Kobané est sous la menace d’un genocide

[Par Rebin RAHMANI]

Photos de Maryam Ashrafi.

Manifestation du Collectif des étudiants et des activistes kurdes en face de l’ambassade des Etats Unis à Paris.

Photos de Maryam Ashrafi

Le 10 octobre, la Collectif des étudiants et des activistes kurde a manifesté pour protester contre la politique des pays occidentaux vis à vis des agissements de l’état islamique, et ainsi soutenir la résistance kurde à Kobané(*) devant l’ambassade des Etats Unis à Paris.

Les activistes se sont regroupés et ont marché vers l’ambassade en portant un cercueil symbolisant la mort de l’ <Humanité> et scandant « Kobané is under the danger of génocide », « Kobané est sous la menace de jenocide ».

Les étudiant(e)s et activistes voulaient offrir le cercueil à l’ambassade des Etats Unis comme cadeau, mais après quelques minutes, ils en ont été empêchés par la police.

Ils ont demandé à laisser un message à l’ambassade des Etats-Unis mais la police a refusé leur demande et les a refoulés vers un parc proche de l’ambassade.

(*) Kobané est une ville de Rojava (Kurdistan de la Syrie). Cela fait presqu’un mois que la ville est assiégée par les djihadistes.

Photos de Maryam Ashrafi

Photos de Maryam Ashrafi Photos de Maryam Ashrafi Photos de Maryam Ashrafi Photos de Maryam Ashrafi






 

Kurdes-Etat Islamique : Protestations dans les rues de Paris

[Par Rebin RAHMANI]

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Des milliers de manifestants ont marché à travers Paris le samedi 4 octobre demandant à la communauté internationale de soutenir la résistance Kurde contre les djihadistes de l’état islamique qui sont en train d’encercler la ville Kurde de Kobané dans la région kurde de Syrie, Rojava.

Les djihadistes de l’EI ont commencé leur attaque dans cette région du nord-est de la Syrie le 15 septembre et depuis ils ont ciblé la ville, laissant craindre encore un génocide contre les kurdes.
Les attaquants emploient actuellement des armes d’une puissance jusque-là inconnue sur ce terrain, comprenant des chars, des fusées à longue distance et de l’artillerie lourde.

1.400.000 réfugiés kurdes ont fui la ville et – dans un mouvement de désespoir – ont traversé la frontière pour essayer de se mettre à l’abri dans des communes kurdes en Turquie.
Les forces kurdes de l’armée YPG et le YPJ (protection des femmes) sont restées à Kobané afin de combattre les djihadistes et protéger leur ville.

Protestations dans les rues de Paris

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Face à ces événements, les manifestants ont sillonné la capitale française de l’Assemblée Nationale jusqu’au Trocadéro. C’est la quatrième fois qu’une telle manifestation a lieu à Paris en faveur des résistants syriens kurdes.
La manifestation a également marqué la fin d’une grève de la faim de cinq jours menée par la communauté kurde devant le parlement français pour demander le soutien de la communauté internationale en faveur de la résistance kurde contre les attaques des djihadistes de l’E.I. à Kobané.

Chemin faisant de nombreuses personnes se sont jointes aux manifestants, chantant des slogans en faveur de la résistance. Au Trocadéro les représentants du PYD, leader des communautés kurdes en France, et le représentant du parti communiste français ont demandé un soutien international immédiat envers la résistance kurde contre les djihadistes.

De nombreux manifestants ont rappelé que les Kurdes de Syrie ont lutté contre l’EI et d’autres organisations comme Al-Qaïda lié au Front Al-Nusra pendant les deux dernières années alors que le monde entier ne considérait pas ces groupes comme un danger pour la paix dans le monde.

Un soutien sélectif

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Au cours des deux derniers mois, la communauté internationale a condamné les attaques des djihadistes de l’ES contre la communauté kurde yézide en Irak et a fourni un aide militaire et humanitaire au gouvernement régional du Kurdistan (KRG) du Kurdistan irakien pour se battre contre les djihadistes de l’ES. Toutefois, une telle aide n’est pas fournie aux Kurdes en Syrie, même si les Kurdes Syriens ont été à l’avant-garde de la lutte contre les djihadistes est pour les deux dernières années.

Alors que certains manifestants s’interrogeaient sur les raisons du soutien de la communauté internationale aux Kurdes Irakiens, mais pas les Kurdes de Syrie, de nombreux autres expliquaient que la raison principale de cette situation réside dans les intérêts des pays occidentaux avec l’ARK du Kurdistan irakien et que la défense de ces intérêts a conduit les alliés à défendre le Kurdistan irakien des djihadistes de l’ES.

Beaucoup de pancartes tenues par les manifestants proclamaient qu’il faut condamner les djihadistes de l’ES et l’attitude de la communauté internationale.

Dans les deux dernières semaines, des officiers Kurdes Syriens ont plaidé à plusieurs reprises pour le soutien de la communauté internationale en vue de sauver Kobané et prévenir les massacres qui ont lieu contre des civils kurdes de Syrie aux mains des djihadistes IS.
Leur appel urgent pour une aide et un soutien international, à l’adresse du département d’Etat américain et de la communauté internationale, cependant, est jusqu’ici tombé dans l’oreille d’un sourd.

