Critique du film « Le Procès: L’Etat de Russie vs Oleg Sentsov »

Les chefs du monde sont Recep Tayyip Erdoğan, Donald Trump, Viktor Orbán, Vladimir Poutine… Leur rhétorique est si fanatique et si déséquilibré qu’on ne peut pas distinguer le vrai du faux. Conséquence en 2018, se souvenir d’être outragé peut être difficile. « Le Procès: L’Etat de Russie vs Oleg Sentsov » nous rappelle pourquoi ce combat est si important, si actuel. Cela nous rappelle ce qui pourrait se passer si nous permettons à la folie et aux mensonges de devenir la norme.

« Le Procès », c’est l’histoire d’une cinéaste originaire de Crimée qui s’appele Oleg Sentsov, devenu célèbre après la sortie en 2012 de son film Gamer. 

Il a aussi travaillé comme activiste pendant le mouvement de protestation ukrainien appelé « Euromaidan. » Le mouvement était contre l’annexion russe de la Crimée. Le gouvernement russe l’a arrêté et retenu pour actions terroristes le 11 mai 2014, un crime punissable de 20 ans de prison.

Sentsov et trois autres hommes étaient détenus en prison par le Service de Sécurité Fédéral de la Russie pendant trois semaines, avant d’être officiellement accusé. Un an plus tard, en juillet 2015, le procès d’Oleg Sentsov commence.

A Paris avec l'un des journalistes de la MDJ.

Genèse du film

Le film dirigé par le réalisateur ouzbeke Askold Kurov se compose de vieux clips vidéos des actualités russes et ukrainiennes ainsi que des clips vidéos du procès. Les vidéos sélectionnées sont simples mais effectives et résument un long procès.

Le procès est facile à comprendre car la corruption et l’absence de neutralité sautent aux yeux. 

Qui est Oleg Sentsov ?

Oleg Sentsov, le cinéaste ukrainien emprisonné en Russie, vient de se voir décerner le Prix Sakharov, qui récompense “la liberté de l'esprit”. Voici son portrait. ⬇️

Publiée par AJ+ français sur Jeudi 25 octobre 2018

Dans le film, Sentsov est montré en tenu dans une cellule de prison à l’intérieur de la salle d’audience. Il lui a été posé beaucoup de questions répétitives auxquelles il a souvent répondu avec un sourire narquois, soulignant ainsi le ridicule de sa situation.

A un certain moment dans le film, un de ses compagnons de lutte, Oleksandr Kolchenko, lui demande sa nationalité. Il lui répond, “Ukrainien? Russe? Je ne sais pas.” Ce compagnon insiste : “Tu dois choisir.”

Ce moment est complété par un clip vidéo montrant un panneau d’affichage en Crimée avec la phrase “Crimée. Russe. Pour Toujours” et une grande photo du visage de Vladimir Poutine.

Déclaré coupable, ses derniers mots avant le départ de la salle d’audience sont pour prévenir les citoyens Russes et Ukrainiens des dangers de la propagande.

Rappel : le prix à payer pour la liberté reste très chère

Ce n’est pas un chef-d’oeuvre cinématographique et ce n’était pas le but de ce le film car l’enjeu est pédagogique et sa chronologie est claire.

Les mots eux-mêmes sont puissants, donc ce film n’a pas besoin d’une édition chic afin de devenir un film significatif.

Son histoire constitue en elle-même le sens du film. A la fin du film, il reste beaucoup de questions sans réponse, mais peut-être était-ce volontaire ? Ou bien ces questions n’ont pas de réponse.  

Le Procès finit avec une bonne juxtaposition:  un clip vidéo effrayant de la prison sibérienne où Sentsov restera en prison jusqu’en 2034 et un autre clip vidéo plein d’espoir où Sentsov fait sa signature et le signe de la paix où il nous rappelle pourquoi il se bat.

Le mouvement pour libérer Oleg Sentsov et des autres prisonniers politiques ukrainiens a augmenté depuis la sortie du film Le Procès, le film a aidé à assurer que l’injustice contre Sentsov ne devienne pas oubliée ou ignorée.

L’Académie du Film européen a une campagne qui recueille des fonds pour couvrir des dépenses légales et supporter les deux petits enfants de Sentsov.

A la fin de projection du film lors du “Festival de Cinéma et Droits Humains” par Amnesty International,  il y a eu une discussion et une photo où nous avons tous levé nos mains avec des signes de paix, dans la solidarité avec Oleg Sentsov.

Il peut y avoir  beaucoup de questions sans réponse dans Le Procès, à commencer par l’avenir terrifiant de Sentsov en Russie. Lueur d’espoir, il n’est pas seul. Il a une armée de cinéastes, de cinéphiles et des activistes qui se battent pour lui. Et une chose est certaine: personne n’oubliera ce qu’est le prix de la liberté.

