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Week-end convivial avec le réseau étudiant Animafac

[Par Diane HAKIZIMANA]

Le réseau des associations étudiantes Animafac a organisé le weekend du 06 au 07 février 2016 un double weekend au campus dans les universités de Limoges et de Caen. A Limoges, c’était de la convivialité sous un ciel plus doux et ensoleillé.

©Diane Hakizimana

©Diane Hakizimana

Le matin, un petit déjeuner à la hâte afin de pouvoir commencer la journée à temps. Des repas ont été également offerts aux étudiants à midi, au rythme de chants lancés par un groupe d’étudiants décontractés. L’ambiance était bon enfant comme seuls les étudiants savent le faire. Différents ateliers ont été animés. Le responsable d’Animafac reconnait le rôle et l’importance de cette association dans la vie de campus. Malo Mofakhami parle de ce weekend spécial pour le 20e anniversaire d’Animafac.

« Asso, Boulot (apéro !), dodo », “Ceux qui pensent que c’est impossible sont priés de ne pas déranger ceux qui essaient”, etc. ce sont les mots qu’on pouvait lire sur les pulls des étudiants présents pour ce weekend au campus. Ces mêmes mots figuraient par ailleurs sur le manifeste des 20 ans d’Animafac. Solidarité internationale, écologie, récupération des objets, le numérique dans la vie associative, etc. tels étaient les sujets débattus dans différents ateliers organisés par Animafac à l’université de Limoges. Malo Mofakhami, président d’Animafac racontait que c’est cette même ambiance à Limoges qui régnait à l’université de Caen.

Malo Mofakhami ©Diane Hakizimana

Après les universités de Lille et de Clermont Ferrand, qui sont de la partie Est, le weekend du 30 au 31 janvier dernier, c’était le tour des étudiants de la partie ouest de la France de faire la fête et d’échanger sur les sujets qui touchent la société. Plutôt caisse de résonance des associations étudiantes, Animafac organise les weekends au campus en divisant les universites de l’Hexagone en 4 groupes, deux par deux, de l’est à l’ouest ou vice versa. « La division de la France se fait de manière grossière, mais l’objectif est de choisir une ville qui n’est pas très loin pour les gens autour, c’est pour faciliter le déplacement des étudiants en cars». Créée en 1996, au début par des étudiants très engagés dans les syndicats, Animafac s’est depuis consacrée à l’associatif et met en mouvement la fac. « Même si on représente les étudiants et qu’on fait du lobbying auprès des pouvoirs publics, c’est surtout sur les mesures qui sont en lien avec les associations », tient à souligner Malo Mofakhami. Le président d’Animafac annonce qu’ils ne peuvent pas intervenir sur les examens, le format des cours, etc., qui sont dans le registre syndical.

Engagement, encore de l’engagement

Le réseau des associations Animafac se bat pour la reconnaissance, la facilité et l’encouragement de l’engagement des étudiants. Et cela se fait à plusieurs niveaux selon Malo Mofakhami. Au niveau des étudiants déjà, Animafac s’efforce de mettre en avant tous les avantages que procurent les associations. A cet effet, cette porte-parole des associations étudiantes aide ces dernières à être beaucoup plus visibles en leur procurant les moyens financiers nécessaires pour pouvoir exister. « On a aussi identifié les leviers institutionnels, car on a remarqué que certains présidents et administrations des universites n’ont rien à faire des associations étudiantes, et si l’universite n’est pas bienveillante et assez ouverte aux associations, celles-ci auront beaucoup du mal à se développer », précise Mofakhami. Animafac intervient à ce niveau pour faire comprendre aux chargés de l’éducation que la réussite scolaire rime aussi avec la vie de campus, la vie associative. « Nous usons de notre notoriété et de notre poids politique pour leur faire comprendre qu’ils doivent favoriser l’associatif dans les campus », annonce le président d’Animafac. Malo Mofakhami reconnait toutefois qu’à Limoges, les associations sont hyper actives et que la présidence de l’université y met son paquet.