Moi, je suis avec la mariée : un cinéma hors-la-loi

[Par Ahmad BASHA]

Traduit de l’arabe au français par Florence Damiens
Article en version originale publié sur alModon, le jeudi 04/09/2014

Un image du film « Moi, je suis avec la mariée »

Un image du film « Moi, je suis avec la mariée »

Avant et après les événements de la Mostra de Venise, les media italiens et internationaux n’ont cessé de parler du documentaire palestino-italien « Moi, je suis avec la mariée » de Khalid Suleiman Al Nassiry, Antonio Augugliaro et Gabriele Del Grande. L’agence de presse italienne ANSA est allée encore plus loin en décrivant le film comme étant « l’une des dix raisons qui font que nous nous rendons au festival ». De fait, les tickets d’entrée (mille sièges) pour la première projection, prévue à Venise jeudi soir dans le cadre de la manifestation « Perspectives Nouvelles », furent déjà distribués quatre jours auparavant. Le film fut présenté à la presse dans une projection exclusive, organisée la veille de la projection officielle.
Les réalisateurs de « Moi, je suis avec la mariée » – un palestinien et deux italiens – voulaient que leur premier documentaire soit une aventure pouvant potentiellement engager leur responsabilité légale ; une supercherie qu’ils ont eux-mêmes tissée et tournée à des fins purement humanitaires, dans le but de permettre à cinq réfugiés (des palestiniens et des syriens) de se rendre en Suède. Pour cela, les trois cinéastes ont demandé l’aide de leurs amis mettre en place leur stratagème. De nombreux jeunes se sont portés volontaires afin que la mission soit un succès. Tout fut organisé pour que le convoi ait l’air du cortège d’un mariage italien, qui se rendrait de Milan à Stockholm en passant par la France, le Luxembourg, l’Allemagne et le Danemark. Et c’est exactement ce qui s’est produit.

Un seul rêve rassemble les personnages principaux du film : arriver en Suède, espérant une vie meilleure pour eux et leurs familles, qui pourraient quitter la Syrie si leurs membres pionniers arrivaient à entrer au pays nordique. Les cinq immigrants se rencontrent sur l’île italienne de Lampedusa alors que la chance leur a déjà souri de nombreuses fois : la première fois, lorsqu’ils ont échappé à la mort dans leur pays ; la seconde lorsqu’ils sont sortis vivants des bateaux des passeurs et des malédictions de la Méditerranée ; la troisième fois, lorsqu’ils ont rencontré les trois réalisateurs qui allaient les aider dans la traversée vers leur rêve.
Dans leur documentaire, qui dure une heure et demie, les trois cinéastes présentent une œuvre cinématographique particulière. Ils condensent avec application la durée de leur voyage – qui se déroula du 14 au 18 octobre 2013 – afin que ce dernier devienne un instant de connivence, comme un jeu, dès le départ, entre les cinéastes et leurs personnages d’un côté, le film et ses spectateurs de l’autre. Pour servir l’objectif du cortège, les réalisateurs ont eu recours à un jeu cinématographique qui impose une élégance visuelle que l’on retrouve dans les images et les plans travaillés du film. De même, la musique du film – qui est essentiellement basée sur des instruments à percussion – et les intertitres précisant les noms des lieux traversés durant les différentes étapes du voyage contribuent à présenter un espace cinématographique irréel, factice mais aux détails soignés. Suivant la même logique, l’Europe dont ils ont entendu parler, l’Europe dont 17 des membres ont annoncé qu’ils accueilleraient des réfugiés, n’est pas celle qui existe réellement.
A travers ce travail, les trois cinéastes ont enfreint les lois en vigueur, les exposant à des poursuites judiciaires pouvant aboutir à des peines allant jusqu’à 15 ans de prison. L’équipe du film a eu recours aux éléments techniques habituels mais avec l’objectif délibéré de montrer que le cinéma a la capacité de truquer la réalité. Le cinéma devient ici un outil pour traverser le réel et rejoindre le rêve. Comme le décrivait Walt Disney : « Si vous pouvez le rêver, vous pouvez le faire ».
Après le début du voyage, le temps réel s’enfuit, s’ouvrant sur de nombreux lieux et espaces sillonnés par les personnages du film. Depuis l’histoire d’Ahmad, qui s’est réveillé au milieu de cadavres durant son voyage où près de 250 corps ont été perdus en Méditerranée, jusqu’au récit que fait Tasmeen de ses souvenirs avec ses amis activistes et combattants dans l’armée libre au camp de Yarmouk. Tasneem – qui est arrivée d’Espagne pour jouer le rôle de la mariée dans la supercherie à laquelle elle a volontairement contribué – est elle aussi venue d’un autre lieu : celui du film Les Chebabs de Yarmouk, quand elle était encore à Damas et qu’elle passait son temps avec Hassan Hassan et ses amis sur les toits du camp de Yarmouk pendant le tournage de ce film.
Les variations de lieux durant le voyage du film accompagnent aussi les transitions entre les souvenirs de chaque personnage. Du camp de Yarmouk jusqu’à la patrouille côtière à Maltes ; du mariage auquel a assisté Gabriele à Alep en 2012 jusqu’à sa proposition concernant l’idée de Moi, je suis avec la mariée ; et du film Les Chebabs de Yarmouk jusqu’aux lieux cités dans les chansons qui les aident à patienter à mesure qu’ils se rapprochent du « rêve » nordique.
Les lieux s’entremêlent et bifurquent, les nouvelles du pays et de ses habitants se perdent. Ainsi, le père s’épuise afin d’obtenir le droit au regroupement familial pour sa famille, même s’il ne sait pas si le nombre de ses proches est resté le même que celui qu’il a en tête. Tous arrivent et le film s’achève. Restent les barils du système. Les gens continuent de fuir la Syrie « en payant des milliers de dollars pour mourir dans la mer », comme le dit l’un des personnages du film.
Le documentaire Moi, je suis avec la mariée suit un scénario prévisible. Il ne contient ni péripétie ni surprise. Tout ce qui arrive est attendu. La structure du film n’est pas classique : le drame vient de la difficulté qu’ont les personnages de rester en accord avec eux-mêmes alors qu’ils doivent jouer un rôle, du fait de leur confusion face à un univers inconnu et de la manière dont ils se confrontent aux éléments du monde « nouveau » à partir d’une langue, d’une musique, d’une manière de penser, etc. En revanche, plusieurs scènes tranchent avec le style général du film, comme la scène de lecture de poésie et celle du chant de Tasneem face à la mer, par exemple. L’unité du film – qui est construit dans la forme comme dans le fond sur l’idée de jeu – souffre de la présence de ces scènes.
Les cinq arrivants semblent participer à une mascarade ayant lieu dans un endroit étrange, qui n’a aucun lien avec les personnages, sauf à travers la supercherie mise en place. Les paradoxes se révèlent dans le caractère poétique des personnages, à travers leur spontanéité dans un cadre pourtant construit, leur rapport avec la réalité et leur attente concernant leur rêve. Le rêve se trouve peut-être ici dans la capacité qu’a le cinéma de changer la réalité.
A propos de la participation du film à la Mostra de Venise, Al Nassiry a précisé au journal alModon : « Notre rêve a franchi une nouvelle étape dans sa réalisation, dans un sens métaphorique, bien évidemment. Imaginez avec moi la situation: un immigrant fuit une guerre contre laquelle l’Occident n’a pas fait ce qu’il devait faire pour y mettre un terme. Il traverse la mer, souffre de la soif, de la faim et du fait que les Européens arrivent tardivement pour le sauver. Il arrive pieds nus et reste longtemps dans les camps de détention européens. Puis il s’en échappe mais les lois européennes lui interdisent de se rendre dans l’endroit sûr qu’il souhaite. Il se retrouve donc confronté aux passeurs qui sont des trafiquants d’êtres humains qui travaillent, en fait, grâce aux lois européennes ». Et à Al Nassiry de conclure : « Les immigrants qui sont arrivés pieds nus en Europe marcheront sur le tapis rouge du plus ancien festival cinématographique au monde ».
Peut-être que l’entrée des réfugiés à Venise, après leur traversée accompagnés de trois cinéastes qui ont commis un délit d’après la loi italienne, est une belle preuve que le cinéma est toujours capable d’action et de transgression. Car toi, « si tu peux le rêver, alors tu peux le faire ».

