Président de l’AKB: « Il ne faut pas trop pousser la comparaison entre la Bretagne et le Kurdistan »

[Par Hicham MANSOURI]

Cet article a été publié en partenariat avec le journal Kezako du Festival de Douarnenez

Déjà présente au festival de Douarnenez en 2003 puis l’an dernier, l’association « Amitiés kurdes de Bretagne » (AKB) est de retour à Douarnenez. Née en 1994, l’association était à la base une délégation créée pour se rendre au Kurdistan turc, dans un contexte de violence, afin d’en rapporter les conditions de vie.

Tony Rublon, président de l’AKB, à gauche.

Partenaire de l’association France Kurdistan, elle ambitionne, selon Tony Rublon, son président, de « créer un lien géographique sans forcément revendiquer l’identité bretonne ». Tony se méfie quand on l’interroge sur les ressemblances entre les peuples kurde et breton. « C’est un peu déplacé de parler de similarités. Peut-être sur le plan culturel. C’est vrai que la langue bretonne a été interdite pendant plusieurs années en Bretagne. Mais il ne faut pas trop pousser la comparaison : la Bretagne est une région délimitée par la mer alors que le Kurdistan est une zone centrale au Moyen Orient, entourée de conflits. »

 

Les missions de l’association

Il y a d’abord la recherche de l’information sur le terrain. Ensuite, le rapport au grand public français, à travers des conférences, films et expositions. Enfin, le « lobbying politique » pour faire remonter l’information aux élus, aux députés et au gouvernement. L’AKB coopère aussi avec le Centre culturel kurde de Rennes (AMARA).

 

Le Festival de Douarnenez

Face à la situation en Turquie, notamment après le putsch raté de juillet 2016, l’accès de l’AKB aux informations est devenu très difficile. L’association est de plus en plus confrontée aux mêmes problématiques que les ONG et les journalistes. « Les bureaux de l’opposition à l’Est sont sur écoute et il y a un risque de mise en danger de nos contacts locaux », se désole Tony. Face à cette situation, l’association perd son accès privilégié au terrain. Son président reste malgré tout optimiste. « Des activités comme ce festival nous permettent d’atteindre un large public, plus qu’on n’aurait pu toucher dans un autre contexte. Cela nous permet d’enrichir notre réseau et de sensibiliser de nouvelles personnes. »

 

 

Simon Brochard (SOS Méditerranée) : « Les gens n’ont pas attendu qu’on soit là pour partir »

[Par Hicham MANSOURI]

Cet article a été publié en partenariat avec le journal Kezako du Festival de Douarnenez

Marin à bord de vieux gréements, Simon Brochard s’est installé voilà cinq ans à Douarnenez pour se former à la fabrication des voiles. Une heure du documentaire « Les migrants ne savent pas nager », a suffi pour le convaincre à rejoindre la cause de SOS Méditerranée et s’engager dans le sauvetage humanitaire des migrants en mer Méditerranée. Depuis, il a contribué, à bord de l’Aquarius, au secours d’une douzaine de bateaux près des côtes Libyennes.

Simon Brochard

Comment tu t’es engagé dans l’humanitaire ?

L’an dernier, j’étais au festival de Douarnenez. J’ai été à la projection du film Les migrants ne savent pas nager, ça a été un choc. On voyait des gens monter dans des bateaux, qui, techniquement, ne peuvent pas traverser la mer.

 

C’est-à-dire ?

Aucune des embarcations que j’ai vues n’aurait pu faire la traversée. Ce sont des « bateaux » qui sont, par définition, en état de détresse. En tant que marin, si quelqu’un est en détresse en mer, on doit le secourir. Ça fait partie de notre ADN.

 

Les mouvements anti-migrants vous accusent de travailler « main dans la main » avec les passeurs…

C’est un mensonge ! La preuve c’est qu’en 2014, donc avant que les ONG interviennent, la marine italienne menait déjà des opérations de sauvetage. Au bout d’un an l’Union européenne a renforcé la surveillance des frontières, mais ça n’a pas fait diminuer les départs de la côte libyenne. Les gens n’ont pas attendus qu’on soit devant pour partir.

 

Quel moment t’a le plus marqué ?

C’est quand j’ai vu 195 personnes entassées sur une planche d’à peine dix mètres de long entourée d’une sorte de chambre à air. Les gens étaient tellement serrés qu’ils ne pouvaient même pas communiquer entre eux. Le moindre mouvement ou la moindre vague peut mettre fin à leur aventure.

