RD Congo : Tshisekedi met les gants contre l’Eglise Catholique

Par Jean-Jules LEMA LANDU, journaliste congolais, réfugié en France

Le sens du mot « démocratie » est galvaudé, en RD Congo. Et à qui mieux mieux. Tiré dans tous les côtés, selon les intérêts des uns et des autres. Un jour, on a entendu Mobutu dire, très sérieux : « Moi aussi, je suis un démocrate ». Alors que sa dictature était au zénith : tout ayant été mis sous le contrôle du MPR, parti unique.

Le président Tshisekedi vient de lui emboîter le pas, le 25 juin, dans la province du Kasaï-Oriental, son fief. Il y était invité pour participer à la célébration du jubilé d’argent de l’évêque de Mbuji-Mayi, chef-lieu de cette province. Il en a profité pour répondre à la critique de la Conférence épiscopale nationale du Congo « CENCO », formulée sur la situation générale chaotique du pays. Dans sa défense, et après avoir déversé sa bile sur l’Eglise catholique, le chef de l’Etat a conclu, pince-sans-rire : « Démocrate, je suis, démocrate, je resterai… ».

Dans quel sens le fut Mobutu, dans quel sens l’est le dirigeant actuel de la RD Congo ? On ne peut pas se proclamer démocrate dans la tricherie, la corruption, le vol, le mensonge, la répression du peuple pour ses droits, etc. Au-delà de son sens classique, la démocratie est une vertu, entourée d’une constellation de qualités. Quand on y échappe, on est tout simplement « dictateur ».

Quid ? A l’issue de sa 60e Assemblée plénière ordinaire, le 23 juin, à Lubumbashi, province du Haut-Katanga, la CENCO dresse un sévère réquisitoire du régime en place. Dans son rapport, elle épingle la mauvaise gouvernance, sur fond de tribalisme béat ; les comportements dictatoriaux, dont les arrestations arbitraires, l’instrumentalisation de la justice et autres méfaits ; l’insécurité récurrente dans l’est du pays, dont une partie est occupée militairement ; la misère extrême du peuple ; le climat tendu, etc. Ajoutons qu’au plan économique, les choses vont également mal, quand la monnaie se déprécie de 1,1 %, en moyenne hebdomadaire, depuis le début de cette année.

Un langage de guerre

En conclusion, l’Eglise catholique, par le biais de la CENCO, appelle à la responsabilité de tout le monde. Au régime en place, de faire en sorte que les élections prévues, en décembre prochain, soient crédibles et au peuple de « se réveiller de son sommeil », afin de ne plus se laisser berner par ses fossoyeurs.

Pour le régime, c’est une provocation gratuite, puisque l’Eglise a quitté l’Evangile, son rôle, pour se mêler de la politique. Et le président de la République de se rependre en invective. Il voit, de prime abord, dans la démarche de cette institution « une grave dérive, qui risquerait de diviser le pays ». Puis, se posant en garant de la République, il avertit : « Je ne reculerai pas devant les menaces, les intimidations de tout genre ; je m’attaquerai sans hésitations, sans remords, à tout ce qui mettrait en danger la stabilité de notre pays ».

C’est un langage de guerre, et l’allusion clairement faite à l’égard de l’Eglise catholique. Personne n’est assez dupe pour ne pas le comprendre.

Rien d’étonnant. De Mobutu à Kabila fils, en passant par Kabila père, l’Eglise romaine au Congo a toujours été accusée d’immixtion dans les affaires de l’Etat. En réalité, sa faute a été et reste celle de vouloir rappeler aux dirigeants politiques les vertus de la démocratie. Pour le bonheur du peuple et le progrès du pays. En fait, « l’Eglise est société », comme les Cathos aiment le dire. Dans les Actes des Apôtres, l’évangéliste Luc le souligne, en indiquant à Théophile, un disciple, que le premier geste de Jésus était social. Il le dit en ces termes : « Théophile, j’ai parlé, dans mon premier livre, de tout ce que Jésus a commencé à ‘faire’ et à enseigner, dès le commencement ». (Act. 1 -1).

« Faire avant d’enseigner ». Il est donc du devoir de l’Eglise de faire, autrement dit, de se mêler de la politique, quand celle-ci se fourvoie, au mépris absolu des intérêts du peuple, de la société. Quand on remonte l’histoire, on constate que le haro de l’Eglise romaine au Congo, en direction des gouvernants irresponsables est une constance. Conduisant, parfois, à un bras de fer sanglant : des chrétiens contestataires, sont impitoyablement tués, par les forces de sécurité. Mobutu et Kabila l’ont fait, ils n’ont pas vaincu. Et le « vae victus », le chant latin à la fois de victoire et de moquerie, c’est au peuple qu’il revient.

Caractéristiques des dictateurs

Or, c’est comme si cette leçon de l’Histoire n’a pas été comprise, puisque la mise en garde « indirecte » du chef de l’Etat à l’égard de l’Eglise n’annonce pas moins l’éventualité d’une nouvelle confrontation. Le ciel gris, empreint de mensonges et de toutes sortes de prétentions, couvre ces jours-ci la RD Congo. Il ne diffère pas de celui qui fut à l’origine des orages du temps de Mobutu et de Kabila. De ces prétentions, Tshisekedi s’en est appropriée une que nous entendons sortir souvent de la bouche de tous les dictateurs : « Je n’ai aucune leçon à recevoir, en matière de démocratie ».

