La hâte veut que j’oublie

Un poème de Rana ZEID.
Traduit de l’arabe au français par Dima Abdallah‏.

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L’amour
Tend doucement sa main
Près de mon cœur
Grimpe sur l’obscurité légèrement penchée
Le soir,
Le monstre enfonce rapidement
Un couteau dans mes entrailles,
Je ne crois pas à ma mort,
Eux, comme moi, sont des morts mais ils sont oubliés,
Eux telles les algues de mer
Tiennent une petite tortue
Et rient.
Ma hâte veut que j’oublie
Une chose que je ne connais pas,
Elle court comme une folle avec mon monstre fatigué
Pour que je l’oublie
Pour que j’oublie cette terre en dessous de moi
Alors qu’elle m’amadoue
Après trente ans de hâte
Dans les soupirs et les plaisirs,
Je sais désormais que je suis la plus lente
En amour,
Je joue en compagnie de mon monstre avec les ficelles de la mort,
Je lui donne tout mon pain,
Il le mange tel un lapin apeuré
D’un passé qui le poursuit
Laissant la lenteur derrière lui sur la route.

 

 

Réfugiés : Syrie, l’œil de Adi Mazen

[Par Adi MAZEN]

Les réfugies sont en constante augmentation : ils sont actuellement plus de 50 millions, en ne comptant que ceux qui figurent sur les listes de l’organisme spécialisé des Nations Unies. A lui seul, mon pays, la Syrie, compte près de neuf millions de réfugiés, contraints d’abandonner leurs maisons et leur travail.

Six millions d’entre eux sont déplacés à l’intérieur de la Syrie. Les trois millions restant ont été obligés de chercher un asile à l’extérieur, dans les pays environnants et aux quatre coins du monde. Nombre d’entre eux n’ont pas eu d’autre choix que de mettre leur vie en péril, de subir toutes sortes d’exactions, d’accepter de se faire extorquer, de prendre le risque de périr en mer, comme cela s’est passé pour quelques centaines d’entre eux, il y a quelques mois, au large des côtes de l’Italie et de la Grèce.

Adi Mazen [ Photo tirée de la vidéo réalisée par Aurore Chatras de l’Agence CAPA : www.maisondesjournalistes.org/?p=3077 ]

Adi Mazen [ Photo tirée de la vidéo réalisée par Aurore Chatras de l’Agence CAPA : www.maisondesjournalistes.org/?p=3077 ]

 

Pour prendre la mesure et pour traiter comme il convient, dans toutes ses dimensions humaines et économiques, la question des exilés volontaires et des réfugiés sous la contrainte, nous ne devons pas nous dissimuler sa dimension politique. La tyrannie, l’oppression, la discrimination, le déclenchement de guerres injustes, le renoncement de la communauté internationale à ses obligations envers les peuples du monde et à son devoir de protéger les droits fondamentaux qui figurent dans les pactes et chartes internationaux, ont contribué à des désastres humanitaires considérables.

Les journalistes et les artistes réfugiés aspirent à être les ambassadeurs de leurs pays et à exposer au monde les problèmes humains dont ils ont été eux-mêmes les victimes. Des circonstances difficiles les ont arrachés à leur milieu de vie et à leur patrie, et les ont conduits à chercher refuge dans de nouveaux territoires. Certains d’entre eux ont eu la chance d’être accueillis dans des pays démocratiques, respectueux des Droits de l’Homme, comme la France.

J’ai été accueilli à la Maison des Journalistes de Paris, quelques jours après mon arrivée en France, au début de 2012. D’autres journalistes et activistes engagés dans le secteur des médias y avaient été accueillis avant moi, et d’autres m’y ont succédé, Syriens et de différentes nationalités. En dépit de ses moyens limités, cette Maison continue de rendre de très grands services, en particulier au moment où les réfugiés arrivent en France. Nous lui sommes tous profondément reconnaissants.

Dès le début du soulèvement populaire pour la liberté et la dignité en Syrie, en mars 2011, j’ai pris une part active dans la diffusion de l’information et l’animation politique. J’ai répondu aux questions des chaines de télévision et des radios arabes et internationales, pour contribuer à témoigner de la réalité des faits, pour exprimer mon opinion et pour briser l’omerta que le pouvoir dictatorial en place en Syrie entendait imposer à l’information. Je voulais aussi dévoiler les crimes commis par ce pouvoir au détriment des manifestants pacifiques, qu’il tuait ou emprisonnait. J’ai constamment affirmé que la crise politique et nationale provoquée par les méthodes du régime syrien durant les quarante années de « pouvoir assadien », transmis de père en fils, exigeait un traitement politique radical. Cette solution politique radicale devait respecter la volonté du peuple et faire progressivement passer le pays d’un système de pouvoir totalitaire à un système national démocratique, pluraliste, respectueux des libertés publiques, fondé sur le principe de l’Etat civil moderne, attaché aux Droits de l’Homme et aux principes de la justice sociale. Comme d’autres activistes, j’ai de ce fait été soumis à des poursuites. J’ai été arrêté durant cinq mois. Quelques semaines après avoir été libéré, j’ai de nouveau été poursuivi, ce qui m’a obligé à quitter mon pays pour poursuivre, depuis l’extérieur, mon activité militante. Je me suis retrouvé dans une situation que je n’aurais jamais imaginée : celle du réfugié.

