existence.


Nous parlons d’un pays où environ 40.000 personnes ont disparu.


Nous avons décidé de nous en tenir au niveau des données du gouvernement fédéral, et c’est ce que nous utilisons dans notre enquête et dans la carte nationale que nous avons publiée.

Ensuite, il s’agissait d’organiser et de trier ces données. Nous avons pu constater ce qu’observaient les familles de disparus depuis bien longtemps : l’absence d’une méthodologie commune utilisée par les autorités pour documenter les découvertes des tombes clandestines.

Je tiens également à préciser que notre enquête s’étend de 2006 à 2016. C’est la période sur laquelle nous travaillons. A partir de là, nous avons soulevé plus de questions.

  • Pourquoi n’existe-t-il pas une méthodologie commune ?
  • Pourquoi n’utilisent-ils pas systématiquement les mêmes catégories ?
  • Pourquoi utiliser des critères différents ?
  • Pourquoi tant de lacunes dans les informations ?

Par exemple, dans certains endroits où des corps ont été trouvés, nous n’avons pas de données précises: est-ce un corps entier ou un fragment d’os ?

C’est ce manque d’information que nous essayons de résoudre. En fin de compte, ce que nous essayons de déterminer se résume facilement ; Combien de personnes ont été trouvées ? Quels procédés utilisent les autorités pour identifier les corps ?

Nous parlons d’un pays où environ 40.000 personnes ont disparu. Vous comprendrez que pour résoudre cette enquête nous avons besoin d’une méthodologie!

Tandis que nous organisions les données et les placions sur une carte, nous avons commencé à identifier des cas dont nous connaissions déjà l’existence. C’est là où l’expérience sur le terrain prend toute son importance, tout comme le travail de visualisation des données (data visualisation).

L’interdisciplinarité de notre équipe journalistique nous a permis de rassembler tous ses éléments ensemble en travaillant efficacement.

Quel impact votre enquête a eu au Mexique ?

L’apport principal de cette enquête est la création d’une base de données nationale qui n’existait pas avant. Au nom des familles des victimes et aussi en tant que citoyen, je pense que c’est ce qui fait la différence.

Et maintenant, les autorités, après notre publication mais aussi après le changement de gouvernement, sont prêtes à présenter des rapports concernant l’amélioration des processus d’identification et la tenue de ces registres nationationaux.

Le gouvernement a aussi annoncé que notre enquête avait constitué avec d’autres publications les principales références concernant les processus de documentation des fosses communes.


Plus les données dont nous disposerons et dont la société disposera, seront de qualité, plus les avancées dans les étapes d’identification des affaires de personnes disparues seront importantes.


L’un des problèmes que nous avons constaté concernant ce manque d’information, est qu’il impacte directement les familles de disparus et les fait souffrir. Je pense donc que le plus grand apport de notre enquête est de fournir des informations à propos de l’état des recherches au Mexique. Et je dirais que nous allons voir ce qui va arriver.

Je ne pense pas que les familles devraient attendre plus longtemps. Plus les données dont nous disposerons et dont la société disposera, seront de qualité, plus les avancées dans les étapes d’identification des affaires de personnes disparues seront importantes.

Avez-vous été menacée durant cette enquête ? 

A ma connaissance, nous n’avons pas reçu de menaces directes. Mais je pense que le travail d’équipe et l’ensemble de compétences qui nous a réuni est une façon de nous protéger.

Quand nous ne pouvons pas aller sur le terrain, quand nous avons identifié que certaines régions pouvaient représenter un danger, nous avons décidé d’utiliser d’autres moyens d’informations.

Lors de l’exploration de certaines zones, nous avons bien eu droit à quelques remarques comme «c’est mieux que vous partez». Mais cette réalité présente au Mexique depuis longtemps, est aussi ce qui nous pousse à travailler ensemble, à collaborer dans un effort collectif et interdisciplinaire et de développer de nouvelles techniques afin de traiter au mieux les sujets sur lesquels nous travaillons. 

