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Corée du Nord & AFP: enquête sur le journalisme sous dictature

En novembre 2016, l’Agence France-Presse (AFP) inaugurait son bureau à Pyongyang, capitale de la Corée du Nord. Son objectif: couvrir le pays de l’intérieur en capturant tout ce qui lui était possible de voir, via des reporters présents sur place. Trois ans après, la Maison des journalistes est entrée en contact avec Philippe Massonnet, directeur régional Asie-Pacifique, également en charge du bureau de Pyongyang.


Comment fonctionne l’équipe de reporters?

Quel type de contenu informatif produit l’AFP dans le pays «le plus secret au monde»?

Être journaliste étranger et travailler constamment sur le sol nord-coréen, est-ce mission impossible?


Une équipe de l’AFP Asie, constituée d’un reporter texte, d’un reporter vidéo et d’un reporter photo, y travaille depuis 2016.

Faire son travail de journaliste en Corée du Nord

Leur temps sur place est néanmoins limité: ces trois journalistes se rendent en Corée du Nord toutes les six semaines pour une dizaine de jours. Cette restriction est due à une certaine réglementation du régime nord-coréen: «Aucun journaliste étranger n’a le droit d’être en permanence là-bas» nous déclare Philippe Massonnet.

Mais lorsque les reporters de l’AFP Asie ne sont pas sur place, comment la production d’informations est-elle assurée? Une autre équipe, cette fois locale, prend le relai. Parmi une liste «mince» de candidats exclusivement nord-coréens, deux locaux ont été choisis par l’AFP pour endosser les rôles de vidéaste et de photographe.

Formés à Pyongyang, puis à Hongkong pendant une semaine, ces intervenants ont apprivoisé le fonctionnement et le travail éditorial de l’Agence France-Presse. Ils ont également été formés à la technique de prise de vue. Cependant, aucun local n’a été désigné pour réaliser des contenus écrits. Un choix volontaire de la part de l’agence française: «On savait que le travail allait être très restreint».

En réalité, les deux intervenants nord-coréens «n’ont pas un rôle de journaliste à proprement parlé» nous explique Philippe Massonnet, «ils sont plus des assistants de rédaction, des fixeurs (ils assurent le rôle d’intermédiaire entre les autorités, les interlocuteurs nord-coréens, et l’AFP)».

La majeure partie des contenus est d’ailleurs produite par les trois journalistes de l’AFP Asie. Dans ce pays où la censure et l’autocensure règnent d’une main de fer, il semblerait évident que le gouvernement ait un droit de regard, et exerce un contrôle sur leurs productions.

Et pourtant, «aucune de nos réalisations n’a été contrôlée ou censurée a postériori», nous certifie le directeur régional.

L’organisme français dispose d’une totale liberté quant à l’édition de ses reportages. Ces derniers sont édités soit en Corée du Nord, soit à Hong-Kong.

Comme l’illustre ce reportage, la rédaction est libre de ses commentaires et de ses propos. Ici, elle n’hésite pas à souligner les failles entre les statistiques données par le gouvernement, et la réalité du terrain.

Le journaliste aborde également l’épineuse question du manque de nourriture dans le pays. Mais ce «final cut», accordé à l’Agence France-Presse, ne signifie pas pour autant que l’organisme est entièrement libre. L’obtention d’une information est une toute autre affaire…

L’accès à l’information: sésame ouvre toi?

À chaque pays, sa réglementation d’accès à l’information pour les journalistes. La Corée du Nord, elle, a pour coutume d’imposer un contrôle drastique et minutieux des sujets abordés, tant sur le plan informatif que sur le plan visuel et esthétique: dans une ville voisine de Pyongyang, des nord-coréens sont en train de lire le journal dans la rue.

Les journalistes d’Envoyé Spécial filment la séquence. Leur guide entre en scène, et échange quelques mots avec les locaux.

En un claquement de doigt, trois hommes sortent du champ de la caméra: leur tenue vestimentaire n’est pas appropriée pour la situation, et entache l’image du pays. Sans ces trois individus, l’image est, aux yeux du régime nord-coréen, immaculée, irréprochable, et donc diffusable.

Envoyé Spécial Corée du Nord

Capture d’écran Envoyé Spécial : premier plan représentant la scène initiale.

Envoyé Spécial Corée du Nord

Capture d’écran Envoyé Spécial : plan final après modification à la demande du guide

Si la demande d’autorisation pour avoir accès à une information, ou pour effectuer un tournage représente l’étape majeure de la création d’un sujet, elle n’en demeure pas moins l’étape la plus complexe à passer en Corée du Nord.

Les reporters de l’AFP, bien que présents sur place, rencontre les mêmes difficultés que les autres journalistes étrangers: «les autorisations sont les seules choses sur lesquelles l’équipe n’a pas la main» nous affirme le directeur régional. Les journalistes de l’AFP sont, au final, eux aussi restreints, «mais on en était conscient dès la création de ce bureau. Il n’y a aucune surprise» souligne Philippe Massonnet.

Si ce dernier avoue avoir une part de frustration, il n’oublie pas l’objectif initial de l’implantation du bureau à Pyongyang: «Ce qui est important, ce n’est pas d’être restreint, mais d’avoir un accès dans le pays. On se dit qu’on est privilégié, on va au moins conter ce que l’on voit».

Car en effet «très peu de médias occidentaux ont la possibilité de se rendre en Corée du Nord. Jusqu’ici, l’Agence France-Presse est le seul organisme journalistique français à posséder un bureau de correspondance en Corée du Nord. Mais au niveau international, il n’est ni le seul, ni le premier. L’agence de presse japonaise Kyodo s’y est implantée en 2006. Six années plus tard, c’est au tour de l’agence américaine AP (Associated Press) d’installer son bureau en Corée du Nord. Cet accord, passé entre KCNA (l’agence de presse nord-coréen) et l’AFP, revêt un aspect symbolique: «Avoir un bureau sur place, c’est un grand pas» déclare le directeur régional.