Limoges la nuit ©Diane Hakizimana

Limoges la nuit ©Diane Hakizimana

A la question de savoir si la vie associative dans les campus ne se limite pas seulement à la durée des études, dans la mesure où la vie active ne permet pas forcement la participation dans les associations, faute de temps et beaucoup de préoccupations quotidiennes, le président d’Animafac estime que l’environnement dans les campus favorise l’engagement associatif, « en plus les étudiants sont dans une phase de leur vie où ils ont très envie de changer le monde et ainsi ils s’appliquent dans les associations assez facilement, même s’ils ont besoin d’un coup de pouce», remarque-t-il. Toutefois Animafac, en tant qu’association essaie de donner une vision plus large aux jeunes étudiants engagés. « Certes ils se sont engagés pour une association, pour une cause qui leur plaît, mais c’est aussi un engagement à l’égard de toute une société, donc il ne faut pas perdre cet engagement, il faut le porter toujours même après », annonce Malo Mofakhami. Et, selon ses dires, ça marche un peu, car différentes enquêtes et questionnaires démontrent que de plus en plus de citoyens revalorisent au maximum les questions d’engagement. Animafac est fait de plus de 400 associations membres qui ont signé une charte, mais elle arrive à toucher d’une manière ou d’une autre plus de 5000 associations étudiantes. L’événement « weekend au campus » se déroule tous les ans. Différentes associations se rencontrent pour débattre, échanger, se former. Ce double weekend au campus à Limoges et à Caen était le dernier de cette année académique en cours.

Réfléchir ensemble pour s’engager et résister contre la peur

[Par Johanna GALIS | Photos de Mortaza BEHDOUDI]

11 janvier 2016, « Soirée Non »: Résistance solidaire à Saint-Quentin en Yvelines.

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De gauche à droite : Catherine Pont-Humbert, animatrice de la soirée, Jean-Luc Despax, Hala Mohammad, Diane Hakizimana, Maxime N’Debeka

Quand le directeur des Itinéraires poétiques de Saint-Quentin-en-Yvelines, Jacques Fournier demande la réorganisation de la Journée en faveur des écrivains et des journalistes emprisonnés et persécutés, qui devait avoir lieu le 15 novembre dernier – mais fut annulée, à cause des attentats du 13 novembre – il fait appel au directeur du Théâtre Saint Quentin en Yvelines, Lionel Massétat, pour une mobilisation sous un thème quelque peu différent. Avec le souhait d’une réelle fédération entre les participants et le public (la date du 11 janvier, qui apparait comme celle des un an de Charlie faisant en quelque sorte écho à son souhait). « De nombreuses personnes se sont demandées pourquoi j’appelais cette rencontre « Non » »annonce-t-il en prélude à la soirée, « Pourquoi ne pas l’intituler plus positivement? Je leur ai répondu qu’au vu des événements, nous avions chacun besoin de faire preuve de résistance ».

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Le flûtiste André Stocchetti

Résister à la peur, aux obscurantismes, à la mort qui est devenue, avec les attentats français de janvier et novembre de l’année 2015, beaucoup plus présente dans notre quotidien. Sur la scène du théâtre sont présents ce 11 janvier 2016, quatre personnes de lettres, venant d’horizons différents. Diane Hakizimana, journaliste burundaise et ancienne résidente de la Maison des journalistes, Hala Mohammad, poète et cinéaste syrienne, Maxime N’Debeka, poète et romancier congolais et Jean-Luc Despax, professeur agrégé de lettres modernes, poète et président du P.E.N. club français. En ouverture de la soirée, le duo guitare-voix Iringa interprète une chanson composée le 7 janvier 2015, qui marque de son refrain vindicatif « Guess who won? » (Devinez qui a gagné?) le sceau de la victoire des français qui se sont rassemblés au lendemain des attentats contre Charlie et l’Hypercacher et ont manifesté dans un immense élan de solidarité face à la barbarie humaine.

