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« I would like you to mention it in the portrait as the « syrian revolution », it was not a « civil war » or a « movement », we have to call it as what it was: a revolution. »

Hasan, a detached look in the eyes, a wristband to the colors of the Free Syrian Army, is struggling to remember of any independent journal: “At least, I am certain that there no media covering of what happened in the country.” In February 2011, Hasan is 21, he is living in Douma in the east suburb of Damas. While he is finishing a tourism degree at university, the still nascent Arab revolutions, found an echo in the syrian social medias.

The next month, protests where organizing on Internet, in the streets only a few hundreds of demonstrators but the repression is severe. Yet the feeble processions of the beginning where increasing from a week to another, the repression cements the protest and the social medias do the rest. Hasan feel the need to cover the events “To show what is really happening there.” He starts with other journalists activists filming the gatherings and posting the videos on Facebook or Youtube in the evening. In the protestations, cameras were prohibited and impound by the mukhabarats (regime secret services) but impossible to prohibit smartphones.

Photo prise par Hasan pour l’AFP

From 2012, slaughters and tortures committed by the regime forces and its militias seal the fate of the country: dozens of thousands have been marching, despite the threats, in the streets of Damascus.  »Bashar must leave », it will be a revolution. During the summer, the government lost  control, the siege formed. Three areas controlled by various revolutionary groups appear, Douma will be the last city held by the rebels 8 years later.

Once the Ghouta isolated, tap water has been quickly cut by the regime. In order to assure the needs of the population, the solution was to collect soil water by some holes 40 to 60 meters deep in the ground. “To pump the water, we used engines but soon it the energy ran out as well. Drawing water manually was not enough, then we began using all the energy sources we could find: plastic bags, cooking oil and even margarine.

Hasan joined in 2013 the Douma hospital team, he photographed the wounded, including many children, and the surgeries. The suburb hospital transformed into a war hospital and organized in services. A day of April, wounded persons came with unusual symptoms, eyes cornea and respiratory mucosa burnt, suffocation, nausea and vomiting: Bashar al-Assad experiment the chlorine gas and sarin gas on the rebel populations. (1) Following the chemical attack of April 2013, international medias started to take interest on the Douma.

Between 2011 and 2013, it is at least 110 actors of the information that have been killed in the conflict according to a report of Reporters without borders. (2) Facing the happening, international medias decided to stop sending reporters on the field. The AFP then launch a program named  »Citizen journalists », the objective is to recruit and form syrian photojournalists from the Beirut bureau.

Hasan is contacted later after a bombing in a market of Douma in August 2015, the AFP provides a camera and give him a training on photojournalism by Internet. (3) From this moment, Hasan photographies began to illustrate French medias tackling the casualty assessments of the life in Douma.

In November 2017, bombing become randoms and unpredictable.

The regime wages us a physic and psychologic war, you are never in peace, never safe. At this time, we could only live in the basements”.

A shell fell, the rescue come to extract the victims from the rubble, then a few minutes later, a second detonation, a new strike, targeting this time the rescue.

In February 2018, the noose is tightening around Douma, the bombing intensify again. The towns of  Mesraba and Harasta fall. People flee the city. “The regime wanted a total evacuation. If we stayed, it would be the prisons of the regime that awaited us.

In April, Hasan left his native region to Idlib and then take the direction of Turkey. For ten attempts, he tried to cross the Turkish border, and at the tenth he managed finally to smuggle avoiding the Turkish border guards.

I had no bearings, no emotions, I could not watch any videos from Syria. With my syrian passport, I was nobody.

It is the AFP that suggested him an exile to France. The travel without any money or help took 11 months to Hasan. Now he wishes to resume studies in journalism, in France, far away from Syria.

« In November 2017, bombing become randoms and unpredictable. “The regime wages us a physic and psychologic war, you are never in peace, never safe. At this time, we could only live in the basements

A shell fell, the rescue come to extract the victims from the rubble, then a few minutes later, a second detonation, a new strike, targeting this time the rescue. »

Maroc : « Interdit de conférences académiques, censuré, diffamé, je vis sous la pression permanente de la police politique »

Communiqué de Maâti Monjib, historien, politologue marocain, journaliste et défenseur des droits de l’Homme. En, mai dernier, Mediapart soutenait l’universitaire « interdit de quitter le territoire et soumis à des pressions du Ministère de l’Enseignement marocain et à des «épreuves kafkaïennes» pour avoir participé à une soutenance à l’Ecole normale supérieure, à Paris. »

Un cas parmi des dizaines d’autres subit par Maâti Monjib qui dénonce par ce communiqué un bilan d’un an entre harcèlement, censure et diffamation. 