L’Etat Islamique- l’Irak et les Kurdes : Quel avenir attend le pays?

[Par Karwan Tayib BAZYAN]

Des jihadistes de l'EIIL tiennent un point de contrôle à l'entrée de Mossoul, le 16 juin 2014 | Karim Sahib

Des jihadistes de l’EIIL tiennent un point de contrôle à l’entrée de Mossoul, le 16 juin 2014 | Karim Sahib

L’Etat Islamique –connu également sous le nom de « Daech »- est un groupe djihadiste extrémiste sunnite qui a été fondé, en Irak en 2006. Le fondement de son pouvoir reste l’application fidèle de la « Charia ». Pour ce mouvement, les musulmans qui n’adhèrent pas l’idéologie du groupe sont en dehors de l’Islam. Il considère que les kurdes sont les alliés d’Israël et des pays occidentaux. Dernièrement, l’Etat islamique a exploité le conflit entre les chiites, sunnites et les kurdes en Irak pour contrôler Mossoul, la deuxième grande ville du pays et plusieurs autres villes de la région sunnite. Quel rapport a donc cet affrontement avec les précédents conflits entre les sunnites, les chiites et les Kurdes? Quel avenir se dessine-t-il pour l’Irak de demain?

Le Kurdistan irakien et l’Irak

Le Kurdistan irakien est une entité politique, fédérale et autonome du Nord de l’Irak, reconnue par la constitution irakienne de 2005 et par la communauté internationale. Lors de la dernière élection législative, trois partis politiques laïcs obtiennent la majorité : le Parti démocratique du Kurdistan (38 sièges), L’Union patriotique du Kurdistan (18 sièges) et le Mouvement de Gorran (24 sièges). En revanche, les partis islamistes qui se considèrent comme «islamistes modérés», gagnent 17 des 111 sièges au parlement Kurdistan. Notons que les partis politiques kurdes se revendiquent nationalistes par rapport au Kurdistan.
Les autres partis politiques irakiens sont islamistes notamment les partis politiques chiites ; ils sont de confession islamiste chiite traditionnelle. Le clergé (un ayatollah) a un véritable pouvoir décisionnel en leur sein. Mais, chez les arabes sunnites nous trouvons des partis politiques islamistes et des partis laïcs confessionnels. De toute façon, nous pouvons dire que tous les partis irakiens sont confessionnels. Il n’existe pas du tout de parti purement nationaliste dans le pays.

Carte tirée du site fr.wikipedia.org

Carte tirée du site fr.wikipedia.org

Les Kurdes Irakiens n’ont pas de véritables liens d’appartenance à l’Irak, parce que les autorités irakiennes, depuis le début des années 1920 jusqu’à aujourd’hui, n’ont pas donné la totalité des droits aux Kurdes c’est pour cela que ces derniers sont toujours en conflit avec elles. En 1991, après un grand exode des kurdes vers les frontières de l’Iran et de la Turquie, parce qu’ils ont rencontré la persécution et le massacre de 1991 à 2003, le Kurdistan irakien, protégé par la couverture aérienne garantie par la communauté internationale a bénéficié d’une quasi-indépendance. De plus, dans les années 1980 plus de 182 mille Kurdes ont été victimes d’un génocide (connu sous le nom d’Anfal), mais également en 1988 sous le régime de Saddam Hussein, qui a provoqué la mort de 5 mille civiles kurds de la ville de Halabja au Kurdistan irakien avec des armes chimiques. Et il faut , en outre, rappeler qu’en 1988, le régime irakien a détruit 90% des villages des kurdes. Malheureusement, à l’époque, tous les pays arabes et musulmans sont restés silencieux.
Par ailleurs, de 1991 (après l’exode) à 2003, les Etats-Unis, l’Angleterre et la France ont pris la décision de protéger les Kurdes. A partir de 1991, la région de Kurdistan irakien était en dehors du contrôle du gouvernement irakien, depuis que les kurdes avaient constitué un gouvernement local et un parlement régional. Après le renversement du régime de Saddam Hussein, ils ont partagé le processus politique en Irak.
Gardons à l’esprit que cette région est très riche en pétrole et en gaz naturel. Aujourd’hui, plusieurs entreprises pétrolières étrangères travaillent au Kurdistan irakien. La région était en sécurité jusqu’ au 9 juin 2014. A partir de cette date, l’Etat Islamique l’a menacée sans cesse. Mais de toute façon, la situation n’est pas très tragique, parce que les pays occidentaux ont très vite annoncé leur soutien aux Kurdes en Irak contre le « Daech ».