« Nous avons un devoir de vigilance », déclare peu après Maxime N’Debeka, qui souligne le fait que peu importe le niveau de culture – ce soi-disant indice qui montre à quel point nous sommes civilisés – du pays où l’on est, l’inhumanité et la terreur peuvent surgir. Être vigilant, pour soi-même être paré contre des déviances telles que celles qui ont surgit et se sont insinuées des décennies plus tôt dans un pays occidentalisé, l’Allemagne, qui avait pourtant un superbe patrimoine, mais dont le chaos progressif a laissé place aux extrêmes.
Il s’agit de réfléchir, pour comprendre et prendre position, et anticiper, aussi. Anticiper une solution positive, une éventuelle ouverture de tous face à chacun, « où les fenêtres seraient partout grandes ouvertes, dans une ambition pacifique d’être soudés les uns aux autres », comme le souligne avec émotion Hala Mohammad, pour que l’unité que nous pourrions créer, à l’image des manifestations de Charlie l’année dernière, soit plus forte que les peurs qui nous assaillent et nous font se méfier les uns des autres. Car « la peur chasse nos libertés en tant qu’êtres humains: c’est par amour les uns des autres que nous pourrons combattre Daesh » ajoute-t-elle. Il s’agit aussi de réfléchir pour marquer son engagement contre les persécutions: Jean-Luc Despax le souligne en évoquant la situation du poète palestinien Ashraf Fayad, condamné à mort en Arabie Saoudite pour apostasie. L’Association Amnesty International prend alors la parole pour parler de son engagement pour faire sortir des personnes injustement condamnées à l’emprisonnement et parfois même à la mort, grâce à son unique arme, un stylo. En écho, Diane Hakizimana évoque la fuite de quatre-vingt cinq pourcent de plumes burundaises, en l’occurrence de ses journalistes, hors du pays, pour la plupart au Rwanda, de peur de se faire emprisonner – ou de connaitre des sévices encore pire – par le gouvernement de Pierre Nkurunziza. La journaliste, elle-même exilée, ne pensait pas devoir faire face à la peur de l’ennemi politique en France aussi.

bbbb0a0d-385a-42a3-8dee-d741696e33f3Comme arme ultime contre ceux qui souhaitent attaquer notre liberté, la créativité. C’est sous ce signe que la soirée se déroule, aussi. Les intervenants lisent des poèmes, empruntés à des personnalités littéraires qui leur donnent matière à penser, tant leurs mots souhaitent se battre. Des jeunes du Club Jeunes Théatre & Poésie lisent lisent des textes. Un flûtiste ponctue ces interventions de courtes mélodies, puis sous une mise en scène faite de distorsions sonores et de mimes, l’hymne de la France surgit, victorieux malgré tout.

 

France : Une solidarité silencieuse

[Par Diane HAKIZIMANA]

Alors que le monde actuel vit au rythme des secousses du terrorisme et de l’immigration, il existe de simples âmes charitables. D’une simplicité et amabilité sans faille, elles agissent en douceur via des associations. Ni les poseurs de bombes, ni les tirailleurs à kalachnikov sans aucun état âme n’ébranlent leur solidarité. Elles sont prêtes à accueillir les demandeurs d’asile et peu importe leurs origines. Cet article s’intéresse à cette catégorie de simples mortels animés d’une humanité sans égale qui, malheureusement, laisse indifférent le monde dit du « Buzz ».

cropped-bannerÇa commence comme une aventure, une première rencontre dans un café un certain vendredi soir. Un peu d’appréhension bien sûr sur les visages. Une association s’est occupée de cette rencontre, il s’agit de « Réfugiés Bienvenue ».

Céline Squaratti et Adrien Peschanski, couple qui héberge un demandeur d’asile.

Céline Squaratti et Adrien Peschanski, couple qui héberge un demandeur d’asile.

D’un côté un couple prêt à ouvrir ses portes pour un(e) inconnu(e), de l’autre côté un demandeur d’asile, ainsi que le représentant de l’association. Le couple : il s’agit d’Adrien et de Céline qui ont un appartement dans la commune de Bourg la Reine (département des Hauts-de-Seine) au sud de Paris. Ils ont décidé d’approcher « Réfugiés Bienvenue ». Ce qui frappe du coup c’est la candeur de leur jeunesse. C’est peut-être « la faute aux clichés », mais plus d’un croient que c’est seulement les plus âgés qui sont les plus généreux.
Là on y met parfois de la méchanceté en expliquant que ce sont eux qui ont tout vécu. N’ayant plus à faire dans la vie, ils se tournent vers la charité, « question de s’occuper », encore une fois je précise qu’il s’agit d’une version rude de l’opinion qu’on se fait des personnes âgées. A la question de savoir ce qui motive les deux jeunes gens, simplement, Adrien répond « c’est presque un héritage. De par le passé, ma famille a accueilli un étranger qui est resté chez nous et depuis il est comme un frère pour moi ».
Avec un petit sourire, Céline explique que ça a toujours été sa passion le fait de venir en aide aux nécessiteux. « J’ai toujours rêvé de travailler dans l’humanitaire, mais ma vie de couple pour le moment ne le permettrait pas, et je me suis dit pourquoi ne pas agir sur place ?», dit-elle. Doctorante en droit d’asile, mais aussi très active dans la vie associative, Céline indique que puisque les moyens matériels (appartement, commodités, etc.) leur autorisent d’accueillir quelqu’un, ils ne peuvent pas s’en empêcher. Cette jeune femme ajoute qu’ils ont essayé d’entrer en contact avec une autre association il y a quelques jours qui s’occupe des réfugiés… mais sans succès, « c’est finalement Réfugiés Bienvenue qui nous permet de réaliser notre souhait», précise-t-elle avec émerveillement.