Propos frasque, contredisant le célèbre « Ce que je sais, c’est que je ne sais rien », de Socrate, ne manque pas d’étonner. En cela, Tshisekedi s’oppose également à Kant, cet autre grand philosophe, sur le principe de « hétéronomie ». Celle-ci est l’ensemble des lois ou règles bénéfiques que nous recevons de l’extérieur, d’autrui, face aux désirs illimités de l’homme. C’est le contraire de « l’autonomie », qui, elle, laisse tout faire. La Grèce antique a aussi exploité ce thème, à travers le « complexe de Thétis ».

Dans notre contexte, ce propos est intéressant. En effet, il nous renseigne quand une personne est persuadée d’être suffisamment érudite, pour se passer des leçons d’autrui, il y a lieu de douter de ce qu’elle connaît réellement. C’est d’ailleurs là l’une des caractéristiques des dictateurs avérés. Ils pensent avoir raison en tout.

Vu ce qui précède, le bras de fer entre le président Tshisekedi et l’Eglise catholique est inévitable. L’un est déterminé à garder le pouvoir, à travers un deuxième mandat, à tout prix, tandis que l’autre (Eglise), en sentinelle, veuille au grain. En plus de pointer que le processus électoral est « mal engagé », elle a appelé le peuple à ouvrir l’œil… et le bon. Et le peuple connaît la voix du berger…

S’il y a bagarre, l’enjeu, comme on le voit bien, c’est la « démocratie ». Et, d’ores et déjà, on peut se prononcer sur le statut des belligérants. Qui est démocrate et qui ne l’est pas !

La poursuite des restrictions contre la liberté en Tunisie : arrestation de deux étudiants pour une chanson satirique

Mardi 16 mai 2023, les unités de sécurité tunisienne ont arrêté deux étudiants Youssef Chalbi et Dhia Nasseur, après la publication sur les réseaux sociaux d’une chanson satirique qu’ils ont réalisée, critiquant la police. Un troisième étudiant a réussi à s’échapper.

Selon Imen Souissi, avocate des deux étudiants, la justice leur reproche d’avoir « porté atteinte à autrui via les réseaux sociaux » et d’avoir « attribué des faits inexacts à un agent public » et s’ils sont déclarés coupable, ils peuvent encourir une peine de prison jusqu’à 4 ans.

La défenseuse des droits, a également indiqué que l’arrestation ne fait pas suite à une plainte, et qu’il s’agit d’une décision prise de la part d’un agent de police, due à la popularité de la vidéo.

Une comparution a été fixée le mardi 23 mai devant le tribunal de Nabeul, des avocats se sont portés volontaires pour défendre les deux étudiants au nom de la liberté d’expression. Selon L’avocate Imen Souissi, « aucun juge ou policier n’a le droit de juger une œuvre d’art, sauf si elle incite à la haine ».

Une satire contre les arrestations arbitraires

L’antenne régionale de la LTDH (Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’Homme) de Nabeul, a dénoncé dans une déclaration,  l’arrestation des deux étudiants et a demandé leur libération immédiate et inconditionnelle, considérant qu’il s’agit d’un acte contre la liberté d’expression et d’un contrôle de la création, qu’on ne peut pas évaluer. Sauf de la part d’un critique d’art spécialisé.

La LTDH considère l’arrestation, arbitraire, et ne respecte pas les droits et les libertés, et a appelé les organisations civiles à la participation à une manifestation, mardi 23 mai. Date de l’audience au tribunal.

Dans leur vidéo, les trois jeunes ont critiqué d’une manière satirique la police et ses pratiques, notamment, comment les agents s’introduisent chez les citoyens sans mandat, et les soumet à un dépistage de drogue, afin de justifier les arrestations arbitraires.

Cette incarcération témoigne de la situation des droits de l’Homme qui se dégrade de plus en plus en Tunisie, à cause des multiples condamnations de la part des forces de l’ordre, des manifestants depuis l’annonce du président tunisien Kaïs Saïed de la procédure 25 juillet 2021. Cette formalité réduisant les libertés au sein du pays, inquiète autant  les tunisiens que la communauté internationale.

En Tunisie, une dizaine de journalistes et d’opposants au président, ont été condamnés suite à leur expression du désaccord avec les politiques du gouvernement.

Les militants politiques continuent à faire opposition à Kaïs Saïed, malgré l’arrestation de plusieurs membres et leaders.

Chokri Chihi

AFRIQUE : la Turquie est-elle une amie de poids ?

Par Jean-Jules LEMA LANDU, journaliste congolais, réfugié en France

Les lampions se sont éteints sur la présidentielle turque. Le président sortant Erdogan l’a emporté haut la main. L’événement a intéressé autant les pays du Nord que ceux du Sud, la Turquie constituant une espèce de plaque tournante entre l’Occident, l’Afrique, le Proche-Orient et l’Asie.

