A l’UNESCO, les autochtones face au climat

[Par Mourad HAMMAMI]

Ils sont venus des quatre coins du monde : des Philippines, des Îles Fidji, du Népal, du Tibet, de l’Ouganda et de bien d’autres lieux éloignés de la planète pour se retrouver au siège de l’Unesco à Paris autour d’une conférence qui a pour thème ” Temps d’incertitude et résilience: Les peuples autochtones face aux changements climatiques”.

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©Mourad HAMMAMI

 

Le célèbre réalisateur Nicolas Hulot a aussi participé à cette conférence. Dans sa prise de parole, ce dernier a insisté sur la priorité à agir pour sauver la planète de changements climatiques inquiétants, particulièrement pour les populations autochtones isolées et impuissantes.

Cette conférence a été inaugurée par Flavia Schlegel, sous-directrice générale pour le secteur des sciences naturelle à l’UNESCO, par Ségolène Royal, ministre française de l’écologie, du développement durable et de l’énergie, par Cacique Raoni Metuktire, l’un des grands chefs du peuple Kayapo – qui vit dans une réserve protégée de l’un des Etats amazoniens de la partie occidentale du Brésil, appelé Mato Groso – et par Victoria Tauli-Corpuz, rapporteur spécial des Nations Unies pour les droits des peuples autochtones.

La deuxième conférence, sous forme de table ronde, a été animée par le Français Nicolas Hulot, envoyé spécial pour la protection de la planète, par Hindou Oumarou, femme autochtone de la communauté pastorale Mbororo du Tchad, coordinatrice de l’Association des Femmes des Peuples Autochtones du Tchad (AFPAT), et par Diego Pacheco, vice-ministre bolivien de la planification  et de la coordination au Ministère de la planification et du développement.

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©Mourad HAMMAMI

 

« En France, le slogan est «Egalité et fraternité », à présent il est temps de lancer ce slogan qui aura pour appellation : Développement et diversité » a déclaré Nicolas Hulot.

Plusieurs exposés ont été assurés par les intervenants, tous faisant un constat sous forme de réquisitoire exposant la lutte pour la survie auxquels font face ces peuples autochtones face aux changements climatiques.

« Aidez-nous à survivre ! Lance un intervenant des îles Fidji. Aidez nous à continuer à naviguer dans nos canoës sans utiliser des moyens de consommation basés sur des combustibles fossiles ».

A un autre des Iles Philippines de lancer « Il faut que la voix des peuples autochtones soit prise en compte à l’avenir. Toute loi que l’on passera doit protéger les populations autochtones et protéger aussi notre diversité culturelle, ainsi que notre diversité alimentaire ».

A une représentante du Népal de finalement rajouter « Nous ne sommes pas responsables de cette situation, les responsables sont les sociétés de consommation, avec leurs multinationales qui menacent notre existence ».

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©Mourad HAMMAMI

 

COP21: les exigences de l’Afrique

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

Le «  drame climatique  » a finalement eu raison de l’esprit mercantile. Pays industrialisés aussi bien que ceux en développement ont accepté, après plusieurs sommets infructueux, la rencontre de Paris (COP21) comme clef de voûte. Il était impératif de peaufiner un dernier protocole, contraignant, acceptable par tous et propre à conjurer le mal. Moins sévère à l’égard de l’Afrique. 

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La COP21, Paris 2015 (source: journaluniversitaire.com)

 

Le mal, c’est la pollution de l’atmosphère, par les émissions de gaz à effet de serre, principalement du dioxyde de carbone (CO2). Avec pour conséquence le « réchauffement climatique », source de perturbations dangereuses du système climatique : cyclones, inondations, sécheresses, vagues de chaleur, etc. Or, jusqu’il y a peu, la pollution de l’atmosphère, à grande échelle, restait le fait des pays industrialisés, situés tous au Nord, auxquels il faut ajouter, aujourd’hui, la Chine.

Selon les statistiques, à eux seuls les Etats-Unis et la Chine représentent 40 % des émissions du CO2, suivis par l’Union européenne qui affiche 11 %. L’autre moitié est à attribuer au reste du monde dans laquelle le continent africain serait classé en ordre utile. Faute de statistiques précises, en Afrique, le laboratoire d’aérologie du CNRS de Toulouse « évalue » ce taux entre 5 % et 20 %, soulignant que ce ratio serait le fait de l’« émission anthropique », c’est-à-dire provenant des activités d’origine humaine.