EN SAVOIR PLUS SUR CE THÈME

Bangladesh – La liberté d’expression captive du gouvernement

Les journalistes bangladais vivent une période mouvementée. Les atteintes à la liberté de la presse se multiplient. Quels sont alors les leviers utilisés par le gouvernement dirigé par la Première ministre Sheikh Hasina pour museler la presse au Bangladesh ?

Shariful Chowdhury, Shelu Akand, Mostafizur Rahman Suman, la liste d’attaques à l’encontre des journalistes s’amplifie chaque mois. En juin 2020, cinq ONG de défense de la liberté de l’information ont interpellé la Première ministre, Sheikh Hasina à ce sujet.

Fondée en 1994, et membre de la fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), l’organisation Odhikar se charge de protéger les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels bangladais. Elle publie chaque année depuis 2003 un rapport d’activité dans lequel est abordé le thème de la liberté de la presse.

Dans ses deux derniers dossiers, durant la période de janvier à juin, Odhikar a décompté au Bangladesh 39 journalistes blessés au cours de l’exercice de leur métier, 18 agressés, 12 attaqués, 7 menacés, 1 arrêtés et 42 poursuivis en justice. Un total qui atteint déjà 119 actes à l’encontre des journalistes locaux en seulement 6 mois.

Plus généralement, en 2018 et 2019 – depuis l’investiture pour un troisième mandat consécutif de la Première ministre, Sheikh Hasina – 126 et 104 agissements contre les journalistes et médias ont été respectivement recensées par Odhikar.

Les illustrations décrites par la suite représentent et incarnent un aperçu du quotidien vécu par les journalistes exerçant leur métier au Bangladesh.


«La gravité et la recrudescence des violences perpétrées contre des journalistes qui faisaient simplement leur travail atteint un niveau inadmissible»


En termes d’exemple, au cours du scrutin municipal du 1er février 2020 dans les districts nord et sud de Dacca, une dizaine de journalistes qui couvraient l’événement ont été pris d’assaut par des militants de la Ligue Awani (AL) – parti du gouvernement au pouvoir.

Après avoir eu écho d’irrégularités dans le bureau de vote de l’école Nikunja Jan-e-Alam, le correspondant spécial de l’agence Press Bangla (PBA), Zisad Ikbal s’y est rendu pour enquêter. Lorsqu’il tente d’entrer dans le centre pour obtenir des informations, il est attrapé et roué de coups par des militants de l’AL.

Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de Reporters Sans Frontières interpelle les autorités locales.

«La gravité et la recrudescence des violences perpétrées contre des journalistes qui faisaient simplement leur travail atteint un niveau inadmissible. Nous appelons l’inspecteur général de la police, Javed Patwary, à tout mettre en œuvre pour que les auteurs de ces attaques systématiques soient traduits en justice. Surtout, compte tenu des liens des assaillants avec le parti au pouvoir, le secrétaire général de la Ligue Awani, Obaidul Quader, doit prendre des mesures immédiates pour exclure de ses rangs les militants qui refusent le rôle d’une presse libre dans le jeu démocratique.»

Cette violence à l’encontre des journalistes s’est ancrée dans leur quotidien. Témoigner, enquêter et investiguer à propos de dirigeants politiques ou de corruption, riment avec menace, agression et risque pour sa propre vie.

Shelu Akand, journalistes pour le quotidien Palli Kantho Protidin, et correspondant du magazine Bangla Bazar Patrika à Jamalpur – nord du Bangladesh – enquêtait au sujet des activités d’Hasanuzzaman Khan, conseiller municipal, et de son fils Rakib, dirigeant local du Bangladesh Chhatra League à Jamalpur – branche étudiante de la ligue Awani.

Il devait également témoigner des brutalités orchestrées par ces deux personnages – notamment le passage à tabac de son confrère Mustafa Monju. Shelu Akand a été de nombreuses fois menacées par la famille Khan. Sans protection, il frôle la mort le 18 décembre 2019 après avoir été tabassé par une dizaine d’individus. Le frère du journaliste a déposé une plainte et Rakib Khan a été arrêté jeudi par la police.

Plus récemment, au 1er avril 2020, un groupe dirigé par l’un des leaders du syndicat Aushkandi Union Parishad Chairman de Nabiganj et de la ligue Awani, Muhibur Rahman Harun, ont attaqué le correspondant du quotidien Pratidiner Sangbad, Shah Sultan Ahmed. Ce dernier avait alors mis en exergue des irrégularités dans la distribution de riz adressée par le gouvernement et destinée aux personnes précaires. Il affirmait que chacun des nécessiteux auraient dû recevoir 10 kg de riz, mais Muhibur Rahman Harun en aurait donné simplement 5 kg.

Un arsenal législatif taillé sur mesure

La répression de la liberté de la presse s’appuie donc sur deux piliers. Outre l’indulgence de l’Etat central et son consentement tacite, les lois en vigueur offrent un contrôle total et légal des médias locaux.