Un pas vers une plus grande couverture de l’information ? Très certainement, puisque comme l’affirme Philippe Massonnet «plus on y est, plus des relations se créent, et plus on peut faire de choses».

Depuis trois ans, les journalistes de l’AFP Asie ont «accumulé des documents riches», devenant ainsi des témoins privilégiés d’une partie de l’Histoire nord-coréenne. Mais certains thèmes sont pour autant considérés comme des «sujets tabous», dont il est formellement interdit de parler, ou d’y faire allusion.

Impossible donc pour les journalistes étrangers d’obtenir des informations relatives à ces sujets. Sur ce point, l’AFP ne déroge pas à la règle, et sa présence régulière sur le sol nord-coréen ne lui concède pas de privilège.

«Il y a des pays où l’on sait que l’on ne peut pas insister» nous explique Philippe Massonnet, et d’ajouter: «Il n’y a pas d’intérêt à aborder ces questions-ci, puisqu’elles resteront automatiquement sans réponse». Des questions qui resteraient donc sans réponse, mais qui seraient aussi susceptibles de compromettre tant le travail des journalistes français AFP que celui des intervenants nord-coréens: «Si l’on aborde des questions complexes, ca complique la tâche de tout le monde».

Le mois d’avril pointe le bout de son nez dans les rues de Pyongyang, entraînant avec lui la floraison des premiers abricotiers.

Quelques nord-coréens flânent dans les allées des parcs, quand d’autres, pinceau en main, sont venus peindre le spectacle. En parlant de spectacle, la foule se presse pour admirer tortues et poissons, et se prendre en photo devant les squelettes de divers animaux, lors des inaugurations du zoo et du musée d’histoire naturelle de la capitale.

Le dimanche, au cœur du parc Moran, les corps des nord-coréens se lâchent et s’évadent, se laissant porter par les rythmes des musiques populaires

Ce sont ces instants de vie, ces actes quotidiens que les journalistes AFP Asie et les deux intervenants locaux capturent. Les sujets abordés sont liés à des informations dites «froides»: plus éloignées de l’actualité pure, les thématiques traitées s’apparentent alors à des sujets de type magazine.

Mais cette couverture médiatique s’inscrit «dans la logique de ce que l’on voulait faire depuis le début» nous déclare Philippe Massonnet.

Quand l’AFP a décidé d’installer un bureau de correspondance dans ce pays, son objectif était de «conter la Corée du Nord à travers des histoires quotidiennes».

Outre les lancements de missile, les commémorations des grands événements de Corée du Nord, et les rencontres avec des dirigeants étrangers, les questions d’ordre politique ne sont pas placées sur le devant de la scène médiatique de l’AFP.

Et pour cause, l’organisme n’a pas accès à cette actualité chaude: «Nous ne sommes pas informés des décisions importantes». Quant aux interviews officielles, elles sont «quasi-inexistantes».

Avoir un entretien avec Kim Jong Un ? N’y pensez même pas…

Ces deux vidéos témoignent de la complexité à filmer la politique en Corée du Nord : ici l’AFP choisi de filmer les événements du point de vue des habitants nord-coréens, sans aucune interview d’officiel, aucune image d’homme politique.

Pour autant, cette situation est loin de déstabiliser le directeur régional, qui rappelle l’origine du travail de l’AFP sur place: «Nous ne sommes pas là-bas pour avoir des scoop politiques ou pour parler de la politique, mais bien pour raconter la Corée du Nord».

Malgré sa distance avec le domaine politique, l’équipe de l’AFP Asie a tout de même pu travailler sur des sujets «plus sérieux», comme en mars 2019 où elle a couvert les élections locales des districts.

«La Corée du Nord n’est pas le pays des micros-trottoirs»

Si donner la parole aux citoyens est devenu monnaie courante dans de multiples pays, il est difficile de parler aux nord-coréens, qui eux, ne sont pas habitués à cette pratique. «La Corée du Nord n’est pas le pays des sondages d’opinion ou des micros-trottoirs» nous déclare Philippe Massonnet.

«Il y a un côté à fois déstabilisant et à la fois surprenant pour les nords coréens» lorsqu’ils se font approcher par des journalistes étrangers.

Les interviews étant parfois difficiles à obtenir, cela créé une part de frustration pour l’équipe de reporter: «Quand on n’a pas de citation pour les vidéos, le reportage devient plus compliqué à réaliser» constate le directeur régional.

Mais cette situation donne en réalité une nouvelle approche du métier de journaliste: ce dernier ne se contente plus de récupérer une information et de la diffuser, mais il «effectue un travail de journaliste pur: avec le peu que l’on me raconte, comment vais-je montrer, expliquer la chose. (…) Avec des citations qui sont parfois de la propagande, on arrive à quand même raconter une histoire».

Il y a toutefois des situations, des lieux, où la parole des nord-coréens se délie. Philippe Massonnet se rappelle d’un reportage traitant de la fête des écoles, «les gens parlaient plus facilement, ils étaient plus ouverts».

En somme, les citoyens nord-coréens sont plus à l’aise «à partir du moment où les sujets abordés racontent leur quotidien».

A l’image du documentaire « Pyongyang s’amuse », réalisé par Pierre-Olivier François, et des reportages de l’AFP, la Corée du Nord, et plus précisément ses habitants, ne semble plus représenter l’idéologie d’un pays terne, glacial, enclavé: ces images inédites laissent place à des moments plus intimes, plus réels, parfois même légers. Ces auteurs apportent un nouveau regard, celui d’un pays coloré et modernisé.

Mais cette vision inédite à un prix, celui de la familiarisation avec le pays et ses habitants: si les reporters de l’AFP se rendent sur le sol nord-coréen toutes les six semaines, il aura fallu 8 ans, et plus d’une quarantaine d’allers retours aux auteurs de « Pyongyang s’amuse » pour parvenir à capter ces instants rares…

La télévision en Corée du Nord


L’arrivée de Kim Jong Un au pouvoir a quelque peu changé l’univers télévisuel nord-coréen: contrairement à ses prédécesseurs, le dirigeant fait passer son idéologie non plus par des statues à son effigie, mais par la télévision.


