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Corée du Nord & AFP: enquête sur le journalisme sous dictature

En novembre 2016, l’Agence France-Presse (AFP) inaugurait son bureau à Pyongyang, capitale de la Corée du Nord. Son objectif: couvrir le pays de l’intérieur en capturant tout ce qui lui était possible de voir, via des reporters présents sur place. Trois ans après, la Maison des journalistes est entrée en contact avec Philippe Massonnet, directeur régional Asie-Pacifique, également en charge du bureau de Pyongyang.


Comment fonctionne l’équipe de reporters?

Quel type de contenu informatif produit l’AFP dans le pays «le plus secret au monde»?

Être journaliste étranger et travailler constamment sur le sol nord-coréen, est-ce mission impossible?


Une équipe de l’AFP Asie, constituée d’un reporter texte, d’un reporter vidéo et d’un reporter photo, y travaille depuis 2016.

Faire son travail de journaliste en Corée du Nord

Leur temps sur place est néanmoins limité: ces trois journalistes se rendent en Corée du Nord toutes les six semaines pour une dizaine de jours. Cette restriction est due à une certaine réglementation du régime nord-coréen: «Aucun journaliste étranger n’a le droit d’être en permanence là-bas» nous déclare Philippe Massonnet.

Mais lorsque les reporters de l’AFP Asie ne sont pas sur place, comment la production d’informations est-elle assurée? Une autre équipe, cette fois locale, prend le relai. Parmi une liste «mince» de candidats exclusivement nord-coréens, deux locaux ont été choisis par l’AFP pour endosser les rôles de vidéaste et de photographe.

Formés à Pyongyang, puis à Hongkong pendant une semaine, ces intervenants ont apprivoisé le fonctionnement et le travail éditorial de l’Agence France-Presse. Ils ont également été formés à la technique de prise de vue. Cependant, aucun local n’a été désigné pour réaliser des contenus écrits. Un choix volontaire de la part de l’agence française: «On savait que le travail allait être très restreint».

En réalité, les deux intervenants nord-coréens «n’ont pas un rôle de journaliste à proprement parlé» nous explique Philippe Massonnet, «ils sont plus des assistants de rédaction, des fixeurs (ils assurent le rôle d’intermédiaire entre les autorités, les interlocuteurs nord-coréens, et l’AFP)».

La majeure partie des contenus est d’ailleurs produite par les trois journalistes de l’AFP Asie. Dans ce pays où la censure et l’autocensure règnent d’une main de fer, il semblerait évident que le gouvernement ait un droit de regard, et exerce un contrôle sur leurs productions.

Et pourtant, «aucune de nos réalisations n’a été contrôlée ou censurée a postériori», nous certifie le directeur régional.

L’organisme français dispose d’une totale liberté quant à l’édition de ses reportages. Ces derniers sont édités soit en Corée du Nord, soit à Hong-Kong.

Comme l’illustre ce reportage, la rédaction est libre de ses commentaires et de ses propos. Ici, elle n’hésite pas à souligner les failles entre les statistiques données par le gouvernement, et la réalité du terrain.

Le journaliste aborde également l’épineuse question du manque de nourriture dans le pays. Mais ce «final cut», accordé à l’Agence France-Presse, ne signifie pas pour autant que l’organisme est entièrement libre. L’obtention d’une information est une toute autre affaire…

L’accès à l’information: sésame ouvre toi?

À chaque pays, sa réglementation d’accès à l’information pour les journalistes. La Corée du Nord, elle, a pour coutume d’imposer un contrôle drastique et minutieux des sujets abordés, tant sur le plan informatif que sur le plan visuel et esthétique: dans une ville voisine de Pyongyang, des nord-coréens sont en train de lire le journal dans la rue.

Les journalistes d’Envoyé Spécial filment la séquence. Leur guide entre en scène, et échange quelques mots avec les locaux.

En un claquement de doigt, trois hommes sortent du champ de la caméra: leur tenue vestimentaire n’est pas appropriée pour la situation, et entache l’image du pays. Sans ces trois individus, l’image est, aux yeux du régime nord-coréen, immaculée, irréprochable, et donc diffusable.

Envoyé Spécial Corée du Nord

Capture d’écran Envoyé Spécial : premier plan représentant la scène initiale.