La menace contre les journalistes existe, notre travail y répond.

  • RDCongo : l’alliance présidentielle au bord de l’implosion17/10/2019 - 9:37

    L’accord ne tient qu’à un fil. Le Front commun pour le Congo FCC de Joseph Kabila et le Cap pour le changement CACH du chef de l’État Félix Tshisekedi sont censés convoler en justes noces jusqu’en 2023. Du fait de l’accord de coalition qui lie les deux parties, dont les têtes d’affiches restent le PPRD, […]

  • RD Congo: le cardinal, le Nobel et le peuple15/10/2019 - 9:05

    Que faut-il en penser ? En moins de deux ans consécutifs, deux événements d’une portée internationale ont marqué la RD Congo d’une pierre blanche ! Le 10 décembre 2018, le médecin gynécologue Denis Mukwege recevait le prix Nobel de la paix, à Oslo, en Norvège. Un an après, le 5 octobre 2019, son concitoyen Monseigneur […]

  • Afrique : la guerre de l’eau sur le fleuve Nil01/10/2019 - 8:47

    Les voix s’élèvent de partout, comme une incantation, pour parler de la crise prochaine de l’eau. Ce n’est plus un bruit de fond, perçu dans le cadre global du déréglément climatique. C’est maintenant, presque une affaire à part, que les médias mettent en relief. Vu son caractère va-t-en-guerre. Plusieurs points du globe seront touchés. Y […]

  • Afrique du Sud : les pires émeutes xénophobes depuis une décennie10/09/2019 - 1:22

    Cinq personnes ont été tuées et près de 200 autres arrêtées dans les émeutes xénophobes qui secouent depuis le 1er septembre l’Afrique du Sud, qualifiées de « totalement inacceptables » par les journalistes du monde entier. La police a tiré jeudi des balles en caoutchouc dans le centre de Johannesburg, la principale ville du pays, pour disperser […]

  • Arafat DJ: l’hallucinante vie du roi du coupé-décalé10/09/2019 - 11:02

    Dans la nuit du 11 au 12 aout 2019, une catastrophe incomparable de loin à la longue crise qui a secoué la Cote d’Ivoire, se produit. Le disc-jockey chanteur, aussi controversé qu’adulé de la nouvelle génération, Arafat Dj succombe de ses blessures suite à un grave accident de moto à Angré quartier de la commune […]

  • Makaila Nguebla: un journaliste tchadien devant la justice française05/09/2019 - 10:45

    Ancien résident de la Maison des Journalistes, Makaila Nguebla doit comparaître devant la justice française le 17 septembre prochain. Son tort? Avoir diffusé un article dénonçant les dérives financières et le clientélisme d’Abbas Tolli, neveu du président tchadien Idriss Deby et actuel gouverneur de la banque des états de l’Afrique centrale. Des publications remettant en […]

  • Recrudescence des attaques contre les journalistes en RD Congo03/09/2019 - 9:15

    Journaliste en danger (JED), s’insurge contre le regain d’attaques enregistrées depuis quelques semaines contre des journalistes et des médias. Le JED appelle les nouvelles autorités de la République Démocratique du Congo à prendre des mesures immédiates pour que cessent ces attaques répétées. En l’espace de deux semaines, le JED a enregistré au moins 6 cas […]

  • Cote d’Ivoire – Célestine Olibe Tazere: l’indomptable qui veut la primature01/09/2019 - 2:06

    A 52 ans, celle qui des décennies durant a été une inconditionnelle d’Alassane Ouattara a pris ses distances avec le RHDP (Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix) et son mentor. Célestine Olibe TAZERE veut jouer un véritable rôle dans la politique ivoirienne et ne s’en cache pas. Portrait d’une indomptable. Originaire du […]