Quoi qu’il en soit, comment impliquer avec équité ce continent pauvre dans une telle problématique, où le maître mot a été et sera, à Paris : « restriction » ? Quand on sait que le fonctionnement des industries, globalement, est encore tributaire de l’énergie sur la base du charbon, l’agent polluant par excellence. A ce titre, l’Afrique du Sud et la Chine, les deux géants africain et oriental, constituent un bon exemple, car l’une dépend de cette énergie à 90 % et l’autre à 70 %.

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Les gaz polluants des usines (source: maxisciences.com)

 

Dès le protocole de Kyoto, au Japon, en 1990, qui est l’amorce de la recherche de solutions pour éviter l’asphyxie de la terre, les pays africains ont exprimé cette préoccupation. Elle se traduit en termes de transferts financiers et technologiques, qualifiés de « fonds vert », qui leur permettront de traverser « en douceur » la transition énergétique. Jusqu’à la phase de la prospérité des énergies renouvelables. Avis largement partagé par l’ensemble des pays du Sud, y compris les économies émergentes.

Telle est donc l’exigence de ce bloc, en contrepartie de son engagement à réduire ses émissions du CO2.

La réponse des pays riches a été enregistrée au sommet de Copenhague, en 2010. Ils ont proposé un paquet de 100 milliards d’euros, par an, dès 2012, sur huit ans jusqu’en 2020. Le principe a-t-il été accepté par les Sudistes ? La réponse y étant un brin à la normande, laisse percevoir que ce litige n’est pas encore soldé.

C’est une des questions fondamentales auxquelles la COP21 de Paris devra apporter des réponses. D’autant que les pays pauvres, au sommet climatique de Durban, en Afrique du Sud, en 2011, ont lié le « problème du climat à la lutte contre la pauvreté ».

 

Boko Haram : Barack Obama au Cameroun pour contrer l’influence russe et chinoise?

[Par René DASSIE’]

Après la Russie et la Chine, les États-Unis s’engagent à leur tour auprès du Cameroun dans la lutte contre Boko Haram. Un soutien intéressé, estiment certains observateurs.

Barack Obama annonce le déploiement de 300 militaires au Cameroun (source : europe1.fr)

Barack Obama annonce le déploiement de 300 militaires au Cameroun (source : europe1.fr)

Le président américain Barack Obama a décidé d’envoyer trois cents militaires au Cameroun, pour lutter contre Boko Haram. Il ne s’agit toutefois pas de troupes combattantes : d’après leur feuille de mission dévoilée par la Maison Blanche, ces soldats limiteront leurs actions à la surveillance par voie aérienne et au renseignement. Ils ne sont autorisés à faire usage de leurs armes que pour se défendre.

Quatre-vingt-dix d’entre eux se trouvent au Cameroun depuis lundi, comme l’a indiqué Barack Obama dans une correspondance adressée mercredi aux deux chambres du Congrès.

La durée de leur mission est indéterminée. Ils resteront au Cameroun « jusqu’à ce que leur soutien ne soit plus nécessaire », a écrit le président américain.

Trois cents hommes qui ne prennent pas directement part aux combats c’est peu, lorsqu’on sait que Paul Biya, le président camerounais, a plusieurs fois sollicité ces deux dernières années le soutien de la communauté internationale pour faire face aux islamistes de Boko Haram.

Ce n’est pas rien non plus, lorsqu’on considère l’importance stratégique de la surveillance, surtout aérienne, dans une guerre asymétrique comme celle qui oppose plusieurs États d’Afrique centrale au groupe Boko Haram.

Affaiblis notamment depuis l’entrée dans le conflit mi-janvier de l’armée tchadienne, les islamistes évitent désormais les confrontations frontales, n’attaquant que sporadiquement pour se fondre ensuite dans la nature, et recourent massivement aux attentats-suicides.

Les renseignement que fourniraient les militaires américains pourraient donc s’avérer précieux dans ce contexte. Ils permettraient notamment d’observer les mouvements suspects entre le Cameroun et le Nigeria dans le but d’anticiper les attaques. Les soldats africains pourraient aussi plus facilement contrer les mouvements de repli des combattants islamistes, qui s’en prennent régulièrement aux villages isolés et peu protégés.

