Informer dans le monde arabe, à quel prix ? – Débat à l’Institut du Monde Arabe

« Informer dans le monde arabe, à quel prix ? » Pour répondre à cette question, 3 journalistes ont débattu : Marc Saghié, chef du service Moyen-Orient à Courrier international depuis 1998; Hicham Mansouri, militant pour la liberté de la presse et journaliste marocain exilé en France (ex-résident à la MDJ et collaborateur à notre média) ; Sophie Anmuth, responsable du bureau Moyen-Orient de Reporters sans frontières. Serene Assir, journaliste à l’AFP, a animé le débat.

Le thème de cette soirée prévue de longue date a été rattrapé par l’actualité. Le 2 octobre 2018, le journaliste saoudien Jamal Khashoggi entrait au Consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul pour y effectuer des démarches administratives. Depuis, son assassinat au sein du Consulat a été reconnu par l’Arabie Saoudite. Ce crime condamné politiquement a eu des répercussions internationales.

L’affaire Jamal Khashoggi

« Un meurtre dans une ambassade n’est pas habituel, ni le fait que le corps soit démembré« . Selon la représentante de RSF, Sophie Anmuth, il n’y a pas de cas similaire à déplorer parmi les journalistes. Est-ce pourtant si surprenant ?

Pour Marc Saghié, l’assassinat de ce journaliste est d’une implacable logique.

« Ne vous laissez pas abusé par la figure des nouveaux despotes qu’on nous présente toujours avec le même profil : jeune, anti-islamiste, éducation occidentale, riche… C’est du maquillage de communication pour cacher ces questions : Est-il démocratique ? Laisse-t-il l’information circulée ? A-t-on le droit de critiquer ? Que fait-il à ses opposants ?

On a tellement voulu voir en lui le symbole d’une transition démocratique que nous n’avons pas interprété objectivement les signes précurseurs comme l’arrestation de ses opposants, que ce soit des féministes récemment ou des politiques dès sa prise de fonction. Certains politiques dont des princes ont même été kidnappés en Europe, depuis ils sont morts ou en prison.

Mais c’est avec le meurtre de Jamal Khashoggi que Mohammed ben Salmane – MBS – montre son visage de tyran. »

Mohammed ben Salmane avec Emmanuel Macron

Si le cas de Jamal Khashoggi est exceptionnel, Sophie Anmuth rappelle qu’une trentaine de journalistes sont en prison en Arabie Saoudite. « L’information y circule très mal, c’est très difficile de savoir. Trente journalistes emprisonnés, c’est ce qui est avéré. »

Comble du cynisme, le meurtre ayant lieu dans l’ambassade saoudienne en Turquie, Recep Erdogan a pu enfiler le costume de protecteur du journalisme qualifiant ce crime de « meurtre sauvage« , alors que la Turquie reste la plus grande prison pour journaliste au monde !

Marc Saghié en profite pour affiner l’analyse autour des réactions qu’à susciter ce meurtre dans l’espace médiatique. Que découvre-t-on ?

« Il y a des personnes qui ne défendent que leur idéologie, peu importe les droits de l’Homme. Par exemple, ils sont contre l’Iran. Alors, ils s’offusquent de la condamnation envers les saoudiens, puis nous explique qu’en Iran c’est pareil ou certainement pire.

Deuxièmement, on n’hésite pas à dénoncer le deux poids deux mesures. Après tout, ce n’est qu’un journaliste tué dans une ambassade. Des journalistes qui meurent c’est commun, pourquoi en faire toute une histoire ? Ça arrange qui ? L’Iran bien sûr ! »

Ainsi, il est difficile de comprendre les informations sans connaitre les intérêts des uns et des autres, intérêts qui sont plus liés aux idéologies partisanes qu’aux droits de l’Homme.

Et l’occident n’est pas épargné comme le souligne Hicham Mansouri. « Le Président Trump dénonce ce meurtre comme un fiasco. Un fiasco ? Il sous-entend, oui tu peux le faire mais ne te fais pas attraper ! C’est scandaleux, comme la réaction du MEDEF à qui l’on demandait s’ils iraient au forum économique organisé par l’Arabie Saoudite, équivalent d’un forum de Davos. »

« Si on ne commerce qu’avec des démocraties, on ne ferait pas beaucoup de commerce« , constate Geoffroy Roux de Bézieux, invité du Grand rendez-vous dont l’extrait vidéo est ci-dessous. Patrick Pouyanné, le PDG de l’entreprise Total renchérit : « C’est dans les temps difficiles que vous renforcez vraiment le partenariat » source Le Monde.

Une censure qui n’est pas homogène dans un même pays

Dans le monde arabe comme ailleurs, il y a deux typologies de journalisme. Le journalisme « fonctionnaire » (ou « alimentaire » comme le souligne la journaliste mexicaine Daniela Rea) et le journalisme d’investigation. C’est ce deuxième type qui est visé par la censure.