Les condamnations des dissidents du pouvoir se basent sur les lois pénales. Le gouvernement bangladais possède notamment dans son arsenal législatif la «Digital Security Act», loi de 2018 sur la sécurité numérique [DSA].

Cette dernière place en permanence sous pression les journalistes et asphyxie les libertés de la presse et d’expression. Venue remplacer et abroger une majeure partie de la loi sur les informations et les technologies de 2006, en particulier l’article 57 tant décrié, la DSA étend et renforce en réalité la répression.

L’article 21 de cette loi prévoit une peine de 10 ans de prison pour quiconque s’aviserait d’organiser «toute propagande ou campagne contre la cognition de la guerre de libération, le père de la nation, l’hymne national ou le drapeau national.» En cas de récidive, l’individu risque une réclusion à perpétuité.

La cognition de la guerre de libération est définie dans la loi comme: «Les grands idéaux qui ont inspiré notre brave public à se consacrer à la lutte de libération nationale et nos courageux martyrs à déposer leur vie pour la cause de la libération, les idéaux du nationalisme, du socialisme, de la démocratie et laïcité.»

Cette définition large de sens, semble amplifier le champ d’action de cet article afin de permettre au gouvernement d’étouffer les critiques au nom de l’intégrité de la nation.

Une situation semblable pour l’article 25. Certains mots utilisés ne sont pas définis dans la loi et constituent un danger pour la liberté d’expression. Une information à caractère «offensant» pourrait être condamnable, bien que ce terme soit totalement subjectif. «Ternir l’image de la nation» est également utilisé, et pourrait donc permettre de poursuivre quiconque s’aviserait de critiquer le mode de gouvernance du parti au pouvoir.

Une analyse beaucoup plus approfondie est disponible sur le site d’Article 19, une association britannique œuvrant pour la promotion de la liberté d’expression et d’information.

En vertu de ces articles et de cette loi, le caricaturiste Ahmed Kabir Kishore a été arrêté pour avoir «diffusé sur Facebook des rumeurs et de la désinformation sur la situation du coronavirus», et «insulté l’image du père de la nation, l’hymne national ou drapeau national.»

Le caricaturiste avait alors publié une série de caricatures de personnages politiques bangladais intitulée «La vie au temps du corona».

Il mettait en cause des dirigeants du parti au pouvoir et les accusait de corruption dans le secteur de la santé. Il a été arrêté entre le 4 et le 6 mai par des agents du Bataillon d’action rapide (BAR).

«Journalistes, blogueurs et caricaturistes n’ont rien à faire derrière les barreaux pour avoir émis des opinions alternatives sur la façon dont les autorités gèrent la crise du coronavirus», s’indigne Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF.

Comme Ahmed Kabir Kishore en 2019, 42 personnes ont été arrêtées en vertu de cette loi pour avoir publié sous différentes formes des critiques du gouvernement, ou des personnalités éminentes de l’Awani League. Une pratique qui s’est accrue lors de la récente pandémie du Covid-19. Entre janvier et juin 2020, 96 personnes ont été arrêtées.

Il en résulte directement une auto-censure de plus en plus forte au sein des rédactions pour se protéger. D’autant plus que selon l’article 36 de loi de 2018 sur la sécurité numérique.

«Dans le cas d’une société qui commet une infraction à la présente loi, tous ces propriétaires, directeurs généraux, administrateurs, gérant, secrétaire, actionnaire ou tout autre dirigeant ou employé ou représentant de l’entreprise ayant un lien direct avec l’infraction sera considéré comme le contrevenant à moins qu’il ne puisse prouver l’infraction a eu lieu à son insu ou si il a pris toutes les mesures possibles pour arrêter la commission l’infraction.»

«En tant que responsable-éditorial, je me sens triste de devoir abandonner un papier qui a pris plusieurs jours de travail de la part d’un journaliste. Mais je prends cette décision pour l’unique raison de devoir protéger le journaliste car je sais qu’il y a des risques à le publier», avoue Matiur Rahman Chowdhury, responsable-éditorial du quotidien Manab Zamin au journal The Indian Papers en décembre 2018.

Le Bangladesh a pourtant ratifié le Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966. L’article 19-2 de ladite loi affirme que « toute personnes à droit à la liberté d’expression ; ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce, sans considération de frontières, sous une forme orale, écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen de son choix. »  L’ayant signé en 2000, le Bangladesh s’est légalement engagé à respecter ce droit fondamental.

L’article 39 de la constitution du Bangladesh garantit de même les libertés d’expression, de pensée et de conscience.

Une situation d’autant plus contradictoire alors que Sheikh Hasina affirmait le 19 décembre 2018, après la ratification de la loi sur la sécurité numérique: «Le gouvernement croit fermement à la liberté de la presse. Personne ne peut dire qu’on n’a jamais réduit quiconque au silence […] nous n’avons jamais fait ça, et nous ne le ferons toujours pas.»

