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Burundi: Deux journalistes étrangers arrêtés

[Par Yvette MUREKASABE]

Dans la soirée de ce jeudi, 27 janvier 2016 à Nyakabiga et Jabe, deux quartiers contestataires de Bujumbura, capitale burundaise. Jean-Philippe Rémy, journaliste français du quotidien « Le Monde » et Phil Moore, journaliste photographe britannique, sont arrêtés ainsi que 15 jeunes.

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Phil Moore et Jean-Philippe Rémy

Selon Moise Nkurunziza, un des porte-parole de la police, les deux journalistes étaient en compagnie des malfaiteurs en détention des armes à savoir un mortier, une kalachnikov et des pistolets.
Jérôme Fenoglio, directeur du journal « Le monde » demande la libération immédiate des deux journalistes qui étaient rentrés au Burundi légalement sur présentation de leurs accréditations : « Ils étaient en exercice de leur métier et les autorités burundaises n’ont aucune raison de leur priver la liberté. »
Quant à Laurent Fabius, ministre français des affaires étrangères, il appelle les autorités burundaises à procéder à leur libération sans condition. » Et de souligner que des démarches diplomatiques sont en cours.
Du côté de Reporters sans Frontières, c’est l’indignation totale : « Nous condamnons énergiquement cette atteinte à la liberté d’information et exigeons leur mise en liberté. »

Au moment où on publie cet article, nous apprenons que les deux journalistes viennent d’être libérés.   

 

Burundi : La délégation de l’ONU accueillie sous la musique des tirs

[Par Yvette MUREKASABE]

Jeudi 21 janvier 2016 à Bujumbura, la capitale burundaise. Des tirs nourris d’armes se sont faits entendre partout. C’était la peur – panique chez des habitants qui viennent de passer neuf mois dans un climat d’insécurité suite à la déclaration du parti présidentiel qui a présenté Pierre Nkurunziza, pour un troisième mandat présidentiel.

(source : europe1.fr)

(source : europe1.fr)

Arrivée au Burundi des ambassadeurs du Conseil de Sécurité des Nations Unies (source : http://www.iwacu-burundi.org/)

Arrivée au Burundi des ambassadeurs du Conseil de Sécurité des Nations Unies (source : http://www.iwacu-burundi.org/)

Au même moment, une délégation du Conseil de Sécurité des Nations -Unies venait d’arriver à Bujumbura pour convaincre le président Pierre Nkurunziza d’accepter les troupes de l’UA. Depuis l’annonce de l’arrivée de ces dernières par le Conseil de Sécurité, les autorités burundaises ont contesté leur présence sur le territoire. Pierre Nkurunziza a par ailleurs déclaré dans son discours à la nation qu’elles seront considérées comme une force envahissante.
De surcroît, cette délégation de 15 personnes tentera d’apporter une solution à la crise politique qui secoue le pays. « Apaiser la tension et relancer le dialogue au moment où il est aujourd’hui au point mort», a-t-il déclaré le chef de la délégation.

Crainte de la recrudescence de la violence

Godefroid Niyombare (source : voaafrique.com)

Godefroid Niyombare (source : voaafrique.com)

Avec la naissance des Forces Républicaines du Burundi (FOREBU) , une rébellion à la tête de laquelle Godefroid Niyombare, ancien chef d’Etat-major et patron du Service National des renseignements, des habitants craignent de nouvelles attaques dans la capitale voire dans tout le pays. Ils appellent à la reprise des négociations déclenchées à Kampala, en Ouganda. Selon des informations dignes de foi, la Communauté Est Africaine vient de solliciter l’Afrique du Sud pour assurer la médiation. Pour rappel, c’est le président Yoweri Museveni qui avait été désigné en avril 2015 pour jouer ce rôle.

Remise du prix à Esdras Ndikumana, journaliste burundais

[Par Elyse NGABIRE et Yvette MUREKASABE]

Lundi, 11 janvier 2016 à l’occasion des vœux à la presse française, Esdras Ndikumana, correspondant de la RFI et de l’AFP, a reçu du ministre français des Affaires étrangères le prix dédié à la presse diplomatique francophone, édition 2015.