Contrairement aux idées reçues, il ne faudrait pas réduire la censure à une définition simple. Il y a plusieurs manières de censurer pour plusieurs raisons.

« Si on analyse les révolutions du printemps arabe, la Tunisie a eu un effet très positif sur la presse avec la création de journaux, une investigation plus libre et de manière générale beaucoup moins de censure. A l’inverse de l’Egypte où la presse a perdu beaucoup de terrain durant le printemps arabe » résume Marc Saghié.

Sophie Anmuth prend cet exemple : en Egypte, un journaliste a été arrêté pour un micro-trottoir où il posait simplement cette question : « N’avez-vous pas l’impression que lors de cette rentrée scolaire, les livres pour vos enfants sont plus chers que les années précédentes ? »

Dans ce cas, la question du journaliste porte atteinte à l’image du pays ou au gouvernement en place qui n’aiderait pas les plus démunis à travailler à l’école. Alors, dès qu’on critique, dès qu’on sort de la ligne directrice, le journaliste risque la prison. Ce qui fut le cas pour ce journaliste.

Pour Hicham, la censure n’est pas homogène dans un même pays. Deux facteurs sont identifiés : la zone géographique et la langue utilisée.

« Dans les capitales, on peut critiquer plus facilement qu’ailleurs dans le pays. De même, un article publié en français ou en anglais est plus libre qu’un article publié en arabe. Cela s’explique par le nombre de personnes qui lisent les langues étrangères. Il ne faut pas oublier le faible taux d’alphabétisation. Dans ce cadre, la pire censure s’exerce dans les langues régionales (dialectes) car il y a encore plus de personnes qui lisent cette langue régionale que l’arabe ». C’est le cas au Maroc comme dans beaucoup d’autres pays.

L’arme fatale de la diffamation

Au Maroc, les autorités ont créé une convention qui protège les journalistes, c’est-à-dire qu’aucun journaliste ne peut être arrêté pour leurs écrits. « Du coup, ils utilisent l’arme de la diffamation : soit ils trouvent des choses chez vous, soit ils vous accusent d’être homosexuel, infidèle… » Rappelle Hicham Mansouri, lui-même victime de cette cabale, emprisonné et torturé physiquement et psychologiquement plusieurs mois.

« Si en France, cela fait sourire les gens quand je dis qu’on m’a accusé d’adultère, au Maroc l’accusation est grave. Elle vous salit, vous et votre famille. Peut-être que la majorité des citoyens n’y portent pas d’importance, mais dans ton quartier les voisins s’exclament : pas de fumée sans feu !« . 

Au-delà de la diffamation, il y a aussi une censure liée aux sources de financement des médias.

« La presse arabe est financée par les Etats ou par des groupes de la haute finance proche du pouvoir. Donc la presse est soumise aux puissants qui soutiennent la dictature tant qu’ils ont  leurs avantages économiques. Des medias arabes financés par leur lecteur, est-ce possible ? » se demande Marc.

Remarquons que cette censure économique est aussi présente en Europe. C’est en grande partie pour cela que la France est classée 33ème au classement de la liberté de la presse fait par RSF.

Une liberté d’informer 2.0

Où chercher l’information libre ? Sur internet ! D’où une censure acharnée avec des sites bloqués en quelques heures (7 heures pour être précis en ce qui concerne la censure d’un nouveau journal mise en ligne en Egypte).

Pour Hicham Mansouri, « les réseaux sociaux sont la première source d’information. Mais pour un like ou un partage sur Facebook, des personnes sont en prison au Maroc, y compris des mineurs. » Le nouveau terrain de la liberté d’expression qu’est internet, se retrouve donc attaquée frontalement par les dictatures.

« Au Maroc, ils ont créé des lois contre les fake news : une fausse information sera condamnée. Mais entre ça et la sécurité de l’Etat (par exemple, se moquer, caricaturer ou critiquer le roi est considéré comme une atteinte à la sureté de l’Etat) cela provoque des situations cocasses, mais également très graves pour les accusés.