Pour la première fois, le continent africain y a manifesté un intérêt indéniable, alors qu’il y a vingt ans, ce pays lui paressait quelque peu distant.

Les graines de cette coopération tous azimuts entre le pays de Mustafa Kemal et le continent sont plantées en 2003, avec l’arrivée au pouvoir d’Erdogan, en qualité de Premier ministre et, plus tard, de président de la République. Au point où, aujourd’hui, nombre d’observateurs n’hésitent pas à penser que « la Turquie en Afrique, c’est Erdogan ».

C’est lui qui, depuis deux décennies, essaie de distiller un soft power turc en Afrique. Pendant cet intervalle, en ce sens, la Turquie d’Erdogan fait flèche de tout bois. Celle de la diplomatie a atteint pleinement sa cible, par l’ouverture de 44 ambassades sur 55 pays.

A l’instar de la France, qui en compte 46. Démarche coiffée par également plus de 40 déplacements présidentiels. Un véritable marathon diplomatique – sans égal -, qui donne la mesure de l’action multisectorielle menée par Ankara.

Des échanges commerciaux multipliés par 9

Dans le domaine commercial,  les échanges annuels entre les deux partenaires, de 2003 à 2021,  sont passés de 4,4 milliards d’euros à 34 milliards d’euros, selon les chiffres du ministère turc des Affaires étrangères, repris par BBC World Service.

Avec à la clé l’attribution de plusieurs projets d’infrastructures, comme la piscine olympique de Dakar, au Sénégal, ou « la Kigali Arena », au Rwanda, le plus grand stade d’Afrique de l’Est. C’est déjà notable, à côté d’autres réalisations moins brillantes, à trouver ici et là.

Sur le plan militaire, Ankara possède une base militaire, à Djibouti, en Somalie. C’est dans l’air du temps. Mais, il se préoccupe également de la situation sécuritaire en Afrique de l’Ouest, où, dans le cadre des contrats d’armement, il a livré des drones TB2 au Mali et au Burkina Faso, ainsi que des véhicules blindés et autres systèmes de protection ou de surveillance.

Non sans oublier le domaine du développement et de l’humanitaire, à travers la présence des ONG bien structurées qu’elle finance grassement. Enfin, son œil est posé aussi sur le culturel, exclusivement sur la promotion des écoles coraniques, un des véritables leviers du soft power turc, en Afrique de l’Ouest, à dominante musulmane…

C’est peu dire que le pays d’Erdogan a pris des racines au continent. Dans un climat de confiance mutuelle. Tout est donc au beau fixe. A preuve, cette approbation unanime des chefs d’Etat, dès 2005, de compter la Turquie parmi les observateurs de l’Union africaine (UA) et, trois ans plus tard, de l’élever au rang de « partenaire stratégique ».

La présence massive des chefs d’Etats africains au troisième sommet Turquie-Afrique, en décembre 2021, à Istanbul, est une autre preuve de cette solide amitié partagée par les deux partenaires.

A tout prendre, la Turquie semble donc une amie sérieuse, avec qui l’Afrique peut compter pour exercer une coopération « gagnant-gagnant ». Selon la fameuse formule d’Erdogan : « L’Afrique pour les Africains ». Tout ce qui fait qu’il y ait brouille avec les autres pays amis, quand cette note manque au solfège.

Sénégal : tentation du « 3e mandat » en embuscade ?

Par Jean-Jules Lema Landu, journaliste congolais, réfugié en France

A dix mois de la présidentielle, l’année prochaine, le Sénégal est en ébullition. La tension se cristallise autour de la question ayant trait au « troisième mandat » du président Macky Sall.

L’histoire se répète, car le même problème s’est posé en 2011, quand le président Abdoulaye Wade, son prédécesseur, s’est avisé de rempiler pour la troisième fois. Après ses deux mandats autorisés. Le drame, c’est que cette entreprise s’accompagne toujours d’un bain de sang.

La notion de « troisième mandat » n’est pas un phénomène politique typique du Sénégal.

C’est une formule qui fait florès en Afrique, puisque au moins quatre autres présidents, auparavant, ont adopté la même ligne de conduite afin d’assouvir leur soif du pouvoir : le Burundais, Pierre Nkurunziza, en 2015, le Congolais Joseph Kabila, en 2016, le Guinéen Alpha Condé, en 2019 et l’Ivoirien Alassane Ouattara, en 2020.

Si seul Kabila n’est pas parvenu à ses fins, son échec autant que la réussite de ses trois compères ont été éclaboussés sang.

Partout dans le monde, le pouvoir attire et se dispute, mais le concept de « troisième mandat » semble une spécificité africaine.

Qu’en est-il ? Il s’agit tout simplement du non-respect des termes de la Constitution. Ce fait est comme l’arbre qui cache la forêt, sous lequel s’entremêlent plusieurs éléments associés, opposés aux principes de la démocratie classique.

De tous, domine l’idée de « chefferie » ou l’image de chef coutumier omnipotent, super intelligent et irremplaçable.

« Trop de pays restent à la merci de satrapes dont l’objectif unique est de rester au pouvoir à vie », explique le philosophe et écrivain Achille Mbembe. De là, à truquer les élections ou à modifier les Constitutions, pour gagner en longévité, il n’y a qu’un pas.