Une solidarité qui brave même le terrorisme
logo_refugies_bienvenue-1-e1443341722445Agée seulement de quelques mois, l’association « Réfugiés Bienvenue » ne se focalise que sur les personnes demandeuses d’asile, c’est-à-dire celles qui n’ont pas encore obtenu la protection de la France. La raison avancée par le président de l’association est qu’en général les personnes qui ont déjà le statut de réfugié ont le droit de travailler, d’avoir un logement HLM, de toucher le RSA. Pas les demandeurs d’asile, qui sont pourtant au moins cinq fois plus nombreux. .Plutôt du genre confiant Emile Le Menn estime que malgré le jeune âge de l’association, ils vont arriver à trouver beaucoup d’autres familles solidaires ; « le placement de ces gens en hébergement est continu, par exemple on a 15 familles qui nous proposent les places en ce mois de janvier », dit-il. Selon le président de « Réfugiés Bienvenue », ce sont les familles qui font le premier contact par Internet, « il y a un formulaire très simple à remplir et un de nos bénévoles les appelle pour plus d’éclaircissements », explique Emile Le Menn.
Bénévole lui-même, Monsieur Le Menn trouve que les attentats, comme ceux de novembre 2015 à Paris, n’affectent en rien la solidarité de ces familles. « Les opinions ne changent pas, ceux qui sont prêts à aider le font toujours en bravant toute cette folie, ce sont plutôt ceux qui ne pourront jamais le faire qui se trouvent des prétextes », précise-t-il.
Selon son propos, les familles qui hébergent ne tiennent pas compte de la religion des demandeurs d’asile. Le président de « Réfugiés Bienvenue » indique qu’elles peuvent demander la religion de l’individu qu’elles vont abriter seulement dans le but de le connaître plus et de savoir quels moyens mettre à sa disposition.
« Nous avons déjà placé 45 demandeurs d’asile en hébergement», dit-il. A côté de ces familles et couples qui cèdent de leur espace et de leur intimité aux demandeurs d’asile, le président de « Réfugiés Bienvenue » indique qu’il y a, au sein de l’association, des jeunes étudiants, ne pouvant pas héberger, mais qui organisent souvent des pique-niques, sorties, cafés, pour agrémenter les journées des demandeurs d’asile. Devenue officiellement association le 16 septembre 2015, « Réfugiés Bienvenue » est constituée de 30 jeunes gens tous bénévoles. Elle est située dans le 20e arrondissement de Paris.

 

Burundi : Pierre Nkurunziza, un « va-t-en en guerre » !

[Par Diane HAKIZIMANA]

Dans son discours à la nation, le président Pierre Nkurunziza cache mal sa détermination à en découdre avec tous ceux qui sont contre son 3e mandat.

Faisant allusion à la tentative de dialogue entre le gouvernement Nkurunziza et ses opposants (pour la plupart ils sont sous mandat d’arrêt international lancé par Bujumbura), dans la ville d’Entebbe en Ouganda lundi dernier, le Président Nkurunziza avec dédain, dans son discours, indique qu’il ne pourra point négocier avec ses opposants car, selon le propos du président burundais, « leur place est en prison». Nkurunziza est même prêt à défier les forces de maintien de la paix que l’Union Africaine préconise de déployer au Burundi.