Des interrogations subsistent cependant, au sujet des motivations de Washington, qui s’est jusqu’ici montrée réticente à entrer dans cette guerre. Pourquoi Barack Obama a-t-il en effet décidé de fournir au Cameroun un appui qu’il a refusé au Nigeria, où Boko Haram est né et fait le plus grand nombre de victimes ? Pourquoi vole-t-il au secours de Paul Biya, que son pays considère pourtant comme un dictateur ayant du sang sur les mains, tout en refusant d’aider Muhammadu Buhari qui, lui, bénéficie d’une incontestable onction démocratique ?

Lors de son séjour aux États-Unis en juillet dernier, le président nigérian n’avait en effet pas caché sa désolation vis-à-vis du refus des Américains de lui fournir des armes pour combattre Boko Haram. Pour M. Buhari, Washington était même coupable, par ce refus, de soutenir indirectement les islamistes qui se sont lourdement équipés en pillant les réserves de l’armée régulière pendant le mandat de l’ancien président Goodluck Jonathan.

Seidik Abba. © RFI/Sébastien Bonijol

Seidik Abba. © RFI/Sébastien Bonijol

Dans une interview accordée à France 24, Seidik Abba, journaliste et écrivain nigérien spécialiste de la région, rappelle les raisons, déjà connues, de la réticence de Washington à livrer des armes à Abuja.

« Les Américains ne sont pas satisfaits de la façon dont l’armée nigériane se comporte et estiment que le Nigeria n’est pas respectueux des droits de l’Homme », déclare-t-il. Une loi dite « Leahy », comme l’explique France 24, empêche en effet l’administration américaine d’aider militairement un pays accusé de violation des droits de l’Homme. Et au Nigeria, les droits de l’Homme sont massivement violés.

Dans son rapport de septembre 2014, l’ONG Amnesty International signalait en effet de nombreuses exactions commises à l’encontre de la population civile par les militaires nigérians, lesquels auraient massivement torturé, violé et tué indistinctement des femmes, des hommes et des mineurs lors de leur traque des islamistes.

« Fin 2014, lorsque les relations entre les deux pays commençaient à se tendre, Washington avait cessé d’entraîner un bataillon de l’armée nigériane, en raison de désaccords sur la gestion de la gouvernance », ajoute Seidik Abba.

Cependant, à l’observation, les griefs du gouvernement américain à l’égard du Nigeria pourraient s’appliquer point par point au Cameroun.

Vu de Washington en effet, le gouvernement camerounais n’est pas non plus exemplaire au sujet du respect des droits de l’Homme. Bien au contraire. Ces dernières années, le Département d’État a régulièrement épinglé Yaoundé sur la question des droits et libertés des citoyens.

Son dernier rapport publié il y a quelques mois décrit d’ailleurs une situation particulièrement alarmante. Les prisons y sont présentées comme de véritables mouroirs atrocement surpeuplés dans lesquels la malnutrition, la promiscuité et l’insalubrité font le lit de toutes sortes de maladies contagieuses qui déciment les prisonniers. Parallèlement, souligne le rapport, depuis le début de la guerre contre Boko Haram, les autorités camerounaises ont procédé à de nombreuses arrestations suivies de détentions arbitraires.

Yaoundé a également limité la liberté de manifester, en promulguant une loi controversée dite anti-terroriste qui punit de la peine de mort toute protestation publique de nature à gêner le fonctionnement des institutions.

Le rapport du Département d’Etat signale enfin des prisonniers politiques, à l’instar de l’ancien ministre de l’Intérieur, Marafa Hamidou Yaya, condamné à 25 ans de prison pour « complicité intellectuelle » dans une affaire d’achat d’avion présidentiel qu’il n’avait pas eu à gérer.

Amnesty International ne dit pas autre chose. L’ONG soutient que l’armée camerounaise s’est rendue coupable de nombreuses exactions à l’égard des civils. Comme l’armée nigériane.

Dans son dernier rapport publié il y a quelques semaines, Amnesty International indique que les militaires déployés par Yaoundé dans l’extrême-nord du pays où sévissent les islamistes ont procédé à des centaines d’arrestations arbitraires et ont massivement recouru à la torture.

Plusieurs dizaines de personnes auraient trouvé la mort dans ces conditions. L’ONG a décrit des cellules surpeuplées dans lesquelles des dizaines de détenus sont morts étouffés. Le gouvernement camerounais a d’ailleurs reconnu qu’il y avait eu des incidents, même s’il a tenté de les minimiser.

Si l’on s’en tenait donc strictement au critère du respect des droits humains, Yaoundé ne serait pas mieux placée qu’Abuja pour recevoir un soutien militaire de Washington.

