Au G20, on tue un journaliste deux fois

Le 2 Octobre  2018, a Istanbul, dans le consulat d’Arabie Saoudite, un journaliste Saoudien est tué. Sa fiancée l’avait attendue à la sortie du Consulat. Mais le journaliste Cemal Kaşıkçı n’est jamais sorti du consulat.

Même jour, 15 personnes viennent d’Arabie Saoudite à Istanbul. C’est l’équipe qui a tué Kaşıkçı, un chroniqueur du Washington Post, le journal Américain.

Grâce à MBS, Erdoğan passe pour un allié des journalistes

Le Président de la Turquie, monsieur Recep Tayyip Erdoğan, qui a mis plus de 200 journalistes en prison depuis le 15 juillet 2016, a affirmé que le journaliste Kaşıkçı avait été étranglé pendant plus de sept minutes, jusqu’à son décès.

Erdoğan a déclaré qu’il avait plusieurs documents comme preuve, et qu’il pouvait les partager avec chaque Etats demandeurs.

Le 17 Novembre, le journal Washington Post confirme que selon le CIA (Agence Centre des Informations), l’ordre de ce meurtre est venu du Prince héritié Mouhammed bin Selam (MBS).

Le 2 decembre, deux mois après ce massacre horrible (son corps a été démembré en « petits morceaux »), le rapport « top secret » de la CIA implique MBS. En effet, lorsqu’ils ont tué Kaşıkçı dans leur consulat, le Prince MBS avait envoyé 11 messages à son conseiller le plus proche, Suud el Kahtani. Selon the Wall Street Journal, dans son rapport, la CIA confirme que MBS a donné “probablement” l’ordre de tuer Kaşıkçı. Car el Kahtani a bien dirigé l’équipe qui a tué Kaçıkçı. Et le Prince a envoyé ces messages juste avant le meurtre et juste aprés le meurtre.

Mais le President Donald Trump n’a pas assez confiance en son agence secrète qu’est la CIA. Même s’il y a beaucoup de critiques envers le Prince MBS aux Etats-Unis à cause de l’affaire Kaşıkçı et aussi vis à vis des operations militaires de l’Arabie Saoudite, car les soudiens tuent des civiles au Yemen, le Président Américain Donald Trump souhaite toujours conserver des relations proches avec les saoudiens.

Un G20 qui ne prend pas en compte ce meurtre de journaliste

Le 2 décembre, avant la fin du G20 qui se passait en Argentine à Buenos Aires, les Americains ont déclaré qu’ils avaient enfin signés l’accord de vente des fusées balistiques américaines aux saoudiens pour un coût de 15 millards de dollars. Cet accord s’est invité à la table des négociations depuis 2016.

En plus, l’administration Trump a déclaré que les autres contrats d’armes fournies aux saoudiens et qui sont évalués à 110 milliards de dollars étaient toujours prévus.

Quand les journalistes s’adressent au chef d’un autre pays pour qu’il ne vende plus d’armes à l’Arabie Saoudite, c’est à dire la France, troisiéme vendeur d’armes au monde, le Président Emanuel Macron leur répond : “Ne faites pas de démagogie.”

On a même vu un échange lors du sommet du G20, le Prince MBS glissant à Emmanuel Macron : “don’t worry”; je m’occupe de tout. Macron lui répondant : “Tu ne m’écoutes pas”, “I am man of my word.”

Oui monsieur Macron, vous êtes “man of your word” mais le probleme c’est qu’on ne sait pas ce qui a été donné comme parole, ni la promesse entre ces deux dirigeants.

Une autre scéne du G20 tue une seconde fois ce journaliste car c’était le premier sommet international pour MBS depuis le meurtre de Kaşıkçı. On y voit MBS très a l’aise dans le club des riches. Et il fait un “high five” avec Monsieur Vladimir Poutine, un autre cher ami des journalistes et de la liberté d’informer !

Cette scéne se passe dans les premiers jours du G20. Avec cette scéne, on sent que MBS veut dire « je suis un patron dans ce club de riches ».

Nous avons encore un petit espoir pour la liberté d’expression, pour les Droits de l’Homme. Peut-être qu’un accord commun du G20 va condamner la meurtre de Cemal Kaşıkçı. Mais la réponse à cette question légitime est sans appel : “En 2020, le sommet du G20 se réunira en Arabie Saoudite.”

Mais qu’est-ce qui s’est passé ? Bien joué ! Qui a gagné ? Pas la liberté d’expression mais « la liberté de tuer les journalistes quand ils font leur travail » a gagné. Et nous sommes alors tous les témoins du deuxiéme meurtre de Cemal Kaşıkçı. Cette fois-ci, ce n’est pas 15 personnes qui l’ont tué, mais les 20 du G20.

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