Les Kurdes, sunnites et les chiites
Le conflit entre les arabes sunnites et chiites ne date pas d’aujourd’hui. Les sunnites contrôlaient le pouvoir en Irak depuis la Première Guerre Mondiale jusqu’en 2003, c’est-à-dire après la proclamation de l’indépendance en 1932. Lors de cette indépendance, la Grande-Bretagne a fait, selon nous, une grande erreur politique : elle a couronné une personne d’origine étrangère qui venait d’Arabie Saoudite au lieu d’une personnalité irakienne. Ensuite, elle n’a pas garanti les droits des Kurdes en Irak, non plus. De ce fait, les Kurdes se sont retrouvés annexés à l’Irak.
Après la chute du régime de Saddam Hussein, le conflit confessionnel a commencé entre les arabes sunnites et chiites. Mais, les Kurdes ont coupé tout lien avec le régime Saddam Hussein jusqu’en 2003. Ensuite, ils sont revenus à Bagdad pour créer un nouveau système politique. Le conflit des Kurdes avec les sunnites et les chiites a émergé pour plusieurs causes, y compris concernant les frontières que possède la région du Kurdistan avec les autres car cette région demande à inclure quelques villes dont Kirkuk, qui correspond à la zone la plus importante du Kurdistan.
Pour les Kurdes, l’ethnie est plus importante que la religion. L’opposition entre les sunnites et les chiites est d’orde religieux et confessionnel, mais les conflits entre les arabes en général et les Kurdes sont ethniques. Notons que le régime de Saddam Hussein qui était totalitaire, marginalisait à la fois les chiites et les Kurdes. Cependant, après le renversement de Saddam, les chiites ont contrôlé le pouvoir.
Actuellement, l’Etat Islamique contrôle les régions habitées par les sunnites, parce qu’il a été directement au indirectement soutenu par ces derniers. Aujourd’hui, Les sunnites en Irak soutiennent l’Etat Islamique contre les chiites et les Kurdes, pour renforcer leur position dans le pays.
D’ailleurs, Les autorités arabes en général n’acceptent pas les autres minorités dans les pays arabes. Pour confirmer cela, il suffit de prendre des exemples : les autorités irakiennes ont réprimé les Kurdes en Irak et en Syrie après la Première Guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui, les coptes sont marginalisés en Egypte, les berbères en Afrique du nord et d’autres minorités au Soudan ont été réprimées.

Les sunnites et les chiites : une histoire sanguinaire

Carte tirée du site huffingtonpost.fr

Carte tirée du site huffingtonpost.fr

Le conflit entre les sunnites et les chiites est très ancien en Irak. Ce pays a toujours été un champ de bataille entre ces deux populations. Elles n’arrivent toujours pas à un consensus en vue d’ une coexistence pacifique. D’ailleurs, ce conflit continue depuis l’émergence de l’Islam jusqu’à aujourd’hui. De plus, l’Irak a connu d’autres conflits entre les Califats et l’empire Séfévides –les chiites iraniens- depuis bien longtemps. On peut dire que le même conflit continue sans entraîner aucun changement.
Aujourd’hui, les pays sunnites, le Qatar, l’Arabie Saoudite, La Turquie, etc. soutiennent les arabes sunnites et l’Iran soutient les arabes chiites en Irak.

Quel avenir cela dessine-t-il?
Les expériences antérieures à l’occupation d’Irak par les Etats-Unis et ses alliés en 2003 montrent que les ethnies en Irak ne souhaitent pas vivre dans un pays forcément contrôlé par Bagdad ou centralisé par le gouvernement de Bagdad. Dans ce contexte, on pourrait émettre plusieurs hypothèses ou suppositions pour l’avenir de l’Irak. Peut-être serait-il mieux de fédérer toutes les ethnies dans ce pays, selon trois grandes régions : »Trois régions semi-autonomes attribuées aux chiites, sunnites et Kurdes, tout en plaidant en faveur de l’unité » (selon les propos de Joe Biden, vice-président des Etats-Unis). Ce modèle est fortement soutenu par les Kurdes. Les arabes shiites disposent, en revanche, d’un système fédéral. Ils espèrent créer leur modèle dans une région à part entière en Irak. Les événements sur le terrain rendent les Irakiens connaisseurs de la réalité et du modèle proposé par Joe Biden et qui est le meilleur pour toutes les ethnies, car il permettrait d’éviter la guerre civile et de stabiliser le pays.

 

 

La jambe morte du Narcisse syrien

[Par Rana ZEID]

J’ai un beau visage. Je ne suis pas Narcisse ; mais, je suis quelqu’un qui est tombé amoureux du visage de son cadavre retourné à la vie, du reflet de soi-même mort, à la surface d’un sang blanc. Je suis un narcisse syrien, un combattant (Ahmed.I). Je ne peux pas aller sur ma tombe, dans la ville de Al-Bab, dans la banlieue d’Alep. L’EIIL domine la région. Mais, je reviens de ma mort, pour tuer mon tueur.