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Soudan – La transition vers la démocratie bénéficie à la presse

Une année après la démission du dictateur soudanais Omar el-Béchir, le paysage médiatique du pays s’est totalement redessiné. Nous revenons sur ces changements, conséquence de la transition démocratique.

«Plus jamais dans le nouveau Soudan, un journaliste ne sera réprimé ou emprisonné.» Mercredi 25 septembre 2019, l’annonce du Premier ministre soudanais, Abdallah Hamdok, promet aux journalistes une liberté jamais acquise auparavant.

À l’occasion de la conférence «Defend Media Freedom», organisée lors de l’Assemblée générale des Nations Unies à New-York, il approuve et signe le «Global Pledge to Defend Media Freedom» [l’Engagement mondial pour la liberté des médias]. À travers cet acte symbolique, Abdallah Hamdok s’engage à améliorer l’environnement médiatique soudanais, décimé par trois décennies de dictature.

Arrivé au pouvoir le 21 août 2019, Abdallah Hamdok remplace Omar el-Béchir, dictateur du Soudan depuis 1989, renversé au cours de la «révolution de décembre».

Bien que la traque aux journalistes et aux rédactions ait cessé depuis l’arrivée d’un gouvernement dirigé par un Premier ministre civil, tout le paysage médiatique reste à reconstruire. Unissant censure, répression, contrôle et exactions contre les journalistes, Omar el-Béchir laisse derrière lui des rédactions en pleine refontes.

En juillet 2019, Mediasrequest, un site dédié à répertorier les médias du monde, décomptait près d’une quarantaine de journaux de presse écrite, pour la majorité en langue arabe. D’autres journaux internationaux couvrent l’actualité du pays. De son côté, le ministère de l’Information et des Communications, sous la houlette d’Hassan Ismail Sayed Ahmed nouvellement élu, dirige les médias publics à travers le Sudan Radio and Television Corporation [SRTC] : Sudan Radio – Suna Sudan New AgencySudan TV.

«Le Soudan d’aujourd’hui n’a rien à voir avec le Soudan d’hier», affirme Mohamed Nagi, directeur de la rédaction de Sudan Tribune, un site d’information couvrant l’actualité des pays de la région.

Fondé en 2002, le réseau gouvernemental SRTC contrôle et monopolise la majeure partie des émissions de télévision et des infrastructures de diffusion.


Selon des témoignages, des journalistes critiques du pouvoir en place ont été à plusieurs reprises envoyés dans des «ghost houses», prisons secrètes où l’on incarcérait les opposants pour y être exécuté ou torturé.


À l’époque d’Omar el-Béchir, dont l’objectif est de contourner ce monopole, des médias sont apparus à l’extérieur du pays pour tenter d’exercer leur métier.

Radio Dabanga ou encore Afia Darfur ont été fondés pour élargir le champ de parole des opposants politiques au Parti de l’ancien dictateur, le Congrès National. Radio Dabanga est basée aux Pays-Bas tandis qu’Afia Darfur diffuse ses émissions du Tchad.

Le «tout puissant NISS»

Arrivé à la tête du Soudan lors du coup d’État militaire le 30 juin 1989, Omar el-Béchir a imposé un système autoritaire, banni toute opposition politique et institutionalisé la censure.

  • Censure

Sous son règne, les services de renseignement soudanais «National Intelligence and Security Service», [NISS] sont devenus les acteurs centraux de la répression, de la censure et de la surveillance du régime autocratique. Aujourd’hui, cette unité rebaptisée «General Intelligence Service» [GIS] est sur le point d’être démantelée.

Le NISS possédait le pouvoir d’intervenir au sein même des rédactions et des imprimeries avec comme objectif le blocage de la parution des journaux. Les autorités fixaient également la «ligne rouge» à ne pas franchir selon les intérêts propres au pouvoir en place.

Osmane Mirghani, rédacteur en chef du journal indépendant Al-Tayar est arrêté le 22 février 2019. Des agents du NISS se sont invités ce jour-là dans les bureaux du journal pour interpeller le journaliste lui reprochant d’avoir critiqué à la télévision Sky News Arabia la mesure d’État d’urgence décrété par Omar el-Béchir.

Selon des témoignages, des journalistes critiques du pouvoir en place ont été à plusieurs reprises envoyés dans des «ghost houses», prisons secrètes où l’on incarcérait les opposants pour y être exécuté ou torturé.

Cette pression quotidienne permettait à l’ancien régime de contrôler tous les faits et gestes des journalistes œuvrant à l’intérieur de ses frontières.

  • Contrôle et régulation

Comme le raconte Abdelmoneim Abu Idris Ali, alors journaliste au Soudan pour l’AFP dans son article intitulé «Vie et mort dans une guerre oubliée», le NISS pouvait décider de la présence de journalistes sur les lieux pour couvrir l’actualité du pays.