Le paysage télévisuel de Corée du Nord, bien qu’il tende à se moderniser, reste maigre et restrictif.

La première et principale chaîne de télévision, KCTV (Télévision centrale coréenne), date de 1963.

Accessible partout (elle est présente dans les lieux publics.) et par tous, cette chaîne est marquée par sa forte idéologie: chaque soir à 17 h, les premières images diffusées sont celles du Mont Paektu. Cette montagne sacrée est un symbole en Corée du Nord et serait le prétendu lieu de naissance de Kim Jong II. S’en suit une diffusion de l’hymne national.

Sa programmation se compose d’informations, de dessins animés et de documentaires exclusivement nord-coréens, et d’émissions politiques traitant et commentant les déplacements du dirigeant.

Cependant, son temps de diffusion n’est pas continuel: en semaine, KCTV est limitée à 5 h 30 de programmes par jour. Les dimanches, jours de fête et pendant les élections, la chaîne diffuse pendant près de 14h.

Trois autres chaînes sont disponibles via le câble. Elles ne sont donc pas accessibles par tous les nord-coréens. Chacune de ces chaînes occupe un rôle bien spécifique.

  • Mansudae Tv, lancée en 1973, est spécialisée dans les programmes artistiques et technologiques. Elle est accessible le samedi pendant 3 h, et le dimanche uniquement pendant 9h.
  • La chaîne Ryongnamsan voit le jour en 2012. En vérité, cette chaîne a été lancée pour remplacer la “TV éducative et culturelle” créée en 1997. Ryongnamsan propose des films scientifiques populaires, des conférences et des programmes éducatifs, comme l’apprentissage des langues étrangères.
  • Enfin, depuis 2015 Sport Television diffuse des contenus sportifs (compétition des athlètes nord-coréens, documentaire sur l’histoire du sport) le samedi et le dimanche de 19h à 22h.
  • En 2016, la Corée du Nord lance même son propre programme de vidéo à la demande. Baptisé Manbang qui signifie «partout», ce service est accessible via l’intranet local de Corée du Nord. Les contenus proposés ont cependant fait l’objet d’une validation par le gouvernement.

L’arrivée de Kim Jong Un au pouvoir a quelque peu changé l’univers télévisuel nord-coréen: contrairement à ses prédécesseurs, le dirigeant fait passer son idéologie non plus par des statues à son effigie, mais par la télévision.

Ces dernières années, la principale chaîne de télévision, KCTV, a évolué et s’est modernisée, via ses contenus et sa présentation, comme l’illustre le média ABC.

« I would like you to mention it in the portrait as the « syrian revolution », it was not a « civil war » or a « movement », we have to call it as what it was: a revolution. »

Hasan, a detached look in the eyes, a wristband to the colors of the Free Syrian Army, is struggling to remember of any independent journal: “At least, I am certain that there no media covering of what happened in the country.” In February 2011, Hasan is 21, he is living in Douma in the east suburb of Damas. While he is finishing a tourism degree at university, the still nascent Arab revolutions, found an echo in the syrian social medias.

The next month, protests where organizing on Internet, in the streets only a few hundreds of demonstrators but the repression is severe. Yet the feeble processions of the beginning where increasing from a week to another, the repression cements the protest and the social medias do the rest. Hasan feel the need to cover the events “To show what is really happening there.” He starts with other journalists activists filming the gatherings and posting the videos on Facebook or Youtube in the evening. In the protestations, cameras were prohibited and impound by the mukhabarats (regime secret services) but impossible to prohibit smartphones.

Photo prise par Hasan pour l’AFP

From 2012, slaughters and tortures committed by the regime forces and its militias seal the fate of the country: dozens of thousands have been marching, despite the threats, in the streets of Damascus.  »Bashar must leave », it will be a revolution. During the summer, the government lost  control, the siege formed. Three areas controlled by various revolutionary groups appear, Douma will be the last city held by the rebels 8 years later.

Once the Ghouta isolated, tap water has been quickly cut by the regime. In order to assure the needs of the population, the solution was to collect soil water by some holes 40 to 60 meters deep in the ground. “To pump the water, we used engines but soon it the energy ran out as well. Drawing water manually was not enough, then we began using all the energy sources we could find: plastic bags, cooking oil and even margarine.

Hasan joined in 2013 the Douma hospital team, he photographed the wounded, including many children, and the surgeries. The suburb hospital transformed into a war hospital and organized in services. A day of April, wounded persons came with unusual symptoms, eyes cornea and respiratory mucosa burnt, suffocation, nausea and vomiting: Bashar al-Assad experiment the chlorine gas and sarin gas on the rebel populations. (1) Following the chemical attack of April 2013, international medias started to take interest on the Douma.

Between 2011 and 2013, it is at least 110 actors of the information that have been killed in the conflict according to a report of Reporters without borders. (2) Facing the happening, international medias decided to stop sending reporters on the field. The AFP then launch a program named  »Citizen journalists », the objective is to recruit and form syrian photojournalists from the Beirut bureau.

Hasan is contacted later after a bombing in a market of Douma in August 2015, the AFP provides a camera and give him a training on photojournalism by Internet. (3) From this moment, Hasan photographies began to illustrate French medias tackling the casualty assessments of the life in Douma.

In November 2017, bombing become randoms and unpredictable.

The regime wages us a physic and psychologic war, you are never in peace, never safe. At this time, we could only live in the basements”.

A shell fell, the rescue come to extract the victims from the rubble, then a few minutes later, a second detonation, a new strike, targeting this time the rescue.

In February 2018, the noose is tightening around Douma, the bombing intensify again. The towns of  Mesraba and Harasta fall. People flee the city. “The regime wanted a total evacuation. If we stayed, it would be the prisons of the regime that awaited us.