Ahmed.I

Je ne savais pas encore que j’étais mort. Mon père est venu vers moi, trois heures après l’amputation de ma jambe. Il a dit : «Nous avons pris ta jambe pour l’enterrer, elle était encore fraiche, dégoulinante de sang, comme vivante».
Je lui ai dit: «Est-ce qu’elle est toujours vivante? Est-ce vrai qu’elle n’est pas morte ?».
Mon père et mes oncles ont embrassé ma jambe amputée et l’ont enterrée dans le cimetière près de l’hôpital. Sur la tombe, ils ont écrit : »Tombeau du martyr (Ahmed.I) 09/10/2012».
L’EIIL as tué mon oncle, un combattant de l’Armée Libre ! Mais, après sa mort, sa phrase s’est enfuie vers moi: «Quand on l’a enterrée, ta jambe était comme un poisson au moment où il quitte l’eau».
Dans le reflet, à la surface du sang blanc, je suis un cadavre. Et l’écho répète: «ta jambe est vivante. C’est toi qui es mort».
L’armée du régime syrien tentait de nous envahir, d’entrer dans notre secteur par Said Ali. Et nous, entre Said Ali et la Porte de la Victoire, nous étions cinq combattants d’un bataillon qui avait pour nom « Brigade de l’Unification». Nous couvrions la retraite d’autres bataillons de l’Armée Syrienne Libre, à Al Azaza.
Une Kalachnikov à l’épaule (type 56, chinoise), j’étais prêt pour ma scène de mort : «en silence, je fume une cigarette et feuillette un livre idiot sur Saddam Hussein ; je suis assis sur une chaise, attendant la balle». La ville d’Alep me doit un peu de sang, car depuis longtemps, je voulais saigner, même un peu, sur son territoire. J’aime ses pavés anciens.
Nous poussons la terre avec nos pieds, nous la faisons dérouler dans la direction opposée à celle vers laquelle nous courons. L’armée du régime fait le contraire, pour nous priver de notre terre. C’est à cause de cela que nous sommes en conflit avec elle, pour empêcher sa terre étroite de repousser notre vaste terre. Nous avons récolté une terre hérissée d’épines, pour y planter une fleur, seulement une fleur. C’est notre guerre. Aucune fleur jusque-là n’a résisté. L’armée du régime a tué toute idée.
Comme un corbeau brise une noix, le tueur déchiquette un corps, et le laisse moisir, derrière lui. Je suis un homme qui aime son corps, je lui mets une couronne d’or, j’orne mes jambes de bois de narcisses jaunes. Et mon sang est de narcisses blancs. Chaque fois que je tue l’un de ces monstres, son corps redevient humain dès qu’il touche le sol.
Al AZAZA. Je suis blessé à la jambe droite, six doigts au-dessus du pied. Le chef de la bande du vieil Alep, Khitab Almaraei, de son nom de guerre, a été envoyé à la pointe du combat. Je suis dans une situation difficile. D’autres combattants sont abandonnés à eux-mêmes. Je garde l’endroit, et j’écoute ce bruit de forage qui se rapproche. Je ne sais pas si c’est l’ennemi qui fore ou si ce sont les nôtres qui violent les bâtiments, pour progresser à travers les trous ainsi dégagés. Quelqu’un brise ma solitude, un combattant d’un autre bataillon. Il vint parler avec moi: «Mon frère, cet endroit est risqué. Il est visé. Abandonne-le», j’ai répondu: «Eh bien, battez en retraite», il répond alors avec le ton de son milieu : «Vous êtes du peuple de la campagne, vous avez de l’orgueil ». Mais , moi, je suis d’Alep. Alors j’ai crié: «Vous devriez mourir ici, plutôt que de quitter votre poste». Il a répondu tout en courant : «Meurs toi-même, ici ».
J’ai trouvé un livre couvert avec une photo de Saddam Hussein, je l’ai pris et j’ai commencé à le lire; alors le crépitement des balles s’est atténué, et le forage a cessé. J’attendais ma mort. Le sniper de l’armée syrienne nous a rejoint, a découvert l’endroit ; mon ami a été touché par quatre balles, dans la tête et le ventre, mais il a survécu comme une fleur de cactus. Le médecin syrien a dit: « Votre opération est pour demain ». Ce lendemain-là, ils ont découvert des bouts d’artères dans mes jambes. Ils m’ont envoyé dans un hôpital d’Al- Bab.
Mes jambes sont mortes. La gangrène s’est infiltrée jusqu’au-dessus du genou. Un égyptien de Médecins Sans Frontières a dit : »La balle explosive était également empoisonnée».
Je suis le combattant de la mort, je visite ma tombe tous les soirs.

