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Festival de cinéma Douarnenez : la tradition a été respectée !

[FESTIVAL CINÉMA] Dans la catégorie cinéma, le poumon même du festival, les salles furent inondées du public. On pouvait assister à des files interminables de cinéphiles aux guichets décidèrent à regarder les différentes projections. Les organisateurs ont fait la promotion du septième art congolais, de retour de grâce, après plusieurs années de galère.

15 bonnes raisons de venir au festival de cinéma de Douarnenez

[CULTURE & CONGO] Pendant le festival, cinq expositions sont organisées au centre ville de Douarnenez. Les artistes ont exposé des photos, des sculptures, des dessins et une mystérieuse exposition. Cette exposition est l’oeuvre d’Emmanuel Botalatala « Ministre des poubelles » qui vient de la République Démocratique du Congo.

Une étrange impression dans ma tête, un livre d’Orhan Pamuk

[Par Khosraw MANI, envoyé spécial du Festival de Cinéma de Douarnenez]

C’est cette strophe d’un poème de William Wordsworth qui pourchasse Mevlüt pendant quatre décennies de sa vie troublante.

Orhan Pamuk ©checksbalances.clio.nl

Orhan Pamuk ©checksbalances.clio.nl

Mevlüt Karataş, fils d’un vendeur de yaourt et de boza, quitte son village natal très jeune, afin d’aider son père qui vend cette boisson traditionnelle dans les rues et les ruelles d’Istanbul. Ses aventures, de 1969 à 2012, entrent en résonnance avec le récit d’une époque troublée : les transformations sociales, les coups d’Etats militaires, les conflits politiques.

Mevlüt fait son service militaire, tombe amoureux, il est trompé par son propre cousin, il voit disparaître un passé chéri et fait l’expérience de la métamorphose pénible de sa ville. Mais il reste le simple vendeur de boza qu’il a toujours été, gardien de cette vieille tradition ottomane.

Après Mon Nom est Rouge, Istanbul et Neige, Orhan Pamuk, lauréat du Prix Nobel, vient de livrer son dernier opus, plus contemporain que le premier, plus profond que le deuxième, plus impressionnant que le troisième. Orhan Pamuk fait, avec Istanbul, ce que James Joyce a fait il y a presque un siècle avec son Dublin imaginé : il recrée la ville à la lumière du hüzün, le nom turc de la mélancolie, qui hante Istanbul.

A paraître bientôt en français.

[Pour lire les autres articles de nos envoyés spéciaux dédiés au 39ème Festival de Cinéma de Douarnenez, c’est par ici.]

De Calais à « Nulle part en France », un film de Yolande Moreau

[Par Khosraw MANI, envoyé spécial du Festival de Cinéma de Douarnenez]

Kirkouk, Athènes, Macédoine, Serbie, Croatie, Hongrie, Allemagne, France… Hawré, un Kurde Irakien de 28 ans, diplômé en géologie, se retrouve dans la jungle de Calais. Il a traversé la mer, pris des voitures, des trains, marché à pied pour arriver ici, espérant passer en Angleterre.

nulle partLa cinéaste belge Yolande Moreau s’est rendue une dizaine de jours dans les jungles de Calais et de Grande Synthe en janvier 2016, afin de rencontrer des migrants qui passent leurs jours et nuits sous les tentes, coincés dans la boue et la misère. Le résultat est là : Nulle Part en France, un documentaire saisissant, avec un ton singulièrement poétique, rempli d’empathie et de souffrance. Il y a des scènes bouleversantes : les toiles de tentes, des feux, un vent incessant, des policiers, des enfants souriants, un drapeau qui flotte tristement, un bulldozer qui refuse aux migrants le droit de vivre sur cette terre…calais«On n’a pas fui la mort pour venir mourir ici», lâche une femme kurde. La terre refuse de les accepter, la frontière refuse de se laisser franchir. Fuir de la mort pour mourir sur une autre terre : c’est ainsi que se termine la vie d’Ali, d’Aroon Yousif, de Shaheed, couchés à jamais dans le cimetière des jungles de Calais et de Grande Synthe. Hawré supplie le gouvernement français d’avoir «un peu de patience», rien que ça. L’espoir est toujours là. L’espoir «en temps de détresse». Nulle Part en France pose une simple question : quand l’attente se finira-t-elle enfin ?