Par exemple avec le journaliste Hamid El Mahdaoui. Il reçoit un appel anonyme qui l’informe « que des gens s’apprêtent à faire rentrer des chars russes au pays. » Bien sûr, il ne prend pas cette information au « sérieux ». Comment peut-on faire rentrer des chars discrètement au Maroc ? Refusant de relayer cette soit disante informatin, la justice le poursuit pour ne pas avoir dénoncé un crime contre la sécurité de l’Etat. Puisqu’il est accusé de non dénonciation, cela signifie que son téléphone était sur écoute.
Le voici confronté à deux lignes de défense qui l’incriminent quoiqu’ils choisissent soit il déclare avoir reçu l’appel téléphonique et il choisit de relayer l’information ce qui équivaut à alimenter une fake news (et donc de dénoncer quelque chose de faux ce qui est condamnable), soit il ne déclare rien et se retrouve accusé de non dénonciation allant à l’encontre de la sureté de l’Etat (en imaginant que l’information était vraie il se devait de le dire). Hamid El Mahdaoui a choisi la deuxième option et purge actuellement une peine de 3 ans de prison.« 

Pour les citoyens, l’accès à une presse libre sur internet en toute sécurité exige une technologie d’anonymat, comme le VPN (virtual private network). Mais les sites qui permettent d’installer un VPN sont systématiquement bloqués dans la plupart des pays arabes.

Autre solution, les blogs ou les réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter. « Si dans les journaux officiels les journalistes se censurent, ils ont parfois des blogs où la plume se délie. Mais c’est à leur risque et péril. Ils ont intérêt à publier de manière anonyme. De même, certains médias ont décidé de ne plus avoir de site internet et de publier exclusivement sur Facebook ce qui rend le référencement et la visibilité difficile. » Si des oasis de liberté d’expression existent sur internet, ils sont menacés et difficile d’accès.

Hier comme aujourd’hui (et surement demain), il faudra se battre pour la liberté d’informer. Hicham Mansouri le décrit en ces termes : « La liberté a un prix, il faut le payer. Si on ne se bat pas, on n’obtient rien. Moi j’ai choisi de combattre et j’en paie le prix. Même en Occident c’est comme ça. Il faut se battre et c’est le choix que j’ai fait. Au Maroc, il y a une censure différente qu’en France, car en France, quand les médias sont contrôlés par quelques personnes qui ont des intérêts économiques, il y a aussi une censure. Pas de démocratie sans la liberté d’information. Pas de liberté d’information sans démocratie. C’est comme l’histoire de l’œuf et la poule. »

EN SAVOIR PLUS SUR CE THÈME

Recrudescence des attaques contre les journalistes en RD Congo

Journaliste en danger (JED), s’insurge contre le regain d’attaques enregistrées depuis quelques semaines contre des journalistes et des médias. Le JED appelle les nouvelles autorités de la République Démocratique du Congo à prendre des mesures immédiates pour que cessent ces attaques répétées.

En l’espace de deux semaines, le JED a enregistré au moins 6 cas d’atteintes flagrantes à la liberté de l’information en RD Congo, à Kinshasa et dans les provinces où des journalistes et médias ont été victimes des attaques ciblées en rapport avec leur travail.

Voici une liste non exhaustive des journalistes concernées par la répression:

Simon BOFUNGA, directeur de Congo Nouveau, journal paraissant à Kinshasa, qui a été interpellé le mercredi 21 août 2019 au parquet près la Cour d’Appel de Kinshasa Gombe. Le journaliste s’y était rendu après avoir reçu un mandat de comparution. Détenu pendant environ 10 heures, le journaliste a été remis en liberté sans être auditionné et sans savoir le motif réel de cette interpellation. Il lui a été demandé de se présenter au parquet le vendredi 30 août.

Raim MAYAMA, journaliste présentatrice du magazine « Masolo ya Congo » et collaboratrice avec plusieurs médias émettant à Kinshasa, a été interpellée, le mardi 20 août 2019, successivement à la police criminelle et au parquet de grande instance de Likasi, dans la province du Haut- Katanga sur ordre de M. Kambaj, Chef de bureau des Mines. La journaliste s’était rendue au bureau du Chef de bureau des Mines pour réaliser une interview sur le présumé détournement de la taxe minière. Après avoir recueillie des informations auprès d’un proche collaborateur de M. Kambaj, Raim MAYAMA a été subitement mise aux arrêts. Accusée « d’extorsion », elle a été conduite dans les installations de la police criminelle avant d’être acheminée au parquet où elle a été gardée jusqu’à présent sans droit de visite ni d’assistance ou de conseil.

Serge SINDANI, journaliste à Kis24.Info, un média en ligne dont la rédaction est basée à Kisangani dans la province de la Tshopo, a été violemment molesté par un groupe d’éléments des Forces Armées de la RD Congo, le 18 août 2019, alors qu’il regagnait son domicile après avoir couvert le culte de dédicace de la province de la Tshopo à Dieu, organisé par le nouveau Gouverneur de province. Violenté, le journaliste a été dépouillé de tous ses biens, notamment ses deux téléphones portables. 