Alors pourquoi ? Barack Obama est resté silencieux sur les raisons qui l’ont motivé à envoyer des forces au Cameroun.

Sur les réseaux sociaux, son soutien au gouvernement camerounais alimente les conjectures parmi les Camerounais. Certains y voient une réponse à l’appel à l’aide de Paul Biya, ce qui constitue donc une victoire diplomatique pour celui-ci. Cela paraît peu probable, au regard du refroidissement des relations entre Washington et Yaoundé.

En août 2014, le ministre camerounais de la Communication, Issa Tchiroma Bakary, avait déclaré à Yaoundé, peu après le retour de la délégation camerounaise du sommet États-Unis – Afrique, que « Barack Obama n’a pas à nous dicter la démocratie ». Particulièrement remonté, le ministre répondait à un journaliste qui avait sollicité son avis, lors d’une conférence de presse, sur la décision du gouvernement américain de conditionner l’octroi de l’aide au développement à la transparence politique et au respect des droits de l’Homme. Deux critères que le Cameroun ne remplit assurément pas.

D’autres observateurs pensent que l’appui militaire de Barack Obama n’est pas désintéressé, mais vise en réalité à contrer l’influence sino-russe, qui, via le Cameroun, pourrait s’affirmer dans le golfe de Guinée.

Melvin Akam

Melvin Akam

Ancien rédacteur en chef du quotidien Le Messager basé à Douala, Melvin Akam observe ainsi sur sa page Facebook que « Le Cameroun est peut-être le seul pays au monde qui parvienne à unir les USA, la Russie, la Chine et la France dans un conflit ». Un constat qui semble cadrer avec la réalité.

En janvier, l’ambassadeur russe à Yaoundé, Nikolay Ratsiborinsky, avait déclaré à la radio nationale que son pays allait fournir au Cameroun « quelques armements et systèmes les plus sophistiqués de dernière génération ». Parmi lesquels « l’artillerie, y compris l’artillerie de missile, la protection aérienne, le système anti-aérien de missiles et de canons, le transport de personnel, les camions blindés et les autres équipements et armements. »

D’autre part, peu ou prou boudé par Paris, le gouvernement camerounais s’est tourné vers la Chine pour améliorer ses capacités militaires et acquérir des armements. En juin 2014, des journaux du cru avaient signalé la présence de trois navires de guerre chinois sur la côte atlantique, près de la ville de Douala. Marins chinois et locaux auraient à cette occasion mené des exercices conjoints.

Le 7 août, Paul Biya recevait en audience Wang Lin, dirigeant de deux consortium chinois spécialisés entre autre dans la vente des matériels militaires. C’était au plus fort d’une controverse impliquant l’ancien ministre camerounais délégué à la Défense, Edgar Alain Mebe Ngo’o, au sujet de l’achat des armes en Chine. M. Mebe Ngo’o qui vient de perdre le portefeuille de la Défense pour celui moins prestigieux des Transports était alors accusé par voie de presse d’avoir acheté en Chine, dans des conditions douteuses, des équipements lourds, notamment des blindés et des hélicoptères Z8 dont certains s’étaient révélés défectueux.

Russes et Américains qui en Syrie soutiennent des camps opposés pourraient-ils s’accorder au sujet de la lutte contre Boko Haram ?

 

 

Festival de Douarnenez : un représentant de la confédération indigène Tayrona parle

[Par Marie-Angélique INGABIRE]

Arhuaco, Kankuamo, Kogui et Wiwa : voici les quatre tribus autochtones qui vivent au cœur de la Sierra Nevada. Cette région se trouve au nord de la Colombie, c’est la plus haute montagne côtière du monde avec une altitude qui culmine à 5800 mètres. Le mode de vie de ce peuple se base sur une « cosmovision », qui suppose le respect de la biodiversité.

Ricardo Camilio Niño Izquierdo © Marie-Angélique Ingabire

Ricardo Camilio Niño Izquierdo © Marie-Angélique Ingabire

Avant la conquête espagnole, ces populations vivaient de l’agriculture de subsistance. Avec l’arrivée des colons, ces familles se sont vues expropriées au profit des entreprises internationales et des propriétaires privés. Ces derniers  concentrent leurs activités dans des régions basses et, de ce fait, les autochtones sont contraints de s’entasser en haut des montagnes.