28 mai 2014, dix heures du matin, le journaliste reçoit un coup de téléphone. Le «tout puissant NISS» l’appelle et lui manifeste: «Soyez à l’aéroport dans trente minutes» pour partir dans l’Etat du Kordofan du Sud. «C’est inhabituel. Et c’est urgent», explique Abdelmoneim Abu Idris Ali.

Pour cause: l’accès à cette région est habituellement contrôlé rigoureusement.

Au Kordofan du Sud, des rebelles et les forces armées gouvernementales s’affrontent depuis l’indépendance du Soudan du Sud en 2011. Zone inaccessible, sous haute régulation, les autorités tentent de camoufler les exactions commises sur la zone.

Mais, ce jour-là, les services de renseignement ont décidé de contacter le journaliste dans l’optique de couvrir la création d’une unité paramilitaire: une opération de communication l’imposait.

Contactée par nos soins, une journaliste qui a souhaité rester anonyme témoigne de la difficulté d’exercer le métier de journaliste durant les trente de dictature : «Travailler en tant que journaliste sous le règne d’Omar el-Bechir fut vraiment une douleur traumatique. La peur d’être lue et relue puis arrêtée nous hante.» Ne pouvant pas être publiée par la presse soudanaise, elle décidait de transmettre ses articles aux médias internationaux.

«J’ai tout de même été arrêtée à deux reprises à cause de mon travail. On m’a aussi menacé de mort. Je couvrais les élections au Kordofan du Sud en 2011 pour le referendum d’indépendance du Sud Soudan. Ces élections se sont mal déroulées et la guerre a repris entre le gouvernement et le mouvement rebelle des SPLM.»

Sa présence embarrassait le gouvernement soudanais, «ils ont donc décidé de me kidnapper et m’interroger pendant un jour pour ensuite me laisser partir. Ils m’ont aussi menacé de mort pour que je quitte la région.»

La transition démocratique au Soudan

Au Soudan, après 30 ans de dictature, «la révolution de décembre» renverse Omar el-Béchir le 11 avril 2019.

L’armée reprend le pouvoir jusqu’aux accords signés le 17 août 2019 entre le conseil militaire de transition (CMT) et la contestation. Cet accord ouvre la voie à la création du Conseil de souveraineté, un organe exécutif de transition composé de six civils et cinq militaires avec une présidence confié dans un premier temps à Abdel Fattah Abdelrahmane al-Burhan, un général de l’armée soudanaise.

Un gouvernement de transition est mis en place après l’investiture de l’économiste Abdallah Hamdok en tant que Premier ministre, désigné par l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC) – principal protagoniste de la contestation.

Parallèlement, l’accord prévoit la formation de l’Assemblée législative de trois cents membres.

En pleine transition démocratique, des élections présidentielles devraient avoir lieu en 2022.

Un héritage qui perdure malgré la transition

Dès lors, se pose la question inhérente à cette transition: aujourd’hui, que reste-t-il du système d’antan qui encadrait les médias soudanais ?

La transition en cours donne espoir aux journalistes soudanais. Le Soudan est passé de la 175ème place au classement mondiale de la liberté de la presse en 2019 à la 159ème place aujourd’hui. Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique au sein de reporter sans frontière assure avoir rarement assisté à une telle ascension.

Une Constitution provisoire a été adoptée pour couvrir la période de transition. Celle-ci garantit officiellement à sa population une presse totalement libre.

Une réforme des médias a d’ailleurs été lancée sous l’égide de l’UNESCO en novembre 2019. Cependant, aujourd’hui, les lois sur la cybercriminalité (2007) sur la presse (2009), et sur la sécurité nationale (2010) continuent d’être actives et constituent selon Arnaud Froger «une grave menace pour la pratique du journalisme dans le pays.»

Ces lois représentent selon lui «une épée de Damoclès au-dessus des journalistes. Mais, c’est un chantier gigantesque. On ne passe pas de trois décennies de dictature à une démocratie totale.»  De son côté, Mohamed Nagi explique que «ces lois ne sont plus appliquées puisque la constitution les en empêche

Toutes ces lois donnent aux autorités en place un arsenal législatif gigantesque pour restreindre et soumettre les journaux du pays. Comme expliquer dans le rapport d’Amnesty.

Selon la loi sur la presse, le conseil national de la presse détient de nombreux pouvoirs allant de l’accord d’une licence aux institutions journalistiques à l’interdiction des publications d’articles.

De son côté, ladite loi de 2010 sur la sécurité nationale a institutionalisée l’immunité des autorités, actives dans la censure des médias au nom de la sécurité nationale.

Les autorités ont peu à peu cessé la politique de répression systématique d’antan. Des changements qui ne font cependant pas l’unanimité au sein du service général de renseignement. Une mutinerie s’est produite dans les bâtiments du GIS le 14 janvier pour contester le démantèlement de l’unité.