En faut-il plus pour établir un lien avec la situation qui prévaut actuellement au Sénégal ? Le président Macky Sall, qui arrive à la fin son deuxième et dernier mandat, en février prochain, ne semble pas vouloir s’en aller. Mais, il ne se prononce pas.

Un troisième mandat illégitime

Dans ce déni des règles démocratiques supposé, on y note la ruse, le refuge au juridisme ainsi que le recours à la brutalité aveugle.

Eléments relevés au Burundi, en RD Congo, en Côte-d’Ivoire et en Guinée, comme dispositif préparant le passage à l’acte. Surtout, dans cette façon de taire les intentions et, de ce fait, de faire tourner l’opinion en bourrique… Abdoulaye Wade a également pratiqué ces méthodes.

Là, c’est le côté pile. Or, sur l’autre versant, le décor a toujours été à la contestation véhémente. A travers un bras de fer sanglant engagé entre pouvoir, d’une part, et partis d’opposition, de l’autre.

Demain, le même scénario risque de se répéter, au Sénégal, si le président Macky Sall persiste à présenter sa candidature. En effet, depuis dimanche 16 avril s’est mise en place une coalition dénommée « M 24 », comprenant partis politiques d’opposition, société civile et syndicats, en vue de se mettre sur la route du chef de l’Etat.

Elle projette l’organisation d’une première manifestation monstre, le 12 mai prochain. Ce sera alors un véritable test pour elle.

Enfin, on en est là qu’aux simples hypothèses. L’année 2023 continue encore son cours. Rien n’empêche que la situation bascule du côté du bon droit. Quoi qu’il en soit, le cas du Sénégal interpelle, car ce pays constitue l’une des vitrines de la démocratie, en Afrique. Avec coups d’Etat : zéro.

Volodymyr Zelensky réclame la création d’un tribunal spécial pour la guerre en Ukraine

Note de la Maison des journalistes : les articles de la tribune libre ne reflètent pas la pensée de l’organisme. Les propos n’engagent que leur auteur. La tribune libre permet aux journalistes du monde entier de pouvoir exprimer librement leur point de vue, dans le respect des lois françaises. Ici, l’auteur a préféré garder son anonymat par souci de sécurité.

Pour le président ukrainien, “le mot d’ordre est justice.” La semaine dernière, l’Ukraine s’est rappelée un triste événement, qui aujourd’hui est connu par le monde entier par le nom de la ville où il a eu lieu : Bucha. Une petite ville ukrainienne où les Russes ont commis des actes inhumains de torture et de meurtres sur les civils. 

Un an plus tôt, les forces armées d’Ukraine avaient libéré Bucha des troupes russes, et s’étaient horrifiées des scènes qui avaient défilé sous leurs yeux.

Dans la ville et selon les sources officielles ukrainiennes, au moins 458 habitants avaient été tués, beaucoup ayant même été torturés avant leur mort. 

Au printemps dernier, des photographies et vidéos prouvant l’existence de crimes de guerre perpétrés par les Russes ont circulé sur Internet. Le monde avait été glacé par la cruauté et l’insensibilité avec laquelle les citoyens de la ville ont été massacrés.

L’armée russe avait abattu un cycliste se baladant dans le village et exécuté un groupe de civils faits prisonniers dans l’arrière-cour de la maison d’un des condamnés. 

Beaucoup de corps ont été retrouvés avec leurs mains attachées dans le dos. Les cadavres abandonnés baignaient dans des mares de sang à même la rue. L’objectif de ces meurtres n’a pas encore été déterminé, et de nombreuses questions sont restées en suspens, tandis que le choc ne s’est pas dissipé. 

Un soutien international en demi-teinte 

Il semblait qu’après les massacres de Bucha, la communauté internationale avait changé d’attitude concernant l’invasion russe de l’Ukraine. Mais le soutien du pays attaqué par l’agresseur est resté au même niveau.

Au début du printemps, l’armée ukrainienne a même été confrontée à une pénurie critique de munitions, qui ne peut être reconstituée rapidement en raison du taux de production insuffisant des pays européens de l’OTAN et des failles de la logistique. 

Les armes les plus demandées, dont le Commandant en Chef des Forces Armées Valery Zaluzhny et le président Zelensky ont longtemps parlé, n’ont été fournies par aucun des pays supportant l’Ukraine. 

À cause de cela, les hostilités perdurant depuis plus d’un an ont pris de plus en plus de vies humaines. La supériorité militaire de l’agresseur était toujours notable dans plusieurs domaines. 

De plus, beaucoup se sont entêtés à désigner l’agression militaire russe comme un « conflit », sans séparer la victime de l’assaillant et les plaçant sur un pied d’égalité. 

Au sommet dédié au terrible anniversaire de Bucha, le président Zelensky a annoncé le besoin de la création d’un tribunal spécial. Il a souligné que la cause du soi-disant « conflit » était l’action criminelle de l’instigateur :

« Le monde a besoin d’un mécanisme efficace pour punir ceux qui se rendent coupables du crime principal d’agression – le crime qui ouvre la porte à tous les maux d’une telle guerre. C’est en rendant des comptes que l’on apprend aux agresseurs à vivre en paix. Ils doivent être tenus responsables non seulement devant l’histoire, mais aussi devant le tribunal pour tout ce qu’ils ont fait », a-t-il exposé.