« Il y a ainsi une sorte de complicité obligée des censeurs et censurés. Et c’est dommage car cela empêche l’éclatement de la vérité : la presse est, dans sa grande majorité, sous contrôle. Ceux qui n’acceptent pas la censure, soit disparaissent, soit s’autocensurent. »


 

Communiqué de Maâti Monjib

En l’espace d’une semaine, j’ai été interdit de conférence deux fois.

La première conférence organisée par une grande école d’ingénieurs de Casablanca qui est une université privée. Cette conférence devait porter sur l’Etat marocain à travers l’histoire.

La seconde intitulée: « Développement politique et système national d’intégrité en Afrique » était organisée dans le cadre d’une université d’été au bénéfice de quelques dizaines de jeunes activistes et intellectuels sub-sahariens.

Bravo la diplomatie parallèle chantée tous les jours par les médias de propagande officiels!

Cette même semaine, une interview dans un quotidien de grande diffusion a été censurée. Je tais le nom de la journaliste (d’ailleurs professionnelle et courageuse) ainsi que le nom du journal car j’ai été critiqué par des amis pour les avoir dévoilés il y a quelques jours. Cela représente des risques pour les concernés.

Il y a ainsi une sorte de complicité obligée des censeurs et censurés. Et c’est dommage car cela empêche l’éclatement de la vérité : la presse est, dans sa grande majorité, sous contrôle. Ceux qui n’acceptent pas la censure, soit disparaissent, soit s’autocensurent.

Dans cette petite interview censurée, j’avais essayé de montrer le caractère tendancieux et « sécuritaire » du rapport officiel sur le Hirak du Rif. Ce rapport soi-disant « droits-humaniste » justifiait honteusement et maladroitement la répression du Hirak et les lourdes condamnations de ses activistes et leaders (jusqu’à 20 ans).

Même pour le régime ce rapport était contre-productif puisqu’il était sans aucune valeur ajoutée par rapport aux communiqués de la Direction Générale de la Sûreté Nationale. Et que dire des décisions, manipulations et condamnations par une justice aux ordres contre les braves activistes pro-démocratiques du Rif, l’une des rares régions qui lève la tête courageusement pour dire non au despotisme et au système des copains et des ripoux.

Ce rapport officiel montre clairement que le régime se ferme de plus en plus, les voix de la raison sont étouffées même en son sein. Tout le monde à l’intérieur du système (y compris les institutions de gouvernance) se met au service des Services. C’est dangereux pour le pays, c’est dangereux pour les libertés publiques et c’est dangereux pour le régime lui-même qui n’a plus essentiellement que deux piliers de soutènement: la répression –comme moyen d’action et la corruption -comme ciment de l’élite au pouvoir.

Pour résumer, je viens de passer, chers ami-es une année universitaire très dure : un exemple, j’étais invité depuis octobre à sept conférences qui ont toutes été interdites. Sauf à Agadir où une personne courageuse a résisté aux pressions.

L’administration « universitaire » refuse aussi de m’autoriser à participer à des colloques ou soutenances de thèse à l’étranger, comme cela m’est arrivé plusieurs fois cette année. Or de telles activités scientifiques sont partie intégrante du travail de tout professeur de l’Enseignement supérieur et impacte énormément l’évolution de sa carrière et le jugement de ses pairs.

En même temps et comme par hasard, la presse des Srabs (Services) mène contre moi une abjecte campagne de diffamation et de mensonges qui dit entre autres que je suis un Fonctionnaire-Shabah (fantôme). Or mes étudiants, mes collègues et les administratifs de l’établissement où je travaille savent que je me suis acquitté cette année, et comme toujours, de mes devoirs professionnels normalement malgré les obstacles semés sur mon chemin par les collaborateurs des Services.