Malgré tout, la censure systémique s’est institutionalisée et s’exerce aujourd’hui au sein même des rédactions.

Le site web Index, affirmait en 2013 que les services de renseignement soudanais «National Intelligence and Security Service» [NISS], aujourd’hui les Services de renseignement général «General Intelligence Service» [GIS], posséderaient 90% de tous les journaux du pays en 2013.

À cette époque, les NISS rachetaient deux journaux indépendants et influents: Al-Sahafa et Al-Kartoum. À la suite de cette acquisition, Mozdalfa Osman décide de démissionner de son poste de directeur éditorial au sein d’Al-Khartoum: «J’ai démissionné en raison de l’influence négative sur mon travail et de la mise en œuvre de l’agenda du NISS, ce qui a contredit mon professionnalisme.»

Pour le secteur de la radio, l’organisation Fanack spécialisée sur les sujets d’Afrique du Nord, affirme que le gouvernement possède 15% des parts de toutes les chaînes audios.

«Il n’y a plus de censure aujourd’hui au Soudan. Je n’ai jamais entendu mes confrères me rapporter de tels cas de la part du nouveau gouvernement. Mais l’autocensure s’est établie et installée. Vous savez, pendant 30 ans les journalistes ont travaillé sous une dictature. Tout devait être relu deux fois avant d’être publié. Ces automatismes perdurent d’une certaine façon. D’autant plus qu’une majorité des médias ont des connexions avec l’ancien régime, à l’exception de deux ou trois», explique la journaliste soudanaise.

Cette situation est représentée par le récent licenciement de Lubna Abdella du journal Al Sudani Al Dawlia à la suite d’une enquête sur la corruption au sein de la commission, des droits de l’homme.

Mohamed Nagi ne s’alarme pas: «Ce cas ne dépend pas du gouvernement. Ça ne permet pas d’estimer la liberté de la presse au Soudan. Certains journaux sont certes dirigés par des proches de l’ancien régime mais ils ont prouvé leur indépendance financière. Donc, au nom de la liberté d’expression, ces personnes ont le droit de faire valoir leur idéologie.»

En janvier 2020 également, dans le cadre de la transition, les autorités soudanaises ont interdit la diffusion de deux journaux et deux chaînes de télévision, avançant que «ces institutions ont été financées par l’État et nous voulons rendre l’argent au peuple soudanais», déclarait alors Mohamed al-Fekki, membre du conseil de transition du Soudan. Les journaux Al-Sudani et Al-Ray Al-Am ainsi que les chaînes Ashrooq et Tayba ont été visés.

Mohammed Nagi nous explique que «le nouveau gouvernement a fermé ces médias dont le rôle était de faire la propagande pour l’ancien régime qui les finance. Ashrooq et Al-Sudani se sont par la suite restructurés et ont pu rouvrir. L’interdiction n’était pas pour des raisons idéologiques mais financières.»

En parallèle, selon les informations de RSF, le Cyber Jihadist Unit, un service d’espionnage et de surveillance des journalistes, est encore actif et diffuse régulièrement de fausses informations pour discréditer les autorités de transition et préserver les intérêts de l’ancien régime. Cette unité dirigée par les services de renseignement continuerait d’œuvrer dans l’ombre.

Elle «surveille et contrôle le contenu publié par les journalistes. Elle diffuse de fausses informations qui peuvent influencer les médias.  Elle traque les journalistes, les intimide avec des messages malveillants continuant d’exercer une forte pression sur les journalistes du pays.»

Arnaud Froger perçoit en cette unité le signe d’un héritage d’Omar el-Béchir à démanteler prochainement.

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Guinée – La liberté de la presse sombre à nouveau

Selon le site Guineedirect, les députés guinéens fraichement élus ont adopté ce 3 juillet 2020, un texte de loi qui limite une fois de plus la liberté de la presse en Guinée. Ainsi, le Président de l’institution HAC (Haute Autorité de la Communication – équivalent du CSA pour la presse guinéenne)) sera désormais nommé par le président de la République, en l’occurrence Alpha Condé. La HAC est en charge du bon fonctionnement de la presse en Guinée Conakry.

Après le chaos électoral du 22 mars 2020 qui a bénéficié aux députés à la solde du pouvoir présidentiel, nous pouvons affirmer sans se tromper que le Président s’empare de tous les pouvoirs: exécutif, législatif, judiciaire et maintenant médiatique.

Le rôle de la HAC sera de censurer selon le bon vouloir du Président

A l’heure du passage mondial au numérique, la Guinée Conakry décide de passer sous le contrôle d’un seul homme qui décidera qui a le droit de dire quoi.

Cet homme, nommé par le Président de la République, ne sera qu’un pantin obéissant au pouvoir absolu du chef de l’Etat.