Laurent Fabius et Esdras Ndikumana

Laurent Fabius et Esdras Ndikumana lors de la remise du prix

C’est pour avoir couvert des évènements liés à la crise politico-sécuritaire du Burundi dans des conditions extrêmement difficiles. C’est pour la première fois que ce prix est décerné à un journaliste étranger. Pour rappel, M. Ndikumana a subi la torture dans les enceintes du Service National des Renseignements burundais, le jour de l’assassinat du général Adolphe Nshimirimana, ancien patron du SNR. C’était le 1er août 2015. Son prix, Esdras Ndikumana l’a dédié à tous les journalistes burundais.

Cliquez sur le podcast ci-dessous pour écouter l’interview audio à Esdras Ndikumana :

Burundi : L’ancien Ministre de la défense plaide coupable devant la cour suprême

[Par Yvette MUREKASABE]

Le général Cyrille Ndayirukiye (g) arrive à la Cour suprême déportée à 102 kms de Bujumbura, le 18 décembre 2015 © STRINGER / AFP

Le général Cyrille Ndayirukiye (g) arrive à la Cour suprême déportée à 102 kms de Bujumbura, le 18 décembre 2015
© STRINGER / AFP

« Je plaide coupable ». Procès des putschistes de mai dernier, ce lundi, à Gitega, devant la cour suprême: le général Cyrille Ndayirukiye à la barre :  »je plaide coupable » a-t-il-déclaré et d’ajouter : « Je ne pouvais pas rester bras croisés alors que la police était en train de tuer la population pendant que le président Nkurunziza jouait au football et que les soldats en attente d’un déploiement au sein de l’Amisom en Somalie, semblaient indifférents »
L’ancien ministre de la défense et n°2 de la tentative de coup d’état des 13 et 14 mai, préfère se défendre seul au cours de cette audience publique très attendue. C’était la première fois qu’il allait être entendu sur le fond, la cour avait récusé ses avocats dont maître Bernard Maingain, avocat du baron belge qui suit de près la crise sociopolitique que traverse le Burundi depuis huit mois. Il avait refusé ceux commis d’office par la juridiction.

Le respect de l’accord d’Arusha. 
Le général, pour sa défense a déclaré : « Notre objectif était de faire respecter l’accord de paix d’Arusha et la constitution ». Il a par ailleurs réitéré sa requête à la cour : la confrontation avec le ministre de la défense de l’époque actuellement en cavale ou l’actuel chef d’état major général de l’armée. Selon lui, ils avaient planifié ensemble le coup d’état avant qu’ils ne changent de camp. Il a ajouté que lui et ses codétenus refusaient de porter le chapeau tout seuls. Reste à savoir si la cour suprême fera venir à la barre les deux personnalités militaires citées ci-dessus ? L’opposition burundaise, les familles des victimes et toute la population burundaise touchée par la crise politique que connaît le pays depuis Avril 2015 ont salué le courage et la dignité dont a fait preuve le Général major Cyrille Ndayirukiye au cours de cette audience publique.

 

Burundi, un face à face financier avec l’UE

[Par Yvette MUREKASABE]

Le 8 décembre à Bruxelles, une délégation de 18 personnes envoyées par le Burundi participera aux consultations prévues par l’article 96 de l’accord de Cotonou de l’Union Européenne.

Pierre Nkurunziza 2

Pierre Nkurunziza (source: rfi.fr)

Le gouvernement burundais accepte ce face à face avec l’Union Européenne après avoir été invité par la commission il y a de cela un mois. Ces consultations peuvent découcher sur des sanctions à l’endroit du Burundi en cas d’échec.

L’ambassadeur de l’Union Européenne à Bujumbura a accepté de donner 45 millions Fbu (monnaie locale du Burundi) pour frais de voyage et de séjour au ministre des finances du budget et de la privatisation. Ce dernier avait adressé une requête aux vingt-huit pays de l’Union Européenne suite aux difficultés financières que connaît le pays.

Les relations sont tendues entre le pouvoir de Bujumbura, la capitale du Burundi, et l’Union Européenne depuis que le chef de l’état Pierre Nkurunziza a brigué un troisième mandat illégitime.

Actuellement, Nkurunziza accepte de négocier de crainte de voir l’Union Européenne suspendre son aide financière, premier donateur du Burundi. Un pays en crise dont plus de 50% du budget dépend de l’étranger.