Des policiers burundais à Musaga, le 20 juillet 2015. © Jerome Delay/AP/SIPA

Des policiers burundais à Musaga, le 20 juillet 2015. © Jerome Delay/AP/SIPA

Le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine (source :  peaceau.org)

Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (source :
peaceau.org)

Depuis les attaques perpétrées contre 4 camps de militaires par les hommes armés non identifiés et les répressions qui ont suivis le 11 décembre dernier à Bujumbura, la communauté internationale s’est réveillée et a pris conscience du risque que court le Burundi. A cet effet, le Conseil de Paix et de Sécurité a voté une résolution pour l’envoi d’une force régionale le 18 décembre dernier, comme le prévoit la charte de l’Union Africaine dans des circonstances graves comme les crimes de guerre ou les génocides. Des bilans controversés font état de plusieurs centaines de personnes tuées le week-end du 11 décembre. Le gouvernement burundais a parlé, à travers le porte-parole de l’armée Gaspard Baratuza, de 87 personnes tuées, certaines organisations des Droits de l’Homme ont dénoncé des cas d’exécutions extrajudiciaires, d’arrestations arbitraires, de torture, et certaines parmi ces organisations commencent à parler de l’existence des fosses communes. Les agents de l’ordre auraient enterré les jeunes dans ces fosses dans le but de fausser le bilan réel des victimes. Les personnes visées par le pouvoir Nkurunziza dans ces répressions seraient surtout des jeunes issus des quartiers qualifiés de « contestataires » du 3e mandat de Nkurunziza. En majorité ce sont de jeunes tutsis, et plus d’un craignent une dérive génocidaire.
La clique Nkurunziza aurait tendance à justifier ses excès par des raisons ethniques. Là on s’en tient aux termes utilisés pas les autorités dirigeantes burundaises dans leurs discours. Le président du sénat n’a pas hésité à utiliser des termes comme « passer à l’action », « travailler », « pulvériser », « mettre le paquet », etc. autant de termes tirés du registre lexical qui rappellent les temps forts des massacres au Burundi dans les années 1993 et surtout le génocide du Rwanda voisin en 1994. Et les témoignages à Bujumbura affirment que les forces de sécurité nationale, surtout l’unité spéciale de protection des institutions (API), n’hésite pas à extraire de leurs domiciles et à exécuter les jeunes juste du fait de leur appartenance ethnique.

Nkurunziza défie les forces de l’Union Africaine

Des soldats de la mission Africaine de Prévention et de Protection au Burundi (crédits photo : france24.com )

Des soldats de la mission Africaine de Prévention et de Protection au Burundi (crédits photo : france24.com )

« Si une fois elles s’avisaient à franchir les frontières burundaises sans respecter notre souveraineté, nous sommes prêts à répliquer », c’est dans ces termes que Pierre Nkurunziza prévoit la réplique de Bujumbura face à la force MAPROBU, Mission Africaine de Prévention et de Protection au Burundi de l’Union Africaine. Bujumbura ne ménagera également aucun effort pour continuer les négociations avec les opposants du 3e mandat du président Pierre Nkurunziza, surtout ceux réunis au sein du Conseil National pour le respect d’accord d’Arusha et la restauration d’un Etat de droit au Burundi (Cnared), selon Nkurunziza. Lesdits opposants faisant référence à l’accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation signé en aout 2000, pour décrier ce mandat, « ne méritent que la prison », selon le chef de l’Etat Burundais. Les leaders de ce conseil sont par ailleurs sous mandat d’arrêt international. Le gouvernement Nkurunziza estime qu’Entebbe, sous l’égide du président ougandais Yoweri Kaguta Museveni, n’a été qu’un échec, « …, pour nous, nous avons clairement indiqué au facilitateur que nous n’allons pas cautionner, ni légitimer les putschistes, ni le mouvement putschiste », a précisé le ministre des relations extérieures burundais, Alain Nyamitwe. Ce dernier et son patron accusent l’opposition d’être l’auteur du coup de force avorté de mai dernier. Bujumbura ne répondra donc plus au rendez-vous du 6 janvier prochain à Arusha où étaient prévues les prochaines négociations. Les faits démontrent que le président Nkurunziza a déjà sacrifié le peuple burundais pour sauvegarder son mandat car, ni la communauté internationale, ni l’Union Africaine encore moins ses opposants ne semblent l’impressionner. Et sur terrain, tous les indices annoncent les prémices d’une guerre civile. Les habitants (surtout les jeunes) des quartiers urbains dits « contestataires » (Musaga, Nyakabiga, Cibitoke, Mutakura, Jabe) sont les premières victimes des représailles des forces de l’ordre burundaises. Le pouvoir estime que les insurgés (Bujumbura n’ose pas parler de rebelles) proviennent de ces quartiers qui se sont investis dans les manifestations contre le 3e mandat de Pierre Nkurunziza depuis avril dernier.

