Ingérence et attaque marocaine en plein Paris : des militants et des journalistes menacés

Dans le cadre de son cycle de rencontres – débats, l’Association de Défense des Droits de l’Homme au Maroc – ASDHOM – a organisé vendredi 15 février à Paris près de la place de la République, une conférence sur “la liberté de la presse au Maroc” en présence de plusieurs militants des droits humains et des journalistes. Cette conférence a été attaquée et interrompue suite à des violences.

La Maison des journalistes a pu interviewer l’un des intervenants de cette conférence, le journaliste Hicham Mansouri. Exilé en France, poursuivi pour « atteinte à la sûreté de l’Etat » au Maroc (avec d’autres journalistes dont les procès sont sans cesse reportés), hébergé il y a quelques années par la Maison des journalistes, Hicham a accepté de nous raconter ce qu’il s’est passé.

Peux-tu nous présenter ta version des faits ?

Cette conférence était ouverte à tous : pas d’invitation, pas besoin de s’inscrire, pas de contrôle à l’entrée. Au fil du temps, j’ai acquis une certaine expérience en tant que conférencier. J’ai tout de suite compris que les échanges allaient être tendus car plusieurs personnes qui soutiennent le régime et les actions de l’Etat marocain étaient présents dans la salle.

Il s’agit de la députée Hanane Rihab, ancienne journaliste travaillant pour un journal très proche du pouvoir et aujourd’hui députée de la liste nationale, élue avec le parti d’Union socialiste des forces populaires.

Hanane Rihab s’est notamment exprimée sur le sort du journaliste marocain Taoufiq Bouaâchrine qui est incarcéré, pour un « soit-disant trafic humain », elle a mis beaucoup de pression sur ce dossier.

Je dis « soi-disant » car c’est une pratique courante de cibler les journalistes par des accusations détournées (terrorisme, sexe, argent, etc). Moi-même, j’ai été accusé d’adultère. En France ce n’est rien, mais au Maroc, cette accusation vous envoie en prison, vous perdez aussi le respect et la crédibilité auprès des gens qui vous connaissent de loin. Donc, quand j’ai vu cette députée, je me suis méfié. Elle n’est pas connue pour sa tolérance. Par contre, je tiens à préciser tout de suite qu’elle n’a aucunement été belliqueuse et que sa présence n’a pas gênée la conférence. Cependant, elle n’a pas dénoncé ces violences. Donc selon moi, c’est une participation passive.

De même, il y avait un avocat qui plaide pour l’Etat marocain, une sorte de procureur. Lui je ne le connais pas. Je sais juste qu’il défend activement les positions du Maroc sur le Sahara Occidental. Comme Hanane Rihab, il n’a pas participé à cette violence physique. En revanche, non seulement il ne les a pas dénoncer, mais il a également tenu des propos vulgaires…

C’est à cause de leur présence que je me suis immédiatement méfié de ce qui pouvait se passer.

Mon collègue Samad Ait Aicha (lui aussi ancien résident de la MDJ) en a profité pour les interviewer. Ils n’ont pas souhaité répondre aux questions. Assis séparément dans la salle, ils ont juste affirmé que leurs présences respectives étaient une coïncidence.

Comment ont-commencé les violences ?

*Soupir*. Dès le début, et quand je dis début, j’évoque le présentateur qui commence à introduire le sujet. Un homme l’interrompt, parle fort, puis se lève en se baladant dans la salle. Certes, il est habillé en costard mais son attitude est racailleuse. Il défendait sa vision du Maroc : « ce n’est pas une dictature », « vous ne pouvez pas parlé du Maroc comme ça », « untel est un menteur »…

Bref, on lui a assuré qu’il aurait la parole, mais que pour présenter la conférence il fallait au moins laisser chaque intervenant représenter les enjeux et qui ils sont. Il s’est donc rassis.

La première intervenante, Khadija Ryadi, ancienne présidente de l’AMDH, a pu prendre la parole, cela n’aura pas duré trois minutes !

