1TV Photo: attaque du 30 avril 2018 : 9 journalistes sont tués

Etat de la presse en Afghanistan : le pays où les journalistes meurent le plus

Durant les deux premiers mois de 2019, la Communauté des Médias Afghans a perdu trois de ses membres au cours de deux incidents successifs. Javid Noori, journaliste de radio, a été exécuté par des talibans le 5 janvier 2019 dans la province occidentale de Farah. La seconde attaque a visé les locaux d’une station de radio du nord est du pays et causé la mort de deux journalistes, Shafiq Aria et Rahimullah Rahmani. Sur les pas de 2018, l’année 2019 en Afghanistan s’annonce d’ores et déjà comme l’une des plus meutrières pour les journalistes en exercice.

En 2018, Reporters Sans Frontières a classé l’Afghanistan comme pire pays au monde pour les journalistes avec l’assassinat de 15 professionnels de l’information en un an. L’ONG Nai SOMA – Supporting Open Media in Afganistan – a enregistré en 2019 de nombres violences commises à l’égard de la presse dans le pays, du meurtre de ces trois journalistes, aux attaques armées contre les rédactions notamment les stations de radio dans les provinces et les menaces des talibans contre deux journalistes au sud du pays ainsi que les insultes incessantes qu’essuient tout les professionnels au quotidien.

Une politique afghanne pour la diversité de la presse 

Depuis la chute des talibans en 2001 et la loi sur les médias votée par le Parlement afghan à sa suite, la croissance des médias est exponentielle.

Ainsi, l’Afghanistan est le berceau de plus de 500 titres de presse, 76 chaines TV, près de 150 stations de radio et de nombreuses agences de presse. Un élan vers la pluralité, réussite incontestable du gouvernement, mais que les journalistes paient aujourd’hui au prix fort.

L’insécurité omniprésente

Travailler en tant que journaliste dans l’Afghanistan déchiré par la guerre n’est pas simple et la sécurité constitue un des enjeux majeurs pour tous les professionnels du pays.

Selon le Ministère de la Défense, environ 20 groupes terroristes régionaux et internationaux sont en action sur le territoire afghan, résultat d’une guerre de 40 ans qui touche de plein fouet la population et les journalistes. Les chiffres des violences commises contre la profession sont en constante augmentation depuis 2014 et le retrait des troupes étrangères.


196 cas de violences ont été recensés en 2018 par Nai SOMA, liste qui inclue : meurtres, tabassages, blessures violentes, insultes, arrestations à répétition, enlèvement, attaques contre des rédactions et réduction des sources d’informations.  


Un double attentat à la bombe perpétré dans les rues de Kaboul le 30 avril 2018 a causé la mort de neuf journalistes, dont Sha Marai Fezi, photographe correspondant de l’AFP, et six reporters de Radio Free Europe et Tolo News, devenant ainsi la pire attaque dans le monde contre la presse depuis 2009.

Qui se cache derrière les violences contre les journalistes?

Les comités pour la protection des journalistes soulignent la responsabilité du gouvernement afghan dans l’insécurité permanente que connaissent les journalistes sur le terrain.

Les groupes insurgés

Les talibans et l’Etat islamique, directement impliqués dans des crimes contre l’humanité, sont les premiers responsables d’attaques contre les professionnels de l’information en Afghanistan, visant les journalistes dans l’optique de faire taire la presse du pays.

L’attentat d’avril 2018 causant la mort de 9 journalistes et l’assassinat de 7 membres de l’équipe de TOLO TV à Kaboul en 2016 ne sont que des exemples de la violence de ces groupes talibans vis-à-vis de la profession.

L’attaque perpétrée en novembre 2017 contre le bâtiment de la chaine de tv Shamshad TV est, elle, l’illustration de la guerre menée à la presse par l’EI.

Officiels afghans, forces de sécurité et militants

Les journalistes et reporters afghans qui publient des enquêtes et articles critiques du gouvernement, subissent eux aussi des menaces et de la violence de la part des représentants de la puissance publique afghane.

D’après la NAI SOMA le gouvernement et ses fonctionnaires sont responsables d’environ 62 cas de violences contre les professionnels de la presse.

Dernier obstacle à la liberté de la presse dans le pays : les barons de la guerre et leurs intimidations permanentes contre tout auteur d’articles nuisibles à leurs affaires.

L’auto-censure

Nombreux sont les professionnels des médias a pratiqué l’auto-censure comme gage de survie; Le gouvernement et les autres auteurs de violations des droits des journalistes jouent un rôle clé évident dans l’augmentation de la pression qui s’exerce sur les épaules de ”ceux qui veulent dire” et entretient le cercle vicieux de l’auto-censure.

Le déséquilibre entre sécurité et autocensure du journaliste est notamment perceptible dans le traitement des sujets liés à la drogue, aux activités des groupes terroristes et autres types de traffic illégaux.

La précarité des journalistes afghans

Si la perception de leur profession peut paraitre aux journalistes afghans plutôt positive grâce aux types de contrats satisfaisants pour la majorité d’entre eux (selon les rapports internes) et aux rémunérations clairement définies; Cependant de nombreux abus et une certaine précarité ont été déplorés par de nombreux professionnels.

Les pressions exercées par les patrons de presse sur leurs employés sont monnaie courante et se nourrissent des flous juridiques qui recouvrent de nombreux contrats. Les recours en justice sont très souvent empêchés, situation qui renforce encore la difficulté pour les journalistes de travailler sereinement. Nombreux sont les journalistes et reporters basés en Afghanistan qui ont fait face à des licenciements abusifs de la part de leur patron.

Dépendance financière des médias afghans

L’indépendance des médias en Afghanistan est rendue impossible par le lien de dépendance qui lie la plupart d’entre eux aux aides venues de l’étranger, issues de certains parties d’opposition nationaux ou même instrumentalisés par des puissances étrangères.

Le “donateur” assorti souvent son financement d’un agenda de sujets à traiter par le journal bénéficiaire, desservant ainsi l’intérêt général pour le profit particulier. Les médias ayant des difficultés financières licencient leurs équipes ou sont obligés de fermer leur rédaction.

L’exil des journalistes

Selon le NAI SOMA plus de 300 journalistes ont fui l’Afghanistan pour l’Europe en 2015 suite aux violences sur le terrain. On observe ainsi des départs en groupe de 15 ou 20 professionnels des médias accompagnés de leurs familles.

La violence de l’exil s’ajoute aux précédentes. Ainsi en 2016, le photo-journaliste Feroz Muzafar et sa famille ont péri aux larges des côtes turques dans un dernier espoir de rejoindre l’Europe, grossissant les rangs des journalistes afghans morts pour leur métier.

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