Burundi : Est-ce le début d’une guerre civile ?

[Par Diane HAKIZIMANA]

Pierre Nkurunziza (source : voaafrique.com)

Pierre Nkurunziza (source : voaafrique.com)

Qu’est-ce qui va suivre l’ultimatum lancé par le président burundais Pierre Nkurunziza aux quartiers dits « contestataires » de Bujumbura ? Lundi 2 novembre Nkurunziza a seulement donné 5 jours aux « insurgés » pour déposer les armes. Dans le cas contraire, les forces de l’ordre pourront utiliser « toutes les techniques pour mener à bien ce travail », a-t-il précisé. D’autres autorités ont proféré de pareilles menaces aux habitants surtout des quartiers comme Mutakura, Cibitoke, Nyakabiga, etc. qui se sont investis dans les manifestations contre le 3e mandat du président Pierre Nkurunziza. Il s’agit du Président du sénat, du 1er vice-président de la république et quelques ministres. Et plus d’un craint la flambée de violence surtout à ce moment où des corps sans vie sont chaque jour retrouvés dans les rues de Bujumbura.

Révérien Ndikuriyo (source : iwacu-burundi.org)

Révérien Ndikuriyo (source : iwacu-burundi.org)

« Aujourd’hui, les policiers tirent au niveau des jambes pour ne pas tuer alors qu’on leur lance des grenades. Le jour où on va leur dire « travaillez », ne venez pas pleurer », a-t-il déclaré la semaine dernière Révérien Ndikuriyo, président du sénat burundais.
Comme si cela ne suffisait pas, d’autres autorités ont renforcé le discours du président du sénat. Le mot d’ordre reste : « la recréation est finie ». « Si on attrape quelqu’un avec une arme », qu’il ne vienne pas se lamenter ». Et ceux « qui vont pleurer ou crier seront considérés comme des complices », a lâché le ministre de la Défense burundais lors d’une descente effectuée par 5 ministres le mercredi 4 novembre dans les quartiers sud de la capitale, Bujumbura.
Afin de relayer le message du président, les membres du gouvernement burundais n’hésitent pas à interpeller les administratifs de la base afin de persuader « les groupes de jeunes responsables de l’insécurité’’ de rendre les armes avant qu’il ne soit trop tard.

Melchior Ndadaye (source : africapresse.com)

Melchior Ndadaye (source : africapresse.com)

La réaction actuelle de Bujumbura fait penser à la situation qui prévalait au Burundi en 1994 juste après la mort du président Melchior Ndadaye quand le gouvernement d’alors avait lancé un ultimatum aux habitants d’un des quartiers du Nord de la capitale Kamenge. Ces derniers étaient accusés par le Pouvoir d’abriter les premiers éléments rebelles de ce qui est devenu le CNDD-FDD. La fuite des habitants de Kamenge vers d’autres quartiers à cette époque n’a rien résolu au niveau sécuritaire. Les mêmes causes produisant les mêmes effets par ailleurs, l’ultimatum lancé par le président Nkurunziza (qui a pris fin le weekend dernier) arrivera-t-il à ramener la sécurité dans le pays ? En attendant la plupart des habitants de Cibitoke et Mutakura ont décidé de quitter ces quartiers. « Il y a toujours des morts et nous pensons qu’il faut quitter les lieux pour essayer de sauver nos enfants », a témoigné l’un des habitants de ces quartiers à la RFI.
« Les propos tenus par les plus hautes autorités du Burundi laissent penser aux pires heures qu’a connues la région des Grands Lacs…».