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فيديو حصري، مشاهد غير مسبوقة، -16 تخصار الهدرة دفاعا عن الملك. نكشف خفايا نسف ندوة حرية الصحافة. تم تنظيمها مساء الجمعة ١٥ فبراير ٢٠١٩ من طرف الجمعية المغربية لحقوق الإنسان بفرنسا (ASDHOM) بباريس. كيف ولماذا؟ تصريحات محامي الدولة كروت والبرلمانية حنان رحاب، عنف بالكراسي، تابعوا إلى النهاية…. #بلطجة، #عنف، #تخسار الهدرة، #الملك، #المغرب، #حرية التعبير… رواية تكذب بالعربية Le360 والأحداث المغربية…

Publiée par Samad Ait Aicha sur Dimanche 17 février 2019

Le ton est tout de suite monté, plusieurs hommes au fort gabari se sont levés, la situation est devenu chaotique à tel point qu’une chaise a été jetée en direction d’un militant , qui l’a d’ailleurs blessé.

Puis l’électricité se coupe : nous sommes plongés dans le noir avec une bande agressive contre nous. Nous avons dû reculer, acculer contre un mur. J’ai déjà connu des menaces, des tortures… Mais j’ai encore eu peur. Certes, cela a duré peu de temps mais ces quelques minutes à se faire insulter avec la sensation de pouvoir être poignardé à tout moment, m’a semblé interminable. Heureusement, les militants ont eu le courage de venir vers nous, de nous entourer, de nous protéger. Alors que la salle restait dans l’obscurité (les fils ont été arrachés), une odeur puante s’est répandue.

Avec le recul, c’était juste une très mauvaise odeur destinée à contraindre les gens à sortir. Mais sur le moment, tu penses aussi à une possible attaque chimique. Cet odeur était insupportable. C’est dans ces conditions que nous sommes tous sortis dehors et que nous avons appelé la police.

Alors que la police arrivait, tous les belligérants prenaient la fuite.

Même la députée Hanane Rihab et l’avocat présent ?

Non, eux ils sont restés. Je ne leur ai pas parlé. Honnêtement, et ceci est ma vision personnelle, je ne pense pas qu’ils étaient venus pour discuter car ils sont très froids sur leur position. Mais ils n’ont pas été violents. Alors, on peut supposer que dans ce genre d’actions, il y a des méchants, il faut donc des gentils. Au fond, avec les éléments en ma possession, je n’ai pas de position claire.

J’invite bien sûr ces deux personnes à la discussion comme avec tout le monde, mais quand on demande à la députée Hanane Rihab : qui a payé son billet d’avion pour venir en France ? Assemblée nationale du Maroc, ministère, média, association… Elle refuse de répondre et demande qui a payé les voyages aux opposants politiques venus témoigner en France.

Avez-vous reçu des soutiens ?

Le journal l’Humanité, l’association des travailleurs maghrébins de France, des partis politiques comme la Parti Communiste et des associations comme RSF…

Oui, nous sommes soutenus et cela fait beaucoup de bien. Je les remercie tous.

Y aura-t-il une plainte de déposer ?

Oui, les organisateurs vont porter plainte. D’abord parce qu’on a appris par le propriétaire de la salle, qu’une semaine avant la conférence, des individus sont venus visiter le lieu au nom des organisateurs. Or, c’est faux, personne n’a été mandatée. Cette attaque était donc prévue et savamment organisée.

De plus, grâce aux vidéos, des belligérants peuvent être reconnus et arrêtés. Mais d’une manière générale, que ce soit pour notre sécurité ou juste par principe, il faut porter plainte.

Tu fais régulièrement des conférences, as-tu déjà connu ce type de violence ?

J’ai l’habitude de personnes qui réfutent tout, qui ne sont pas dans le dialogue. Il y a ceux qui provoquent, on sait pourquoi ils sont là. Mais je n’avais connu de violence physique. Je parle de faits, eux expriment leur ressenti et plaident pour le Maroc, y a pas de mal.

C’est aux invités de se faire leur opinion. En tout cas, parole de militants entendus après leur exaction, cela doit faire 25 ans qu’on n’a pas vu ca. Raison de plus, pour ne pas laisser passer.

Etaient également présents à cette conférence, Khadija Ryadi ancienne Présidente de l’AMDH Maroc et Rosa Moussaoui journaliste à l’Humanité.

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