Évaluer l’agression criminelle commise par la Fédération de Russie est une chose que la Cour pénale internationale aurait dû faire depuis longtemps. 

Mais jusqu’à présent, la seule chose à laquelle la Cour s’est risquée a été de déclarer Vladimir Poutine prétendument responsable du crime de guerre que constitue la déportation d’enfants des régions occupées de l’Ukraine.

Bien évidemment qu’apporter le criminel de guerre qu’est Vladimir Poutine sur la liste internationale des personnes recherchées était une étape primordiale. 

Mais l’enlèvement et la déportation d’enfants ne représentent qu’une petite partie des crimes commis par la Russie sur le sol ukrainien. Le reste des horreurs perpétrées par les Russes n’ont toujours pas fait l’objet d’une évaluation juridique et se poursuivent chaque jour. 

Un tribunal spécial pour juger les crimes russes ?

L’évolution de l’attitude du président français Emmanuel Macron envers l’agression russe a également été considérée comme insuffisante. En juin 2022, sa phrase « Il ne faut pas humilier la Russie » avait fait le tour du monde et était devenue célèbre. En février 2023, il avait admis qu’il « voulait la défaite de la Russie en Ukraine. » 

Mais avec une certaine réserve néanmoins : « Je ne pense pas, comme certains, qu’il faut défaire la Russie totalement, l’attaquer sur son sol. Ces observateurs veulent avant tout écraser la Russie. Cela n’a jamais été la position de la France et cela ne le sera jamais. »

La prudence du président français fut accompagnée de promesses, tout autant prudentes, de livraisons de tanks et d’avions en Ukraine : pour l’instant, rien n’a été livré au-delà des promesses, les AMX-10RCs envoyés à l’Ukraine pouvant difficilement être considérés comme des chars d’assaut à part entière. 

Mais Emmanuel Macron ne peut plus demander à ce qu’on n’humilie pas la Russie, car la Cour Pénale Internationale a déjà franchi la ligne rouge le 17 mars dernier, en émettant un mandat d’arrêt contre Vladimir Poutine.

A la fin des événements consacrés au triste anniversaire de Bucha, Volodymyr Zelensky avait déclaré qu’il était crucial que les Ukrainiens obtiennent justice : « le mot-clé est justice », a-t-il martelé.

Le président ukrainien avait exprimé sa foi et confiance envers un tribunal spécial pour juger les crimes de guerre russes, et que son pays participerait activement à sa création.

Les Ukrainiens ont déjà prouvé au monde qu’ils étaient capables de s’opposer seuls aux forces supérieures de l’agresseur, et il ne fait donc aucun doute qu’ils seront également en mesure d’obtenir la justice souhaitée par leurs propres moyens.

Toutefois, la rapidité avec laquelle cela se produira dépendra également de la détermination des alliés de l’Ukraine.

Et il est possible que le nouveau procès de Nuremberg pour les criminels de guerre russes se tienne un jour dans une petite ville ukrainienne — Bucha.

Fedir Vasylenko

QUELLES SONT LES CAUSES PROFONDES DES GUERRES ?

 De la guerre en Ukraine à la seconde guerre mondiale et au génocide des juifs

Par Thierry Brugvin, Sociologue, Auteur de plusieurs ouvrages, dont “Le pouvoir illégal des élites, Ed. Max Milo”

Une grande guerre sévit aux portes de l’Europe, c’est la guerre en Ukraine. Elle n’implique pas autant de pays que la 1ère et la 2e guerre mondiale, mais de nombreux pays occidentaux sont parties prenantes contre la Russie. Afin de tenter de mieux comprendre ce qui poussent les peuples systématiquement à la guerre depuis des générations, revenons de manière synthétique sur les causes de la dernière grande guerre en Europe. Nous chercherons à en tirer les causes structurelles, sans se perdre dans les faits conjoncturels.

Quel était le but véritable de la 2e guerre mondiale ?

Le mobile officiel pour le déclenchement de cette guerre, proféré par Hitler et les nazis consistait à récupérer la corridor de Dantzig, donnant accès à la mer. Or, il fut confisqué au profit de la Pologne à la fin de la 1ère guerre mondiale. Ainsi, l’Allemagne envahit la Pologne le 1er septembre 1939, ce qui déclencha la 2e guerre mondiale. Il s’agissait donc non seulement de récupérer une partie de son territoire, donc de son peuple et de ses richesses. 

D’autre part, il s’agissait de se venger de l’humiliation d’avoir été vaincu durant le 1er guerre mondiale et de l’énorme effort économique pour rembourser les pénalités financières, qui avait appauvrit le peuple allemand. C’était aussi une façon de répondre à la crise financière internationale des années 1930, en pointant en particulier les juifs pour en faire des boucs émissaires. Enfin, il s’agissait à terme de lutter contre le communisme qui se développait en URSS. C’est pourquoi, le pacte germano-soviétique contre la Pologne ne fut qu’une alliance de circonstance, qui n’a tenu que quelques temps.