Nulle part en France
Un film de Yolande Moreau (France, 2016)

Projection : mardi 23 août à 10 heures dans le cadre du Festival de Cinéma de Douarnenez

Sur ARTE Reportage (ARTE+7 – 52 min jusqu’au 27 aout 2016) : http://info.arte.tv/fr/videos?id=03027358100000

Spécial Réfugiés: Nulle part en France / Laurent Gaudé / Christina Malkoun

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Douarnenez, rencontre entre sourds et interprètes

[Par Marie-Angélique INGABIRE]

La communauté sourde participe depuis plusieurs années au festival. Leur présence les aide non seulement à se rencontrer mais aussi à prendre conscience des problèmes qu’affrontent d’autres communautés minoritaires, comme le souligne Laëtitia Morvand, membre du collectif des sourds du Finistère.

Laetitia Morvan et Olivier Schetrit © Marie-Angélique Ingabire

Laetitia Morvan et Olivier Schetrit © Marie-Angélique Ingabire

Conférences, débats, films… toutes ces activités sont organisées de façon à permettre aux personnes sourdes de les suivre, avec des sous-titrages, ou grâce aux interprètes en LSF (Langue des Signes Française). D’où le rôle de Laure Boussard et ses 21 collègues présents au festival.

Des sourds ont souvent besoin d’un interprète dans la vie courante ; à l’hôpital, pour différents services administratifs, etc…Mais l’interprétation exige la confiance. Il n’y a donc aucune distance possible entre interprète et personne sourde. Les sourds ont besoin de comprendre le métier de l’interprète et sa déontologie. « L’année dernière il y a eu des bénévoles interprètes qui travaillaient ensemble et des sourds de l’autre côté, et on s’est rendu compte que chacun restait dans son coin. Des sourds se disaient que ce n’est pas la peine d’embeter ces interprètes professionnels. Il y avait un manque de lien,  en LSF … Tandis que dans d’autres évènements on rencontre des sourds qui jugent le comportement des interprètes incroyable,» explique Laëtitia Morvand.

Une rencontre interne est organisée ce jeudi entre ces deux camps afin de discuter à propos de ce défi qu’est la distance. Laure Boussard trouve ce moment très important dans la transformation du regard que chacun a envers l’autre. « Les sourds et les interprètes se plaignent. Comme au festival il y en a beaucoup, nous avons profité de ce lieu propice pour nous rencontrer entre nous comme le font d’autres communautés, et parler franchement afin d’améliorer la relation entre ces deux groupes qui se côtoient souvent. »

La France compte actuellement autour de 200000 personnes qui parlent la langue des signes. Leur langue date du XVIIe siècle mais a été  reconnue comme « langue à part entière » en 2005.

Entre cinéma et littérature, l’ivraie au Festival de Douarnenez

[Par Marie-Angélique INGABIRE]

Pas mal de producteurs de film sont inspirés par des livres. Rien n’empêche de se détendre en lisant un livre après un moment passé au cinéma. Ainsi l’Ivraie, la librairie du Festival, n’a pas manqué à son rendez-vous cette année. « La librairie est inséparable du cinéma, ce sont deux domaines qui se complètent », précise Annie Borne, membre de la Commission Littérature.

©Marie-Angélique Ingabire

©Marie-Angélique Ingabire

La commission, composée de sept membres, se réunit toutes les trois semaines. Elle cherche pendant toute l’année des livres sur internet et sur les catalogues des maisons d’édition travaillant avec des écrivains. La sélection cible des livres qui cadrent avec le thème du festival, en l’occurrence les Andes.

Vu que chaque membre travaille au départ dans son coin, cette année un logiciel a été mis en place, leur permettant d’échanger les résultats de leurs recherches, et à la fin ils envoient la liste à un libraire. L’Ivraie, normalement installée rue Voltaire à Douarnenez, a pris possession de ses locaux temporaires une semaine avant l’ouverture du festival.