  • RD Congo : à l’heure de la révolte populaire?28/08/2019 - 1:14

    Lundi 26 août. Le gouvernement que vient de nous offrir la coalition FCC-CACH, après sept mois de discussions qu’on savait d’ailleurs byzantines, est tout, sauf un gouvernement de «changement». Un beau mélange de genres et d’«équilibres budgétivores», loin des intérêts du peuple. Lisez le document et tirez objectivement la conclusion. C’est, pour beaucoup, un supplément de […]

  • Cameroun : Du « Piment sur les Lèvres » mais une voix en prison25/08/2019 - 1:13

    Arrêté en janvier dernier, le rappeur et activiste Valsero et son ami Amente font partie des 500 prisonniers politiques dans les geôles camerounaises arrêtés en ce début d’année. Laurène Lepeytre, réalisatrice indépendante française, a suivi le rappeur de 2014 à 2015 pour son documentaire « Du Piment sur les Lèvres ». Aujourd’hui, elle se mobilise de nouveau […]

  • RD Congo : un criminel au perchoir du Sénat31/07/2019 - 2:10

    Tout se passe dans la logique de Kabila et de son FCC (Front Commun pour le Congo) de gagner tous les votes. Il y eut été étonnant, voire surréaliste, que Thambwe Mamba, candidat de la plate-forme fidèle à l’ancien chef de l’Etat, perde le scrutin pour l’occupation du perchoir du Sénat. Mais il l’a difficilement […]

  • “Au Tchad, être journaliste c’est être sans cesse sous surveillance” – Portrait du journaliste Mahamat31/07/2019 - 8:56

    [PORTRAIT] Comme beaucoup de ses confrères, Mahamat n’a pas eu d’autre choix que de mettre ses compétences de journaliste au service du régime dictatorial tchadien. Mais une fois sa rédaction quittée, le jeune homme enquête sur les massacres perpétrés dans son pays.

  • Liberté de la presse au Cameroun, entre « fake news » et antiterrorisme11/07/2019 - 1:13

    Classé 131 place sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse, la liberté de l’information au Cameroun ne va pas en s’améliorant. L’incarcération politique demeure courante et l’autocensure des travailleurs de l’information omniprésente. La liberté de l’information au Cameroun ne se distingue pas beaucoup de ses voisins, le Nigeria et le Tchad, […]

  • Afrique : le Bénin, la démocratie et le millionnaire26/06/2019 - 9:05

    La plupart des chefs d’Etat africains accèdent à cette fonction flamboyante sans un sou vaillant. D’autres, souvent diplômés, sont  issus des classes sociales les plus démunies. Compréhensible qu’à  leur arrivée au pouvoir, ils cherchent à s’enrichir avec un rare cynisme. Tout en se rêvant « califes ». Et, ils y parviennent d’autant plus facilement qu’ils érigent la […]

  • Centrafrique : 2 journalistes violemment interpellés dans le cadre de leur activité professionnelle20/06/2019 - 8:31

    Samedi 15 juin, deux journalistes ont été violemment interpellés à Bangui en Centrafrique. C’est lors d’une manifestation de l’opposition interdite par les autorités, qu’ils se sont vu confisquer et détruire leur matériel. Charles Bouessel et Florent Vergnes, correspondants de l’AFP en Centrafrique accrédités, couvraient la manifestation de l’opposition à Bangui samedi 15 juin lorsqu’ils ont […]

  • Les journalistes environnementaux : un climat hostile19/06/2019 - 9:07

    Forbidden Stories, plateforme destinée à sécuriser le travail des journalistes, a dévoilé son projet environnemental. Une enquête aux côtés de 30 médias sur le secteur minier, particulièrement répressif à l’égard des reporters. L’occasion de faire le point sur l’une des formes de journalisme les plus menacées ; le journalisme environnemental. « Les rapports d’enquête sur l’environnement […]

  • La « dépouille mortuaire-épouvantail » d’Étienne Tshisekedi13/06/2019 - 1:48

    Si Etienne Tshisekedi, cet homme de conviction, faisait peur à ses adversaires politiques, de son vivant, il l’a fait autant, sinon plus, à travers sa dépouille mortelle, deux ans après sa mort. Non seulement à la « kabilie » (cf Kabila), mais aussi au camp de son propre fils, Félix, l’actuel chef de l’Etat de la RD […]