BELGIUM EU NEW COMMISSION BUILDING

La Commission européenne à Bruxelles (source: conseil-economique-et-social.fr)

Après plus de huit mois de crise politique, ce petit pays de l’Afrique de l’Est continue de s’engouffrer dans l’isolement suite à l’entêtement de ses dirigeants. Ce mercredi 3 décembre, l’Association des parlementaires européens partenaires d’Afrique (AWEPA ) a fermé ses portes à Bujumbura: « Il est impossible de développer des programmes avec un parlement issu d’élections qui ne remplissent pas les standards démocratiques reconnus internationalement », regrette Lydia Maximus sénatrice belge de l’AWEPA. Le Burundi perd un autre partenaire important de longue date.

Burundi, l’aide de l’ONU est indispensable

[Par Yvette MUREKASABE]

Des tueries sur la population de la capitale Bujumbura ont lieu de manière quotidienne. Les quartiers qui ont manifesté contre le troisième mandat de Pierre Nkurunziza sont dans le collimateur des forces de sécurité depuis huit mois.

Pierre Nkurunziza

Pierre Nkurunziza (source: voaafrique.com)

Cinq personnes dont un policier ont été tuées dans la nuit du 1 au 2 décembre, dans la zone de Cibitoke à Bujumbura. Pierre Nkurukiye, le porte-parole de la police Nationale, dit que trois  habitants du quartier de Mutakura ont été décapités, qu’ils auraient été exécutés ailleurs et jetés dans ce quartier. Quant au policier, il indique qu’il est tombé dans une embuscade à Mutakura et que des échanges de tirs ont eu lieu. Le sixième cadavre d’un jeune homme a été retrouvé à Cibitoke et les circonstances de sa mort reste inconnues.

A ce bilan s’ajoute le corps d’une jeune fille de la commune Musaga retrouvé dans la matinée du mercredi 2 décembre. Cette situation sécuritaire qui se dégrade inquiète de plus en plus la société civile Burundaise. La Ligue des droits de l’homme Iteka se dit indignée par ces crimes commis par le gouvernement de Pierre Nkurunziza : « L’état doit garantir la sécurité de tout citoyen burundais, il est regrettable de voir des gens qui avaient été arrêtés par les services de sécurité être retrouvés par la suite assassinés » .

opposants au régime prennent à parti miltaires

Des opposants au régime prennent à parti des militaires (source: lemonde.fr)

Les partis de l’opposition et la société civile Burundaise demandent à l’ONU d’envoyer dans les plus brefs délais les troupes onusiennes pour arrêter cette criminalité sans précèdent du régime de Pierre Nkurunziza. Ce cri d’alarme vient après que le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon ait proposé au conseil de sécurité de l’ONU le 30 novembre trois options pour sortir le Burundi de la crise: une mission de maintien de la paix sous mandat de l’ONU, une mission politique spéciale ou bien l’apport d’une équipe de soutien chargée de la promotion d’un dialogue politique entre le gouvernement et l’opposition.

Cependant, l’envoi de casques bleus n’a pas été une option privilégiée par le Secrétaire général de l’ONU. Dans sa correspondance, Ban Ki-moon recommande au Conseil d’adopter pour l’instant la troisième possibilité.

Burundi, l’envoi d’une force d’interposition est plus qu’urgent

[Par Yvette MUREKASABE]

Suite aux attaques et assassinats dans la capitale du Burundi, Bujumbura, mais aussi ailleurs, le porte-parole du chef de l’opposition Agathon Rwasa, Aimé Magera, estime que l’envoi d’une force d’interposition est plus qu’urgent.

aimé magera

Aimé Magera (source: iwacu-burundi.org)

 

La nouvelle spirale de la violence au Burundi inquiète Agathon Rwasa et son camp. Dans une déclaration sortie ce 15 novembre, Aimé Magera, son porte-parole, condamne le recours à la violence pour résoudre une crise fondamentalement politique.

Depuis peu, observe-t-il, la crise politico-sécuritaire qui sévit dans le pays prend une tournure de plus en plus dramatique. Outre des corps sans vie qu’on retrouve un peu partout, raconte M. Magera, des attaques et contre-attaques meurtrières pourtant jamais revendiquées sont signalées. Leurs cibles et les victimes civiles, indique-t-il, se comptent déjà par centaines, surtout à Bujumbura.

Pour lui, le modus operandi des acteurs rappelle tristement les dix ans des exécutions extrajudiciaires orchestrées contre des militants du FNL, fidèles à Agathon Rwasa. A la seule différence que celles-ci tendent désormais à s’étendre sur tout le territoire et sans exclusion.

Aimé Magera regrette qu’aucune explication convaincante de la part des Autorités ne soit jusque-là donnée alors que des cadavres jonchent les rivières, les lacs et les rues de la capitale.