Parmi les victimes du conflit syrien, les déplacés et réfugiés en Syrie même et dans les pays voisins. Alep, le 2 janvier 2013. REUTERS/Muzaffar Salman

Parmi les victimes du conflit syrien, les déplacés et réfugiés en Syrie même et dans les pays voisins. Alep, le 2 janvier 2013. REUTERS/Muzaffar Salman

Une multitude de facteurs ont contribué à pousser la Syrie dans la voie de la militarisation et de l’internationalisation :
a. l’autisme du « pouvoir assadien », dont le passé fasciste entre 1980 et 1982 est connu de tous ;
b. le soutien inconditionnel dont le régime bénéficie de la part de ses alliés régionaux et internationaux ;
c. sa décision de lancer l’armée et les milices contre des centaines de milliers de manifestants dans la plupart des villes et agglomérations de Syrie ;
d. son recours à une violence effrénée, résumée dans le slogan « Al-Assad ou nous brûlons le pays », face à un mouvement dont Bachar al-Assad a lui-même reconnu qu’il était resté strictement pacifique durant quelque 6 (six) mois, au cours desquels près de 10 000 (dix mille) jeunes gens ont péri ;
e. la lâcheté de la communauté internationale et sa réticence à secourir et protéger la révolution civilisée du peuple syrien confronté à la violence et la tyrannie…

L’intervention en Syrie des milices libanaise (le Hezbollah) et irakienne (Abou al-Fadl al-Abbas), appelées à la rescousse par le « pouvoir assadien » et placées sous l’autorité des Pasdaran iraniens, a compliqué la situation. Elle a favorisé le radicalisme et le fondamentalisme. Le phénomène du djihadisme s’est développé. Nous en voyons les terribles conséquences sur les populations des pays voisines, l’Irak et le Liban. Tout cela, conjugué à d’autres facteurs, a provoqué un surcroit de destruction et l’exode de centaines de milliers de nouveaux réfugiés.

Mais, en dépit de la situation catastrophique face à laquelle il s’est retrouvé, alors qu’il aspirait à la liberté et à l’établissement d’un Etat démocratique, le peuple syrien continue de se battre pour exprimer sa volonté et son refus de tout extrémisme.

Un ange hésitant

Un poème de Rana ZEID.
Traduit de l’arabe au français par Dima Abdallah‏.

 

Crédit photo : Muzaffar Salman

Crédit photo : Muzaffar Salman

Tu disais :
Dans ta trentaine je t’aimerai encore plus.
Et je te demandais :
Es-tu un arbre qui endure le bruit du matin ?
Je tâtonne ton visage Ô l’arbre !
Et sur toi des centaines d’oiseaux turbulents
Et les pommes véreuses.
Dans ma trentaine
Légère je suis sur les routes,
J’invente le vent qui
Veut clore une saison maussade,
Je suis une femme
J’étais un monstre
Comme ils m’ont rêvée,
Aux mains sans doigts
Pour caresser la lenteur de leurs désirs
Pour s’assoir à une table
Débordante de pas vers lui.
Sur le lit
J’ai l’apparence d’un ange hésitant
Je tiens dix fleurs de jasmin fanées,
Et je ferme le coffre des souvenirs noirs.

 

 

N’est brume que moi

Un poème de Rana ZEID.
Traduit de l’arabe au français par Dima Abdallah‏.

© Muzaffar Salman‏

© Muzaffar Salman‏

Je suis Ô Dieu une feuille jaune

Et toi cinq saisons,

Et une chatte affamée

Qui s’amuse de mon angoisse avec ses griffes.

Je ne vois pas ce qu’il y a derrière la vitre sale

Je hume seulement l’air printanier,

Les fissures dans les murs aspirent mon âme

Loin,

Les feuilles jaunes

Près de mon cœur

Sont mon cœur.

Tout ce qui est au-dessus des pierres

Dans le puits

Ce qui est au-dessus de moi

Me fait chanter

Pour une ville blanche,

N’est brume que moi

Sur la route vers elle,

Tout ce qui vient de la faiblesse de l’amour

Pour moi seule,

Mes doigts ne sont pas faits pour les paroles rapides

Je fais vite seulement,

Pour que Dieu me jette au paradis.

 

 

 

 

Gaza-Mali : l’indignation sélective de l’extrême gauche française

[Par René DASSIE’]

L’extrême gauche française qui manifeste en faveur des populations de la bande de Gaza s’était montrée indifférente l’année dernière aux souffrances infligées par les islamistes aux populations du Nord-Mali.