Imaginez ! Je suis actuellement, et cela depuis février, dans une situation insoutenable. L’administration centrale me considère (par écrit et par le moyen de missives officielles signées et cachetées) comme absent depuis cinq mois et demi. Quelques responsables de base, aussi professionnels que courageux leur répondent, parfois par écrit, que non, autrement dit que je suis présent…

Mais l’administration centrale continue à ignorer leurs réponses (officielles signées et cachetées) en leur demandant toujours si j’ai repris mon travail comme si j’étais en abandon de poste. Le but apparent est de me maintenir sous pression pour que j’arrête de m’exprimer sur la nature du régime qui est passé –je le redis ici à toute fin utile-, depuis les dernières élections législatives, du « statut » d’un régime semi-autoritaire à un régime, académiquement qualifié par les spécialistes, d’autoritaire.

Ils veulent aussi m’empêcher par le moyen de ces pressions lâches de m’exprimer en tant que responsable de l’Association Liberté Maintenant illégalement interdite (Freedom Now الحريةالآن) sur les abus de pouvoir et les violations des droits humains et des libertés d’expression et de presse.

A chaque fois que je prends position ou que je publie un article qui ne plait pas aux décideurs dans la presse qui parait à l’étranger, une campagne mensongère de dénigrement me « crucifie ».

Je suis aussi parfois objet de filature sans parler du fait, Ô combien gênant, que mon téléphone est sous écoute active depuis mai 2015. C’est d’ailleurs par ce moyen qu’ils savent que je suis invité par tel ou tel établissement ou que j’ai un entretien avec un périodique…. Aussi durant avril-mai derniers, des dizaines d’articles, de vrais articles pas des brèves, m’ont honteusement insulté et diffamé, photos à l’appui sur le plan de ma vie privée et publique, de mon travail, de mes convictions…etc.

Des caricatures calomnieuses de moi sont publiées, elles m’affublent des cornes de Satan, de costumes de mafieux avec des dollars tombant de leurs poches… Des centaines de pages Facebook y ont participé l’année dernière par exemple suite à un article que j’ai publié en mars 2018 sur l’affaire du journaliste Bouachrine. La campagne s’est ralentie depuis mi-juin 2019, et c’est bon à prendre. Tout y passe, du sexe à l’argent, du service de l’étranger à la trahison de la patrie, de la vaste ferme à la villa cossue…

Honte sur vous! Vous laisserez une mauvaise image de l’Etat marocain pour les générations futures. Vous contribuez par ces moyens vils à la dégradation de l’image de notre pays chéri qui pourtant nous lie tous. Je n’ai jamais su que dire la vérité vous met dans une colère aussi noire!

Communiqué de Maâti Monjib

« Le régime nous faisait une guerre physique et psychologique, tu n’es jamais en paix, jamais en sécurité » – Témoignage d’un journaliste syrien exilé

Un bracelet aux couleurs de l’Armée Syrienne Libre au poignet, l’air détaché, Hasan ne parvient pas à se remémorer d’un seul journal « indépendant » en Syrie. « Je suis certain, en tous cas, qu’il n’y avait aucune couverture médiatique de ce qu’il se passait dans le pays. »

En février 2011, Hasan a 21 ans, il vit à Douma dans la banlieue, à l‘est de Damas. Alors qu’il termine des études de tourisme à l’université, les révolutions arabes au Maghreb, encore naissantes, trouvent un écho jusqu’aux réseaux sociaux syriens.


« J’aimerais que tu parles dans le portrait de ‘révolution syrienne’, ce n’était pas une ‘guerre civile’ ou un ‘mouvement’, il faut l’appeler par ce que c’était : une révolution. »


Le mois suivant, des manifestations s’organisent sur Internet. Dans les rues, quelques centaines de militants les composent, la répression est sévère. Mais les timides cortèges du début grossissent de semaines en semaines, la répression cimente la contestation et les réseaux sociaux font le reste.

copyright Hasan – AFP – Hôpital de Douma

De révolté à journaliste pour témoigner

Hasan ressent le besoin de couvrir les évènements, de « montrer ce qu’il se passe ici ». Il débute avec d’autres journalistes activistes filmant les rassemblements et postant le soir sur Facebook ou YouTube. Dans les manifestations, les caméras et appareils photos sont interdits et confisqués par les moukhabarats (services secrets du régime) mais impossible d’interdire les téléphones.