In April, Hasan left his native region to Idlib and then take the direction of Turkey. For ten attempts, he tried to cross the Turkish border, and at the tenth he managed finally to smuggle avoiding the Turkish border guards.

I had no bearings, no emotions, I could not watch any videos from Syria. With my syrian passport, I was nobody.

It is the AFP that suggested him an exile to France. The travel without any money or help took 11 months to Hasan. Now he wishes to resume studies in journalism, in France, far away from Syria.

« In November 2017, bombing become randoms and unpredictable. “The regime wages us a physic and psychologic war, you are never in peace, never safe. At this time, we could only live in the basements

A shell fell, the rescue come to extract the victims from the rubble, then a few minutes later, a second detonation, a new strike, targeting this time the rescue. »

Maroc : « Interdit de conférences académiques, censuré, diffamé, je vis sous la pression permanente de la police politique »

Communiqué de Maâti Monjib, historien, politologue marocain, journaliste et défenseur des droits de l’Homme. En, mai dernier, Mediapart soutenait l’universitaire « interdit de quitter le territoire et soumis à des pressions du Ministère de l’Enseignement marocain et à des «épreuves kafkaïennes» pour avoir participé à une soutenance à l’Ecole normale supérieure, à Paris. »

Un cas parmi des dizaines d’autres subit par Maâti Monjib qui dénonce par ce communiqué un bilan d’un an entre harcèlement, censure et diffamation. 


« Il y a ainsi une sorte de complicité obligée des censeurs et censurés. Et c’est dommage car cela empêche l’éclatement de la vérité : la presse est, dans sa grande majorité, sous contrôle. Ceux qui n’acceptent pas la censure, soit disparaissent, soit s’autocensurent. »


 

Communiqué de Maâti Monjib

En l’espace d’une semaine, j’ai été interdit de conférence deux fois.

La première conférence organisée par une grande école d’ingénieurs de Casablanca qui est une université privée. Cette conférence devait porter sur l’Etat marocain à travers l’histoire.

La seconde intitulée: « Développement politique et système national d’intégrité en Afrique » était organisée dans le cadre d’une université d’été au bénéfice de quelques dizaines de jeunes activistes et intellectuels sub-sahariens.

Bravo la diplomatie parallèle chantée tous les jours par les médias de propagande officiels!

Cette même semaine, une interview dans un quotidien de grande diffusion a été censurée. Je tais le nom de la journaliste (d’ailleurs professionnelle et courageuse) ainsi que le nom du journal car j’ai été critiqué par des amis pour les avoir dévoilés il y a quelques jours. Cela représente des risques pour les concernés.

Il y a ainsi une sorte de complicité obligée des censeurs et censurés. Et c’est dommage car cela empêche l’éclatement de la vérité : la presse est, dans sa grande majorité, sous contrôle. Ceux qui n’acceptent pas la censure, soit disparaissent, soit s’autocensurent.

Dans cette petite interview censurée, j’avais essayé de montrer le caractère tendancieux et « sécuritaire » du rapport officiel sur le Hirak du Rif. Ce rapport soi-disant « droits-humaniste » justifiait honteusement et maladroitement la répression du Hirak et les lourdes condamnations de ses activistes et leaders (jusqu’à 20 ans).

Même pour le régime ce rapport était contre-productif puisqu’il était sans aucune valeur ajoutée par rapport aux communiqués de la Direction Générale de la Sûreté Nationale. Et que dire des décisions, manipulations et condamnations par une justice aux ordres contre les braves activistes pro-démocratiques du Rif, l’une des rares régions qui lève la tête courageusement pour dire non au despotisme et au système des copains et des ripoux.

Ce rapport officiel montre clairement que le régime se ferme de plus en plus, les voix de la raison sont étouffées même en son sein. Tout le monde à l’intérieur du système (y compris les institutions de gouvernance) se met au service des Services. C’est dangereux pour le pays, c’est dangereux pour les libertés publiques et c’est dangereux pour le régime lui-même qui n’a plus essentiellement que deux piliers de soutènement: la répression –comme moyen d’action et la corruption -comme ciment de l’élite au pouvoir.

Pour résumer, je viens de passer, chers ami-es une année universitaire très dure : un exemple, j’étais invité depuis octobre à sept conférences qui ont toutes été interdites. Sauf à Agadir où une personne courageuse a résisté aux pressions.

L’administration « universitaire » refuse aussi de m’autoriser à participer à des colloques ou soutenances de thèse à l’étranger, comme cela m’est arrivé plusieurs fois cette année. Or de telles activités scientifiques sont partie intégrante du travail de tout professeur de l’Enseignement supérieur et impacte énormément l’évolution de sa carrière et le jugement de ses pairs.

En même temps et comme par hasard, la presse des Srabs (Services) mène contre moi une abjecte campagne de diffamation et de mensonges qui dit entre autres que je suis un Fonctionnaire-Shabah (fantôme). Or mes étudiants, mes collègues et les administratifs de l’établissement où je travaille savent que je me suis acquitté cette année, et comme toujours, de mes devoirs professionnels normalement malgré les obstacles semés sur mon chemin par les collaborateurs des Services.

Imaginez ! Je suis actuellement, et cela depuis février, dans une situation insoutenable. L’administration centrale me considère (par écrit et par le moyen de missives officielles signées et cachetées) comme absent depuis cinq mois et demi. Quelques responsables de base, aussi professionnels que courageux leur répondent, parfois par écrit, que non, autrement dit que je suis présent…

Mais l’administration centrale continue à ignorer leurs réponses (officielles signées et cachetées) en leur demandant toujours si j’ai repris mon travail comme si j’étais en abandon de poste. Le but apparent est de me maintenir sous pression pour que j’arrête de m’exprimer sur la nature du régime qui est passé –je le redis ici à toute fin utile-, depuis les dernières élections législatives, du « statut » d’un régime semi-autoritaire à un régime, académiquement qualifié par les spécialistes, d’autoritaire.