Envoyé Spécial Corée du Nord

Capture d’écran Envoyé Spécial : plan final après modification à la demande du guide

Si la demande d’autorisation pour avoir accès à une information, ou pour effectuer un tournage représente l’étape majeure de la création d’un sujet, elle n’en demeure pas moins l’étape la plus complexe à passer en Corée du Nord.

Les reporters de l’AFP, bien que présents sur place, rencontre les mêmes difficultés que les autres journalistes étrangers: «les autorisations sont les seules choses sur lesquelles l’équipe n’a pas la main» nous affirme le directeur régional. Les journalistes de l’AFP sont, au final, eux aussi restreints, «mais on en était conscient dès la création de ce bureau. Il n’y a aucune surprise» souligne Philippe Massonnet.

Si ce dernier avoue avoir une part de frustration, il n’oublie pas l’objectif initial de l’implantation du bureau à Pyongyang: «Ce qui est important, ce n’est pas d’être restreint, mais d’avoir un accès dans le pays. On se dit qu’on est privilégié, on va au moins conter ce que l’on voit».

Car en effet «très peu de médias occidentaux ont la possibilité de se rendre en Corée du Nord. Jusqu’ici, l’Agence France-Presse est le seul organisme journalistique français à posséder un bureau de correspondance en Corée du Nord. Mais au niveau international, il n’est ni le seul, ni le premier. L’agence de presse japonaise Kyodo s’y est implantée en 2006. Six années plus tard, c’est au tour de l’agence américaine AP (Associated Press) d’installer son bureau en Corée du Nord. Cet accord, passé entre KCNA (l’agence de presse nord-coréen) et l’AFP, revêt un aspect symbolique: «Avoir un bureau sur place, c’est un grand pas» déclare le directeur régional.

Un pas vers une plus grande couverture de l’information ? Très certainement, puisque comme l’affirme Philippe Massonnet «plus on y est, plus des relations se créent, et plus on peut faire de choses».

Depuis trois ans, les journalistes de l’AFP Asie ont «accumulé des documents riches», devenant ainsi des témoins privilégiés d’une partie de l’Histoire nord-coréenne. Mais certains thèmes sont pour autant considérés comme des «sujets tabous», dont il est formellement interdit de parler, ou d’y faire allusion.

Impossible donc pour les journalistes étrangers d’obtenir des informations relatives à ces sujets. Sur ce point, l’AFP ne déroge pas à la règle, et sa présence régulière sur le sol nord-coréen ne lui concède pas de privilège.

«Il y a des pays où l’on sait que l’on ne peut pas insister» nous explique Philippe Massonnet, et d’ajouter: «Il n’y a pas d’intérêt à aborder ces questions-ci, puisqu’elles resteront automatiquement sans réponse». Des questions qui resteraient donc sans réponse, mais qui seraient aussi susceptibles de compromettre tant le travail des journalistes français AFP que celui des intervenants nord-coréens: «Si l’on aborde des questions complexes, ca complique la tâche de tout le monde».

Le mois d’avril pointe le bout de son nez dans les rues de Pyongyang, entraînant avec lui la floraison des premiers abricotiers.

Quelques nord-coréens flânent dans les allées des parcs, quand d’autres, pinceau en main, sont venus peindre le spectacle. En parlant de spectacle, la foule se presse pour admirer tortues et poissons, et se prendre en photo devant les squelettes de divers animaux, lors des inaugurations du zoo et du musée d’histoire naturelle de la capitale.

Le dimanche, au cœur du parc Moran, les corps des nord-coréens se lâchent et s’évadent, se laissant porter par les rythmes des musiques populaires

Ce sont ces instants de vie, ces actes quotidiens que les journalistes AFP Asie et les deux intervenants locaux capturent. Les sujets abordés sont liés à des informations dites «froides»: plus éloignées de l’actualité pure, les thématiques traitées s’apparentent alors à des sujets de type magazine.

Mais cette couverture médiatique s’inscrit «dans la logique de ce que l’on voulait faire depuis le début» nous déclare Philippe Massonnet.

Quand l’AFP a décidé d’installer un bureau de correspondance dans ce pays, son objectif était de «conter la Corée du Nord à travers des histoires quotidiennes».

Outre les lancements de missile, les commémorations des grands événements de Corée du Nord, et les rencontres avec des dirigeants étrangers, les questions d’ordre politique ne sont pas placées sur le devant de la scène médiatique de l’AFP.