La radio Télévision Shaloom, l’une des stations des radios de Kananga, chef-lieu de la province du Kasaï Central, fermée depuis trois mois pour non paiement des redevances, taxes et impôts par la Direction Générale des Recettes Administrative, Domaniale et de Participation (DGRAD) a été visée, le vendredi 16 août 2019 dans la nuit, par un groupe de personnes non autrement identifiées. Tous les matériels de ce média ont été emportés. Il s’agit notamment du mixeur, le groupe électrogène, les ordinateurs, les micros, etc.

Michel Tshiyoyo, directeur de la Radio Sozer FM, une station communautaire émettant à Kananga, chef- lieu de la province du Kasaï Central est détenu depuis le mercredi 14 août 2019, dans les installations du Tribunal de paix de Kananga sur ordre du gouverneur de province M. Martin Kabuya qui « l’accuse d’incitation à la haine et outrage à l’autorité provinciale ». Le journaliste est poursuivi pour s’être interrogé sur sa page Facebook sur la rumeur d’une altercation qui aurait eu lieu entre le gouverneur Martin Kabuya et son adjoint Ambroise Kamukuny lors d’une mission officielle à Kalamba Mbuji, un poste douanier situé à 250 km de Kananga, dans le territoire de Luiza. Depuis son arrestation, Michel Tshiyoyo comparaît devant le Tribunal de paix de Kananga. À l’audience du lundi 26 août dernier, le journaliste a récusé les juges et a sollicité la recomposition du tribunal. Depuis, Tshiyoyo reçoit dans sa cellule des menaces de mort: « Michel, c’est nous que tu veux combattre. On va te tuer, retiens- le. Nous connaissons où habitent tes deux femmes. Nous t’avons piégé et nous t’avons eu. Tu n’es pas intelligent. Que le tribunal se prononce tu verras« .

Franck MUSUNZU, journaliste-correspondant de la Radio Pole FM à Masisi, un territoire de la province du Nord- Kivu, a été copieusement tabassé, le jeudi 1er août 2019, par un militaire des Forces Armées de la RD Congo. Le journaliste voulait interviewer la population de la localité de Kitshanga, victime de plusieurs exactions militaires.

Après plus d’un mois de fermeture arbitraire, un média proche de l’opposition a été re-ouvert. Aucune déclaration des officiels congolais n’a accompagné cette reprise, ni justifiée les raisons de la fermeture de cette chaîne. Il s’agit de la Radiotélévision par Satellite (RTV1) qui a repris ses activités le samedi 24 août 2019. Signalons que le signal de ce média a été brusquement coupé, le samedi 29 juin 2019, sans aucune notification, verbale ou écrite, adressée aux responsables de ce média diffusait une émission intitulé « Spécial Lamuka » appellant la population à participer à une marche pacifique, le 30 Juin 2019, pour notamment réclamer « la vérité des urnes ». Cette manifestation de l’opposition était interdite, la veille par l’autorité urbaine au motif le 30 Juin était un jour commémoratif de l’indépendance de la RD Congo.

Dorcas BAKANDA, journaliste de la Radio Communautaire Rurale FM, station émettant à Mbandaka, chef- lieu de la province de l’ Équateur, a été victime, le dimanche 28 juillet 2019, d’une violente agression. La journaliste a été poignardée à ses postérieurs par un groupe d’hommes munis d’armes blanches. Blessée et saignant à flots, Dorcas BAKANDA a été dépossédée de son sac à main contenant son téléphone portable, son dictaphone, etc. Dorcas BAKANDA a été attaquée sur son chemin de retour à son domicile après avoir présenté une émission consacrée au décryptage de l’actualité sociopolitique de la province. Dans cette tranche d’émission, elle a critiqué les autorités provinciales en les invitant à pouvoir résoudre le problème de l’inondations récurrente dont est victime la population locale.

Attaque avec violence, vol, enfermement arvitraire, peur au quotidien…

Le JED condamne avec la plus grande fermeté ces attaques dont sont actuellement victimes des journalistes qui doivent pouvoir exercer leur travail dans les meilleurs conditions, surtout à l’aube de cette période de l’alternance politique en RDC qui doit marquer une rupture avec les méthodes et pratiques prédatrices de l’ancien régime.

Près de huit mois après son avènement au pouvoir, et en dépit de ses déclarations des bonnes intentions, le JED constate avec regret que le nouveau Président de la République Félix Antoine Tshilombo Tshisekedi , n’a pris aucune mesure concrète pour promouvoir la liberté de la presse et assurer la sécurité des journalistes.

Rappelons que la RDC a perdu plusieurs journalistes (ses Fils maison) à cause des exactions commises en 2018 ; Nombreux sont en exil tandis que d’autres vivent dans la clandestinité bien qu’ils soient dans leurs propres pays ; d’autres ont été assassinés, enterrés dans des fosses communes à Kinshasa et à travers la République.