En effet, quel média s’opposera à la ligne éditoriale dictée par la présidence? Aucun média ne sera épargné par ce musellement généralisé.

La HAC est vidé de sa substance, comme une coquille vide. Il est évident que les futurs commissaires risquent d’être mis devant des situations de fait accompli. Si le président de l’organe de régulation des médias est nommé par Alpha Condé, il n’aura aucune marge de manœuvre. Il suffira que le chef de l’Etat décide de retirer un agrément ou d’annuler une licence pour que cela soit tout de suite acté.

Naturellement, avant de nommer quelqu’un à ce poste prestigieux, Alpha Condé posera ses conditions à prendre ou à laisser. Autre nouvelle, la HAC passera de 11 à 13 membres.

Les conditions des délivrances et des retraits des agréments d’exploitation pour les médias audiovisuels, l’attribution et le retrait des fréquences et la création d’un poste de secrétaire général, chef du service administratif, sont d’autres nouveautés.

Selon nos confrères de Guinéedirect, la nomination des commissaires devant siégé à la HAC est encore floue. Dans tous les cas, les règles de nominations vont changer et cela impactera considérablement la presse libre en Guinée Conakry.

Voici le résumé des nouvelles mesures prises par la HAC :

Les amendements apportés ont aussi porté sur :

  • l’Article 4 (réécriture pour la reformulation du dernier aliéna pour des besoins de précision),
  • l’Article 6 (relèvement de nombre des membres de 11 à 13),
  • la réorganisation des corporations membres de la HAC (Art.10),
  • la réintroduction de l’âge minimum de 35 ans pour être membre, la réorganisation des commissions spécialisées (Art.13).

Il y a aussi eu la réécriture du dernier alinéa sur les mesures disciplinaires applicables aux membres de la HAC (Art.15), le relèvement du quorum de 7 à 9 membres pour siéger (Art.24), réintroduction et précision à l’alinéa 3 de la durée de validité de la carte professionnelle de journaliste; et au Titre V, il y a eu réécriture des articles 58,59 et 60 relatifs aux dispositions transitoires et finales.

Les nouveaux législateurs ont également revu à l’Article 5, un alinéa premier relatif au renforcement du rôle de la HAC dans l’émergence et la promotion de médias libres et responsables.

Au total, la nouvelle HAC aura en son sein 5 représentants des associations de presse; 3 représentants de la présidence de la République ; 1 représentant de l’Assemblée nationale.

Le conseil supérieur de la magistrature, le ministère des postes, télécommunications et de l’économie numérique, le collectif des imprimeurs, libraires, bibliothécaires et archivistes et le collectif du cinéma et de la photographie désigneront chacun un représentant.

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RD Congo: une radio attaquée et fermée par la police

Au Bas-Uele, la « Radio Liberté Buta » a été attaquée par la police en pleine nuit avant d’être fermée.  Journaliste en danger JED et l’Observatoire des médias congolais OMEC, dénonce vigoureusement l’incursion nocturne d’un groupe de policiers dans les installations d’une station de radio, la confiscation de ses matériels de diffusion ainsi que l’arrestation d’un régisseur d’antenne trouvé sur place.

Selon nos informations, la « Radio Liberté Buta » dans la province de Bas-Uele située dans le nord de la République Démocratique du Congo, une station proche du Mouvement de Libération du Congo MLC de Jean-Pierre Bemba, un des leaders de l’opposition, a été attaquée, la nuit du jeudi 28 novembre 2019 vers 22 heures. 

Actualisation du 11/12/2019 – Message de RSF sur la situation du journaliste Junior Supa


Une intervention disproportionnée de la police congolaise

Selon nos éléments, il s’agit du Groupe Mobile d’intervention de la Police Nationale Congolaise dont le but était de procéder à l’arrestation de M. Gilbert Monkoto, Vice-Président de l’Assemblée provinciale du Bas- Uele. 

M. Gilbert Monkoto intervenait dans une émission consacrée, notamment à la gestion de l’Assemblée provinciale du Bas- Uele.

Ne l’ayant pas trouvé dans les locaux de ce média, la police a intimé l’ordre à Junior Supa, journaliste-technicien, trouvé sur les lieux, d’interrompre cette émission qui était diffusée en différé.

L’arrestation et l’emprisonnement illégitime d’un journaliste

Ensuite, ils ont emporté tous le matériel de diffusion et ont procédé à l’arrestation de Junior Supa. Conduit au quartier général de la police où il a passé la nuit, le journaliste a été transféré dès le matin à la prison centrale du Bas-Uele où il est encore détenu en toute illégalité.

Le lendemain, vendredi 29 novembre, le parquet général du Bas-Uele a mis sous scellée la radio Liberté de Buta.

Dans la foulée, un mandat de comparution a été émis contre M. Jules Kasikila, directeur de ce média. Par peur des représailles et craignant pour sa sécurité, Jules Kasikila est contraint de vivre dans la clandestinité.

