Niger : une démocratie souvent perturbée

15 avril 1974, le Niger est à son tour victime du virus alors répandu des coups d’états en Afrique. Le lieutenant-colonel Seyni Kountché dépose Hamani Diori. Ce dernier, père de l’indépendance, démocratiquement élu par la chambre unique du parlement nigérien est emprisonné. Il sera ensuite contraint à une résidence surveillée jusqu’en 1987. Libéré par le successeur de Seyni Kountché, il se refugie au Maroc où il meurt le 23 avril 1989. Depuis lors, Diori a été réhabilité et le Niger a alterné coups de force et démocratie.

En 2021, cet immense (1,268 millions de kilomètres carrés) pays pauvre ira aux urnes pour élire le président de la république et les députés. Ces élections se feront sans Mahamadou Issoufou l’actuel président qui selon la constitution ne peut briguer un troisième mandat. Le Niger est en chantier mais la classe politique vit au rythme de la présidentielle de 2021. Reportage à Niamey.

Au coeur des discussions à Niamey : l’élection présidentielle plutot que Boko Haram

A la sortie de l’aéroport Diori Hamani, on est tout de suite « happé » par le béton qui coule et ces ouvriers qui travaillent à la pioche et sans grande protection. Le Niger est en chantier. Notre arrivée coïncide avec l’inauguration du deuxième hôpital de référence de ce pays sans façade maritime. Le gotha de la majorité au pouvoir s’est déplacé à Maradi à des centaines de kilomètres de Niamey pour mettre officiellement en service ce joyau hospitalier, fruit de la coopération sino-nigérienne.

Cependant, l’actualité au Niger c’est surtout la présidentielle de 2021.

Dans toutes les chaumières politiques, c’est le sujet le plus débattu loin devant l’insécurité créée par les djihadistes et les dernières attaques de Boko Haram dans la région de Diffa dans sud-est du pays.

A Niamey : code électoral, article 8, Ceni, sont les expressions qui reviennent fréquemment dans le langage des politiques.

La menace des groupes djihadistes et la présence de la secte terroriste Boko haram font de l’entrée de certains endroits de Niamey, de véritables « check points ». Mais les politiques n’en n’ont vraiment cure, seules les prochaines élections sont au centre de leurs préoccupations.

Soumana Sanda, député de l’opposition

Pour l’opposition, le code électoral dans sa mouture actuelle est un détonateur qui peut mettre à mal la relative stabilité du Niger. Dans son bureau cossu de questeur de l’assemblée nationale, le député vice-président de Moden Fa Lumana, le principal parti d’opposition assène ses vérités et la stratégie de son parti : « Nous allons faire un boycott actif des élections si l’article 8 du code électoral ainsi que la commission électorale nationale restent en l’état« .

Article 8 : l’inscription sur les listes électorales au Niger

Le fameux article 8 régit l’inscription sur la liste électorale nigérienne. Son alinéa 2 interdit le vote à toute personne condamnée à un an de prison de prison, donc in extenso inéligible.

Pour l’opposition cet article vise le chef de file de l’opposition l’ancien premier ministre Hama Hamadou. Condamné par la justice du Niger à un an de prison dans la fameuse affaire de « trafic de bébés achetés », Hama Hamadou qui est en exil à Paris est considéré par les autorités nigériennes comme en fuite.

Mohamed Bazoum candidat de la coalition au pouvoir

La majorité présidentielle semble sereine face aux accusations de l’opposition. Pour Mohamed Bazoum le super ministre d’état en charge de l’intérieur et candidat officiel de la coalition au pouvoir, le processus électoral est en bonne voie. Il balaie du revers de la main les dénégations de l’opposition et soutient mordicus que l’article 8 est impersonnel et qu’il figure dans le code électoral nigérien depuis belle lurette.

Le dauphin de l’actuel Président Mahamadou Issoufou est formel : « L’article 8 existe dans le code électoral du Niger depuis 1992 et ne concerne pas la question de l’éligibilité mais celui de l’inscription sur la liste électorale« .