Beaucoup de personnes périssent noyées, mais d’autres meurent pendant la traversée à cause de la promiscuité et du mélange d’eau et d’essence qui leur fait perdre conscience. Leur dernier réflexe est souvent de mordre leurs voisins. Les rescapés nous disaient, en nous montrant leurs bras mordus : « On a essayé de les relever mais c’était trop tard…».

 

 

Coopération : l’Afrique en devenir vue de Bordeaux

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

C’est à Bordeaux, en France, que s’est tenu le colloque de la cinquième édition « Bonne Nouvelles d’Afrique », organisé par la FPI (Fondation Prospective Innovation). Cette fondation d’émanation française, qui vise à impulser le développement économique du continent, a réuni, en juin, experts, hommes politiques et chefs d’entreprise sur le thème « L’Afrique nouvelle locomotive de l’économie ? ».

(crédits : Thomas Sanson / static.latribune.fr)

Interrogation cruciale sur le continent, cependant passée inaperçue, au regard du flux d’informations jugées « capitales » qui submergent les médias. Aussi n’a-t-on pas vu circuler de commentaires à ce sujet, qui auraient pu contribuer à enrichir davantage la réflexion.
Qu’en était-il ? Les participants ont tenu à relever les entraves aussi bien que les atouts qui sont à la porte du continent, avec pour objectif de mettre en exergue l’ « afro-optimisme » exalté par Mandela : « Nous arrivons au siècle de l’Afrique, un siècle où l’Afrique aura sa place parmi les nations du monde ». C’est, d’ailleurs, un point de vue que partagent beaucoup d’observateurs intéressés par la marche du continent.
L’Afrique, en haut de l’affiche ? Ils l’ont dit, à Bordeaux. Et le registre est brillant, quant aux atouts qu’il arbore. Hormis les richesses du sol et du sous-sol, qui ne sont plus à démontrer, les experts ont mis en avant la « force démographique ». En dépit des contradictions que recèle cette théorie. En fait, d’ici à l’horizon 2030, 30 % de la population mondiale sera africaine ; elle se portera à près de 40 %, en 2060.

Se débarrasser de toute entrave
Vue sur son côté positif, cette croissance donnera lieu à un « boom » de la classe moyenne que la Banque africaine de développement évalue à 1,4 milliards d’individus. Les participants y ont vu un « véritable réservoir » de fondateurs de PME, une des bases du développement économique. Les pays développés, aujourd’hui, en ont fait l’heureuse l’expérience.

Mention spéciale a été accordée à la coopération afro-chinoise. Le colloque a mesuré le volume des échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique, qui a été multiplié par 20 depuis les années 2000. Une bonne chose, a-t-on souligné, car Pékin dispose de 3.700 milliards de dollars de réserve en devises étrangères pouvant servir à financer les projets d’infrastructures et accélérer le processus d’industrialisation du continent.
C’est l’un des atouts majeurs : les financements par des capitaux étrangers. A titre d’exemple, les experts ont projeté que d’ici à quelques années, Pékin pourrait réaliser 150.000 km de câble de fibre optique traversant 48 pays, pour un investissement de 15 milliards de dollars.

Le revers de la médaille a été, à son tour, passé au peigne fin. Parmi les « effets de criquet » : explosion démographique (couteau à double tranchant), question liée aux inégalités, corruption endémique, programmes de santé publique au rabais, insécurité, manque de clairvoyance de certains dirigeants…

Conclusion, pour ce continent de contraste, le colloque de Bordeaux a prévenu, mais sur un ton d’optimisme : « Les signes prometteurs sont nombreux, mais la croissance africaine est une équation à plusieurs inconnues ; nul ne peut anticiper sur la conjoncture à venir ». Pari risqué ?
Aux Africains donc de prendre conscience de ces atouts afin de les impulser dans la bonne direction. Et de faire en sorte de se débarrasser de toute entrave pour la marche en avant du continent.

DE NOS ENVOYÉS SPÉCIAUX, LE 40ÈME FESTIVAL DE CINÉMA DE DOUARNENEZ

A l’occasion du 40ème Festival de cinéma de Douarnenez (18 au 26 août 2017) deux journalistes de la MDJ sont parties en tant que correspondants de L’oeil de l’exilé. Il s’agit de Hicham Mansouri, originaire du Maroc qui a rejoint l’équipe de la rédaction de Kezako et sa collègue du Rwanda Maria Kuandika, celle de Vos Gueules Les Mouettes.