Ricardo Camilio Niño Izquierdo, citoyen arhuaco, a été choisi pour représenter la confédération indigène Tayrona au Festival Douarnenez. Cette organisation autochtone à caractère national se bat pour la récupération des terres de ses ancêtres car pour eux, le développement doit se faire selon un autre schéma : le capitalisme ne devrait pas primer sur  l’écosystème.  Ils revendiquent les terres basses auxquelles ils ont de moins en moins accès. Leur objectif  est de faire redescendre des gens vivant dans des hautes altitudes afin de pouvoir récupérer à la fois leurs terres sacrés et conserver la biodiversité.  Le militant arhuaco souligne que la Sierra Nevada est le point zéro des neuf écosystèmes de la biodiversité, dont des systèmes uniques à cette région au monde.

Pour mener à bien leur combat, les indigènes de la Sierra Nevada utilisent deux types de méthodes. La première s’en remet à la spiritualité et  leur culture. « Nous recourons à la spiritualité comme le reste du monde a recours à l’argent. Nous  prenons l’enseignement des mamos, nos guides spirituels, qui ont reçu l’éducation sur la conservation de la biodiversité, comment gérer l’eau et d’autres éléments naturels qui sont indissociables de la vie», précise Ricardo Camilio.

La seconde méthode consiste à porter plainte et obliger des entreprises qui veulent s’implanter de procéder d’abord à des études devant permettre la sauvegarde de la biodiversité.

Certaines organisations non-gouvernementales, dont la mission est la protection de l’environnement aident au rachat des terres pour les rendre aux indigènes afin qu’ils les gèrent de manière écologiquement saine. Le gouvernement colombien développe le bas de la montagne ; la région a vu la croissance accélérée des activités économiques dans des grandes villes comme Santa Martha ainsi que la construction des grandes routes facilitant l’accessibilité. Tout cela a un impact que ces indigènes jugent délétère car le prix des terres a tellement flambé qu’ils ne font plus le poids face aux investisseurs internationaux.

Comme le souligne Ricardo Camilio, le festival constitue pour son peuple une opportunité de faire entendre sa voix, car la portée de la cosmovision est universelle.

ONU : une résolution historique adoptée sur la protection des journalistes, RSF se réjouit !

[Par Makaila NGUEBLA]

Sur proposition de Reporters Sans Frontières (RSF), le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté à l’unanimité, ce mardi 27 mai 2015 à New-York, une résolution en faveur de la protection des journalistes. L’organisation a salué dans un communiqué cette « décision historique ».

Christophe Deloire de Reporters Sans Frontières Crédits : Makaila Nguebla

Christophe Deloire de Reporters Sans Frontières
Crédits : Makaila Nguebla

Présent à la tribune du Conseil de sécurité de l’ONU, Christophe Deloire, Secrétaire général de RSF, a clairement salué l’adoption de la résolution 2222 (2015) sur la protection des journalistes qui se trouvent dans les zones de conflit armé dans le cadre de l’exercice de leur métier. « C’est un jour historique pour la protection des journalistes, mais au-delà, nous l’espérons, pour la liberté de l’information » a t-il déclaré devant les ambassadeurs des 15 Etats membres du Conseil de sécurité et d’une cinquantaine d’Etats membres de l’ONU.

Hommage à RSF

Pour sa part, Ban Ki-moon, Secrétaire général des Nations Unies, a quant à lui, rendu hommage au travail de l’organisation Reporters Sans Frontières qui veille sur la défense et la protection des journalistes.
« Depuis l’adoption de la résolution 1738 en 2006, jamais le Conseil de sécurité n’avait statué sur ce thème crucial » relève l’organisation. Reporters Sans Frontières a recensé, en dix ans, 700 journalistes qui ont été tués dans l’exercice ou en raison de leurs fonctions.
L’organisation affirme avoir formulé des recommandations relatives au « droit à la liberté d’expression » et c’est la première fois qu’une résolution du Conseil de sécurité fait référence à cette question. Pour RSF « ce document affirme que le travail des médias libres, indépendants et impartiaux constitue un des fondements essentiels d’une société démocratique, et de ce fait peut contribuer à la protection des civils ».