Le rôle fondamental du CENI

L’institution la plus contestée du Niger est sans nul doute la commission électorale nationale indépendante appelée communément par ses initiales -Ceni-. Elle pilote en amont et en aval le processus électoral.

Prise à partie avec virulence par l’opposition qui la boycotte, son président l’avocat Issaka Souna invite les uns et les autres à prendre leur place dans le processus.

Le président de la CENI au Niger – Maitre Issaka Souna

Pour cet ancien ministre de la justice il est clair que « le code électoral n’est pas exempte de critique mais toutes les corrections sont entrain de se faire pour que tout le monde participe au processus« .

Au Niger les autres acteurs et observateurs de la vie politique notamment la société civile ne sont véritablement pas intéressés par l’article 8 du code électoral. Pour Nouho Arzika le coordinnateur de la coalition des associations de la société civile seule la Ceni pose problème du fait de sa prise en otage par les partis politique.

La Ceni actuelle ne remplit pas les conditions morales et éthiques pour rassurer les gens de faire confiance au travail de cette institution‘.

madame Barry

Les femmes nigériennes suivent de près le processus électoral en cours au Niger. La conférence nationale de 1991 a fait découvrir une catégorie de femmes leadeures. Maitre Barry Bibata, ancienne ministre et première femme gouverneure de Niamey en fait partie. Ayant réussi une belle reconversion au barreau de la capitale nigérienne, elle résume l’engagement des femmes nigériennes : « Nous avons dit aux femmes que non seulement vous pouvez être électrices mais vous pouvez être aussi des élues« .

Tout ce beau monde a pourtant un cadre permanent de discussion et de concertation: le conseil national de dialogue politique -Cndp- dirigé par le premier ministre et dont le secrétaire permanent El Hadji YahayaGarba dit José est un patron de presse réputé. Au Niger la succession de Mahamadou Issoufou est enclenchée et le processus est irréversible… 

  • FRANCE – La liberté d’informer contre la loi « Sécurité Globale »01/12/2020 - 12:08

    La loi « Sécurité Globale » est beaucoup critiquée par les défenseurs de la liberté de la presse à cause de l’article 24 qui sanctionne la diffusion “malveillante”  de l’image des policiers notamment lors de manifestations. Qui va décider quelle diffusion est “malveillante” ? On peut juger une intention plutôt que des actes beaucoup plus […]

  • HAÏTI – Les assassinats continuent alors que le président appelle à fêter Noël24/11/2020 - 3:45

    Plus d’une trentaine d’actes d’assassinats, environ une vingtaine d’enlèvement contre rançon ont été recensés depuis le commencement de l’année 2020. Des cas de trafic d’organes ont été egalement constatés. Malgré ce carnage, le président d’Haiti Jovenel Moise invite la diaspora à venir fêter Noël avec leur proche. L’année 2020 est un moment de deuil qui […]

  • HAÏTI – La liberté d’informer n’existe pas, jouralistes en danger17/11/2020 - 1:19

    En 2019, le sénateur haïtien Jean-Marie Ralph Fethière a tiré plusieurs coups de feu en direction d’un photojournaliste. Loin d’être des coups tirés en l’air, il a touché le photojournaliste au niveau de la mâchoire. Voilà un fait qui résumé la situation actuelle d’Haïti. Pour honorer la mémoire des journalistes assassinés dont les auteurs sont […]

  • GUINEE CONAKRY – La liberté de la presse attaquée22/10/2020 - 9:38

    Pour avoir diffusé les opérations de dépouillement de vote en direct (dans un contexte de fraude massive), la Haute Autorité de la Communication a suspendu le site d’information Guinéematin.com pour un mois. C’est une décision lue dimanche soir sur les ondes des médias d’État. Le fondateur du site, dans une interview accordée à l’émission les […]

  • MADAGASCAR – Etat de la presse, les journalistes en danger13/10/2020 - 1:54

    Abus des lois, menaces de mort, corruptions et salaires de misère, les journalistes malgaches peinent à faire leur métier dans de bonnes conditions malgré les interventions des ONG. Madagascar dispose d’un large éventail de médias, dont près de 250 stations de radio, une trentaine de chaînes de télévision, une vingtaine de quotidiens, une dizaine de […]