Photo tirée de www.africapresse.com

Photo tirée de www.africapresse.com

Depuis le déclenchement début juillet dans la bande de Gaza de l’offensive militaire israélienne contre le Hamas et le Jihad islamique palestinien en réponse aux tirs de roquette sur plusieurs grandes villes de l’Etat hébreux, l’extrême gauche française mène la charge à Paris, contre Tel-Aviv.
Au menu, multiplication des sorties médiatiques d’indignation face aux bavures de l’opération « Bordure protectrice », haro sur le gouvernement Hollande taxé de complicité avec Israël, mais surtout, défi des interdictions administratives de manifester. Ainsi, alors que le Hamas désormais sûr de sa victoire médiatique eu égard au déséquilibre des forces et de victimes de part et d’autre rejette toute proposition de cessez-le-feu qui accorderait un répit aux populations gazaouites, le Parti de Gauche de l’outrecuidant Jean-Luc Mélenchon ne voit dans ce conflit qu’une « monstrueuse punition collective infligée à la population, enfermée dans Gaza par ses bourreaux ».
Evidemment, pas un mot n’a été prononcé de ce côté-ci contre les débordements antisémites qui ont ponctué les manifestations à Paris et en banlieue, plongeant la communauté juive de France dans une profonde inquiétude.

L’année dernière, la même extrême gauche s’insurgeait contre l’opération « Serval », un secours militaire apporté par la France au Mali, un pays d’Afrique de l’Ouest considéré comme une démocratie exemplaire, dont la stabilité était fortement compromise par une invasion djihadiste partie du Sahel.
Alors que les Maliens assistaient impuissants à l’instauration dans le nord de leur pays d’un Etat religieux basé sur la charia par les islamistes du Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) et leurs affidés d’Ansar Dine, Jean-Luc Mélenchon jugeait « condamnable » l’initiative française soutenue par la communauté internationale. Dans la même lancée, le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) d’Olivier Besancenot traitait « Serval » d’ « intervention néocoloniale sous leadership français ».
Même les prémisses de la vie selon la charia, les mains et pieds de voleurs coupés sur la place publique à Gao dans le nord du Mali par les justiciers islamistes, la suppression des droits des femmes soumises à un code vestimentaire contraignant ou sommées de rester cloîtrées chez elles n’avaient pas ébranlé les certitudes d’Olivier Besancenot et ses amis qui, pourtant, lors de leurs manifestations anti-guerre à Paris claironnaient « l’humain d’abord ».
On sait qu’en France, les formations de l’extrême, NPA qui avait présenté une candidate voilée aux élections régionales en tête, ambitionnent de devenir des partis de masse et manœuvrent pour séduire les banlieues à majorité musulmane. Ceci explique peut-être cela.

Gaza, quand le nombre de victimes ne paraît pas choquer

[Par CHICHI]

La guerre entre Israël et la Palestine, c’est une vieille histoire sanguinaire. Elle continue de faire couler du sang. Espérons que la communauté internationale tranche bientôt en faveur d’une paix durable au bénéfice des deux peuples du Moyen­ Orient, puisque même des enfants et des femmes innocents sont souvent les victimes de ces guerres incessantes déclenchées depuis 1948, année de la création de l’État d’Israël. D’où les problèmes des frontières et d’ailleurs les Palestiniens ont des revendications sur le territoire israélien. Il s’ensuit alors que ces deux peuples sont toujours en guerre perpétuelle.

Le ciel de Gaza, illuminé par les bombardements et les bâtiments en flammes  [Photo tirée de www.linfo.re]

Le ciel de Gaza, illuminé par les bombardements et les bâtiments en flammes
[Photo tirée de www.linfo.re]

La région voit toutes sortes de tuerie, d’enlèvement et de bombardement. L’insécurité et l’instabilité politique sont devenues la règle.

D’où vient cette différence de traitement face à des désastres humanitaires majeurs ?

Puisque le nombre de morts ne paraît pas choquer l’opinion publique, quels sont les éléments qui polarisent l’attention sur la guerre entre Israël et Hamas, et pourquoi ceux qui meurent en Syrie ne suscitent pas le même intérêt ?

Gaza, je refuse que le Proche-Orient me soit conté

[Par Armand IRE’]

« On a entendu des cris à Rama,
Des pleurs et de grandes lamentations:
Rachel pleure ses enfants,
Et n’a pas voulu être consolée,
Parce qu’ils ne sont plus. »

Mathieu 2:18.

Photo crédits : MOHAMMED ABED/AFP/Getty Images

Les filles de Hasan Baker, 60-ans, pleurent lors de ses funérailles dans la ville de Gaza, le 22 Juillet 2014. [ Crédits photo : MOHAMMED ABED/AFP/Getty Images ]

Comme Rachel la mère hébraïque de la bible, les femmes ne cessent de hurler à Gaza car leurs enfants, leurs nouveaux nés ne sont plus. Des familles crient de douleur à Tel-Aviv, elles ont ras-le-bol d’un conflit qui tue la vie.
Qui va les sauver de Tsahal, du Hamas et de l’indifférence de la communauté internationale?

Laissez au moins vivre les enfants…pitié !

Je refuse que le Proche-Orient me soit conté, épargnez moi le compte d’un conte macabre. Je refuse le décompte sous les décombres.
La vallée de larmes et de sang ne cessera donc jamais sa crue sur la terre dite sainte?!

Stop ça suffit…ils veulent vivre tout simplement…ces enfants.