Tom Perriello (source : dbcole.com)

Tom Perriello (source : dbcole.com)

Des termes comme « génocide » et « massacres généralisés » commencent à être utilisés. L’envoyé spécial des Etats-Unis pour les Grands Lacs Tom Perriello, dans une interview à RFI ce vendredi, n’y va pas par quatre chemins. Pour lui, les propos tenus par les plus hautes autorités du Burundi laissent penser aux pires heures qu’a connues la région des Grands Lacs. Ici, Perriello fait référence au génocide des Tutsi au Rwanda. Il faut souligner que ces quartiers dits « contestataires » sont réputés peuplés de Tutsi. Selon les propos de ce diplomate, le risque est réel et malheureusement les discours des officiels mettent le Burundi dans une mauvaise passe. Inquiet de ce qui pourrait suivre, Tom Perriello appelle au dialogue de toutes les parties concernées ; « il est vraiment temps que la Communauté des Etats d’Afrique de l’Est et le président Museveni activent les pourparlers. On les attend depuis trop longtemps et il est temps que toutes les parties rejoignent la table des négociations à Kampala, car le pays est sur la mauvaise trajectoire et cela nous préoccupe beaucoup », a-t-il indiqué.

L'ambassadeur adjoint de la France auprès des Nations unies, Alexis Lamek a appelé le Conseil de sécurité à «prendre ses responsabilités» concernant la situation au Burundi. AFP PHOTO/Stan HONDA

L’ambassadeur adjoint de la France auprès des Nations unies, Alexis Lamek a appelé le Conseil de sécurité à «prendre ses responsabilités» concernant la situation au Burundi.
AFP PHOTO/Stan HONDA

Même son de cloché au niveau de l’Union Africaine. Dans un communiqué rendu public le mercredi 4 novembre, la Présidente de la Commission de l’Union africaine, le Dr Nkosazana Dlamini-Zuma n’a pas caché son inquiétude. Dans ce communiqué, elle annonce être au courant de la poursuite des actes de violence au Burundi et appelle à un dialogue inclusif. Selon Madame Nkosazana Dlamini-Zuma des déclarations susceptibles d’aggraver encore la situation actuelle sont à éviter car « elles risquent d’envenimer la situation et de créer les conditions d’une plus grande instabilité, avec des conséquences dévastatrices pour le Burundi et la région tout entière ». Entre temps, un conseil de sécurité a été tenu ce lundi aux Nations Unies pour le Burundi sur la demande de la France. Cette dernière demande à la communauté internationale d’être vigilante pour que ce qui s’est passé au Rwanda en 1994 ne se reproduise pas au Burundi.

 

 

Burundi-Diplomatie : Bujumbura de plus en plus isolée

[Par Diane HAKIZIMANA]

Le pouvoir Nkurunziza semble plus que jamais décidé à en découdre avec les anciens partenaires du Burundi. Les événements du deuxième week-end d’octobre l’attestent par excellence quand jeunes et cadres affiliés au parti au pouvoir ont manifesté devant les bureaux de l’ambassade du royaume de Belgique à Bujumbura et dans d’autres coins du Burundi pour, je cite, « lancer un message aux pays européens qui soutiennent ceux qui perturbent le pays ». Cela est intervenu 24 heures après que le gouvernement burundais a demandé à Bruxelles, par le biais d’une note verbale, le remplacement de son ambassadeur en poste à Bujumbura. Bruxelles a qualifié de son côté cette décision de « geste inamical ».

Une manifestation anti-belge à Bujumbura devant l' Ambassade du Belgique (lalibre.be)

Une manifestation anti-belge à Bujumbura devant l’ Ambassade du Belgique
(lalibre.be)

Le plus visé de ces partenaires est l’ancienne colonie de la Belgique, le Burundi. Pour commencer, le pouvoir de Bujumbura retire l’agrément de l’ambassadeur de Belgique au Burundi et Bruxelles convoque l’ambassadeur du Burundi en Belgique pour une demande d’explications, c’était ce vendredi 9 octobre. Samedi 10 octobre, les principaux axes du centre-ville de Bujumbura étaient fermés par les forces de l’ordre pour couvrir les jeunes, ainsi que les cadres issus du parti au pouvoir CNDD-FDD qui manifestaient devant les bureaux de l’Union Européenne et de l’ambassade du royaume de Belgique.