Lors de la célébration de la journée mondiale de la liberté de la presse le 3 mai dernier, il avait pourtant déclaré: « J’entends par quatrième pouvoir que vous avez des droits. Le droit d’être protégé, de parler librement ou d’investiguer…!« 

Les atteintes à la liberté d’expression, d’opinions et d’informations en République démocratique du Congo restent un combat pour la vraie démocratie dans le pays de Lumumba!

Cameroun : Du « Piment sur les Lèvres » mais une voix en prison

Arrêté en janvier dernier, le rappeur et activiste Valsero et son ami Amente font partie des 500 prisonniers politiques dans les geôles camerounaises arrêtés en ce début d’année. Laurène Lepeytre, réalisatrice indépendante française, a suivi le rappeur de 2014 à 2015 pour son documentaire « Du Piment sur les Lèvres ». Aujourd’hui, elle se mobilise de nouveau au côté des associations de défense des droits de l’Homme pour exiger sa libération. Le 20 août, sept mois après son arrestation, la date de son procès est enfin tombée : Valsero comparaîtra le 6 septembre devant un tribunal militaire et risque maintenant la peine de mort.

Laurène Lepeytre : documentariste du monde

Ancienne rédactrice en chef de l’Œil de l’Exilé (devenu l’Œil de la MDJ), Laurène Lepeytre est depuis 2009 documentariste indépendante.

Dans ses films, elle dépeint les sociétés évoquant l’exil, les religions, les hommes, la place des femmes, leurs combats. Son objectif, souvent tourné vers l’Afrique, laisse la parole à ses personnages et s’efface afin de laisser apparaître d’autres réalités.

Lors d’un voyage au Cameroun en 2012, Laurène fait la connaissance du rappeur Valsero qui lutte pour la jeunesse et rappe ses difficultés en tant qu’artiste engagé au Cameroun tout en évitant la censure.

Depuis plus de vingt ans, Valsero chante sa colère des gouvernants camerounais et interpelle Paul Biya, le président au Cameroun, au pouvoir depuis 1982 et plus ancien dirigeant (hors monarchie) en place dans le monde. Ses chansons depuis mises sur le Net ont connu un grand succès.

Claire référence à Fela, icône de la contestation populaire au Nigeria, le « Zombie » de Valsero n’est plus la personnification d’une junte militaire aveugle, mais celle d’un peuple endormi incapable de se soulever.

Après un appel à financement sur Internet achevé en septembre 2014, Laurène Lepeytre se lance dans ce nouveau projet de documentaire.

Avec l’aide de quelques amis camerounais. elle passe deux mois à filmer la capitale Yaoundé, les discussions politiques, l’évangélisme, le franc-parler de Valsero.

« Les benskineurs (motos taxi camerounais) venaient souvent à notre rencontre, certains sont payés pour prêter une oreille à ce qui se passe en ville et le remonter aux renseignements. On a eu une fois une fois un problème avec l’un d’eux, on a partagé une bière avec lui et ça s’est finalement bien terminé. »

Le documentaire a été tourné en grande partie sans autorisation, Laurène a dû ruser pour rester discrète sur ce qu’elle faisait au Cameroun: « J’ai demandé à un ami camerounais de me tourner des plans dans les rues de Yaoundé. Des policiers l’ont arrêté, mais comme il n’avait rien de suspect, ils l’ont rapidement relâché.« 

Finalement, le tournage s’est terminé sans complication. Début 2015, le documentaire paraît et fait le tour des festivals, Laurène obtient une diffusion télé en Nouvelle-Calédonie.

À l’approche de nouvelles élections, Valsero décide de s’engager dans la politique de son pays. Au départ militant du CRAC (Croire au Cameroun), le parti décide finalement de ne pas participer aux élections, Valsero s’engage alors avec son association ‘Our Destiny’ au côté du MRC (Mouvement pour la Renaissance du Cameroun) avec à sa tête Maurice Kamto.

« Ça a été très mal vu par certains Camerounais qui ont vu ça comme une trahison. Pour beaucoup, politique riment davantage avec corruption que solution » raconte Laurène.

Valsero rappeur en prison se bat pour la démocratie

Crédit : Facebook Our Destiny – Avril 2018

Octobre 2018, le candidat sortant, Paul Biya brigue un nouveau mandat. Mais après une victoire sans surprise, le Cameroun se retrouve secoué par l’opposition qui ne reconnaît pas le résultat officiel. S’ensuivent de nombreuses manifestations de l’opposition entre décembre et février qui se solderont par près de 500 arrestations suivit de peine de prison.

La prison centrale de Kondengui: l’Enfer au Cameroun

Parmi ces détenus, 130 n’ont pas de date de sortie et risqueraient la peine de mort sur la base de huit chefs d’accusation : « hostilité à la patrie, incitation à l’insurrection, rébellion en groupe, insurrection, attroupement, trouble à l’ordre public, association de malfaiteurs, complicité ».