Après l’opération, le régime syrien a volé mon cadavre, mon visage, mes jambes, mes cheveux, et jusqu’au khôl noir de mes yeux ; il m’a volé à moi-même. Est-ce parce que j’ai tardé à déserter, mon Dieu? Maman criait: «Comment vas-tu porter les pantalons et les chaussures, que tu avais tant désirés ?».
La guerre est nue ; un voyage dans tout ce qui est noir.
Tout le monde le savait, que le vieux sage de Marea (Hajji Marea) ne voulait pas soigner ceux qui étaient uniquement de Marea. Mais le chef des opérations militaires de la «Brigade de l’Unification», le martyr Abed Qader Saleh, Samir Kavrir, m’a dit: « va en Turquie et enracine-toi chez Mahmoud ».
Les images de la mort de Narcisse flottent dans ma tête, image après image. Tout est lent, les bruits sont lents, seules les images viennent rapidement. Le jeune homme lui-même, les respirations, les mêmes, se répètent. Un jeune que je ne connaissais pas me portait sur son dos, et il a couru sur une distance de deux cents mètres. Je n’ai pas vu son visage. Comme j’aurais aimé le rencontrer !
Sa voix est mon sang versé, mon sang qui a peur, et mon sang blanc: «Nous allons au paradis. Je suis aussi infecté que toi, mon frère». Vertiges, ses paroles sont lentes et le paradis est fait d’images rapides qui vont et qui viennent. Il m’a posé sur le chariot de légumes et puis est tombé sur le sol. Le chariot s’est mis à bouger, trois hommes le poussaient. J’ai dit: « le vendeur d’Alep a dû mettre une chaîne, pour bloquer la roue, pour éviter que le chariot ne soit volé par les tyrans». Je suis un grain de raisin craquelé de douceur. Je suis dans le paradis du chariot en mouvement, chantant pour mon frère, tombé à la terre: « on ira tous les deux au paradis ». Les amis du bataillon m’ont dit qu’ils avaient vidé un chargeur entier pour briser la chaîne du chariot.
Nous attachons le bol de lait à Alep, avec une longue chaîne, après l’avoir troué, car les chats sont perfides et lèchent le lait et dévorent après lui la soucoupe.
Cher Saint-Georges, quand vous tuez le monstre sous votre jument, n’oubliez pas que vous le tuez, pour défendre notre âme assassinée.
Nous restions dans le « zoo », à Douma, pour chasser les oiseaux migrateurs, venant de l’inévitable parti en Syrie (le parti Baath). Les manifestants de la liberté à l’extérieur des murs du jardin, ont réveillé les canards ! J’ai dit à l’officier: «Ne m’attribuez pas une arme à feu !» Il m’a frappé jusqu’à ce qu’il tombe de fatigue.
Je suis une recrue de la Garde Républicaine (Ahmed.I), mon numéro, 7340. Mais je ne me souviens pas des autres numéros. J’annonce que je déserte de l’armée du régime et du livre de Gibran « les ailes cassées » ; je l’annonce aux camarades qui ne l’ont pas fait, et je leur donne mon carnet de notes, qui était ma façon à moi de résister à la puissante organisation militaire qui a essayé de faire de moi un monstre, un tueur, uniquement pour rendre éternelle l’image du chef, accrochée au-dessus du lit militaire, un lit dont la couverture verte et mystique et moisie recouvre notre squelette. Je suis (Ahmed.I), un cadavre pur et sincère, insensible à vos efforts pour me stimuler ou me terrifier. Je ne dirigerai pas mon arme vers la poitrine de mon frère rebelle. (décembre 2011).
Mon oncle a dit à mon père : «Le sucre manque. Je vous en enverrai un sac. Essaye de le cacher». Je n’ai pas compris à l’époque le sens du mot sac. Mon oncle, cet après-midi, pensa sur le trou dans le temps, les récipients, la tasse de thé chaud, et le calmant (Alcetacodaúan).
Je me suis fondu dans la ville de Marea, la ville de Riyad Saleh Hussein, et suis resté là deux mois, à l’écart des opérations militaires, des bataillons, au début de la création de l’Armée Syrienne Libre. Nous étions dix-huit rebelles. Parmi nous le bon chef Al-Saleh, rien à voir avec nous, sauf les armes, rustiques et légères. Ibrahim est mort, c’est un martyr, et, moi, j’ai été attristé. Je suis comme lui, mort et martyr. C’est pourquoi je reviens, afin de tuer mon tueur.
Au sommet de la montagne, j’étais orphelin, couvert de neige : «Oh, mon Dieu faîtes que j’obtienne une permission, une seule. Si je demande au chef, il m’écrabouillera le visage. Le battement de la désertion s’entend. L’officier nain a faim. Il dévore le cou du rebelle. Les exercices militaires ont fait de moi un cadavre.
Les cheveux poussent tous seuls, sur le cadavre des recrues. J’ère et mes cheveux sont semblable à une herbe hybride plantée sur mon corps. Sous la couverture verte et mystique et moisie, je recherche dans le livre « les ailes cassées » la terre de Droit. Je suis une recrue syrienne, (1991- 2012), un cadavre qui a mémorisé le chant des oiseaux et les répète, puis se rappelle de la manière dont le vent caressait ses longs cheveux.
J’ai reçu un document du chef de la brigade 104, après qu’il ait défendu les rebelles au cours d’une assemblée militaire. Il dit: « A transporter vers la Direction générale de la Police (22), dans la prison de la Garde républicaine (nom de code: Moulin Rouge), à cause de son incitation à la division et l’abaissement du prestige de l’Etat ».
Je suis un cadavre féroce. Seuls les mots dans « les ailes cassées » apaisent ma douleur, l’engourdissement, lors de l’exercice matinal.
Ils m’ont mis avec les détenus, dans une pièce étroite, à la prison de Mezze. Vase en verre, brisé, urinoir, collectif. Ils ont écrit sur le mur: « C’est quoi ta pointure? Ajoute 50 ». « Quelle dimension, exacte, pour le trou de ta tombe? » Un soldat n’a pas le droit à une tombe. J’ai été torturé pendant six jours, comme un arabe accusé. Mon corps est boursouflé à cause de la chaîne en silicium et du bâton électrique. Mon âme est épuisée. Je suis devenu un oiseau blanc de sang.
Le tyran Bashar al-Assad m’a tué avec un couteau, a tué les manifestants par balle et mon frère Ayman avec un missile, avant que la Terre ait fait un tour.

 

 

Qui est Daesh ?