Freddy Mbonimpa (crédit : youtube.com)

Freddy Mbonimpa (crédit : youtube.com)

Sur les affiches, on pouvait notamment lire « non au néocolonialisme ». Selon Freddy Mbonimpa, maire de la ville de Bujumbura, l’idée était de soutenir les forces de l’ordre qui ne cessent pas de ramener la paix dans le pays et dans ses missions à l’étranger. Mais surtout, de lancer un message à ces pays européens qui, selon ses dires « soutiennent ceux qui veulent perturber l’ordre dans le pays. » Avant ce passage à l’acte, Bujumbura avait tenté de renouer les relations avec ses partenaires de plus en plus réticents après les dernières élections.
Dans une plateforme d’échanges avec les membres du corps diplomatique occidental ce mercredi 7 octobre, le premier vice-président du Burundi a demandé à la communauté internationale de reconnaître les progrès réalisés par le gouvernement burundais, comme la mise en place des nouvelles institutions. Gaston Sindimwo, dans cet échange, a affirmé qu’ « en réalité, décider de suspendre la coopération avec le Burundi signifie apporter un soutien à peine voilé aux détracteurs des institutions démocratiquement élus». Sindimwo a estimé dommage le fait que le gouvernement fasse des efforts pour ramener la paix et que les pays amis du Burundi n’hésitent pas à prendre des sanctions.
Les manifestations de ce week-end traduisent-elles le mécontentement de Bujumbura ?

Pierre Nkurunziza  (crédit : afriqueinside.com)

Pierre Nkurunziza (crédit : afriqueinside.com)

Ces manifestations sont une réplique à la dernière déclaration de l’Union Européenne. Cette dernière dénonçait la spirale de violence qui affecte fortement la sécurité du Burundi après la réélection du président Pierre Nkurunziza. Plusieurs cas d’assassinats, de tortures et de détentions arbitraires sont enregistrés surtout dans les quartiers de Bujumbura qui se sont investis dans les manifestations contre le troisième mandat de Nkurunziza, jugé « anticonstitutionnel » par ses opposants.
« Il est impératif que la violence cesse et qu’il soit mis fin au climat d’impunité. Cela passe par l’ouverture urgente d’un dialogue inclusif, ouvert à toutes les forces politiques et prenant en compte les initiatives régionales en cours », a rappelé la mission locale de l’UE dans cette déclaration. L’Union Européenne a assuré que les responsables de ces cas de violations des Droits de l’Homme devront répondre de leurs actes. C’est dans ce sens que 4 des officiers burundais, reconnus comme ayant pris part dans ces actes, se sont vus retirer le droit de voyager dans l’espace Schengen et leurs biens gelés par l’Union Européenne.
De surcroît, l’UE, la Belgique en tête, a récemment suspendu plusieurs de ses projets de coopération avec le Burundi en attendant l’ouverture et l’issue des négociations entre l’Union Européenne et le Burundi dans le cadre de l’article 96 de l’Accord de Cotonou. Ce dernier met au cœur du partenariat le respect de tous les Droits de l’Homme, des libertés fondamentales et des principes démocratiques.
Ces manifestations traduisent-elles donc le mécontentement de Bujumbura ? Dans tous les cas, devant la représentation diplomatique de la Belgique, un des assistants du ministre de l’Intérieur burundais a lâché : « le gouvernement soutient les 4 officiers interdits de voyage dans l’espace Schengen et il est contre le gel de leurs avoirs ». Nous demandons à l’Union Européenne de suspendre ces sanctions et que les aides promises pour le développement soient déboursées dans les plus brefs délais ! ».

 

 

De nos envoyées spéciales, le 38ème Festival de cinéma de Douarnenez

Affiche 40x60.qxpA l’occasion du 38ème Festival de cinéma de Douarnenez qui a eu lieu du 22 au 30 août 2015 deux journalistes de la MDJ sont parties en tant que correspondants de L’oeil de l’exilé. Il s’agit de Marie Angélique Ingabire, originaire du Rwanda qui a rejoint l’équipe de la rédaction de Kezako et sa collègue du Burundi Diane Hakizimana, celle de Vos Gueules Les Mouettes.

Reportage.

Ci-dessous les interventions de Diane Hakizimana diffusées par la web-radio Vos Gueules Les Mouettes :

« La MDJ | La femme »
« Chez moi »
« Liberté des médias | Burundi »

Ci-dessous les articles de Marie-Angélique Ingabire diffusés sur le journal en ligne L’oeil de l’exilé :

« Douarnenez : un représentant de la confédération indigène Tayrona parle »
 « Les veilleuses de chagrin, fortes ou mélancoliques? »
 « Festival de Douarnenez : Radél, film-fiction hors du commun »
 « Entre cinéma et littérature, l’ivraie au Festival de Douarnenez »
 « Douarnenez, rencontre entre sourds et interprètes »