  • RDCongo : une nouvelle pierre d’achoppement dans les négociations sur le gouvernement06/06/2019 - 2:26

    À dix jours de la fin de session parlementaire, prévue pour le 15 juin et au cours de laquelle le nouveau gouvernement congolais doit être investi, les négociations entre la coalition CASH de Félix Tshisekedi et le FCC de Joseph Kabila sont au point mort. Les deux camps ne s’accordent toujours pas sur la répartition […]

  • Tribune : universitaires et chercheurs s’inquiètent de l’ingérence marocaine envers Maâti Monjib14/05/2019 - 9:50

    Un procès ouvert en 2015, reporté 15 fois. Avec notre confrère de la Maison des journalistes Hicham Mansouri, Maâti Monjib est visé par une plainte suite à la création d’une application mobile aidant les journalistes marocains et depuis censurée par le pouvoir. Hicham a du quitter le Maroc après avoir connu la diffamation et la […]

  • Confusion artistique au sommet de l’Etat congolais : tous masqués et perdants !09/05/2019 - 2:00

    Des images contradictoires, futiles à souhait. Du sur-place politique. Au sommet de l’Etat, trônent deux présidents de la République, le premier visible (sans pouvoir), le second masqué (détenant illégalement l’imperium). Le tout rehaussé, en théâtralité, par un début d’éclatement du parti d’opposition LAMUKA. Voilà ce à quoi assiste le peuple congolais, depuis la « passation du […]

« L’insécurité du photojournaliste en reportage ne me fait pas peur car c’est ma passion. » Interview de Zakaria Abdelkafi – Photojournaliste à l’AFP

La Maison des journalistes s’associe avec Magnum Photos pour présenter l’exposition D’ici, réalisée à l’occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse, le 3 mai. Cette exposition s’affichera du 3 au 31 mai sur la façade de l’hôtel de ville de Paris et a vocation d’être itinérante. Journalistes exilés et photographes de Magnum Photos se mobilisent pour défendre la liberté de la presse en textes et en photos.

Menacés dans leurs pays pour avoir voulu exercer leur métier librement, ces journalistes, désormais accueillis en France, reprennent le stylo. Ils croisent leurs regards avec celui de photographes qui, eux aussi, s’engagent au quotidien pour documenter la marche du monde. Un journal issu de l’exposition est édité par Ouest France, partenaire de la MDJ.

Zakaria Abdelkafi, photographe syrien, a été correspondant de l’AFP à Alep en Syrie de 2013 à 2015. Depuis 2016, il vit à Paris après avoir été hébergé à la Maison des journalistes.


Je suis photojournaliste, c’est ma passion.


Photojournaliste, auteur de plusieurs célèbres photographies, il a accepté de répondre à nos questions autour de son travail et de la manière dont il a couvert les manifestations Gilets Jaunes et plus particulièrement l’Acte XVIII durant lequel il a été blessé.

Vous travaillez pour l’Agence France Presse – AFP – comme photojournaliste, pouvez-vous nous expliquer votre travail ?

Zakaria AbdelKhafi : « Depuis 2016, j’ai couvert tous les événements que j’ai pu : des manifestations aux matchs du PSG en passant par des événements plus ou moins festifs et politiques. A Paris, il y a beaucoup d’activités. Et depuis novembre, j’ai couvert toutes les manifestations des Gilets Jaunes.

Contrairement à d’autres personnes, je ressens un insurmontable besoin d’aller voir et de partager ce que je vois. Je suis journaliste, je suis photojournaliste, c’est ma passion.

Travailler à Paris, cela doit changer des conditions de travail en Syrie…

*Sourire* En Syrie, les manifestations pacifiques étaient durement réprimées par des policiers ou des militaires qui tiraient à balles réelles, et ceci bien avant la guerre. De plus, si tu étais pris en marge d’une manifestation, tu étais arrêté et jeté en prison.