Cette année, il n’y avait pas assez de livres concernant les peuples autochtones des Andes ; seulement des essais et des œuvres historiques. « Les écrivains sont en grande partie urbains et sont préoccupés par des problèmes d’aujourd’hui. Les thèmes qui les attirent sont la dictature et la violence et la façon dont elles se répercutent sur ces pays actuellement», reconnaît Annie Borne.

Une journée littéraire

© Maire-Angélique Ingabire

© Maire-Angélique Ingabire

Samedi, le festival organise sa traditionnelle journée littéraire. Journée payante, la matinée est consacrée à discuter à propos des pays concernés par le festival. L’après-midi, un écrivain présente son œuvre. Cette année, Diego Trelles Paz, jeune auteur péruvien, présentera son Bioy, et Romero Oviedo, poète équatorien, son Poème du Colonel.

Festival de Douarnenez : Radél, film-fiction hors du commun

[Par Marie-Angélique INGABIRE]

« L’histoire se raconte elle-même. Il n’y a rien de fixe à comprendre, les images parlent d’elles-mêmes », raconte Alexis Berg, jeune français dont la collaboration avec Michel Le Meur a permis la réalisation du film-fiction « Radél ».

Radél ©festival-douarnenez.com

Radél ©festival-douarnenez.com

Tournée dans une ancienne école d’apprentissage maritime d’Audierne dont les portes ont été ouvertes en 1964 et refermées en 1995, Radél n’a aucune narration ni mot de la part de l’acteur. Malgré l’abandon du bâtiment, un homme, qui, d’après Alexis Berg pourrait être un naufragé, un ancien élève ou un marin, y passe sa vie quotidienne qui n’est pas trop différente de celle des autres. Le vent a cassé les vitres et la pluie et le temps ont dégradé l’école. L’acteur y fait du sport, mange, prend sa douche, se couche, fait le ménage, aime…

L’acteur est inséparable du lieu de tournage car c’est la même personne qui a vu le lieu qui a décidé d’y faire un film. Au cours de leurs vacances dans la région, Berg et le Meur l’ont tourné et ne l’ont jamais considéré comme un produit fini. D’abord, pour Berg un produit c’est quelque chose qui n’est pas hors du marché, ensuite ils l’ont toujours regardé, visionné, modifié.

Ce film-fiction a été produit dans la région de Bretagne et son histoire peut se raconter de plusieurs manières, car « il n’utilise pas le langage et le sort d’un dispositif habituel : pas de scénario, pas de rôle, ni de métier ni de spécialisation […], ». Ce réalisateur précise que le fait de ne pas y inclure des paroles ne dit pas forcément qu’il n’y a pas de langage. D’après lui, dans ce monde qui devient de plus en plus bruyant, trop de bruit risque d’entrainer la carence en écoute. Radél cadre avec le Festival de Douarnenez dont des présentations sont normalement faites dans différentes langues, dont le français, l’espagnol, la Langue des Signes Françaises (LSF) et la version sourds et malentendants : toute personne s’y retrouve facilement, pas besoin d’interprète ni de sous-titrage, le langage du film se suffit et ne limite pas l’histoire.

La proximité entre Audierne et Douarnenez (22km) fait de ce festival une opportunité de diffuser Radél « dans le coin ». Selon Berg, l’un de ses réalisateurs, ils ont la malchance de vivre dans une époque qui ne convient pas, avec le monde de la culture qui reste enfermé ou bouclé, mais ils espèrent trouver en Douarnenez 2015 un lieu ouvert aux artistes et ainsi à l’expression des acteurs du domaine culturel. Premièrement, ce festival leur a été facilement accessible, deuxièmement il ne se penche pas trop vers le concept de la « marchandise », comparativement au reste de l’industrie aussi morbide qu’est le cinéma.

Les 2 réalisateurs qui à la base ne sont pas des professionnels du cinéma sont pourtant satisfait d’avoir pu faire Radél dont la réalisation sans budget ne leur a pas couté cher. Déjà présenté Radél dans un bar à leurs invités, et ils sont ravis de participer au festival de cinéma de Douarnenez 2015 où sa diffusion est prévue pour ce lundi 24 aout à 21h.