Et pour cause, l’organisme n’a pas accès à cette actualité chaude: «Nous ne sommes pas informés des décisions importantes». Quant aux interviews officielles, elles sont «quasi-inexistantes».

Avoir un entretien avec Kim Jong Un ? N’y pensez même pas…

Ces deux vidéos témoignent de la complexité à filmer la politique en Corée du Nord : ici l’AFP choisi de filmer les événements du point de vue des habitants nord-coréens, sans aucune interview d’officiel, aucune image d’homme politique.

Pour autant, cette situation est loin de déstabiliser le directeur régional, qui rappelle l’origine du travail de l’AFP sur place: «Nous ne sommes pas là-bas pour avoir des scoop politiques ou pour parler de la politique, mais bien pour raconter la Corée du Nord».

Malgré sa distance avec le domaine politique, l’équipe de l’AFP Asie a tout de même pu travailler sur des sujets «plus sérieux», comme en mars 2019 où elle a couvert les élections locales des districts.

«La Corée du Nord n’est pas le pays des micros-trottoirs»

Si donner la parole aux citoyens est devenu monnaie courante dans de multiples pays, il est difficile de parler aux nord-coréens, qui eux, ne sont pas habitués à cette pratique. «La Corée du Nord n’est pas le pays des sondages d’opinion ou des micros-trottoirs» nous déclare Philippe Massonnet.

«Il y a un côté à fois déstabilisant et à la fois surprenant pour les nords coréens» lorsqu’ils se font approcher par des journalistes étrangers.

Les interviews étant parfois difficiles à obtenir, cela créé une part de frustration pour l’équipe de reporter: «Quand on n’a pas de citation pour les vidéos, le reportage devient plus compliqué à réaliser» constate le directeur régional.

Mais cette situation donne en réalité une nouvelle approche du métier de journaliste: ce dernier ne se contente plus de récupérer une information et de la diffuser, mais il «effectue un travail de journaliste pur: avec le peu que l’on me raconte, comment vais-je montrer, expliquer la chose. (…) Avec des citations qui sont parfois de la propagande, on arrive à quand même raconter une histoire».

Il y a toutefois des situations, des lieux, où la parole des nord-coréens se délie. Philippe Massonnet se rappelle d’un reportage traitant de la fête des écoles, «les gens parlaient plus facilement, ils étaient plus ouverts».

En somme, les citoyens nord-coréens sont plus à l’aise «à partir du moment où les sujets abordés racontent leur quotidien».

A l’image du documentaire « Pyongyang s’amuse », réalisé par Pierre-Olivier François, et des reportages de l’AFP, la Corée du Nord, et plus précisément ses habitants, ne semble plus représenter l’idéologie d’un pays terne, glacial, enclavé: ces images inédites laissent place à des moments plus intimes, plus réels, parfois même légers. Ces auteurs apportent un nouveau regard, celui d’un pays coloré et modernisé.

Mais cette vision inédite à un prix, celui de la familiarisation avec le pays et ses habitants: si les reporters de l’AFP se rendent sur le sol nord-coréen toutes les six semaines, il aura fallu 8 ans, et plus d’une quarantaine d’allers retours aux auteurs de « Pyongyang s’amuse » pour parvenir à capter ces instants rares…

La télévision en Corée du Nord


L’arrivée de Kim Jong Un au pouvoir a quelque peu changé l’univers télévisuel nord-coréen: contrairement à ses prédécesseurs, le dirigeant fait passer son idéologie non plus par des statues à son effigie, mais par la télévision.


Le paysage télévisuel de Corée du Nord, bien qu’il tende à se moderniser, reste maigre et restrictif.

La première et principale chaîne de télévision, KCTV (Télévision centrale coréenne), date de 1963.

Accessible partout (elle est présente dans les lieux publics.) et par tous, cette chaîne est marquée par sa forte idéologie: chaque soir à 17 h, les premières images diffusées sont celles du Mont Paektu. Cette montagne sacrée est un symbole en Corée du Nord et serait le prétendu lieu de naissance de Kim Jong II. S’en suit une diffusion de l’hymne national.

Sa programmation se compose d’informations, de dessins animés et de documentaires exclusivement nord-coréens, et d’émissions politiques traitant et commentant les déplacements du dirigeant.