Dès 2012, les massacres et tortures perpétrés par les forces du régime et ses milices scellent le destin du pays : des dizaines de milliers de manifestants ont défilé, en dépit des menaces, dans les rues de Damas. « Bashar doit tomber », ce sera une révolution.

Durant l’été, le gouvernement perd le contrôle et le siège de la Ghouta se forme. Trois zones contrôlées par différents groupes révolutionnaires apparaissent, Douma sera le dernier quartier contrôlé par les rebelles, huit années plus tard.

Une fois la Goutha isolée, l’eau courante fut rapidement coupée par le régime. Afin d’assurer les besoins de la population, la solution fut de puiser l’eau du sol par des trous de 40 à 60 mètres de profondeur.

« Pour pomper l’eau, on utilisait des moteurs mais bientôt, c’est l’énergie qui venait à manquer. Tirer l’eau avec des pompes manuelles n’était pas suffisant, alors on a commencé à utiliser toutes les sources d’énergie qu’on pouvait trouver : les sacs plastiques, l’huile de cuisine et même de la margarine ».

copyright Hasan – AFP – Hôpital de Douma

Hôpital de Douma et attaque chimique

Hasan rejoint en 2013 l’équipe de l’hôpital de Douma, il photographie les blessés, dont de nombreux enfants, et les opérations chirurgicales qui s’y déroulent.

L’hôpital de banlieue se transforme en hôpital de guerre et s’organise en différents services de soin.

Fin mars, des blessés avec des symptômes anormaux arrivent à l’hôpital, cornée des yeux et muqueuses respiratoires brûlées, suffocation, nausées et vomissements : Bashar el-Assad expérimente les armes chimiques sur les populations rebelles. C’est à ce moment que les médias internationaux commencent à s’intéresser à l’hôpital de Douma.


« Le régime nous faisait une guerre physique et psychologique, tu n’es jamais en paix, jamais en sécurité. À cette époque, nous ne pouvions plus vivre que dans les caves. »


Entre 2011 et 2013, c’est au moins 110 acteurs de l’information qui ont été tués dans le conflit selon un recensement de Reporters sans frontières, face à un tel constat, les médias internationaux décident de ne plus envoyer de correspondants sur place.

Hasan sera contacté par l’AFP après un bombardement dans un marché de Douma en août 2015, l’agence le forme au photojournalisme par internet. À partir de ce moment, les photos d’Hasan se retrouvent en illustration des articles de médias français évoquant les bilans meurtriers du quotidien de Douma.

copyright Hasan – AFP – La Goutha

En novembre 2017, les bombardements sont aléatoires, impossibles à prévoir.

« Le régime nous faisait une guerre physique et psychologique, tu n’es jamais en paix, jamais en sécurité. À cette époque, nous ne pouvions plus vivre que dans les caves. »

Un obus tombe, les secours s’activent pour sortir les victimes des décombres, puis quelques minutes après, une seconde détonation, une nouvelle frappe, visant cette fois-ci les secouristes.

« Je suis parti avec mon appareil photo, un ordinateur emprunté à un ami et les clefs de mon appartement à Douma. »

En février 2018, l’étau se resserre autour de Douma, les bombardements s’intensifient de nouveau. Les quartiers voisins de Mesraba puis Harasta tombent. Les gens fuient la ville. « Le régime voulait une évacuation totale. Si l’on restait, c’était les prisons du régime qui nous attendaient. »

En avril, Hasan quitte sa région natale pour Idleb, puis prend la direction de la Turquie.

À dix reprises, il essaya de traverser la frontière turc, et à la dixième il parvint finalement à échapper aux garde-frontières turcs. « Je n’avais plus de repères, plus d’émotion, je ne pouvais pas regarder de vidéos de Syrie. Avec ou sans papiers syrien, hors du pays je n’étais personne. »

C’est l’AFP qui lui proposa un exil en France. Le voyage, sans argent ni contact, pris onze mois à Hasan. Désormais, il souhaite reprendre des études en journalisme, en France, loin de la Syrie.

