Elections au Congo : Kabila, Tshisekedi et la mascarade

Sans surprise, la Cour Constitutionnelle a confirmé, samedi 18 janvier, la victoire contestée de Félix Tshisekedi. Le scénario de cette proclamation ressemble à celle du résultat de la présidentielle, dix jours auparavant, annoncée à des heures indues de la nuit. La raison en est simple : puisqu’il s’agissait de communiquer un mensonge salé, la seule parade « provisoire dont disposait le régime dictatorial, pour éviter une révolte spontanée du peuple, ne pouvait consister qu’à agir de cette manière ».

Jamais élections africaines n’avaient autant mobilisé l’opinion tant en Afrique qu’à l’international. Non pas parce qu’elles promettaient l’excellence, loin de là. Mais, parce qu’organisées par un dictateur chevillé au pouvoir et chevronné en fraudes, elles constituaient plutôt un avis de tempête. Sans la présence d’observateurs internationaux, experts en la matière. Dans ce pays cinq fois plus grand que la France.

Les éléctions au Congo ? Un banditisme d’Etat avéré

Jamais élections africaines n’avaient autant étalé les vices de la dictature, par rapport à la décision de frauder : coupure d’Internet et du signal de RFI, tirs à balle réelle sur des militants de l’opposant Martin Fayulu, ayant fait cinq morts au total, comptage des voix à huis clos, en dehors des témoins de la partie adverse, et comble d’autocratie, report du scrutin dans trois localités, à l’est et à l’ouest du pays (fief de l’opposant Fayulu), pour des raisons fallacieuses. Les trois localités comptent plus d’un million d’électeurs. Un banditisme d’Etat avéré !

En proclamant nuitamment Félix Tshisekedi vainqueur, le régime de Kabila ne vient-il pas de franchir le Rubicon ? Car, la majorité du peuple congolais, qui a massivement voté pour le candidat Martin Fayulu, aussi bien que les institutions telles que l’Union africaine (UA), l’Union européenne (UE) ou des voix autorisées au niveau de plusieurs grandes nations ont émis de « sérieux doutes » sur la conformité du résultat. Tel que publié par la Commission électorale nationale indépendante (CENI).

Quel est donc le véritable vainqueur ? La traçabilité du dépouillement des urnes détenue par la Conférence épiscopale nationale du Congo (CINCO), institution de l’Eglise catholique, donne plutôt Fayulu largement vainqueur. Résultat approuvé par plusieurs chancelleries occidentales. En fait, seul cet organisme a pu déployer quarante mille observateurs locaux, et pourrait prétendre détenir la vérité.

Ce sont-là les grandes lignes du résultat de cette élection plus que jamais chaotique. Le reste rentre dans les méandres de réseaux et de la « diplomatie secrètes », où les intérêts dominent. Est-ce que l’ensemble de ces intervenants était-il, in fine, pour Fayulu ou pour Tshisekedi ? En usant d’un passage en force, via la Cour Constitutionnelle, Kabila a-t-il agi, de manière indépendante, ou a-t-il été soutenu par une force obscure des vautours de la finance internationale ?

Peu importe les bonnes réponses à toutes ces questions. Le grand perdant, c’est le peuple, qui continue de rater des rendez-vous avec son destin. L’ancienne était que « Kabila parte ». Mais Kabila est toujours là, caché derrière Tshisekedi, un vrai postiche en carton.

Reste une équation de taille : le peuple. Quelle sera sa réaction, à long terme, devant cette mascarade électorale du siècle ? Ce peuple désormais très divisé et comme enchaîné par le « syndrome de Stockholm », qui regarde son bourreau Kabila avec amour.

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