Mais surtout la 2e guerre mondiale visait à reconquérir le pouvoir économique et politique en Allemagne et dans le monde, en particulier dans les colonies occidentales. Ces dernières permettaient de créer de juteux profits pour les entreprises étrangères. Bien sûr, la quête de purification raciale existait véritablement. Cependant elle restait secondaire par rapport à la satisfaction des besoins politiques, économiques et des besoins psychologiques de pouvoir et de reconnaissance. Ces besoins sont principalement mus par la peur d’être faible et la peur de ne pas s’estimer. Le besoin économique, lorsqu’il est attisé par la peur d’être faible par manque de sécurité, pousse à accumuler pour se sécuriser, ou pour se distinguer dans le cadre d’une consommation ostentatoire, comme l’expliquait Veblen.

A quelles fins, les populations juives ont-elles été persécutées durant la 2e guerre mondiale ?

Officiellement, il s’agissait d’un discours raciste visant à restaurer la grandeur de la race aryenne, c’est-à-dire les blancs aux cheveux blonds et en particulier allemands. Selon les nazis, cela supposait de purifier la race blanche allemande et mondiale, des races inférieures, telle la race juive. C’était une volonté véritable d’eugénisme, mais qui était secondaire par rapport à la volonté d’initier une dynamique de groupe nationaliste autour de boucs émissaires, comme l’expliquait René Girard. De plus, cela eut aussi un intérêt économique, car leurs emprisonnements, puis leurs assassinats ont permis de s’accaparer leur richesse, leurs biens. 

En outre, cela permettait de faire travailler les prisonniers des camps de concentration sans les rémunérer, d’accroître fortement les profits des employeurs, par rapport à des salariés classiques. Il s’agit avec les mobiles des guerres en général, de la dimension économique et capitaliste du fascisme et plus généralement de l’économie de guerre. Le fascisme du national-socialisme relevait plutôt d’un capitalisme autoritaire, avec un discours social sans application conséquente. Le National-socialisme n’était donc pas du tout un socialisme économique à la manière de l’URSS. 

De plus, sans trop le formuler ainsi, les fascistes s’appuyaient sur une forme de lutte des classes populaires contre ce qu’ils considéraient être la classe des riches juifs, des banquiers juifs. De l’étranger juif cosmopolite, ce qui attisent encore plus le discours xénophobe. Comme si tous les juifs étaient riches et banquiers… Le génocide juif s’appuyait aussi sur le fait qu’historiquement les juifs disposaient du droit de prêter de l’argent avec intérêts, à la différence des chrétiens et des musulmans lequel ceci était mal considéré par leurs valeurs religieuses.
Le génocide visait donc aussi à stopper cette fonction traditionnelle d’usuriers (consistant à s’enrichir par des prêts d’argents avec intérêts). Or, une minorité des juifs était concernée et le capitalisme financier s’avère aussi chrétien et musulman, etc. Il s’agit en fait d’arguments antisémites, qui relèvent de la rhétorique classique des extrêmes droites. 

Un autre raison qui a permis de fédérer le peuple allemand et les non juifs, c’est l’antijudaïsme, puis l’antisémitisme millénaire des chrétiens et des musulmans. Les fascistes se sont appuyés sur des conflits idéologiques entre religions et d’une concurrence pour la domination religieuse. Mais à nouveau le prétexte véritable des guerres de religion relève de la conquête du pouvoir économique et politique.

Les méthodes de propagande fasciste usaient de plus sur des grands rassemblement spectaculaires visant à glorifier la puissance, la grandeur, la gloire et l’orgueil nationaliste, le culte du grand homme sauveur, le « marketing », des symboles, tels l’aigle, la croix celtique, croix gammée…), la quête de la reconnaissance par l’accès à des statuts valorisants comme les élites SS ou le parti fasciste, etc. 

Ils s’inspiraient en cela des méthodes de marketing de l’industrie des relations publiques, qui furent mises en œuvre en particulier par Edward Bernays, le neveu de Freud. Ce marketing capitaliste visait à manipuler les désirs subconscients des populations afin d’orienter leur consommation en faveur des grandes entreprises, mais aussi de faire élire certains partis dans les gouvernements dits démocratiques.

La projection sur l’étranger (pays, individu…) de ses peurs subconscientes vise à les refouler. Castoriadis nous rappelle que la haine de l’autre est finalement une haine de soi. En effet, la peur de l’étranger, relève de la peur de ce qui est étranger en nous même, de ce qui est différent, de ce que nous ne maîtrisons pas. Pour un homme, ce pourra être sa partie féminine, sa dimension homosexuelle, ses désirs, ses fantasmes, sa peur de la fragilité… 

La psychose paranoïaque consiste aussi à projeter sur l’extérieur, ses propres angoisses refoulées, à refuser d’accepter que ses peurs viennent de soi-même, à chercher à contrôler l’autre et toutes les sources génératrices d’angoisse, jusqu’à l’obsession. C’est ce qu’a montré, Freud en mettant en lumière la puissance de notre subconscient sur nos actions quotidiennes. 