[Par Sadegh HAMZEH]

L’Etat islamique en Irak et au Levant, abrégé en « Daesh » en arabe, également connu sous ses acronymes français EIIL ou anglais ISIL, a fait connaître son existence en avril 2013 et proclamé l’instauration du califat islamique sur les territoires qu’elle contrôle en juin 2014.

Crédit Photo : Reuters

Crédit Photo : Reuters

Dès le début de ses activités en octobre 2006, ce groupe terroriste a annoncé son attachement à Al-Qaeda et eu pour but essentiel le contrôle de tout le territoire irakien. Mais avec le déclenchement de la révolution syrienne et la déclaration de la présence du groupe Jabhat al-Nosra dans ce pays, Daesh a rejeté l’idée de s’allier avec ce groupe. L’un et l’autre se sont adressés des invectives. Enfin, en janvier 2014, la relation des deux groupes s’est assombrie très gravement à tel point qu’ils se sont combattus armes en main. Après quelques intenses affrontements entre Daesh et Jabhat al-Nosra, Ayman al-Zaouahiri, chef du réseau terroriste Al-Qaida, a invité les opposants à s’unir et à dépasser leurs divergences et à se concerter à propos du combat à mener contre le régime de Bachar el-Assad. Al-Zaouahiri a déjà demandé à Daesh de se concentrer sur l’Irak et à laisser la Syrie à Jabhat al-Nosra… mais Daesh, tout en rejetant l’idée d’Al-Zaouahiri a proclamé son indépendance vis à vis d’Al-Qaida.

Il faut dire que Daesh a été créée en 2004 (un an après l’entrée des États-Unis en Irak) par le jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui, sous le nom de « l’association de Jihad et towhid » (monothéisme et jihad). Mais après l’allégeance de Al-Zarqaoui à Osama bin Laden, l’ancien chef d’ Al-Qaida, l’organisation a changé son nom en « Al-Qaida au térritoire Rafedin » ou « Al Qaida en Irak ».

C’est après la mort d’Al-Zarqaoui en 2006 que « l’Etat Islamique d’Irak » est créé et dont Abou Omar al-Baghdadi a pris le commandement. Mais les forces américaines ont réussi à le tuer en même temps que son assistant, Abou Hamza al-Mouhajer. Après la mort des leaders du groupe terroriste de “l’Etat islamique en Irak » Abou Bakr al-Baghdadi a été choisi comme nouveau leader.

Un an après, dans un enregistrement, Al-Baghdadi déclare Jabhat al-Nosra comme le prolongement de l’Etat Islamique de l’Irak en Syrie. Après la fusion de deux groupes, il a changé le nom de son groupe en « l’Etat Islamique en Irak et au Levant ».

Selon Romain Caillet, spécialiste des mouvements islamistes à l’Institut français du Proche-Orient, la plupart des militaires qui se combattent au nom de Daesh en Syrie sont des syriens alors que la majorité des commandants sont des étrangers qui se combattaient déjà en Irak Afghanistan et Tchétchénie. Ainsi, Romain déclare que non seulement les combattants mais aussi les leaders de Daesh en Irak sont issus de la population irakienne.

A savoir, en outre : contrairement aux déclarations de ce spécialiste français, des centaines des militants de Daesh ont le français et l’anglais pour langue maternelle . Beaucoup d’entre eux sont venus des pays européens pour faire le djihad en Irak et en Syrie. Ainsi selon Charles Lester, chercheur du centre Brooklings à Doha, Daesh compte entre 5 à 6 mille militants en Irak et 7 mille en Syrie.

Qui est le chef de Daesh ?

Abou Bakr al-Baghdadi. Première apparition du chef de l'Etat islamique [Photo tirée de Parismatch.com]

Abou Bakr al-Baghdadi. Première apparition du chef de l’Etat islamique [Photo tirée de Parismatch.com]

Resté longtemps dans l’ombre, visage voilé qui combattait en Irak et en Syrie, Abou Bakr al-Baghdadi, a apparemment plus de pouvoir que le chef d’Al-Qaeda, se proclamant le calife et le commandant suprême de tous les musulmans du monde.
Il est né à Samarra en Iraq en 1971. Après l’invasion de l’Irak par les états unis en 2003, il a été arrête par les troupes américaines pour un certain temps. Ces derniers ont annoncé, en octobre 2005, la mort d’Al-Baghdadi, identifié alors sous le nom d’Abou Du’a, durant leur invasion ciblée par-delà la frontière syrienne. Mais cette annonce a été démentie plus tard.
En mai 2010, Al-Baghdadi prend le commandement de l’Etat Islamique en Irak. En octobre 2011, les Etats-Unis l’ont officiellement classé « terroriste ». Ils ont ainsi déclaré qu’Al-Baghdadi se trouvait en Syrie mais qu’il y a peu de détails sur l’endroit de sa résidence.
Sur la personnalité d’Al-Baghdadi, L’Agence France-Presse a noté qu’il est connu comme “un commandant et un tacticien présent sur le champ de bataille » contrairement à Zawahiri, chef d’Al-Qaïda et successeur de Ben Laden, qui «Depuis au moins dix ans, se cache dans la région frontalière Afghanistan-Pakistan sans faire grand-chose en réalité à part publier quelques communiqués et vidéos». Al-Baghdadi est considéré comme un théoricien et un analyste de l’impact des révolutions arabes qui accompagne ses troupes dans les combats. Les qualités personnelles d’ Al-Baghdadi sont devenues un argument de recrutement des djihadistes d’autres pays.
Les ressources financières de Daesh

Carte tirée de zerohedge.com

Carte tirée de zerohedge.com

Apparemment le groupe terroriste de Daesh a trois sources principales de revenus: le premier c’est la prise des otages. Cette type d’action a été initié pour la première fois par Abou Moussab al-Zarqaoui, responsable d’Al-Qaida en Irak.
Chaque personne qui est kidnappée aurait été vendue entre 100 et 800 000 dollars selon son importance. Actuellement les otages sont vendus entre 1 et 10 millions de dollars. On dit que 450 millions dollars de revenus de Daesh ont ainsi été générés. Selon un chef de Daesh, la politique européenne par rapport aux otages a fait de cette entreprise “une mine d’or”. Les Américains ne payent jamais de rançons pour la libération des otages américains alors que les européens le font plus facilement.
C’est là l’une des raisons pour lesquelles le nombre des otages américains est moins élevé que ceux qui viennent d’autres pays. Les terroristes savent bien que les otages américains ne les rapportent rien sauf des ennuis.