Il apparait donc, selon M. Magera, que le gouvernement n’est plus capable d’assurer la sécurité de ses citoyens et celle des ressortissants étrangers. « Demain », lâche-t-il, « ce sera trop tard », compte tenu des répressions musclées et aveugles de l’armée et de la police dans la capitale burundaise.

Le porte-parole de M. Rwasa n’y va pas par quatre chemins : « On ne le dira donc jamais assez, le troisième mandat maudit, illégal et inconstitutionnel de M. Nkurunziza est le seul nœud de la crise burundaise et de la nouvelle spirale de la violence. »

Aimé Magera dément les accusations selon lesquelles M. Rwasa se serait rallié à la cause du régime Nkurunziza et les magouilles du Cndd-Fdd : « Ceux qui le disent étaient curieusement associés au pouvoir dans la chasse aux FNL, il n’y a pas longtemps. Jamais, Agathon Rwasa ne transigera au respect de la parole donnée, encore moins à la Constitution du pays et à l’Accord d’Arusha. »

M. Magera estime que plus de trente-cinq ans de lutte dont vingt-neuf de lutte armée pour un Etat de droit suffisent pour bien comprendre que le FNL ne peut jamais cautionner un coup de force : « Nous sommes toujours prêt à combattre politiquement toute dictature quels que soient sa couleur ou ses mobiles. » Et de signaler que son camp est au courant d’un plan peaufiné en vue d’éliminer physiquement le leader historique des FNL : « Le pouvoir doit mesurer toutes les conséquences nationales qu’un tel acte pourrait produire au cas où il est consommé. »

Contre un nationalisme « viscéral » et « hypocrite »

Selon Aimé Magera, aucun Etat, aucune personnalité étrangère, personne donc, n’a incité Pierre Nkurunziza à violer la Constitution et les Accords d’Arusha, seulement son propre entourage. Ainsi, il juge ridicules et honteuses toutes les accusations virulentes que le Pouvoir formule à l’endroit du gouvernement belge, des personnalités d’une grande renommée internationale comme l’Eurodéputé Louis Michel, Samantha Power, l’ambassadeur des Etats-Unis auprès des Nations Unies, et d’autres.

Il se demande si c’est aujourd’hui, pendant ces dix ans de pouvoir, que le pouvoir du Cndd-Fdd se rend compte que la Belgique l’a colonisé : « Il n’a qu’à assumer pleinement la responsabilité des massacres à caractère politique et l’échec de sa gouvernance catastrophique depuis dix ans. »

En revanche, il se dit satisfait des mesures déjà prises par la communauté internationale, à travers des résolutions fermes du Conseil de sécurité des Nations Unies en vue d’aider les Burundais à sortir de cette crise qui n’a fait que trop durer : « Notre satisfaction est d’autant plus grande que ces résolutions rencontrent l’assentiment de l’Union Africaine. »

Autre satisfaction, continue-t-il, c’est la toute dernière décision du Conseil de sécurité des Nations Unies, issue d’un projet de résolution soumis par la France et qui demande à M. Nkurunziza d’accepter les pourparlers de paix entre tous les protagonistes à l’extérieur du pays : « Cette requête devrait siffler la fin de la récréation. C’est un signal fort, celui selon quoi le monde entier refuse de soutenir son gouvernement autoproclamé. »

C’est pourquoi, analyse-t-il, Pierre Nkurunziza doit accepter que le dialogue soit la seule et unique voie salutaire afin de mettre en place des institutions consensuelles à l’issue desquelles des élections inclusives doivent être organisées.

M. Magera appelle à la cessation des discours de haine ethnique ouvertement entretenus par certains hauts responsables, proches et fidèles au régime de Bujumbura.

Le camp Rwasa se dit disposé à apporter sa part à l’organisation, à l’agenda, au contenu, au déroulement et au suivi-évaluation de tout le processus de dialogue interburundais piloté par la médiation internationale.
Toutefois, dans l’attente d’une médiation fiable, à même de rassurer tous les protagonistes du conflit, le porte-parole d’Agathon Rwasa recommande le déploiement d’une force internationale d’interposition pour éviter que le pire ne se produise.

La réouverture immédiate, inconditionnelle de l’espace politique et de tous les médias indépendants, gages d’une vraie démocratie et d’une démocratie épanouie, conclut Aimé Magera, s’impose.