Tous ces éléments refoulés et inconscients ressurgissent et sont projetés sur autrui, sur l’étranger, sur celui que nous ne connaissons pas nous explique CG. Jung, à la suite de Freud. C’est ce « mécanisme de projection » psychologique, qui vient renforcer nos croyances sociales erronées ou manipulées. C’est donc une technique fort utilisée par nos dirigeants. 

Elle consiste à agiter le chiffon rouge, faire monter les passions et entraîner le peuple en guerre, contre l’ennemi extérieur, source de tous nos maux. La « guerre froide » entre l’occident capitaliste et l’URSS sous la dictature communiste stalinienne, fut ainsi renforcée et prolongée entre les deux camps de cette manière notamment.

Certains dirigeants politiques, tel Staline, soumis à des complots et à des attentats réels, finissent par pratiquer des meurtres de masses afin de se protéger de leurs angoisses paranoïaques et pour maîtriser leur environnement proche et lointain. 

Nombre de dirigeants politiques ou économiques disposent de traits de caractères névrotiques paranoïaques (et non d’une structure psychotique, qui relève de la « folie »). C’est pourquoi leurs comportements sont alors fondés sur un besoin de contrôle extrême, notamment par l’exercice de la violence verbale ou physique, de la terreur et de la manipulation des membres de leurs groupes ou de la population.

Le besoin de sécurité et de maîtrise, lié au complexe d’infériorité (Adler, 1918), ou aux névroses paranoïaques, vient renforcer le besoin de se surarmer. Ce qui satisfait notamment les intérêts militaro-industriels, car plus les pays se battent entre eux, plus la nécessité de se fournir en armes augmente et plus leurs profits s’accroissent. L’industrie des relations publiques, les agences de marketing, au service des marchands d’armes connaissent ces mécanismes psychologiques et en jouent auprès du public et de la classe des élites des pouvoirs publics et militaires, afin de stimuler leurs ventes à travers la course aux armements. 

Photo de Museums Victoria.

La violence n’est finalement que l’expression de son besoin de pouvoir et de sécurisation personnelle et collective. Or, pour cesser ce cercle infernal, René Girard, dans son livre « la violence et le sacré », explique qu’il faut casser le cercle vicieux de la « violence mimétique. » 

Lorsqu’un individu est agressé, généralement il a peur, donc pour se défendre, se protéger et se sécuriser, il a tendance à agresser en retour. L’agresseur agressé va frapper plus fortement encore durant cette « crise mimétique. » Cette violence en miroir où chacun accuse l’autre d’être le responsable, peut être observé fréquemment. C’est par exemple cas dans l’interminable conflit israélo-palestinien.

Certaines personnes, impliquées dans des violences individuelles ou nationales, cherchent au contraire à « désamorcer » les germes du conflit, afin que cesse cette violence mimétique. Cela suppose d’avoir le courage de ne pas répondre à sa peur par la violence, d’assumer le risque de paraître peureux face à l’agresseur et au regard des spectateurs. 

Ce qui implique donc une force intérieure suffisante, une hauteur de vue et une certaine sagesse. Pour cela, il s’agit d’être capable de regarder en face ses véritables peurs personnelles puis de les affronter. Sinon la personne qui les nie, les projettera sur autrui et lui attribuera la seule responsabilité du conflit et de la violence.

De plus, explique Jean Ziegler, lorsqu’une agression s’exerce contre une personne, un groupe d’individu, ou une nation, émerge alors un mécanisme de « résurgence mémorielle ». Il s’agit du retour des blessures nationales refoulées des générations passées, par exemple celle de l’esclavage et du colonialisme. Lorsque cette souffrance refoulée resurgit, alors, cela tend à provoquer des affrontements (mouvements sociaux, terrorisme, guerre…). 

Cela se rapproche des processus relevant de la psychogénéalogie, qui viennent expliquer que les histoires des générations précédentes influent sur les descendants, même s’ils n’en sont pas conscients et particulièrement lorsqu’il y a des « secrets de famille. » Chacun des membres d’une famille peut ainsi chercher de génération en génération, à parvenir consciemment ou non, à répondre au besoin de reconnaissance social inassouvi d’un de leurs ancêtres. 

Finalement, que peut-on en conclure ?

Que malgré son ampleur, la seconde guerre mondiale répond aux mêmes mécanismes que la plupart des autres grandes guerres. Une volonté de conquête économique est masquée par des motifs secondaires, telles les guerres contre un groupe religieux, ethnique, une ethnie ou une population dissidente. 

Mais il y a une cause plus profonde encore, le besoin de dominer à cause de la peur subconsciente d’être faible, le besoin de reconnaissance par l’obtention de distinctions notamment militaires et le besoin de se sécuriser par l’accumulation de richesses. Le génocide des juifs a permis de créer des boucs émissaires pour entrainer et fédérer le peuple allemand, puis d’autres peuples dans la guerre, en maquillant une volonté de pouvoir national et de puissance économique derrière une quête de la pureté raciale. 