C’est le cas notamment de Valsero qui est arrêté en marge d’une manifestation de l’opposition le 26 janvier avec son ami ingénieur du son Amente. Tous ont été déférés à la prison de Kondengui dans la capitale Yaoundé. Prévue pour accueillir 1.500 détenus, cette prison en accueillerait en réalité entre 5.000 et 6.000.

En mars, Laurène Lepeytre décide alors de diffuser en accès libre son documentaire « Du Piment sur les Lèvres » sur YouTube pour sensibiliser sur le sort de Valsero. Elle participe activement au collectif « FreeValsero » et lance une cagnotte pour fournir à Amente, condamné à 12 mois de prisons, une cellule plus décente.

Dans la nuit du 22 au 23 juillet 2019, une mutinerie éclate dans la prison centrale de Kondengui où sont enfermés Valsero, Amente et le chef de file du MRC. Cette mutinerie se déroule dans un quartier où sont regroupés les militants indépendantistes anglophones, Valsero et Maurice Kemto sont eux enfermés dans un autre quartier de haute sécurité.

Sur Facebook, des lives tournés par les détenus de la minorité anglophone du pays qui ont lancé l’émeute témoignent de la situation. Près d’une dizaine de coups de feu ont été entendu selon les témoins. Le bilan officiel fait état de deux blessés parmi les détenus mais RFI en dénombrerait six dont deux dans un état grave.

Le 20 août 2019, sept mois après son arrestation, la date de son procès est enfin tombée : Valsero comparaîtra le 6 septembre devant un tribunal militaire et risque maintenant la peine de mort.


Contacté par ses soutiens camerounais, Amnesty Internationale a lancé une pétition pour la libération de Valsero et des 130 autres détenus que vous pouvez trouver ici. Pour connaître l’issue du procès, vous pouvez suivre la page Facebook « FreeValsero ».

“Au Tchad, être journaliste c’est être sans cesse sous surveillance” – Portrait du journaliste Mahamat

Comme beaucoup de ses confrères, Mahamat n’a pas eu d’autre choix que de mettre ses compétences de journaliste au service de Télé Tchad, une chaîne de télévision du régime dictatorial tchadien. Mais une fois rentré chez lui, le jeune homme enquête sur les massacres perpétrés dans son pays. Un soir de novembre, c’est la recherche de trop. Mahamat est arrêté.

Été 2011, Mahamat est officiellement bachelier. Il s’inscrit à un concours pour intégrer une école de journalisme basée au Soudan. Mahamat est admis. Le gouvernement lui octroie alors une bourse pour ses études. Le jeune homme fait pour la première fois ses valises, et quitte son pays natal, le Tchad. 

« Une fois ma formation terminée, j’ai dû rentrer pour travailler au service du gouvernement ».

2014, Mahamat a 22 ans, et fait ses premiers pas de journaliste à la rédaction arabe de Télé Tchad, l’une des plus grandes chaînes télévisées du pays. Là bas, il réalise des reportages, et travaille au desk.

Mais au Tchad, être journaliste rime avec censure et surveillance acharnée. Les recherches, qu’elles soient personnelles ou professionnelles, sont constamment contrôlées. « La rédaction nous a à l’œil, et tout ce que l’on fait est centralisé au gouvernement ».

Un contrôle également présent à plus petite échelle : « les journalistes se surveillent même entre eux ».

Pour Mahamat, la réalité du métier de journaliste dans son pays est désolante: « Au Tchad, être journaliste c’est être sans cesse sous surveillance ».

Le mois d’avril 2016 s’ouvre sur l’élection présidentielle. Idriss Deby, le candidat sortant, brigue un cinquième mandat. Pour les tchadiens, l’heure est à la contestation: ils demandent le départ du dictateur, au pouvoir depuis 26 ans. 


« Ils me reprochaient de ne pas dire la vérité, alors qu’aucun journaliste n’a de liberté d’expression ».


A Télé Tchad, on se prépare à couvrir l’événement. Mahamat est désigné “envoyé spécial” pour les régions de Dar Sila et de Ouaddaï, à l’est du pays. Arrivé sur place, la couverture médiatique est difficile et inédite pour le jeune homme : “Pendant un mois, je suis au coeur des tensions et des violences”.

Mahamat est marqué par la brutalité humaine qu’entraine ces élections.

Lors d’un meeting du PLD (Parti pour les Libertés et le Développement) un parti d’opposition au régime, Mahamat est à son tour pris pour cible. Des militants l’attaquent physiquement. « Ils me reprochaient de ne pas dire la vérité, alors qu’aucun journaliste n’a de liberté d’expression ».