Cependant, son temps de diffusion n’est pas continuel: en semaine, KCTV est limitée à 5 h 30 de programmes par jour. Les dimanches, jours de fête et pendant les élections, la chaîne diffuse pendant près de 14h.

Trois autres chaînes sont disponibles via le câble. Elles ne sont donc pas accessibles par tous les nord-coréens. Chacune de ces chaînes occupe un rôle bien spécifique.

  • Mansudae Tv, lancée en 1973, est spécialisée dans les programmes artistiques et technologiques. Elle est accessible le samedi pendant 3 h, et le dimanche uniquement pendant 9h.
  • La chaîne Ryongnamsan voit le jour en 2012. En vérité, cette chaîne a été lancée pour remplacer la “TV éducative et culturelle” créée en 1997. Ryongnamsan propose des films scientifiques populaires, des conférences et des programmes éducatifs, comme l’apprentissage des langues étrangères.
  • Enfin, depuis 2015 Sport Television diffuse des contenus sportifs (compétition des athlètes nord-coréens, documentaire sur l’histoire du sport) le samedi et le dimanche de 19h à 22h.
  • En 2016, la Corée du Nord lance même son propre programme de vidéo à la demande. Baptisé Manbang qui signifie «partout», ce service est accessible via l’intranet local de Corée du Nord. Les contenus proposés ont cependant fait l’objet d’une validation par le gouvernement.

L’arrivée de Kim Jong Un au pouvoir a quelque peu changé l’univers télévisuel nord-coréen: contrairement à ses prédécesseurs, le dirigeant fait passer son idéologie non plus par des statues à son effigie, mais par la télévision.

Ces dernières années, la principale chaîne de télévision, KCTV, a évolué et s’est modernisée, via ses contenus et sa présentation, comme l’illustre le média ABC.

Le code de bonne conduite des médias en cas d’attentat: à chaque raté, sa mesure du CSA

En 2016, après l’intense couverture médiatique des divers attentats en France et les nombreuses dérapages des rédactions, le CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel) met en place un « code de bonne conduite des médias« . Dernière sanction en date, vendredi 2 août 2019, le Conseil met en demeure la chaine d’information BFMTV. En cause, sa « diffusion répétée d’une information erronée » lors de la couverture des attentats dans l’Aude, en 2018. L’occasion pour la Maison des journalistes de revenir sur les bourdes médiatiques et les précautions prises par le CSA.

Ces événements sont restés dans la mémoire de tous les français: entre janvier 2015 et juillet 2016, la France est victime d’une vague d’attentats (Charlie Hebdo, l’Hyper Cacher, les 13 novembre 2015 et 14 juillet 2016). Lors de chaque attaque, une grande couverture médiatique est mise en place.

Les attentats de janvier 2015 vont marquer un tournant dans le traitement de l’information à caractère terroriste. Le CSA sanctionne plusieurs rédactions pour leur couverture des évènements.

Le gendarme de l’audiovisuel leur adresse, au total, 15 mises en garde et 21 mises en demeure pour les raisons suivantes: divulgation de fausses informations, atteinte au respect de la dignité et de la personne humaine, trouble de l’ordre public, trouble des interventions des forces de l’ordre, ou encore mises en danger de la sécurité d’un individu.

Le CSA, c’est quoi?


Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel est une structure française, créée par la loi du 17 janvier 1989.

Le CSA régule le milieu de la télévision et de la radio: son rôle principal est de garantir la liberté de communication en France.

Le gendarme de l’audiovisuel a plusieurs missions:

  • attribuer les fréquences des radios et des télés
  • nommer les patrons de l’audiovisuel public
  • respecter le pluralisme politique
  • garantir la protection des mineurs face aux contenus diffusés
  • assurer une représentation de la diversité à l’antenne
  • faire respecter la dignité humaine
  • défendre la langue et la culture française
  • veiller aux dérapages
  • sanctionner les acteurs de l’audiovisuel.

En 2016, le CSA reconnaît l’importante couverture médiatique de ces événements et sa complexité. L’organisme s’interroge alors sur les pratiques utilisées par les rédactions.

Le 25 octobre de la même année, après plusieurs entretiens avec divers représentants des médias, des représentants des victimes, et le Procureur de la République de Paris, le CSA communique un « code de bonne conduite des médias« , proposant à ces derniers, un ensemble de précautions à prendre en cas d’attaque terroriste. A chaque raté, sa mesure.

