La situation des journalistes dans le monde en 2019

Comme chaque année, RSF propose un bilan de la situation des journalistes dans le monde. Cette année, 49 journalistes ont été tués, soit le plus faible total depuis 2003. Mais la situation mondiale est hétérogène et très complexe. Certains pays sont à la pointe de nouvelles pratiques difficiles à évaluer statistiquement. Découvrez les statistiques de 2019, au cœur de la lutte pour la liberté d’informer.

49 journalistes tués en 2019, un chiffre en baisse

Parmi eux, 31 journalistes ont été assassinés en raison de leur travail. Les 18 autres l’ont été dans l’exercice de leur fonction mais n’était pas délibérément visés.

En tête de ces pays, la Syrie, qui est toujours en guerre, compte 10 journalistes tués et plus de 30 otages. Certains le sont depuis plusieurs années, comme le sud-africain Shiraaz Mohamed dont c’est la troisième année de captivité.

Parmi ces 30 journalistes retenus en otage, beaucoup d’entre eux ne donnent plus signe de vie.

Les pays en guerre sont-ils moins risqués pour les journalistes ? 

Le record de journalistes tués n’est pas détenu par la seule Syrie, le Mexique est à égalité.

Le pays aux 2000 fosses révélées par une équipe de journalistes (qui ont établi une carte consultable ici et fait changer les lois mexicaines grâce à leur enquête), est clairement un terrain de guerre pour les journalistes.

Découvrez l’enquêtes sur les 2000 fosses mortuaires recensées par les journaliste mexicains

Interview de Mago Torres: « la menace contre les journalistes existe, notre travail y répond ».

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Cette victoire des journalistes d’investigation sur l’Etat mexicain ne doit pas cacher les autres défaites du pays face à la liberté de la presse.

Face à la dizaine de journalistes tués, l’impunité est totale: 90% des meurtres de journalistes ne sont jamais jugés. Ce taux d’impunité de crime commis contre les journalistes est le pire au monde.

Le festival de cinéma Viva Mexico dont la MDJ est partenaire chaque année, a remis le prix du meilleur film au documentaire « Disparos », qui raconte l’histoire d’un journaliste mexicain dont les amis sombrent peu à peu dans les puissants gangs mexicains.

Festival Viva Mexico ! – Le prix de la MDJ remis au documentaire « Disparos ». 

« Lors d’une couverture à Guerrero, lui et d’autres journalistes sont pris au piège entre les mains d’un groupe armé qui va les kidnapper… »

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Aucun journaliste tué en-dehors de son pays

Cela peut sembler surprenant. Les journalistes qui enquêtent dans leur pays risquent plus qu’à l’étranger. Ainsi, couvrir une guerre, ou se rendre dans des pays pour enquêter sur des sujets dangereux comme le narcotrafic ou les problèmes environnementaux, serait moins dangereux qu’enquêter sur son propre pays.

La journaliste mexicaine Norma Garabia Sarduza en est un triste exemple: assassinée alors qu’elle avait reçu plusieurs menaces suite à ses enquêtes sur la corruption de la police locale.

Dans ce pays, même la protection étatique ne suffit pas quand elle existe: le journaliste Francisco Romero Diaz a été tué alors qu’il bénéficiait d’une protection rapprochée de l’État mexicain.

389 journalistes en prison

Ce chiffre fourni par RSF augmente de 12% en un an et ne prend pas en compte «les journalistes enfermés quelques heures, quelques jours, voire plusieurs semaines.» Pourtant ce type d’arrestation est en nette progression.

Outre l’arrestation et la privation de liberté, les conditions de vie des journalistes en prison sont particulièrement draconiennes. Le journaliste de la MDJ Ghys Fortuné Bemba Dombe en a fait l’expérience au Congo Brazzaville.

« De l’enfer à la liberté » – L’enfermement arbitraire durant 18 mois au Congo Brazzaville

En prison. «La nourriture est-elle empoisonnée? Peu importe, il faut la nettoyer avant consommation, elle est si rare: seulement trois repas par semaine. Les sévices physiques ne suffisant pas à briser un esprit combatif, l’humiliation est donc de mise.»

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RSF pointe aussi du doigt la situation des journalistes prisonniers en Turquie et en Chine.

La Chine détient à elle seule 120 journalistes en prison, soit le double de 2018. La plupart des nouvelles arrestations concernent la minorité ouighours pour laquelle les investigations sont très difficiles. La MDJ a accueilli cette année un journaliste ouighour en danger, son portrait est à lire prochainement. 

Des journalistes qui ne sont plus journalistes: l‘inquiétant exemple du Yemen

Mais au-delà des chiffres, certaines situations inquiètent, le Yemen est un exemple. Pays en guerre où la censure règne en maître comme en témoigne notre article, les journalistes changent de profession.

« La plupart des français ne savent pas ce qu’il se passe au Yemen »

« Aujourd’hui, beaucoup de journalistes sont en prison, comme les écrivains, les activistes… Il n’y a plus aucun journal qui publie quotidiennement au Yemen, sauf le journal intitulé 14 octobre qui est pro-gouvernemental. Il est uniquement publié dans la nouvelle capitale, Aden. Il glorifie les rebelles et les saoudiens au détriment du gouvernement légitime. »

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Bien que le bilan soit moins meurtrier que l’année passée avec deux morts contre 18, il y a en fait de moins en moins de journalistes. Ainsi le rédacteur en chef du célèbre journal Al Tafasseel est devenu vendeur d’objets d’occasion.

C’est aussi le cas de l’Afghanistan, pays le plus meurtrier pour les journalistes en 2018. En un an, il y a statistiquement moitié moins de journaliste dans le pays.

La liberté d’informer en 2020

Entre les arrestations arbitraires, la prison (et les conditions d’enfermement), les kidnappings (57 en 2019) et l’impunité des crimes contre les journalistes, le combat pour la liberté d’informer reste plus que jamais d’actualité.

L’intégralité du rapport RSF est à découvrir ici.

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