Sa liberté d’expression, Mahamat la retrouve le temps d’un instant, lorsqu’il discute des questions des droits de l’homme dans l’émission “choc des idées” sur FM Liberté : une radio privée, non tolérée par le pouvoir.

Dire la vérité. A tout prix. C’est pourtant ce qui anime Mahamat et deux autres journalistes tchadiens.

Le 26 novembre 2016, un massacre a lieu à Ngueli, au nord du pays: : une bagarre entre deux familles fait cinq morts et plusieurs blessés. Quelles sont les réelles circonstances du drame ? Qui sont les vrais responsables ? Les trois journalistes décident de mener leur propre enquête.

Mais très vite, leur investigation est interrompue. Le 10 décembre 2016, Mahamat et ses deux confrères sont arrêtés à leurs domiciles respectifs et sont amenés à la police judiciaire. « Pendant deux jours, on a été interrogés et torturés ». Une signature sur un papier promettant l’arrêt des recherches permet finalement aux trois journalistes d’être relâchés.

Quelques semaines plus tard, Mahamat apprend que l’un de ses deux collègues a été tué. Accident ? Vengeance personnelle ? Coup du gouvernement ? Mahamat l’ignore, encore aujourd’hui. La mauvaise nouvelle n’arrête pourtant pas les deux journalistes.


Le 1er novembre 2018, c’est l’enquête de trop… « Je me souviens exactement de l’heure, il était 21h30 précisément ».


Deux ans plus tard, ils lancent une autre enquête : divers bombardements ont lieu à Miski dans le Tibesti, un massif montagneux du Sahara central, zone frontalière de la Libye.

Le 1er novembre 2018, c’est l’enquête de trop… « Je me souviens exactement de l’heure, il était 21h30 précisément ». Mahamat et son confrère sont en train de recouper leurs sources, quand ils sont soudainement interrompus. Des hommes de l’Agence Nationale de Sécurité (service des renseignements tchadiens) se tiennent derrière eux. Tout va très vite. Les deux journalistes sont menottés, embarqués. Leur téléphone et leur ordinateur sont saisis. Leur enquête, effacée…

La sanction est plus lourde que lors de leur première arrestation. Cette fois, Mahamat et son confrère ne seront pas relâchés. Ils sont placés en cellule d’isolement, et torturés quotidiennement…

Un matin de novembre, une bonne étoile vient mettre fin aux vingt-cinq jours de calvaire de Mahamat. « On me dit que je vais être transféré« . Le jeune homme est sorti de sa cellule, et laissé de côté. Quelques minutes plus tard, sa bonne étoile apparait devant lui. « Je suis relâché, cagoulé, et emmené dans une ferme, à une douzaine de kilomètre de la capitale ».

Mahamat reste caché dans cet endroit jour et nuit. Mais il risque à tout moment d’être retrouvé. Sa bonne étoile s’organise, et finit par trouver une solution.


« Même à l’ambassade, au moment de faire mon empreinte digitale, je ne savais toujours pas où je partais. »


Le 19 décembre 2018, pour la deuxième fois dans sa vie, Mahamat doit faire ses valises. Mais ce second voyage n’a rien d’exaltant : Mahamat doit quitter le pays. Pour aller où ? Il l’ignore… Mahamat a rendez-vous en terre inconnue. La peur l’envahit. « Même à l’ambassade, au moment de faire mon empreinte digitale, je ne savais toujours pas où je partais ».

Son escale à Istanbul le mettra sur la voie… Dans la salle d’embarquement, Mahamat observe les visages des individus autour de lui: « Je comprends que je suis en train de voyager vers la France ».

Pour autant, la découverte de la destination ne rassure pas le jeune tchadien, “Tant que je n’avais pas de réelle protection, je n’arrivais pas à me réjouir ».

Arrivé à l’aéroport en France, Mahamat est déboussolé. Il ne connaît « RIEN de la France« … Un taxi lui propose ses services, mais Mahamat refuse. Il se méfie. « Ici aussi, il y des services de sécurités. A tout moment, je pouvais être reconnu et dénoncé aux autorités françaises ».

C’est finalement un ami de la banlieue parisienne qui viendra le récupérer, mettant fin à ses angoisses et ses inquiétudes. Mahamat passera plusieurs mois à la Roche-sur-Yon avant de rejoindre la capitale.

Aujourd’hui, la peur et l’insécurité ont laissé place à un esprit serein. Mahamat est désormais rempli d’espoirs et d’ambitions: “J’aime mon métier de journaliste, et même si je suis loin de mon pays, je veux continuer à clarifier la situation sur ce qu’il s’y passe”.

Souvenir

Mahamat glisse sa main dans la poche de son pantalon, et en sort un papier imprimé, quelque peu froissé.

Un soir, parmi les quelques billets de Francs CFA que son père tenait entre ses mains, un dollar s’était glissé. Mahamat le regardait, ébahi. Son père décida de lui donner ce billet.