En France, à part quand il y a des violences, les manifestations sont beaucoup plus humaines. Les manifestants sont face à face avec les gardiens de l’ordre. Selon les moments, ils se parlent, discutent, se chambrent ou s’invectivent.


Et quand la police exerce la violence, c’est maximum du gaz lacrymogène, des jets d’eau et maintenant des tirs de flashball. Cela n’a rien à voir avec la Syrie.


Qui plus est, je peux faire mon travail de photojournaliste. Je peux être avec les manifestants ou avec la police et faire des va et viens, je peux même être entre les deux.

Par contre, durant l’acte XVIII, le climat de violence a changé. C’était comme la guerre, y avait juste pas de balle réelle. Mais où était la police ?

Justement, lors de l’Acte XVIII , vous avez été blessé plusieurs fois. Pouvez-vous nous raconter cette manifestation décrite comme « ultra violente » ?

Oui, tout a commencé au niveau de l’Arc de Triomphe sur les Champs-Elysées. J’étais entre les manifestants et la police. Il y avait des nuages de gaz opaques, des tirs de flashball retentissaient… Et moi je prenais plein de photos ! Du coup je n’avais pas de recul, j’étais dans l’action.

D’un seul coup, j’ai senti quelque chose me frapper le visage et c’est devenu immédiatement irrespirable. Sans exagérer, je ne pouvais plus respirer ! En fait, je venais de recevoir une grenade de lacrymogène sur le visage et sans m’en rendre compte, j’avais respiré le gaz à plein poumon.

Durant cinq longues minutes, je ne parvenais pas à reprendre mon souffle, j’ai eu très peur. Peur de mourir. Les street medics sont arrivés, ils m’ont mis sur un brancard et m’ont évacué. Au bout d’une quinzaine de minutes, j’allais beaucoup mieux.


Durant cinq longues minutes, je ne parvenais pas à reprendre mon souffle, j’ai eu très peur. Peur de mourir.


Le chef de l’AFP dont je dépends m’a appelé pour prendre de mes nouvelles et m’a demandé d’arrêter. Mais moi j’allais bien ! J’ai demandé de continuer. J’ai passé un bon moment à le rassurer avant de repartir faire mon travail. Hors de question que j’arrête alors que je peux continuer !

 
 
 
 
 
Voir cette publication sur Instagram
 
 
 
 
 
 
 
 
 

#Repost @nbcnews with @get_repost ・・・ A yellow vest #GiletsJaunes anti-government protester stands on a burning barricade in #Paris on Saturday during clashes with security personnel. . #France’s « yellow vest » protesters were back on the streets again as a government spokesman denounced those still protesting as hard-liners who wanted only to bring down the government. . Several hundred protesters gathered on the #ChampsElysees in central Paris, where around 15 police wagons were also deployed, an AFP journalist said. Marches were underway in several other cities across France. . 📷 @zakaria_abdelkafi / @afpphoto

Une publication partagée par Zakaria ABDELKAFI (@zakaria_abdelkafi) le

J’en profite pour te raconter une anecdote : lorsque je suis arrivé en France, j’ai du passer des entretiens d’embauche pour être photographe. On m’a alors fait remarquer que durant la guerre en Syrie, j’avais perdu un œil. Et alors ? Un photographe n’a besoin que d’un œil ! C’est mon histoire, ma façon de faire, je devais continuer mon travail.

Cette journée ne s’arrête donc pas là , et elle est encore longue…

Oui, c’était plus tard et plus bas sur les Champs-Elysées. Il y avait trois manifestants non gilet jaune : le premier a cassé une vitrine, le second est rentré à l’intérieur pour voler de la marchandise tandis que le troisième filmait. Bon, je me suis dit que cela ferait une bonne photo…

Soudain, la Brigade anti-criminalité est intervenue : deux des trois en ont réchappé mais le troisième et moi-même nous nous sommes retrouvés interpellés très brutalement au point que j’ai eu un coup de matraque à mon œil.