« Quand je couvrais la révolution en Syrie, j’emportais toujours ce keffieh avec moi, je le portais durant chaque attaques chimiques. »

Lettre ouverte d’un citoyen syrien au Président Macron

[Par Shiyar KHALEAL]

J’ai fait partie des optimistes satisfaits de voir la France désormais dirigée par un jeune Président, appartenant à une génération qui croit en la Liberté et en la Démocratie.
J’étais également content de voir des jeunes entrer dans la vie politique à l’occasion des élections législatives. Mais hélas, la déception fut grande quand le Président Emmanuel Macron a déclaré qu’il ne voyait pas d’alternative légitime au Président syrien Bachar Al-Assad et que la France ne considèrait plus son départ comme une condition en vue de résoudre le conflit en cours depuis six ans.

Emmanuel Macron et Bachar Al-Assad

Monsieur Macron a ajouté que le Président syrien est un ennemi de son peuple… mais pas un ennemi de la France et que la priorité de la France consiste à s’engager totalement dans la lutte contre les groupes terroristes et faire en sorte que la Syrie ne devienne pas un État défaillant.

Ces déclarations nous m’ont surpris comme ceci a été aussi le cas pour beaucoup de mes concitoyens, lesquels ont fui la brutalité du régime syrien, choisissant de partir vers des pays qui leur offrent une vie de dignité et de liberté.

Comment peut-on penser qu’un chef d’Etat, comme Al-Assad, peut apporter la Justice aux Syriens ? C’est ce même régime qui m’a privé de libertés pendant plus de deux ans à cause de mon travail médiatique et critique à l’égard du Régime en place. Comment, à partir de là, puis-je faire confiance en la justice de Bachar alors qu’il a également tué et poussé à l’exil ses concitoyens en les bombardant notamment à l’aide d’armes interdites telles que des armes chimiques ?

Les déclarations du Président français peuvent apparaître comme une façon de préserver des relations équilibrées entre la France et le monde, y compris la Russie. Mais, sachez Monsieur le Président, que vos déclarations, constituent une grande injustice aux yeux des Syriens qui se sont rebellés contre leur tyran.
Dans le même temps, des forces islamiques se sont affirmées dans la violence et la mort… et Al-Assad a été le premier à les encourager en libérant des détenus fanatisés, lesquels ont décidé de participer à des milices destructrices.

L’une de nos priorités, nous Syriens, passe aussi par la lutte contre Daesh. L’Etat Islamique a tué nos familles en collaboration avec Al-Assad face à une opposition politique syrienne malheureusement peu efficace.
Comment pouvons-nous faire confiance, Monsieur le Président, à Al-Assad, qui maintient en prison plus de 300.000 personnes ?

Monsieur le Président, nous comprenons les intérêts qui sont ceux de la France. J’espère, néanmoins, en tant que Kurde Syrien résident en France, que vous figurerez parmi ceux qui sauront nous rendre justice.
La Révolution française a duré de longues années, avant d’aboutir un Etat fort de sa Démocratie. Au regard de cette Histoire exemplaire, nous espérons que vos prises de positions futures vont contribuer à rendre justice aux Syriens en favorisant l’émergence d’un Syrie nouvelle enfin respectueuse de ses citoyens.

 

 

Syrie, le nouvel Hiroshima

[Par Iyad ABDALLAH]

Traduit par Hossam Sockarieh

Un véritable Hiroshima, commencé avec le début de la révolution syrienne en mars 2011 lorsque le gouvernement a maté sans hésiter les citoyens descendus dans la rue pour réclamer des réformes, qui ne peuvent aboutir qu’à travers le départ du régime même, se déroule depuis plusieurs années en Syrie et se poursuit aujourd’hui encore.
APTOPIX Mideast Syria
Depuis plusieurs jours, la communauté internationale se prépare à commémorer l’anniversaire des victimes d’Hiroshima mortes lors du bombardement de leur ville à l’arme atomique. Cette même scène internationale semble oublier les Syriens. Pourtant, eux aussi se préparent à célébrer l’anniversaire des victimes massacrées dans un bombardement dont la date coïncide avec celle du bombardement d’Hiroshima. Si les dégâts n’ont ni la force ni l’intensité de ceux causés par l’arme atomique, l’arme chimique utilisée n’en appartient pas moins à la même famille : celle des armes de destruction massive.
Alors que le monde entier se mobilise pour commémorer les victimes d’Hiroshima afin qu’elles demeurent gravées dans la mémoire collective et qu’un tel crime ne se reproduise plus, les Syriens se préparent seuls à commémorer leur carnage. Et ils s’interrogent : pourquoi sont-ils seuls à porter le deuil de leurs proches? Une arme de destruction massive a bien été utilisée dans les deux massacres. La guerre en Syrie est, elle aussi, une guerre mondiale. En dépit de ces différences, on est en droit de penser que la tragédie des Syriens mériterait d’être plus présente dans les consciences car elle se déroule aujourd’hui, aux yeux du monde entier directement touché par les cohortes de réfugiés, tous porteurs de leur propre histoire. Et parce qu’un dictateur assassin extermine son peuple, le torture, le pousse à l’exil et livre le pays tout entier à l’enfer d’un fascisme qui agite le drapeau du djihad et de l’islam sur la dépouille des Syriens et ne leur promet qu’un avenir de fascisme et de haine non moins différent de ce qu’il combattait. Derrière tout cela se tiennent des Etats, des régimes, des organisations. Seuls, sans appuis, Les Syriens se retrouvent écrasés par le rouleau compresseur de la famine et de l’exil.