Aujourd’hui, le dollar a parcouru plus de 5000 kilomètres et ne quitte jamais la poche du jeune homme.

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The New York Time’s Cartoon Suppression Sparks Worry

The news that shook the world’s largest daily newspaper, the New York Times International. After one month of controversy following an image deemed antisemitic, starting July 1st, there will no longer be political cartoons in the newspaper’s opinion section. This decision foreshadows a complicated future for newspaper cartoonists.


A single stroke of the pen was enough to unleash a worldwide controversy.


In the April 27th issue, there is an an image of the Israeli Prime Minister, Benjamin Netanyahu, depicted as a dog with a star of David around his neck. Behind him, the American president, Donald Trump, is shown blind holding the « dogs » leash with a yamaca on his head.

After public outcry, the New York Times appoliogized in a letter, calling it an « error of judgement ». A justification that convinced neither American not Israeli medias.

The Israeli ambassador to the United States addressed the journal and stated « Today, the New York Times has made these pages a dream for those who hate the Jewish State. » He declared in Washington on April 29th.

The journals publication director, A.G. Sulzberger, launched a disciplinary procedure against the editor who chose this image. He also decided to no longer use cartoons coming from an outside company. (The images deemed to be antisemitic came from an outside company.)

From the White House, Donald Trump was offended for not being cited in the newspapers letter of appology. Finally, the New York Times surrendered to social media pressure and announced the end of its cartoon pages

Is freedom of opinion being threatened?

New York Times International will only be remove cartoons from the opinion section. They will not remove cartoons from from the entire newspaper.

Press cartoons are bought, sometimes in an image bank like the image by Antonio Moriera  that started the controversy. Patrick Chappatte, artist from the New York Times expressed his disappointment on his blog following this announcement.

« In these past few years, some of the best newspaper cartoonists in the US (…) have lots their jobs because their editors found them too critical of Trump (…) Maybe we should start to worry. And revolt. The newspaper cartoonists were born with democracy and when these freedoms are threatened, they are too » he condemned on his blog.

Interviewed by France Inter, Plantu declared that he is « worried for the future of our democracies and for freedom of opinion. » The artists of the world are outraged to see a journal as prestigious as the New York Times succumb to pressure from social media. « If it is pleasing to all, the freedom of the artists is going to be reduced (but that is secondary), but it is freedom of journalists, freedom of citizens and freedom of opinion that is going to fall apart. »

For Terry Anderson, illustrator and general director of Cartoonist Rights Network International, « It is undeniable that the decision from the New York Times is apart of a worldwide trend and continues to reduce the public space for cartoonists. […] This is why we whole-heartedly condemn it.

Antonio Moreira Antunes

Freedom of expression has already been previously attacked.

Antonio Moriera Antunes, author of controversial cartoon has been regularly published in Portuguese magazines and journals since 1975. This is not the artist’s first controversy, in 1992, he published a cartoon in Expresso (Portugese newspaper) that became famous and hotly contested: Pope Jean-Paul II represented with a condom on this nose. This image was put on a petition signed by 15,000 of the Portugese demanding for censorship of this cartoonist.

Charlie Hebdo

Known for its provocative images & its quirky and satirical humor, Charlie Hebdo provoked many national controversies regarding freedom of the press and opinion. In 2006, Charlie Hebdo published Danish cartoons (from the Jyllands-Posten Journal) of the prophet Muhammad. The Union of Islamic Organizations of France and The Grand Mosque of Paris started a penalty procedure against Charlie Hebdo for « slander published against a group of people due to their religion. »

Charlie Hebdo became the target of numerous amounts of threats from radical Islamists following this controversy. On January 7th, 2015, the editoral board was targeted with an attack killing 12 people, including some of the most famous artists: Cabu, Charb, Wolinsky and Tignous.

Alex

Most recently, the newspaper cartoonist, Alex was a received of death threats following the January publication of a cartoon  in « Le Courrier Picard ». The image mocked Eric Drouet, a controversial figure from the Yellow Vest Movement, caricatured as a small yellow bird being hunted by Jean-Luc Mélenchon (a French politician from the National Assembly).

« There are people, journalists but other also who knock and demolish » recalled Alex, who is worried about both the current social climate in France and the anti-media hate that has been proliferating.

Les censures politiques de Facebook 

{CENSURE] Un mois avant les élections de mi-mandat aux États-Unis, la plate-forme sociale a supprimé plus de 800 pages et comptes, affirmant qu’ils affichaient systématiquement «du spam et un comportement inauthentique». Les 559 pages et 251 comptes à orientation politique étaient tous américains. Nation In Distress, Right Wings News, Reasonable People Unite et The Resistance sont quelques une des pages bloquées.