Obligations des Etats de protéger les journalistes

« On demande aux Etats de remplir toutes leurs obligations en matière de protection des journalistes lors des conflits armés, et exige des comptes-rendus sur la sécurité des journalistes lors des opérations de maintien de la paix des Nations unies » a poursuivi RSF dans son communiqué. Lors de son allocution devant le Conseil de sécurité, Christophe Deloire a réclamé un mécanisme de contrôle du respect des obligations des Etats membres concernant la sécurité des journalistes au regard du droit international. « Le Conseil de sécurité, l’Assemblée générale, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU comme l’Unesco travaillent incontestablement à la protection des journalistes. Mais en dix ans, plus de 700 journalistes ont été tués dans l’exercice de leurs fonctions. Combien de journalistes devront être tués avant que les résolutions de l’ONU soient appliquées ? Il est temps que des actions concrètes soient entreprises, avec notamment la nomination d’un représentant spécial sur la protection des journalistes auprès du secrétaire général des Nations unies » a t-il indiqué.

Saisine de la CPI pour lutter contre l’impunité

En outre, C. Deloire a plaidé afin que le Conseil de sécurité saisisse la Cour pénale internationale à propos des situations qui prévalent en Syrie et en Irak, où des crimes sont commis à l’encontre des journalistes, soulignant avoir adressé le 27 avril, une lettre au secrétaire général de l’ONU, lui demandant d’intercéder sur cette question. L’organisation dresse un sombre tableau sur la situation des journalistes dans les pays où règnent des conflits armés. Selon RSF, depuis le début du conflit syrien, 45 journalistes et près de 130 net-citoyens ont été tués. En Irak, plus de 15 journalistes ont connu le même sort depuis 2013.
Pour ce qui concerne la Syrie et l’Irak, RSF soutient que les journalistes sont délibérément visés par différentes parties du conflit. Ils sont enlevés, assassinés ou décapités, victimes d’homicides, de torture ou de traitements inhumains, de prises d’otage ou de détentions arbitraires. Il ajoute également que « ces crimes peuvent être qualifiés de crimes de guerre au sens des dispositions de l’article 8 du Statut de Rome ».

Protection élargie aux journalistes non professionnels

Du haut de la tribune de l’ONU, le Secrétaire général de RSF a plaidé également pour la protection des journalistes non professionnels. « Il est crucial que le Conseil de sécurité continue à porter la protection des journalistes comme une priorité et élargisse le champ des protections aux journalistes non professionnels et en temps de paix, a-t-il souligné. Il a appelé le Conseil de sécurité à assigner « des obligations aux Etats au-delà des situations de conflits armés ».

CUBA : La dictature du marketing

[Par Jesús ZUÑIGA]

Cliquez ici pour télécharger la version originale en espagnol

Traduit de l’espagnol par Rébecca Tural

Dans le palais d’un ancien dictateur déchu, des élèves portant de grands foulards rouges les identifiant comme étant des « pionniers » du Parti Communiste écoutent un guide qui leur parle des bienfaits de la Révolution.
Pendant leur visite du bâtiment, les petits observent, étonnés, un vieux pistolet, la chemise ensanglantée d’un combattant, le moteur d’un avion-espion américain qu’on a abattu. Puis, ils arrivent près du yacht Granma sur lequel Fidel Castro et ses guérilleros ont débarqué ; les bottes de combat qu’a utilisées son frère cadet sont là aussi. Ce sont celles du Général Raúl, qui l’a remplacé au pouvoir en 2006 et qui affirme qu’il ne fera rien qui « contredise l’héritage de Fidel ».

(source :  Oswaldo Rivas/Reuters)

(source : Oswaldo Rivas/Reuters)

Le palais de Fulgencio Batista – l’ancien dictateur de Cuba –, renversé par Fidel Castro, est aujourd’hui un musée à la gloire de la Révolution, et, à ces enfants qui ont entre 6 et 9 ans, on leur dit qu’ils sont les héritiers d’un gouvernement communiste que vient d’avoir 56 ans.
« Nous, les Castro, nous vivons longtemps », a dit Raúl, répondant à contretemps à un commentaire déjà ancien de l’ex-président chilien, Sebastián Piñera. Ceux qui se sont rebellés contre la dictature militaire de Batista ont établi à Cuba une autre dictature militaire huit fois plus longue. La différence principale entre Batista et les frères Castro est le marketing. Comment peut-on encore considérer Cuba comme une démocratie après 56 ans au pouvoir des mêmes dirigeants ? Cuba est sans aucun doute la meilleure école pour dictateurs.