Reportage.

Ci-dessous les articles publiés sur le journal Kezako :

Festival de Douarnenez : la « mission impossible » d’Erwan Moalic

Simon Brochard (SOS Méditerranée) : « Les gens n’ont pas attendus qu’on soit là pour partir »

Président de l’AKB: «  Il ne faut pas trop pousser la comparaison entre la Bretagne et le Kurdistan »

Le festival de Douarnenez continue à séduire le jeune public

Les portraits intersexes de Maurizio Leonardi

Leila Shahid : Le cinéma est beaucoup plus expressif que l’essai politique

 
Ci-dessous les podcasts diffusés par la web-radio Vos Gueules Les Mouettes :

 

Festival de Douarnenez : la « mission impossible » d’Erwan Moalic

[Par Hicham MANSOURI]

Cet article a été publié en partenariat avec le journal Kezako du Festival de Douarnenez

Sélectionner sept des meilleurs films de toute l’histoire du festival de Douarnenez, qu’une grande partie du public d’aujourd’hui n’a pas vu. Telle a été « la mission impossible » d’Erwan Moalic, l’un des cofondateurs de ce rendez-vous annuel. « J’avais envie de proposer beaucoup plus ! », plaisante-t-il. Y voit-il une sorte d’hommage ? Il tranche : « Je ne suis pas à la recherche de reconnaissances ». « Je suis fier de nous tous car la plus grande difficulté d’une manifestation c’est de durer dans le temps et en termes d’objectifs sans se tenir à des personnes. »

Erwan Moalic s’est replongé dans les 39 catalogues pour y dégoter de quoi susciter la curiosité. « J’ai essayé de trouver des convergences de plein de choses : un film qui a marqué et dont on a peu parlé, le contenu, l’émotion ou tout simplement le plaisir. » Sa sélection, c’est une fenêtre ouverte sur le monde et un miroir des fondamentaux du festival : militantisme, collectif, transmission, plaisir, émotions, curiosité, rencontre, etc. Mais ne s’agit-t-il pas d’une certaine forme de nostalgie ? « Certainement pas », poursuit Erwan Moalic. « Il n’est pas possible de penser que seuls les films d’aujourd’hui ont des choses à dire. Il y a des œuvres incroyables qui ont été produites il y a cinquante ans et même plus. C’est pareil pour la littérature ou les arts plastiques. » Pour ce passionné de cinéma, « il est nécessaire de se tourner vers le passé pour comprendre ce qu’il se passe aujourd’hui ».

Son idée, c’était donc de projeter des films importants par leur rapport à l’histoire, que ce soit celle d’un mouvement social, d’une culture ou d’un combat afin de « mettre les choses en perspective par rapport au présent ». Une idée tout à fait logique on sait que « la majeure partie du public [de cette édition] n’était pas là il y a quarante, trente voire même vingt ans ». Parmi les sept films qu’il a retenus, deux sont signés du réalisateur indien Anand Patwardhan. Erwan Moalic ne s’est pas vraiment préoccupé de respecter une quelconque représentativité géographique. « L’Inde est l’un des pays les plus peuplés au monde, qui fait le plus de films, mais qu’on voit peu sur les écrans et dont on parle rarement dans les médias, contrairement à la Chine ou à l’Amérique latine », justifie-t-il.

« C’est un honneur pour moi », rougit Anand Patwardhan. « J’aime Douarnenez car c’est un rendez-vous qui ne ressemble pas aux autres grands festivals de cinéma, où les gens viennent pour le strass et les paillettes. C’est quelque chose d’unique, une communauté de professionnels et d’amoureux du cinéma. Ici on s’amuse, on se fait des amis et on profite des films. » Anand Patwardhan était venu une première fois en 1993, lors de l’édition sur l’Inde. Il se souvient avec émotion de la convivialité bretonne qu’il avait découverte. Il se réjouit d’avoir retrouvé la même atmosphère 24 ans après. « En tant que réalisateur de films politiques qui militent pour une transformation de la société, j’ai toujours eu envie d’être présent dans des lieux comme Douarnenez, des lieux où les gens ne font pas du business, mais du vrai cinéma. »