Ils veulent aussi m’empêcher par le moyen de ces pressions lâches de m’exprimer en tant que responsable de l’Association Liberté Maintenant illégalement interdite (Freedom Now الحريةالآن) sur les abus de pouvoir et les violations des droits humains et des libertés d’expression et de presse.

A chaque fois que je prends position ou que je publie un article qui ne plait pas aux décideurs dans la presse qui parait à l’étranger, une campagne mensongère de dénigrement me « crucifie ».

Je suis aussi parfois objet de filature sans parler du fait, Ô combien gênant, que mon téléphone est sous écoute active depuis mai 2015. C’est d’ailleurs par ce moyen qu’ils savent que je suis invité par tel ou tel établissement ou que j’ai un entretien avec un périodique…. Aussi durant avril-mai derniers, des dizaines d’articles, de vrais articles pas des brèves, m’ont honteusement insulté et diffamé, photos à l’appui sur le plan de ma vie privée et publique, de mon travail, de mes convictions…etc.

Des caricatures calomnieuses de moi sont publiées, elles m’affublent des cornes de Satan, de costumes de mafieux avec des dollars tombant de leurs poches… Des centaines de pages Facebook y ont participé l’année dernière par exemple suite à un article que j’ai publié en mars 2018 sur l’affaire du journaliste Bouachrine. La campagne s’est ralentie depuis mi-juin 2019, et c’est bon à prendre. Tout y passe, du sexe à l’argent, du service de l’étranger à la trahison de la patrie, de la vaste ferme à la villa cossue…

Honte sur vous! Vous laisserez une mauvaise image de l’Etat marocain pour les générations futures. Vous contribuez par ces moyens vils à la dégradation de l’image de notre pays chéri qui pourtant nous lie tous. Je n’ai jamais su que dire la vérité vous met dans une colère aussi noire!

Communiqué de Maâti Monjib

« Le régime nous faisait une guerre physique et psychologique, tu n’es jamais en paix, jamais en sécurité » – Témoignage d’un journaliste syrien exilé

Un bracelet aux couleurs de l’Armée Syrienne Libre au poignet, l’air détaché, Hasan ne parvient pas à se remémorer d’un seul journal « indépendant » en Syrie. « Je suis certain, en tous cas, qu’il n’y avait aucune couverture médiatique de ce qu’il se passait dans le pays. »

En février 2011, Hasan a 21 ans, il vit à Douma dans la banlieue, à l‘est de Damas. Alors qu’il termine des études de tourisme à l’université, les révolutions arabes au Maghreb, encore naissantes, trouvent un écho jusqu’aux réseaux sociaux syriens.


« J’aimerais que tu parles dans le portrait de ‘révolution syrienne’, ce n’était pas une ‘guerre civile’ ou un ‘mouvement’, il faut l’appeler par ce que c’était : une révolution. »


Le mois suivant, des manifestations s’organisent sur Internet. Dans les rues, quelques centaines de militants les composent, la répression est sévère. Mais les timides cortèges du début grossissent de semaines en semaines, la répression cimente la contestation et les réseaux sociaux font le reste.

copyright Hasan – AFP – Hôpital de Douma

De révolté à journaliste pour témoigner

Hasan ressent le besoin de couvrir les évènements, de « montrer ce qu’il se passe ici ». Il débute avec d’autres journalistes activistes filmant les rassemblements et postant le soir sur Facebook ou YouTube. Dans les manifestations, les caméras et appareils photos sont interdits et confisqués par les moukhabarats (services secrets du régime) mais impossible d’interdire les téléphones.

Dès 2012, les massacres et tortures perpétrés par les forces du régime et ses milices scellent le destin du pays : des dizaines de milliers de manifestants ont défilé, en dépit des menaces, dans les rues de Damas. « Bashar doit tomber », ce sera une révolution.

Durant l’été, le gouvernement perd le contrôle et le siège de la Ghouta se forme. Trois zones contrôlées par différents groupes révolutionnaires apparaissent, Douma sera le dernier quartier contrôlé par les rebelles, huit années plus tard.

Une fois la Goutha isolée, l’eau courante fut rapidement coupée par le régime. Afin d’assurer les besoins de la population, la solution fut de puiser l’eau du sol par des trous de 40 à 60 mètres de profondeur.

« Pour pomper l’eau, on utilisait des moteurs mais bientôt, c’est l’énergie qui venait à manquer. Tirer l’eau avec des pompes manuelles n’était pas suffisant, alors on a commencé à utiliser toutes les sources d’énergie qu’on pouvait trouver : les sacs plastiques, l’huile de cuisine et même de la margarine ».

copyright Hasan – AFP – Hôpital de Douma

Hôpital de Douma et attaque chimique

Hasan rejoint en 2013 l’équipe de l’hôpital de Douma, il photographie les blessés, dont de nombreux enfants, et les opérations chirurgicales qui s’y déroulent.

L’hôpital de banlieue se transforme en hôpital de guerre et s’organise en différents services de soin.

Fin mars, des blessés avec des symptômes anormaux arrivent à l’hôpital, cornée des yeux et muqueuses respiratoires brûlées, suffocation, nausées et vomissements : Bashar el-Assad expérimente les armes chimiques sur les populations rebelles. C’est à ce moment que les médias internationaux commencent à s’intéresser à l’hôpital de Douma.


« Le régime nous faisait une guerre physique et psychologique, tu n’es jamais en paix, jamais en sécurité. À cette époque, nous ne pouvions plus vivre que dans les caves. »


Entre 2011 et 2013, c’est au moins 110 acteurs de l’information qui ont été tués dans le conflit selon un recensement de Reporters sans frontières, face à un tel constat, les médias internationaux décident de ne plus envoyer de correspondants sur place.

Hasan sera contacté par l’AFP après un bombardement dans un marché de Douma en août 2015, l’agence le forme au photojournalisme par internet. À partir de ce moment, les photos d’Hasan se retrouvent en illustration des articles de médias français évoquant les bilans meurtriers du quotidien de Douma.

copyright Hasan – AFP – La Goutha

En novembre 2017, les bombardements sont aléatoires, impossibles à prévoir.