La gêne au travail des forces de sécurité

Ce qu’il s’est passé: lors des attentats de janvier 2015, les chaînes BFMTV, Canal +, Euronews, France 2, France 24, LCI et TF1, avaient diffusés des informations et des images indiquant le déploiement des forces de l’ordre, leur positionnement exact ainsi que la stratégie mise en place, alors que les terroristes étaient encore retranchés à Dammartin-en-Goële et à l’Hyper Cacher de la Porte de Vincennes.

La divulgation de ces informations aurait pu porter préjudice aux déroulements des opérations, à la sécurité des forces de l’ordre et à celle des otages. Les chaînes auront une mise en garde.

France 2 est la première chaîne arrivée sur les lieux de la prise d’otage de l’Hyper Cacher. Le journaliste qui couvre l’intervention policière, est visiblement trop proche des forces de l’ordre, et se fait repousser.

La mesure du CSA: dans son « code de bonne conduite« , le CSA invite les rédactions à « agir avec discernement » lors de leur recherche d’information. Ceci dans le but d’éviter de gêner le travail des forces de l’ordre.

L’organisme met l’accent sur la gêne que peut occasionner la présence des médias sur les lieux d’interventions.

La prise de contact avec les terroristes

Ce qu’il s’est passé: vendredi 9 janvier 2015, il est plus de 15h lorsque la radio RTL appelle l’Hyper Cacher de Vincennes et parvient à entrer en contact avec Amedy Coulibaly.

Le preneur d’otage raccroche mal le combiné. RTL enregistre alors la conversation, et la diffuse à l’antenne le lendemain. Lien vers le podcast de RTL

La mesure du CSA: le Conseil précise la ligne de conduite à adopter lorsque des opérations sont en cours. Le gendarme de l’audiovisuel demande aux médias de s’abstenir d’une quelconque prise de contact, que ce soit avec les terroristes ou les otages, au risque d’entrainer des « conséquences dramatiques sur la sécurité des personnes et sur du déroulement de l’enquête« .

Dans le cas où les terroristes sont à l’origine de la prise de contact avec les médias, comme il a pu en être le cas avec Amedy Coulibaly qui avait contacté BFM TV, le CSA stipule qu’il est « indispensable que les pouvoirs publics en soient informés immédiatement et selon les procédures qu’ils auront définies ».

Les sanctions du CSA


La mise en garde est un courrier adressé aux éditeurs ou aux distributeurs leur rappelant la nécessité de se conformer à la réglementation.

La mise en demeure est une lettre envoyée aux éditeurs ou aux distributeurs qui ont reçu, au préalable, une mise en garde.

Le destinataire est sommé de rectifier sa faute, au risque de recevoir une sanction.

La sanction varie en fonction de la gravité de l’acte.

Elle peut aller d’une simple insertion d’un communiqué dans un programme, à la suspension d’une émission.​

Les témoignage des victimes, proches ou témoins.

Ce qu’il s’est passé: à l’époque présentatrice du journal de France 2, la journaliste Elise Lucet s’entretient au téléphone avec la sœur de Lilian Lepère, l’otage de l’imprimerie de Dammartin-en-Goële où sont retranchés les frères Kouachi.

La conversation est diffusée en direct à la télévision, alors que Lilian est toujours caché.

La mesure du CSA: la prise de contact avec les victimes, les témoins ou leurs proches est autorisée, même si le CSA demande une « vigilance particulière pour ne pas mettre en danger la sécurité des personnes« .

Autre cas: en 2016, un attentat a lieu sur la promenade des Anglais à Nice lors du feu d’artifice du 14 juillet. Les médias présents sur place interrogent victimes et témoins de l’attaque. Une vague de critique s’en suit sur les réseaux sociaux quant à la nature des témoignages recueillis par France 2 et LCI: entre image choque et témoignage incohérent de personnes déboussolés.


Visionner le journal de France 2 du 15 juillet 2016.


La mesure du CSA: lors du recueil de témoignage de victime ou de témoin, le CSA demande aux médias de prendre en compte « l’état de vulnérabilité » et « l’état de choc » des interrogés, qui ne sont pas forcément en mesure de « consentir de manière éclairée à la captation de leur image ou de leur propos ».