La révolution qui menace les Castro

Dans ce contexte, à Cuba, un très petit nombre des 11,3 millions d’habitants a accès à Internet ; les Cubains n’ont d’ailleurs ni beaucoup de temps ni beaucoup d’intérêt à se connecter, puisque leur préoccupation principale est de savoir comment survivre, jour après jour, obligés de se débrouiller du fait d’une économie à cause de laquelle il est difficile d’obtenir du papier toilette ou de la viande de bœuf.
Après avoir essayé pendant plus de huit ans de modérer certains des contours de son régime orthopédique, Raúl Castro reste décidé à éliminer tout ce qui menacerait sa permanence au pouvoir et qui pourrait le rayer de la carte comme cela est arrivé à l’ancienne puissance protectrice, l’ex-Union Soviétique, que presque personne n’a regrettée. Et pourtant, même sous de telles conditions de vie dans la Cuba d’aujourd’hui, une nouvelle proposition électrisante commence à faire rêver beaucoup de gens sur l’île comme à l’extérieur, entrevoyant peut-être un changement à Cuba.

Depuis le 17 décembre 2014, la presse internationale publie beaucoup de « unes » concernant Cuba. Dans une déclaration conjointe, retransmise simultanément depuis Washington et La Havane, Barack Obama et Raúl Castro, respectivement, annonçaient le lancement de discussions dans le but de rétablir les relations diplomatiques après plus de 50 ans de « guerre froide » entre les Etats-Unis et Cuba.
Cette simple annonce officielle a signifié, comme dans une course de chevaux, le coup d’envoi d’une concurrence entre les firmes technologiques les plus puissantes du monde, Google, Netflix, Apple, pour ne citer qu’elles, pour s’installer à Cuba-patrie du rhum, du cigare, du sucre et du Buena Vista Social Club, une île qui en plein XXI ème siècle vit encore dans l’ère des grottes, alors que, des îles Fidji à Malte en passant par l’Islande et Madagascar les citoyens profitent de la télévision par satellite, de la téléphonie mobile et d’Internet.

En 1996, le régime communiste de La Havane a promulgué le décret-loi 209, qui établit que l’utilisation d’Internet ne peut être autorisée si elle « viole les principes moraux de la société cubaine ou les lois du pays ». Le ministre des télécommunications, Ramiro Valdés, a même déclaré que « Internet est un outil d’extermination globale qu’il faut contrôler quel qu’en soit le prix ».
Mais au milieu des extrémistes du dogme dictatorial et totalitaire imposé par la force, de nouveaux visages ont surgi à Cuba : rappers, gays, travestis et transsexuels, adolescents portant des tatouages et des piercings au nombril, utilisateurs d’antennes satellites pirates… Sans compter l’augmentation de la consommation de drogue et celle de la prostitution. Tout cela, en plus d’une société civile indépendante qui existe toujours : dissidents, journalistes indépendants, blogueurs, « Dames en blanc » (« Damas de blanco »)…

Fidel Castro

Fidel Castro

Fidel et Raúl et leurs expériences meurent à petit feu. Le capitalisme commence à s’installer peu à peu sur l’île : les Cubains peuvent enfin en sortir s’ils obtiennent un visa… Et la dictature a beau essayer de bloquer Internet et les réseaux sociaux, l’ingéniosité des cubains finira par s’imposer face aux interdictions absurdes.

Cuba continue d’être un des pays les plus fermés au monde. Les frères Castro maintiennent leur contrôle à l’aide de la peur et d’un système répressif bien huilé, mais qui à présent montre ses limites.
Il n’est plus impensable que le Congrès des Etats-Unis lève l’embargo à l’égard de Cuba, mais il ne devrait pas le faire tant que l’île n’améliorera pas son passif criminel en matière de droits de l’homme, ne démocratisera pas son système politique et ne fera pas de place à ses dissidents et à la presse indépendante interne.
A Cuba, la liberté est un problème biologique, et la démocratie peut seulement survenir à la suite d’un problème de santé. Je n’ose pas faire de pronostic à propos de la fin du castrisme, mais je suis de ceux qui pensent qu’il ne faut pas attendre la mort de Fidel et de Raúl Castro pour que Cuba change.
En fin de compte, les dictateurs ne doivent pas mourir au pouvoir, mais en prison.

 

 

« La mafia made in Canada s’appuie sur les 3 C » : Interview à Marie-Maude Denis

Propos recueillis par Larbi GRAÏNE

Journaliste, Marie-Maude Denis a fait un passage dans les faits divers avant de devenir journaliste d’enquête à Radio ­Canada. Ses reportages sur la corruption au Canada lui ont permis de découvrir que la mafia est tapie là où on l’attend le moins. Rencontrée en marge de la cérémonie de remise du Prix Albert Londres à Bordeaux, elle nous livre sa perception de la mafia made in Canada. Entretien.