« Le régime nous faisait une guerre physique et psychologique, tu n’es jamais en paix, jamais en sécurité. À cette époque, nous ne pouvions plus vivre que dans les caves. »

Un obus tombe, les secours s’activent pour sortir les victimes des décombres, puis quelques minutes après, une seconde détonation, une nouvelle frappe, visant cette fois-ci les secouristes.

« Je suis parti avec mon appareil photo, un ordinateur emprunté à un ami et les clefs de mon appartement à Douma. »

En février 2018, l’étau se resserre autour de Douma, les bombardements s’intensifient de nouveau. Les quartiers voisins de Mesraba puis Harasta tombent. Les gens fuient la ville. « Le régime voulait une évacuation totale. Si l’on restait, c’était les prisons du régime qui nous attendaient. »

En avril, Hasan quitte sa région natale pour Idleb, puis prend la direction de la Turquie.

À dix reprises, il essaya de traverser la frontière turc, et à la dixième il parvint finalement à échapper aux garde-frontières turcs. « Je n’avais plus de repères, plus d’émotion, je ne pouvais pas regarder de vidéos de Syrie. Avec ou sans papiers syrien, hors du pays je n’étais personne. »

C’est l’AFP qui lui proposa un exil en France. Le voyage, sans argent ni contact, pris onze mois à Hasan. Désormais, il souhaite reprendre des études en journalisme, en France, loin de la Syrie.

« Quand je couvrais la révolution en Syrie, j’emportais toujours ce keffieh avec moi, je le portais durant chaque attaques chimiques. »

L’Elysée, la salle de presse et Macron : un épilogue contrasté

L’Elysée l’a confirmé : la salle de presse restera dans la cour du palais présidentiel. Après un bras de fer de plus de deux ans entre les journalistes et le gouvernement sur la délocalisation du lieu, Emmanuel Macron a définitivement mis fin à la polémique, vendredi 5 juillet 2019. Une situation rappelant celle des Etats-Unis, en 2017.

« L’APP se réjouit de l’issue positive de ce dossier » écrit l’Association de la presse présidentielle dans son communiqué, après l’annonce du président français, vendredi 5 juillet 2019, du maintien de la salle de presse au cœur de l’Elysée. Un débat clos, qui apaise les relations conflictuelles entre les journalistes et Emmanuelle Macron.


La surface de la salle « officielle » sera réduite de moitié.


L’entrée de la salle de presse de l’Elysée, 30 octobre 2018 / Ludovic MARIN – AFP

Maintenir la salle de presse sous conditions

L’accès à la salle presse sera permanant pour les agences de presse AFP, Reuters, AP et Bloomberg.

Les autres médias accrédités seront autorisés à y accéder de manière occasionnelle. Autrement, ils seront reçus dans une nouvelle salle, située rue de l’Elysée : une aubaine pour les chaines d’information en continu qui n’auront plus besoin de patienter sur le trottoir, en face de l’Elysée.

La surface de la salle « officielle » sera aussi réduite de moitié. Le gouvernement justifie cet aménagement par des besoins d’agrandissement des services de l’Elysée. Cette décision laisse l’APP perplexe. Dans son communiqué, cette dernière exprime sa vigilance « quant à la mise en œuvre des aménagements évoqués ».

Communiqué de presse de l’Association de presse présidentielle – 2019 – site officiel de l’APP :

Naissance d’une tension

L’annonce de la délocalisation en 2017 avait provoqué critiques et réticences : quelques semaines après le début de son quinquennat, Emmanuel Macron voulait déménager la salle de presse, située dans la cour du palais présidentiel depuis plus de 40 ans, dans une annexe, à une centaine de mètres de l’Elysée.

Un choix qui s’explique par deux raisons : consacrer cette salle à un nouvel espace de réunion pour ses conseillers, et offrir des « conditions de travail améliorées » à la presse.

Un choix vivement contesté par le milieu journalistique, notamment par l’APP, qui déclarait dans un communiqué que « la présence de ce lieu au sein du bâtiment principal ne relève pas d’un “privilège”, mais résulte de la volonté de transparence des présidents de la République, constamment réaffirmée depuis 1974″.

Dans cette décision, les journalistes y voyaient une volonté de les éloigner du pouvoir, de créer une « forteresse » autour de l’Elysée. En somme, délocaliser la salle de presse était perçu comme « une décision attentatoire à la liberté d’informer et de travailler des journalistes ».

Salle de presse de la Maison Blanche – 2017 – Mark Wilson

Une polémique faisant écho aux Etats-Unis 

La France n’est pas un cas isolé. En 2017, quelques jours avant son investiture, Donald Trump avait fait part de son intention de déménager la « briefing room ».

Originellement située dans l’aile Ouest de la Maison Blanche, accolée au bureau du porte-parole américain, celle-ci devait être délocalisée dans une pièce plus grande, en dehors de la Maison Blanche.

Là encore, la motivation du chef d’Etat était de proposer une salle pouvant accueillir un plus grand nombre de média, autant américains qu’internationaux. Donald Trump finit par céder à la pression journalistique, mais assure que son équipe fera une « sélection des personnes » pour accéder à sa salle de presse, qui ne compte qu’une cinquante sièges. 

Centrafrique : 2 journalistes violemment interpellés dans le cadre de leur activité professionnelle

Samedi 15 juin, deux journalistes ont été violemment interpellés à Bangui en Centrafrique. C’est lors d’une manifestation de l’opposition interdite par les autorités, qu’ils se sont vu confisquer et détruire leur matériel. Charles Bouessel et Florent Vergnes, correspondants de l’AFP en Centrafrique accrédités, couvraient la manifestation de l’opposition à Bangui samedi 15 juin lorsqu’ils ont été interpellés.

