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République Démocratique du Congo: Kabila gagnant sur tous les tableaux ?

En acceptant de renoncer à briguer un troisième mandat «anticonstitutionnel», qui eût été un défi autant à la raison, au peuple congolais, qu’à la communauté internationale, le président congolais, Joseph Kabila, a fait globalement un bon choix.  Une décision tombée, mercredi 8 août au soir, après avoir tenu en haleine, à longueur de journée, l’opinion nationale.

Mais la désignation d’Emmanuel Shadary, comme dauphin, pour porter la candidature de la «majorité présidentielle», aux prochaines élections, a surpris tout le monde. Certes, un proche du président, et même un de ses hommes de confiance, Shadary n’est cependant pas cette étoile qui brille au firmament politique congolais.

Et voici encore un brouillard à dissiper. Après l’énigme entretenue par le chef de l’Etat sur son silence, à propos de son avenir politique, depuis l’accord de la Saint-Sylvestre, en décembre 2016.

Depuis, les observateurs se perdaient en conjectures. D’aucuns voyaient, dans ce silence, une astuce pour ne pas ouvrir la porte aux ambitions de «jeunes turcs» dans son propre camp. C’eût été couper la branche sur laquelle il était assis. Toutes les pressions exercées sur lui pour l’amener à se prononcer là-dessus n’y avaient rien fait. Ni le passage, à Kinshasa, de Nikki Haley, ambassadrice américaine à l’ONU, ni les les marches des chrétiens, réprimées dans le sang, n’ont pu le dissuader. Encore moins l’intervention, discrète, de ses pairs africains.

Scénario à la «Poutine-Medvedev»

Il ne restait qu’à y compter avec la date-butoir pour le dépôt des candidatures à la présidentielle. La journée était anxiogène, tant le suspens se prolongeait dans le temps, jusqu’à la minute fatidique (avant 15 h 30’, heure de Kinshasa), quand il aura été dit : «Kabila ne se représentera pas». Un masque était tombé. Il en restait un second : comment expliquer la désignation d’Emmanuel Shadary, personnage falot mais sanguinaire, au milieu de cette pléiade de brillants intellectuels autant que diserts que compte l’entourage du «raïs» ? Il en est même qui sont auréolés de prestige politique sur le plan national et international.

C’est là la problématique de l’heure. Elle présente deux visages contradictoires, qui aboutissent au même résultat. Le premier pose l’hypothèse sur la réussite de Shadary, surnommé « l’oiseau rare », aux prochaines élections (si celles-ci ont lieu). La réponse ne va pas par quatre chemins : ce serait la victoire de Kabila. Car, le vainqueur «visible» ne sera qu’une marionnette au service d’un autre, caché dans l’ombre. Un remake du scénario à la «Poutine-Medvedev», en Russie, que nous connaissons tous.

Dans le cas contraire, l’ancien chef de l’Etat aura toujours entre les mains une carte majeures à jouer : l’armée. Créée, majoritairement, sur la base de la «logique clanique», celle-ci est totalement à la dévotion de son géniteur. Et donc loin d’être une institution républicaine. De ce fait, elle ne pourra pas défendre une cause nationale quelconque. On l’a vu tout au long de l’histoire politique de du continent. En témoigne, encore récemment, l’exemple de la Gambie de l’ex-dictateur Yahya Jammeh. Une guerre civile a été évitée de justesse.

L’épée et le sourire chinois

Sur ce point, aussi, Kabila nage dans une de «victoire virtuelle». La perspective de l’échec de Shadary est donc plus à craindre que sa victoire. De fait, l’obsession nourrie par Kabila de demeurer au pouvoir ad vitam aeternam ayant été contrariée, l’éventualité d’une épreuve militaire n’est pas à écarter. On sait que ses hordes prétoriennes s’y sont largement préparées.

C’est que, dans tous les cas de figure, Shadary ou un autre «oiseau rare», comme dauphin, n’y aurait rien changé.  Echec ou pas échec de Shadary – sauf  contingences  à l’encontre du calcul de Kabila – celui-ci serait gagnant sur tous les tableaux.

Certes, ces hypothèses ne s’appliquent que sur le côté «pile» de la situation. Reste la face opposée de la pièce : la réaction du peuple congolais. Ecrasé et encrassé, depuis plusieurs décennies, va-t-il encore se laisser mener en bateaux, par cette horde de politiciens inconscients ? Quel serait le comportement, surtout, de cette jeunesse, aujourd’hui instruite en masse, mais réduite à la catégorie des « gens-sans part », selon l’expression chère à Achille Mbembe, penseur camerounais ?

Que le « sourire » de Kabila ne trompe point. «L’ennemi le plus dangereux cache une épée derrière chaque sourire», dit un proverbe chinois. La concession qu’il a faite le 8 août, n’est pas un magnifique cadeau offert au peuple congolais. C’est plutôt un véritable Cheval de Troie.

Par Jean-Jules Lema Landu, journaliste congolais, réfugié en France

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