Une fermeture de média abusive

Sans entrer dans le fond de l’affaire, le JED trouve absurde toutes les poursuites engagées contre les journalistes de ce média qui n’ont commis aucune infraction en diffusant cette émission.

Le JED exige, par conséquent, la libération sans condition du journaliste détenu, la cessation des poursuites judiciaires contre le directeur de cette station de radio ainsi que la reprise, sans délais, des activités de la Radio Liberté Buta.

Les autorités de la République Démocratique du Congo devraient prendre des mesures immédiates pour garantir aux citoyens l’accès aux diffusions des médias alors que le pays attend avec ferveur et inquiétude les élections.

Makaila Nguebla: un journaliste tchadien devant la justice française

Ancien résident de la Maison des Journalistes, Makaila Nguebla doit comparaître devant la justice française le 17 septembre prochain. Son tort? Avoir diffusé un article dénonçant les dérives financières et le clientélisme d’Abbas Tolli, neveu du président tchadien Idriss Deby et actuel gouverneur de la banque des états de l’Afrique centrale.

Des publications remettant en cause Abbas Tolli et ses agissements, il en existe beaucoup. Mais c’est cet article, « Tchad : le décrété gouverneur Abbas Tolli », qui est dans la ligne de mire du neveu du président tchadien.


«On vous taxe de délinquant pour avoir publié un article»


En diffusant l’article sur son blog Makaila.fr, son rédacteur en chef, Makaila Nguebla, s’est attiré les foudres de l’homme d’affaires, lui valant ainsi une comparution devant la justice française le 17 septembre 2019.

Rédigée le 10 novembre 2017 par un anonyme, la publication incrimine Abbas Tolli d’avoir accumulé de l’argent, et d’avoir ainsi contribué au pillage de l’état tchadien. L’écrit dénonce également les pratiques de clientélisme du gouverneur de la banque des états de l’Afrique centrale qui «a déjà débarqué les DG (directeur général) de la Banque de l’Habitat pour mettre son cousin un certain Hassaballah et à la CBT pour mettre un certain Ali Timan» selon l’auteur.

Abbas Tolli aurait aussi fait du favoritisme en ayant pris «des Congolais et des centrafricains comme ses secrétaires». Pour Makaila, ces abus «devaient être révélés à l’opinion publique tchadienne».

Son blog étant l’un des sites les plus lus du Tchad, le journaliste «{se devait} de relayer l’information». Makaila pensait aussi que son statut de réfugié politique le protégerait d’une quelconque menace…

Malgré la diffusion d’un droit de réponse, demandé par l’entourage d’Abbas Tolli, Makaila reçoit le 20 décembre 2017 une mise en demeure de la part de l’avocat de Monsieur Tolli: Makaila a 48 heures pour retirer l’article de son blog. «Si je retire l’article, cela veut dire que je retire également le droit de réponse» rétorque le journaliste.

Bien que les deux écrits aient été retirés en temps et en heure, Makaila Nguebla est tout de même convoqué le 28 novembre 2018 à la Brigade de Répression de la Délinquance contre la personne. Le journaliste est entendu pour la première fois par un officier de la police: il est auditionné en «qualité de suspect» pour «diffamation publique envers particulier», et risque une amende.

La situation le dépasse: «On vous taxe de délinquant pour avoir publié un article».

Makaila Nguebla participe régulièrement à l’opérationRenvoyé Spécial en partenariat avec le CLEMI

L’affaire s’étend au-delà des murs de la Brigade de Répression de la Délinquance. Le 3 juin 2019, Makaila est entendu par un juge des instructions au Tribunal de grande instance de Paris. Aux accusations de «diffamation publique envers particulier» qui pesaient déjà contre lui, viennent s’ajouter des accusations «d’injure publique envers particuliers».

Mme Mylène Huguet, la Vice-présidente chargée de l’Instruction, ordonne le renvoi de l’affaire devant le tribunal correctionnel. Déterminé à rétablir la vérité des faits et à faire valoir ses droits de journaliste, Makaila a constitué sa défense. Pour plaider sa cause, il a fait appel à William Bourdon, avocat spécialisé, entre autres, dans le droit de la presse et de l’édition, et grand défenseur des droits de l’Homme.

Parallèlement, la Maison des journalistes soutient elle aussi le journaliste: à travers une attestation de témoignage, elle a fait état de la moralité de Makaila, de ses engagements journalistiques et a rappelé le contexte politique de son pays.

Si le journaliste tchadien semble «plutôt confiant» face à sa convocation devant le tribunal correctionnel, le 17 septembre prochain, l’ampleur que prend cette affaire suscite son incompréhension et lui laisse un goût amer: «Saisir la justice française pour attaquer en justice un journaliste réfugié politique, il y a de quoi s’interroger sur la motivation réelle de cette poursuite… Ca ressemble à de l’acharnement».