 

« Avec Florent, nous tentons de partir (…). L’OCRB nous voit et semble furieux qu’on ait filmé la scène, ils foncent sur nous » a confié Charles Bouessel selon l’AFP. Flavien Mbata, ministre de la justice en Centrafrique a affirmé que les journalistes « ont été interpellés par la police, car ils étaient présents sur les lieux d’une manifestation interdite par la police« .

Retenus plus de six heures Ils ont déclaré, selon l’AFP, avoir été auditionnés trois fois et retenus plus de six heures par des membres de l’Office centrafricain de répression du banditisme (OCRB).


Ils [les journalistes de l’AFP] ont à leur tour tenté de partir lorsqu’ils ont « entendu des tirs à balles réelles ». L’OCRB a alors foncé sur eux car ils ont vu qu’ils filmaient la scène.


Récit de l’arrestation de ces deux journalistes

Charles Bouessel, confirmant la version de Florent Vergnes, a affirmé que tout se déroulait bien : les CRS (leur équivalent en Centrafrique) les laissaient filmer jusqu’à ce que les manifestants se dispersent. Ils ont à leur tour tenté de partir lorsqu’ils ont « entendu des tirs à balles réelles ». Mais l’OCRB a foncé sur eux lorsqu’ils ont vu qu’ils filmaient la scène.

 « l’un d’eux attrape ma caméra et la fracasse par terre. » raconte Charles Bouessel. Il ajoute  » je met les mains en l’air mais je me prend une première claque dans la tête. mon sac à dos où il y a mes papiers, passeport, carte bleue, accréditation presse,  est arraché et jeté par terre. je demande à le prendre, ainsi que les débris de mon appareil mais je reçoit seulement des coups ».

Le journaliste est « ceinturé à la gorge »

Florent Vergnes affirme, toujours selon l’AFP, avoir « été ceinturé à la gorge » et s’être « pris des beignes, des coups de crosse de Kalachnikov dans le dos ».

Il ajoute « ils m’ont arraché mon sac, mon appareil photo et mon téléphone ».

Ils ont été arrêtés aux alentours de 15H00 (14H00 GMT) et ont été libérés à 20H48 sans papiers, argent, ni téléphone.

Dimanche matin, Florent Vergnes a consulté un médecin à Bangui pour faire constater les blessures dues à son interpellation. Selon le certificat médical, « ce jour, il présente un volumineux hématome temporal droit, un hématome sur l’omoplate droite, un hématome sur la base du nez et une douleur sur l’articulation temporo-mandibulaire gauche et un trouble de l’articulé dentaire ».

Reporters sans frontières (RSF) n’a pas attendu pour condamner cette agression. L’ONG a notamment réagit sur Twitter en affirmant que « ces mauvais traitements ne doivent pas rester impunis « .

Ces agressions s’ajoutent au triple assassinat de journalistes Russes en juillet dernier et à l’assassinat de Camille Lepage journaliste française tué en 2014, prouvant l’insécurité journalistique qui règne en Centrafrique depuis quelques années maintenant.

Situation en Centrafrique

Le Centrafrique n’arrive pas à sortir de la guerre civile et des violences qui en découlent.

Les attaques contre les médias, les destructions de radios sont permanentes. La situation des journalistes est donc précaire selon Reporters sans frontières (RSF). L’Etat ne contrôle plus la majorité du territoire et les autorité tolèrent de moins en moins la critique par la presse. La censure s’exerce notamment en presse écrite.

Camille Lepage, journaliste Française de 26 ans avait été tué en République centrafricaine le 12 mai 2014. 

L’an dernier, au mois de juillet, 3 journalistes avaient été retrouvés tués.

L’insécurité pour les journalistes n’est pas récente. Il y a 5 ans, la Maison des journalistes accueillait un journaliste centrafricain victime de la répression : « Certains ont détruit ma maison et ont arrête mon petit frère afin d’obtenir des renseignements me concernant. Nous n’avons toujours pas de nouvelles de mon frère à l’heure qu’il est.« 

Il faut noter que la République Centrafricaine a perdu 33 places au classement mondial de la liberté de la presse en 2019 et se positionne au 145 ème rang mondial sur 180. 

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« L’insécurité du photojournaliste en reportage ne me fait pas peur car c’est ma passion. » Interview de Zakaria Abdelkafi – Photojournaliste à l’AFP

La Maison des journalistes s’associe avec Magnum Photos pour présenter l’exposition D’ici, réalisée à l’occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse, le 3 mai. Cette exposition s’affichera du 3 au 31 mai sur la façade de l’hôtel de ville de Paris et a vocation d’être itinérante. Journalistes exilés et photographes de Magnum Photos se mobilisent pour défendre la liberté de la presse en textes et en photos.

Menacés dans leurs pays pour avoir voulu exercer leur métier librement, ces journalistes, désormais accueillis en France, reprennent le stylo. Ils croisent leurs regards avec celui de photographes qui, eux aussi, s’engagent au quotidien pour documenter la marche du monde. Un journal issu de l’exposition est édité par Ouest France, partenaire de la MDJ.

Zakaria Abdelkafi, photographe syrien, a été correspondant de l’AFP à Alep en Syrie de 2013 à 2015. Depuis 2016, il vit à Paris après avoir été hébergé à la Maison des journalistes.


Je suis photojournaliste, c’est ma passion.


Photojournaliste, auteur de plusieurs célèbres photographies, il a accepté de répondre à nos questions autour de son travail et de la manière dont il a couvert les manifestations Gilets Jaunes et plus particulièrement l’Acte XVIII durant lequel il a été blessé.

Vous travaillez pour l’Agence France Presse – AFP – comme photojournaliste, pouvez-vous nous expliquer votre travail ?

Zakaria AbdelKhafi : « Depuis 2016, j’ai couvert tous les événements que j’ai pu : des manifestations aux matchs du PSG en passant par des événements plus ou moins festifs et politiques. A Paris, il y a beaucoup d’activités. Et depuis novembre, j’ai couvert toutes les manifestations des Gilets Jaunes.

