RD Congo : l’histoire risque-t-elle de bégayer ?

La RD Congo a un parcours politique atypique. Elle bat le record des conflits et, de ce fait, des rencontres de réconciliations avortées. Et pour cause. Versatile et pétri d’ego, l’homme politique congolais ignore le sens de l’honneur qu’engendre la parole donnée. D’où l’enchaînement des conflits, depuis 1960 jusqu’à ce jour.

L’épisode de Genève, dimanche 11 novembre dernier, en témoigne. Après s’être choisi un candidat commun (par vote), pour affronter le compétiteur désigné par le pouvoir, aux élections prévues, ce 23 décembre, la coalition de l’opposition a volé en éclats. Deux des sept leaders présents dans la capitale suisse ont aussitôt renié leur signature.

C’est la énième fois qu’une telle pirouette se produit. Après la Table ronde de Bruxelles, en 1960, rencontre qui déboucha sur l’indépendance du pays, on assista presqu’au même scénario. Trois mois après cet acquis, les leaders congolais se déchirèrent pour occuper les postes au sommet de l’Etat. Au grand dam d’un « Congo uni » qu’ils promettaient au peuple. Avec pour conséquence, une balkanisation du pays.

On utilisa même, à l’époque, la terminologie « congolisation », pour désigner tout pays où prévalait une situation comparable. La confusion et le risque de contagion pour toute l’Afrique centrale furent si grands que la communauté internationale décida d’intervenir, militairement. Ce fut la première opération de maintien de la paix entreprise par les troupes de l’ONU dans le monde.

Qu’en en est-il ? Trop grand, par conséquent, trop divers, le Congo représente une sorte de « panier de crabes ». Dans ce pays, on se bat aveuglément, non pour un idéal politique, au nom du peuple, mais pour s’enrichir, au bénéfice de l’ethnie. Quitte à fouler aux pieds le sens d’une signature, d’un serment. L’essentiel, c’est de devenir un « roitelet ethnique ».

D’où le torpillage de tous les dialogues inter-congolais, depuis la Conférence nationale (1990-1992), deux ans durant, jusqu’à l’accord dit de la « Saint-Sylvestre », signé le 31 décembre 2017, sous l’égide de l’Eglise catholique. En passant par l’accord de Sun City, en 2002, en Afrique du Sud.

Va-t-on vers un autre dialogue ? L’échec des leaders de l’opposition, en Suisse, sonne comme un rappel sur le désordre du passé et le prélude à un grand séisme. On y voit, déjà, à quelque différence près, le schéma de l’imbroglio de 1960. Marqué par l’esprit de régionalisme, sinon de tribalisme. Le tandem qui a retourné sa veste, à Genève, n’est autre chose que l’union entre le centre et l’est du pays. Plus ou moins swahiliphones.

Ce comportement risque de faire tache d’huile. Non sans renforcer le clivage est-ouest, qui n’est pas une simple vue de l’esprit.

Enfin, la « machine à voter » et le fichier électoral suppossé « corrompu » enfoncent le clou. Elle ne passe pas pour une partie de l’opposition, qui la conteste la qualifiant de « machine à voler« . C’est un obstacle majeur susceptible de mette du feu aux poudres. Or, d’ici-là, on ne voit aucun signe d’infléchissement de la part des deux protagonistes. Il en est de même pour les deux tendances de l’opposition.

Le blocage est donc réel. Les analystes se perdent en conjectures, jusqu’à croire qu’il faudrait vite trouver une solution plausible, en dehors de ce cercle vicieux. Solution à concocter, encore une fois, par la communauté internationale…

Ainsi, l’histoire risque-t-elle de bégayer, en 2018. Après plus d’un demi-siècle d’indépendance.

 dans Tribune Libre par

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