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#marenostrum : l’art comme résistance

Le mardi 16 octobre à partir de 18 heures, la MDJ vous invite au vernissage de l’exposition #marenostrum d’Haude Bernabé à l’église Sainte Merry, avec le soutien de La Fondation Villa Seurat pour l’Art Contemporain dans le cadre de Voir et Dire. Cette exposition aura lieu jusqu’au 16 novembre, elle est gratuite et ouverte à tous.

Pour mieux comprendre l’exposition, la Maison des journalistes est allée à la rencontre de sa créatrice, Haude Bernabé.

Genèse du projet : s’approprier le discours politique

Tout commence par le discours d’un homme politique italien, Enrico Letta (alors le bras droit du premier ministre italien Romano Prodi). Il propose en 2014 un programme baptisé « Mare Nostrum », le nom antique de la mer Méditerranée. Ce plan a été conçu suite au drame de Lampedusa le 3 octobre 2013, où 366 migrants ont perdu la vie, en grande majorité des somaliens et des érythréens.

« Plutôt que de fermer les frontières, une politique d’ouverture à l’autre semble nécessaire. » C’est un véritable plan de sauvetage qui est alors proposé par Enrico Letta, une source d’inspiration pour Haude Bernabé.

Une inspiration qu’il faut reformuler par l’art pour extraire le politique du discours et en éclairer le sens. Un cri du cœur dont la forme est artistique. « L’art se réapproprie le contexte et le reformule sous une autre forme. »

« L’Europe ne doit pas être une forteresse. La Méditerranée ne peut pas être un cimetière« . Et force est de constater que la situation ne s’améliore pas. « La terrible actualité de l’Aquarius est un écho de cette volonté politique de fermeture des frontières« . L’exposition s’articule autour de ce périple pour les migrants, mais aussi pour les personnes du pays d’accueil.

Haude Bernabé dans son atelier

Construire l’exposition

Entre l’idée d’exposer et la concrétisation du projet, il y a une période d’attente et de consolidation. Il aura fallu un an pour que cette exposition voit le jour à Florence, en Italie.

Si Haude Bernabé aime particulièrement travailler le métal, la provenance des matériaux est symbolique : il s’agit de métal issu de bateaux envoyés à la casse. La mer est partout présente, comme une terrible frontière qui se dresse entre « nous » et les « autres ». A la fois brut et flexible, le métal représente la volonté de fer de ces migrants.

« Faire passer un message de résistance en sensibilisant les gens, en leur montrant une vision différente, plus humaine. »

L’idée de simplicité pour mieux appréhender l’œuvre

« La compréhension de l’œuvre est essentielle. Il faut que le public comprenne naturellement le sens de l’exposition. Que ce ressenti les atteignent. Je reformule une idée à travers l’art. Les journalistes donnent des chiffres, des faits. Mon approche est complémentaire de leur travail. Car parfois, il vaut mieux communiquer une émotion ou un ressenti qu’une réalité brutale. »

Dans cette exposition, trois groupes forment une œuvre. Il y a deux groupes de migrants dont chaque pièce est unique et un groupe de personnes qui ont décidé d’accueillir (ou de ne pas accueillir) ces migrants. Leurs têtes sont représentées par des cages dorées, cages qui peuvent s’ouvrir ou rester fermées…

Deux soirées exceptionnelles complètent l’exposition #marenostrum : les 2 et 8 novembre

Pour faire vivre l’exposition, #marenostrum vous vous propose de découvrir d’autres arts qui véhiculent ce message. A chaque soirée, un spectacle de danse et un documentaire seront suivis d’un débat avec les artistes qui ont participé.

Les danses seront l’œuvre de Vincent Harisdo et Merlin Nyakam. Deux grands danseurs africains qui s’attachent à placer l’individu au centre de leur création.

Les documentaires présentés  sont « Sombras » (Les ombres) d’Oriol Canals et « Entre les frontières » d’Avi Mograbi. Le premier film donne la parole aux migrants en leur proposant de s’adresser à leur famille et amis restés au pays pour raconter, sous forme de lettre audiovisuelle, leur voyage, leur vécu, leurs désirs, ambitions, frustrations, espoirs… Tandis que le second film va à la rencontre de demandeurs d’asile africains que l’État d’Israël retient dans un camp en plein désert du Néguev. Ensemble, par le biais d’un atelier inspiré du « Théâtre de l’Opprimé », ils questionnent le statut de réfugié.

Dans le cadre du partenariat avec la Maison des journalistes, association qui accueille et accompagne des journalistes réfugiés politiques en France, cinq textes de journalistes issus de l’exposition « Waiting » présentée en janvier 2018 à la Mairie du Xe arrondissement viendront compléter l’installation. Pendant toute la durée de l’exposition, un espace vidéo dédié à la diffusion de documents (films, documentaires, photos) sera mis à la disposition du public.

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