Le prix Bayeux 2018 des correspondants de guerre

« C’est l’une des expériences professionnelles les plus importantes de la presse internationale en France que j’ai vécu. Les reporters de guerre sont presque tous là, sauf certains qui sont blessés ou auxquels on a refusé un visa. »

Créé en 1994, le prix Bayeux s’affirme d’année en année. « 25 ans plus tard, nous avons une énorme organisation, tous les services de la ville sont mobilisés derrière le Maire, mais, il y a 25 ans personne n’y croyait sauf Marie Jean-Alexe, directrice d’animation à Bayeux et moi » déclare Jean-Léonce Dupont Conseiller départemental de Bayeux et Président du Conseil départemental,  lors de la cérémonie devant plus de 1 500 spectateurs pour cette 25e édition du Prix Bayeux des correspondants de guerre.

Bayeux, un festival unique

Nous somme restés ici trois jours à écouter des histoires passionnantes et voir des photos impressionnantes.

Grande mobilisation de la part des élèves. Journalistes en herbe, ils réalisent des  reportages, et « s’informent sur le monde qui les entoure. » Ils se baladent dans  les rues de la ville, qui s’est  transformée en une grande galerie où les murs sont décorés par les photos de guerre.

La grande surprise ? Le débat sur le Yemen avec 1200 participants ! « C’est juste ici qu’on trouve des personne intéressées par un sujet peu traité dans médias » souligne Christiane Amanpour présidente du jury de cette année.

De la MDJ à la Maison des reporter de guerres

Il y a quelques mois, j’ai rencontré certains reporter syriens et yémenites, à la Maison des journalistes à Paris. Nous avons partagé le même logement et j’étais fasciné par leur aventure et leur histoire.  Ils ont fui leur pays, la guerre, le malheur. Ils sont là en France, ils ne sont rien, la plupart des membres de leur famille ont été tués.

C’est grâce au Prix Bayeux que l’on peut enfin leur rendre hommage. C’est une  grande reconnaissance envers leur travail. « Cette sélection est un appel aux armes » journalistiques, à un moment « très sensible » pour la profession « en danger », y compris en Occident, a déclaré Christiane Amanpour.

La Maison des Journalistes participe aussi au Prix Bayeux par sa délégation de journalistes. Il s’agit des afghans Mariam Mana et Mortaza Behboudi, le mauritanien MBG,  les syriens Mazen Adi, Bassel Tawil,  le camerounais René Dassie qui sont notamment intervenus devant des jeunes élèves venus de toute la Normandie.

Il y a aussi la projection d’un film : »Nous sommes tous résidents de la MDJ« . L’ensemble de l’événement dont la MDJ est partenaire, est lié aux médias français et étrangers et s’attache à offrir le temps d’une semaine, une fenêtre ouverte sur l’actualité internationale via des expositions, des soirées thématiques, des projections, un salon du livre, un forum média, des rencontres avec les scolaires…

Une petite ville, une grande reconnaissance !

Paradoxalement, Bayeux est une petite ville. Pourquoi s’intéresser à la thématique de la guerre et au journalisme ? Bayeux a été la première ville libérée en 1944.

« Nous avons connu ici sur les plages un débarquement avec des combats très violents, des milliers de jeunes de 19, 20 ans sont morts », rappelle Patrick Gomont, maire de Bayeux.

Cette ville marquée par la liberté et l’ouverture sur le monde a justement envi de se tourner vers la géopolitique et regarder ce qui se passe en terme de conflits dans le monde entier.

« Nous sommes dans une ville qui veut rendre un hommage à tous les reporters qui prennent des risques pour chercher des informations, parceque nous somme convaincus que l’information est l’oxygène des démocraties » ajoute Patrick Gomont.

Le dernier jour..

Le moment est venu d’évaluer le travail et l’appréciation par un comité spécialisé. Ces reporters étaient en Irak, au Yémen, en Syrie, au Liban, en Libye, en Palestine… Ils couvrent les événements près de l’artillerie lourde, sentant l’odeur pestilentielle de la guerre, on voit beaucoup de courage.

« Nous ne sommes pas des héros, on ne subit pas car c’est notre choix d’y aller, on sait où on va mettre les pieds – contrairement aux civils qui vivent l’enfer des guerres et sont donc les vrais héros, on est là pour les raconter, pas pour se la raconter » m’avait confié la journaliste iranienne Lia Mandna, qui a travaillé en Irak.

Plusieurs témoignages, dont celui d’Albéric de Gouville vice-Président de la Maison des journalistes, ont confirmé que le moment fort de la cérémonie de clôture a été quand une jeune fille d’origine nigériane ayant fui seule son pays à l’âge de 15 ans (et actuellement en classe de terminale à Bayeux), remet le prix des lycéens et rend hommage à la présidente du jury Christiane Amanpour pour son implication dans #bringbackourgirls, mouvement mondial pour la libération des jeunes lycéennes enlevées par le groupe Boko Haram au Nigéria.

Nous avons vu des images et des documentaires remplis de sang et de violence rapportés par des journalistes. Ici, on peut les rencontrer vivants. Ce sont eux qui vous transmettent ce qui se passe dans les zones de peur ! Ce sont eux qui nous alerte toujours que le monde va mal, encore.

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