Heureusement, j’ai pu démontrer que j’étais journaliste assez vite grâce à ma carte de presse et d’identité. Ils m’ont laissé appeler mon chef à l’AFP qui leur a confirmé ma version des faits.

Cette fois-ci, la manifestation se terminait…

Non ! J’ai terminé la manifestation vers Trocadéro. Des chevaux de la Police montée sont passés sous mes yeux, du coup j’ai photographié ! J’étais avec ma collègue de l’AFP, brassard et casque identifiable.


Et là, un flic me met « gratuitement » un coup de matraque dans la côte !


Derrière les chevaux, des flics de la BAC arrivent vers nous. Et là, un flic me met « gratuitement » un coup de matraque dans la côte ! J’ai eu mal immédiatement.

Bien sûr je réagis en lui montrant que je suis journaliste:  « Ce n’est pas gentil, je fais juste mon travail ! ». « Dégage ! » a-t-il répondu. Moi et ma collègue sommes alors partis. Mais je n’ai pas compris. Cela m’a rendu triste.

Avez-vous informé votre chef à l’AFP ?

Oui, d’ailleurs dès la premier événement il a voulu que j’aille à l’hôpital. Moi je ne voulais pas. J’ai juste vu le médecin interne à l’AFP et trois jours après j’ai fait un check up à l’hôpital.


Je ne porte pas plainte, ni moi, ni l’AFP. Il y a tellement de confrères qui souffrent de blessures graves que je ne vais pas y aller pour quelques bleus.


Je ne porte pas plainte, ni moi, ni l’AFP. Il y a tellement de confrères qui souffrent de blessures graves que je ne vais pas y aller pour quelques bleus. Et puis c’est toute une procédure…

Moi, photojournaliste, je veux faire mon travail tant que physiquement je peux le faire.

L’insérurité ne me fait pas peur car c’est ma passion.

En tant que photojournaliste, que retenez-vous de cette vingtaine de manifestations que vous avez couvertes pour l’AFP ?

La France a un peuple incroyable ! Ici la démocratie vit. Quelle France !

J’ai été blessé cinq fois dans ces manifestations, dont une fois par flashball. Mais je ne regrette rien et je n’en veux à personne, chacun fait son boulot comme il peut, moi, c’est le photojournalisme! »

Afghanistan : dans une province d’1,5 millions d’habitants, aucune femme journaliste

[JOURNÉE DE LA FEMME] En l’honneur de la journée de la femme ce vendredi 8 mars 2019, la MDJ vous propose exceptionnellement la traduction d’un article du média Pajhwok Afghan News. « Il n’y a pas de femme journaliste dans la province du sud-est de Khost sur 1,5 million d’habitants, ont annoncé mercredi 6 mars des responsables. » Au-delà de ce constat, pourquoi aucune rédaction (pourtant nombreuse), n’a pas de femme journaliste ?

Ingérence et attaque marocaine en plein Paris : des militants et des journalistes menacés

[LIBERTÉ D’INFORMER] La Maison des journalistes a pu interviewé l’un des intervenants de cette conférence, le journaliste Hicham Mansouri. Exilé en France, attaqué et diffamé au Maroc par des procès sans cesse reportés, hébergés il y a quelques années par la Maison des journalistes, Hicham a accepté de nous raconter ce qu’il s’est passé.

Interview d’Abnousse Shalmani – Marraine de la promo 2018 de la Maison des journalistes

[Abnousse Shalmani], journaliste et romancière, auteur du roman « Les exilés meurent aussi d’amour » paru en 2018 (Ed. Plon), a accepté d’être la marraine de la promotion 2018 de la Maison des journalistes. Y résident 16 journalistes réfugiés pour avoir exercé leur métier, ils connaissent l’exil en France depuis quelques mois. En tant que marraine, Abnousse Shalmani répond à toutes nos questions autour de l’exil et du journalisme.