La seconde ressource de Daesh est le pétrole ; Erdogan, Président de Turquie, et les Turcs qui assistent aux activités de Daesh, achètent le pétrole irakien. Pour un cinquième du prix du marché et de cette façon, ce groupe gagne de grosses sommes d’argent. Le soutien d’Ankara à ce groupe terroriste est surtout destiné à affaiblir le régime syrien et les autorités politiques en Irak.

La troisième ressource financière et humaine de l’organisation réside dans les aides des musulmans européens : la plupart des musulmans qui apportent ainsi des aides financières sont originaires d’Europe et non pas de pays arabes. Un sixième de tous les combattants qui se sont retrouvés à Daesh dans ces trois derniers mois sont des européens convertis à l’Islam et qui venaient d’Angleterre, de France, de Suède, de Belgique et d’autres pays européens. « les combattants étrangers qui ont rejoint le groupe ont également apporté avec eux de quoi contribuer à son financement » estime Dominique Thomas, spécialiste de l’islam politique et auteur du livre « Le Londonistan, le jihad au coeur de l’Europe ».

Une autre ressource financière est liée au pillage. A Mousel, l’organisation a pris des millions de dollars en s’emparant des réserves d’argent liquide dans les banques de la ville. Le pillage des entrepôts d’armes et de munitions, des monuments historiques et de leurs objets antiques a rapporté une grande richesse. Les combattants prélèvent aussi des impôts dans les zones placées sous leur contrôle, des droits de passages sur les routes. Ils rançonnent également les minorités religieuses. La diffusion des images de décapitations, de massacres et de violences de ce groupe terroriste terrifie les gens et les pousse à donner de l’argent de la peur d’être tués.
Selon les évaluations des spécialistes, Daesh a gagné plus de deux milliards dollars dans ces quatre derniers mois. Il est connu comme le groupe terroriste le plus riche au monde.

 

La vidéo
Cet épisode de « Forum de la presse » (sur France 24 en arabe) discute les derniers développements en Irak du point de vue des médias irakiens. Des graves incidents ont eu lieu en Irak avec le contrôle du groupe appelé « État Islamique » sur de vaste régions de l’Irak.
Des nombreuses critiques sont adressées aux médias qui sont accusés du sectarisme et d’incitation à tuer et à la haine.

Cliquez sur l’image pour voir la vidéo sur le site de France 24.

sadegh

Nous

Un poème de Ahmad BASHA.

Traduit de l’arabe au français par Florence Damiens.

(Cliquez ici pour télécharger la version originale en arabe)

Des petites filles assistent à des cours dans une école dans un bidonville de la banlieue d'Islamabad. [Une photo tirée de Franceinfo.fr]

Des petites filles assistent à des cours dans une école dans un bidonville de la banlieue d’Islamabad. [Une photo tirée de Franceinfo.fr]

Nous, nous sommes ceux qui grandirent dans la pauvreté des chantiers, des garages, des travaux de
peinture et de plomberie.
Nous ne pensions pas à écrire un jour sur les sacs de ciment.
Nous ne nous en servions que pour allumer le feu.
Pour nous, la nostalgie n’avait pas de sens, si ce n’est dans les coups douloureux infligés par la famille
et ses insultes intarissables.
Nul d’entre nous ne pouvait rendre heureuse la jeune fille qu’il aimait depuis peu, sauf en lui disant :
« Je t’épouserai bientôt. »
***
Nous, nous sommes les maîtres des histoires crues d’adolescents ;
Parmi nous se trouve celui qui s’adonnait au plaisir solitaire devant ses camarades alors que la
nouvelle maîtresse écrivait au tableau ;
Et un autre qui, lors de la Fête du Professeur, offrait à sa maîtresse
Un sac de pain.
***
Nous, nous sommes ceux qui, lorsqu’ils souffraient, frappaient leur tête contre le mur
Et arrachaient leurs molaires à l’aide d’une pince.
Nous, nous sommes ceux qui sentaient la valeur de la connaissance lorsque nos familles disaient à nos
professeurs :
« Frappez-les, si nécessaire. »
***
Nous, nous sommes ceux qui ont appris à nager dans des réservoirs.
Nous croyions aux pouvoirs des amulettes confectionnées par les mages,
Comme nous croyions aux apparitions du visage de Saddam sur la lune
Et de celui de Hafez.
***
Nous, nous sommes ceux qui enviaient l’homme assis à une belle table devant les toilettes publics.
Nous avions le sentiment d’être riches lorsque nous jetions dans son assiette une pièce de monnaie.
C’est encore nous qui organisions autant de mariages que de funérailles Pour leur abondance de nourriture.
***
Nous sommes ceux qui retenaient par cœur les films des bus « Hop hop »;
Qui ne se préoccupaient, dans les journaux, que des pages dédiées aux accidents et aux crimes.
De tous les livres, celui qui nous importait le plus était
Le carnet où l’épicier de notre quartier notait les comptes de ses clients.
***
Nous sommes ceux qui retenaient toutes les chansons irakiennes.
Lorsque nous désirions être heureux,
Nous pleurions.