Renforcer la fiabilité de l’information

Ce qu’il s’est passé: lors de l’attentat du 14 juillet 2015 à Nice, plusieurs médias télévisuels et web relaient la rumeur d’une prise d’otage.​

La mesure du CSA: dans son communiqué, le CSA appelle à la prudence quant à la diffusion d’informations non confirmées: celles-ci sont susceptibles « d’alimenter la tension et la panique des personnes présentes sur les lieux (…) et plus généralement du public ».

L’organisme ajoute que l’emploi du conditionnel par les médias ne suffisent pas toujours « pour que le public ait conscience du caractère incertain d’une information« .

Le CSA rappelle que l’origine de l’information doit toujours être précisée. Si une information erronée est diffusée, celle-ci doit être rectifiées au plus vite, et de manière répétée.

Comment traiter l’image des terroristes et de leur propagande?

Ce qu’il s’est passé: de nombreux médias avaient pour habitude de diffuser le nom et la photo des auteurs des attaques terroristes dans leur journal télévisuel.

Capture d'écran de la chaine de télévision France 3

La mesure du CSA: le Conseil laisse le choix aux rédactions d’anonymiser, nominativement et visuellement, les auteurs des actes terroristes.

Il conseille également d’éviter la diffusion d’image ou de son de propagande, bien qu’elle soit utilisée à des fins d’information. Si ces éléments sont diffusés, le CSA demande aux rédactions de les accompagner « d’éléments éditoriaux adaptés et des précisions quant à leur origine ».

Depuis, comme l’indique France Culture, les médias français ont pris des mesures individuelles concernant la représentation des terroristes dans leur contenu.

Découvrez en 1 minute de podcast France Culture les raisons pour lesquelles les terroristes doivent rester anonymes. 

Acquisition payante d’image réalisé par des amateurs

Ce qu’il s’est passé: certains témoins d’attaque tentent d’obtenir une rémunération en échange de leur vidéo ou de leur prise de son.

Si les médias français refusent, la plupart du temps, ce genre de pratique, ce n’est pas le cas des médias étrangers, pour qui l’achat de contenus amateur est monnaie courante, comme l’explique Le Monde.

Certains achats pourraient avoisiner les 50 000 euros. ​

La mesure du CSA: le Conseil met en garde les rédactions quant à l’acquisition payante d’image ou de son fait par des amateurs lors de ces événements.

Il rappelle que cette pratique doit rester « exceptionnelle » afin d’éviter des captations réalisées dans l’unique but d’obtenir une rémunération.

Dans le cas où les contenus amateurs sont utilisés, le CSA demande un renforcement de la vérification de la source, et invite les rédactions à contextualiser ces supports amateurs.

En matière de règles générales, le Conseil invite les médias à mettre en place une cellule de crise au sein de la rédaction et à instaurer un contrôle et une validation de l’information renforcés. L’organisme préconise également une diffusion en « léger différé » de l’information pour garantir son contrôle et sa validation.

Contacté par la Maison des Journalistes, Jacques Esnous, Vice-Président du Directoire et Directeur de l’Information à RTL, affirme qu’ « il fallait une collaboration sur le terrain entre les autorités et les médias, qui eux ont une nécessité d’informer ».

Ce code de bonne conduite représente finalement un accord « permettant de respecter à la fois le droit à l’information, les besoins de l’enquête et le respect des victimes » déclare-t-il.

Cette mesure permet de « tracer une ligne jaune à ne pas franchir » ajoute-t-il.

Pour autant, le Directeur de l’information à RTL précise qu’une « responsabilité incombe à chaque média », et que malgré ce code « certains seront toujours tentés de franchir cette ligne ».

La dernière « mise en demeure  » de BFM TV, le 23 mars 2018


Une fusillade à Carcassonne, suivi d’une prise d’otage dans un supermarché de Trèbes, dans l’Aude, faisait quatre morts et quinze blessés.

  • Durant son direct, BFMTV diffusait, de manière répétée, une information erronée sur Radouane Lakdim, l’auteur de l’attaque: la chaîne affirmait qu’il avait été naturalisé Français en 2015 alors qu’il était fiché S depuis 2014. 
  • Erreur, puisque la naturalisation de Radouane Lakdim date en réalité de 2004.

Malgré les excuses de la chaîne, le CSA engage en octobre 2018, une procédure de sanction à son encontre.

Vendredi 2 août, le CSA a communiqué sa décision : il a « mis en demeure » la chaîne lui demandant de « faire preuve de rigueur dans la présentation et le traitement de l’information. »