Contrairement à d’autres personnes, je ressens un insurmontable besoin d’aller voir et de partager ce que je vois. Je suis journaliste, je suis photojournaliste, c’est ma passion.

Travailler à Paris, cela doit changer des conditions de travail en Syrie…

*Sourire* En Syrie, les manifestations pacifiques étaient durement réprimées par des policiers ou des militaires qui tiraient à balles réelles, et ceci bien avant la guerre. De plus, si tu étais pris en marge d’une manifestation, tu étais arrêté et jeté en prison.

En France, à part quand il y a des violences, les manifestations sont beaucoup plus humaines. Les manifestants sont face à face avec les gardiens de l’ordre. Selon les moments, ils se parlent, discutent, se chambrent ou s’invectivent.


Et quand la police exerce la violence, c’est maximum du gaz lacrymogène, des jets d’eau et maintenant des tirs de flashball. Cela n’a rien à voir avec la Syrie.


Qui plus est, je peux faire mon travail de photojournaliste. Je peux être avec les manifestants ou avec la police et faire des va et viens, je peux même être entre les deux.

Par contre, durant l’acte XVIII, le climat de violence a changé. C’était comme la guerre, y avait juste pas de balle réelle. Mais où était la police ?

Justement, lors de l’Acte XVIII , vous avez été blessé plusieurs fois. Pouvez-vous nous raconter cette manifestation décrite comme « ultra violente » ?

Oui, tout a commencé au niveau de l’Arc de Triomphe sur les Champs-Elysées. J’étais entre les manifestants et la police. Il y avait des nuages de gaz opaques, des tirs de flashball retentissaient… Et moi je prenais plein de photos ! Du coup je n’avais pas de recul, j’étais dans l’action.

D’un seul coup, j’ai senti quelque chose me frapper le visage et c’est devenu immédiatement irrespirable. Sans exagérer, je ne pouvais plus respirer ! En fait, je venais de recevoir une grenade de lacrymogène sur le visage et sans m’en rendre compte, j’avais respiré le gaz à plein poumon.

Durant cinq longues minutes, je ne parvenais pas à reprendre mon souffle, j’ai eu très peur. Peur de mourir. Les street medics sont arrivés, ils m’ont mis sur un brancard et m’ont évacué. Au bout d’une quinzaine de minutes, j’allais beaucoup mieux.


Durant cinq longues minutes, je ne parvenais pas à reprendre mon souffle, j’ai eu très peur. Peur de mourir.


Le chef de l’AFP dont je dépends m’a appelé pour prendre de mes nouvelles et m’a demandé d’arrêter. Mais moi j’allais bien ! J’ai demandé de continuer. J’ai passé un bon moment à le rassurer avant de repartir faire mon travail. Hors de question que j’arrête alors que je peux continuer !

J’en profite pour te raconter une anecdote : lorsque je suis arrivé en France, j’ai du passer des entretiens d’embauche pour être photographe. On m’a alors fait remarquer que durant la guerre en Syrie, j’avais perdu un œil. Et alors ? Un photographe n’a besoin que d’un œil ! C’est mon histoire, ma façon de faire, je devais continuer mon travail.

Cette journée ne s’arrête donc pas là , et elle est encore longue…

Oui, c’était plus tard et plus bas sur les Champs-Elysées. Il y avait trois manifestants non gilet jaune : le premier a cassé une vitrine, le second est rentré à l’intérieur pour voler de la marchandise tandis que le troisième filmait. Bon, je me suis dit que cela ferait une bonne photo…

Soudain, la Brigade anti-criminalité est intervenue : deux des trois en ont réchappé mais le troisième et moi-même nous nous sommes retrouvés interpellés très brutalement au point que j’ai eu un coup de matraque à mon œil.

Heureusement, j’ai pu démontrer que j’étais journaliste assez vite grâce à ma carte de presse et d’identité. Ils m’ont laissé appeler mon chef à l’AFP qui leur a confirmé ma version des faits.

Cette fois-ci, la manifestation se terminait…

Non ! J’ai terminé la manifestation vers Trocadéro. Des chevaux de la Police montée sont passés sous mes yeux, du coup j’ai photographié ! J’étais avec ma collègue de l’AFP, brassard et casque identifiable.


Et là, un flic me met « gratuitement » un coup de matraque dans la côte !


Derrière les chevaux, des flics de la BAC arrivent vers nous. Et là, un flic me met « gratuitement » un coup de matraque dans la côte ! J’ai eu mal immédiatement.

Bien sûr je réagis en lui montrant que je suis journaliste:  « Ce n’est pas gentil, je fais juste mon travail ! ». « Dégage ! » a-t-il répondu. Moi et ma collègue sommes alors partis. Mais je n’ai pas compris. Cela m’a rendu triste.

Avez-vous informé votre chef à l’AFP ?

Oui, d’ailleurs dès la premier événement il a voulu que j’aille à l’hôpital. Moi je ne voulais pas. J’ai juste vu le médecin interne à l’AFP et trois jours après j’ai fait un check up à l’hôpital.


Je ne porte pas plainte, ni moi, ni l’AFP. Il y a tellement de confrères qui souffrent de blessures graves que je ne vais pas y aller pour quelques bleus.


Je ne porte pas plainte, ni moi, ni l’AFP. Il y a tellement de confrères qui souffrent de blessures graves que je ne vais pas y aller pour quelques bleus. Et puis c’est toute une procédure…

Moi, photojournaliste, je veux faire mon travail tant que physiquement je peux le faire.

L’insérurité ne me fait pas peur car c’est ma passion.

En tant que photojournaliste, que retenez-vous de cette vingtaine de manifestations que vous avez couvertes pour l’AFP ?

La France a un peuple incroyable ! Ici la démocratie vit. Quelle France !

J’ai été blessé cinq fois dans ces manifestations, dont une fois par flashball. Mais je ne regrette rien et je n’en veux à personne, chacun fait son boulot comme il peut, moi, c’est le photojournalisme! »