Marie-Maude Denis (Photo tirée par le site : http://blogues.lapresse.ca/)

Marie-Maude Denis (Photo tirée par le site : http://blogues.lapresse.ca/)

Vous avez relevé l’existence de la corruption au Canada, pourquoi vous focalisez-­vous spécialement sur le secteur de la construction ?

Il y a peut-­être de la corruption dans d’autres secteurs d’activité, mais l’enquête que j’ai menée en tant que journaliste révèle que c’est surtout dans le domaine de la construction que la corruption a atteint des degrés peu banals. C’est un secteur très important de l’économie, et c’est vraiment là-­dessus que nos recherches sont concentrées.

Pour vous donner un ordre de grandeur, rien que pour le ministère des Transports du Québec, le budget alloué au titre du programme quinquennal d’infrastructure s’est élevé à quarante-­deux milliards de dollars. Cette somme a donc été dépensée en cinq ans pour financer les infrastructures au niveau provincial, sans compter les dépenses couvrant les réalisations au niveau des mairies, des municipalités, ainsi qu’au niveau du gouvernement fédéral. On saisit donc l’importance et l’ampleur de ce secteur économique.

Comment se caractérise la corruption au Canada ?

A force de reportages et de révélations, on est arrivé à forger l’expression des « 3 C » qui renvoie à la corruption, la collusion et le crime organisé. Nos enquêtes ont démontré l’existence d’une collusion entre les différentes entreprises de construction et les firmes de génie-­conseil pour truquer les appels d’offres publics. Quant au crime organisé, il sert en quelque sorte de chef d’orchestre dans certains contrats de construction. Au passage on impose une taxe, ce qui est un phénomène complètement illégal et criminel. Pour ce qui est de la corruption, elle se manifeste sous la forme de financements occultes de certains partis politiques par des firmes de construction et de génie-­conseil, qui au Québec n’ont pas le droit de financer les partis politiques. Grâce à un système de prête-noms, ces firmes ont trouvé le moyen de donner de l’argent aux partis politiques, qui en retour leur facilitent l’obtention de contrats.

Photo tirée par http://ici.radio-canada.ca/

Photo tirée par http://ici.radio-canada.ca/

Pourriez­-vous être plus explicite quant à cette collusion ?

La collusion s’opère entre les entrepreneurs en construction qui se mettent d’accord pour truquer le processus normal d’appel d’offres, qui veut que la plus basse soumission remporte l’appel d’offres. Les règles du jeu sont connues, plusieurs entreprises de construction proposent un montant à la municipalité ou au gouvernement. Pour réaliser telle route, elles vont dire moi je vais pouvoir faire cela pour tant de millions, et l’entreprise qui aura proposé le prix le plus bas remporte le contrat dans le cadre d’une compétition loyale. Mais dans la réalité, ces entrepreneurs censés se livrer une compétition acharnée sont de mèche pour truquer l’opération. Ils montent une fausse compétition, pas une vraie, ce qui du coup leur permet de gonfler artificiellement les coûts des travaux d’infrastructure.

En ce moment, plusieurs de ces entrepreneurs sont assignés en justice. Ils auraient donné des pots­-de­-vin à certains maires. La justice continue d’examiner ces affaires et des procès vont avoir lieu. Ces actes répréhensibles visaient surtout à obtenir l’information privilégiée à même d’orienter au mieux les affaires ou d’influencer les politiciens pour obtenir tels ou tels contrats.

Pourquoi les partis politiques auraient-­ils eu besoin de recourir aux caisses noires alors qu’ils sont dans un système démocratique ?

C’est pour avoir plus d’argent. Chez nous, officiellement, les partis politiques sont financés par les cotisations populaires. C’est de moins en moins vrai, les citoyens ordinaires donnent de moins en moins aux partis politiques, et ce depuis de nombreuses années. Il s’ensuit que les partis politiques se sont tournés vers ces caisses-­là. Les campagnes électorales avec la publicité coûtent de plus en plus cher. Pour comprendre le système, sachez qu’il y a un manque à gagner sur les cotisations des citoyens ; pour financer leurs campagnes électorales, ils sont contraints de voir du côté des caisses noires, le but ultime des partis étant de prendre le pouvoir.