De même, cette dernière visait la peur de ne pas s’estimer soi même. Pour dépasser les guerres sans fin qui sont aussi vieilles que l’humanité, il s’agit donc pour les humains de parvenir à prendre conscience des causes profondes économiques et psychologiques, qui les poussent à se battre et à tuer. Puis, d’apprendre à coopérer entre individus et nations, plutôt qu’à dominer militairement ou économiquement, par la liberté du plus fort et la compétition commerciale. Ensuite, l’humanité doit parvenir à lâcher prise par rapport à ces actes violents et compulsifs générés par les quatre peurs les plus fondamentales, la peur d’être faible, de ne pas être aimé, de ne pas être estimé et la peur de mourir.

Nous observons des mécanismes comparables dans la guerre entre l’Ukraine et la Russie.

Le mobile officiel pour les deux camps en conflit consiste à protéger la souveraineté du Donbass et ses frontières. Mais plus profondément, il s’agit de contrôler le Donbass. Il s’agit donc de causes communes à quasiment toutes les guerres, la volonté de conserver ou de contrôler un territoire pour des raisons de pouvoirs économique et politique, mais aussi à cause de facteurs psychologiques de domination et de sécurisation. 

De plus, il y a derrière l’implication des grandes puissances, des États-Unis, de l’OTAN, dont la France, une lutte pour le contrôle du monde et un rapport de force entre grandes puissances (Chine, Russie…), pour des raisons économiques. Ces mobiles les plus profonds sont masqués par des discours dont les objectifs s’avèrent en réalité plus secondaires, telles la défense de l’intégrité territoriale, la souveraineté, la protection des peuples opprimés, la lutte pour la démocratie, contre les régimes autoritaires…

FRANCE – AFRIQUE : LA VALEUR DE LA PAROLE DONNEE

Par Jean-Jules LEMA LANDU, journaliste congolais, réfugié en France.

En quatre jours, du 1er au 4 mars, le président français, Emmanuel Macron a visité le Gabon, l’Angola ; le Congo et la République démocratique du Congo. Véritable marathon en Afrique centrale, où il devait, principalement, tâter le pouls sur son esquisse concernant la « nouvelle politique africaine » de la France. Il l’a exposée quelques jours auparavant, à l’Elysée avant sa tournée.

En général, pour l’opinion de l’Africain qui l’a écouté avec attention il n’y a rien de neuf à retenir : c’est la même rengaine, faite des déclarations d’intention. Depuis le discours de politique africaine fort élaboré, fait par le président Mitterrand en 1990, à Marcoussis, à ceux de l’actuel dirigeant Macron, en passant par le narratif insultant du président Sarkozy, jamais l’acte n’a suivi la parole.

Qu’est-ce qui n’a pas été dit par les successeurs du général de Gaulle, au sujet de la « Françafrique », ce système sans statut juridique, à la tête des relations France-Afrique ? Un système décrié par les Africains. Comme réponse, une riche palette des monts et merveilles sans lendemain. Jusqu’à l’entrée en scène du nouveau président Emmanuel Macron, en 2017. Au cours de la même année, il tient son « célèbre » discours à l’université de Ouagadougou, dans lequel il promet la rupture avec « l’ancienne modèle ». Sur un ton martial. Sans effet.

A ce sujet, le quotidien français Le Figaro s’amuse à poser la question de savoir si ce énième voyage présidentiel marquera-t-il « la fin de la logique prédatrice » ? Le président Macron avait déjà répondu à cette question quand, dans son discours à l’Elysée, il avait témoigné d’un aveu d’impuissance : « Il nous faut être lucides, nous ne sommes aujourd’hui qu’au milieu du gué. C’est une situation très inconfortable ». C’est tout dire.

Pourtant, le discours de Ouagadougou avait quelque chose de particulier : il avait été dit par un président jeune. Le plus jeune de tous les président de la Ve République. De ce fait, un vrai rayon d’espoir avait traversé le continent – très jeune, lui, aussi -, dominé par 60 % des 20-45 ans. Ce sentiment, visiblement, s’était traduit sur les visages de cette tranche d’âge, qui pensait « jeune dirigeant français pour jeunes africains ».

Sept ans d’exercice après, où en est-on, avec la promesse du deus ex machina français ? La Françafrique est toujours là, droit dans ses bottes, puisqu’il s’agit d’un système dans lequel se brassent plusieurs centaines de millions d’euros d’intérêts français. C’est l’épine.

A partir de là, la vrai problématique émerge : ce qui divise la France et l’Afrique, c’est globalement le fait de la parole non tenue. Or, la promesse a valeur de serment. Si le serment est brisé -, et c’est le cas en l’état -, la confiance s’étiole ou s’envole totalement, selon les circonstances.

Ce qu’avec le président Macron, s’est évanoui ce qui restait du capital de confiance envers les dirigeants français. D’où l’explication, en partie, du rejet de la France en Afrique de l’Ouest. Les coups d’Etat qui y ont lieu ne sont pas loin de cette approche. Les jeunes officiers putschistes, qui prennent langue avec Moscou, pensent plus à d’autres horizons qu’à l’Occident. A bien voir les choses, les populations y adhèrent massivement. Le risque de contagion n’est pas à écarter. Il y a des signes évident en Afrique centrale : les drapelets russes y sont de plus en plus visibles.

Ainsi, le soldat Macron est-il parvenu à « convaincre » l’Afrique, fâchée, à tourner casaque ? Pas sûr.

Jean-Jules Lema Landu