(source : buzzfeed.com)

(source : buzzfeed.com)

Récemment, des observateurs ont élaboré des propositions et des analyses sur l’avenir de la Syrie. Parmi eux, certains qui hier encore affirmaient que Bachar Al-Assad n’avait aucun avenir soutiennent aujourd’hui qu’il pourrait jouer un rôle dans le futur, même s’ils modèrent leur propos en ajoutant que ce rôle serait modéré et limité à une période transitoire. Pour ceux qui défendent cette position, la nécessité de lutter contre le terrorisme est un argument essentiel. Ce qui signifie implicitement qu’ils ne considèrent pas les actes du régime syrien comme terroristes, mais bien au contraire qu’ils considèrent ce régime comme un allié indispensable dans la lutte de la communauté internationale contre le fléau du terrorisme. C’est la logique du « soit l’un, soit l’autre ». Autrement dit, il faut choisir entre le régime de Bachar Al-Assad, ou celui de Daech, d’Al-Nousha et des autres groupes du même acabit.
La réalité, c’est que certains aujourd’hui ont limité leur choix à cette logique binaire. Opter de gré ou de force pour l’un de ces choix, c’est laisser triompher le mal dans l’avenir. C’est du moins la leçon que nous, les Syriens, avons retenue des politiques iniques qui ont marqué notre histoire. Au temps de Hafez al-Assad, c’est une ville entière qui a été détruite et des dizaines de milliers de personnes qui ont été tuées, arrêtées ou ont disparu. Avec le fils, c’est le pays tout entier qui est ravagé et des centaines de milliers de personnes qui ont été tuées, arrêtées ou sont portées disparues, auxquelles s’ajoutent des millions d’autres contraintes à l’exil. Avec l’apparition des forces obscurantistes qui déteste la vie, oppriment le peuple et le mettent à mort, on se demande quel sera le prix à payer si le ce régime est maintenu envers et contre tout. Ne laisser la place qu’à cette alternative, « soit le régime, soit DAASH et ses similaires », cela signifie une reconnaissance net de ces deux régimes, et que l’avenir sera pour les deux ensemble, ou pour l’un des deux. Le sentiment de désespoir et l’infertilité a commencé à gagner les milieux des jeunes qui sont les moteurs du mouvement national démocratique et le moral dans la révolution syrienne. Nous trouvons chez eux la même adéquation : le choix entre le régime ou DAASH : certains vont chez l’un et d’autres vont chez l’autre. C’est le désespoir de la justice du monde, l’obscurité et le handicap face à l’énorme catastrophe qui gagne le pays et ses habitants.

Les corps sans vie d'enfants dans la banlieue de Damas, en Syrie, le 21 août. (HOEP/AP/SIPA)

Les corps sans vie d’enfants dans la banlieue de Damas, en Syrie, le 21 août. (HOEP/AP/SIPA)

Il y a deux ans, le 21 août 2013, un massacre à l’arme chimique été commis dans la Ghouta de Damas, causant la mort de près de 1500 personnes, essentiellement des femmes et des enfants. La plupart des victimes sont des civils qui habitaient la zone aux côtés des combattants. Les conséquences du massacre sont visibles aujourd’hui dans les malformations constatées chez les nouveaux-nés de cette région. Ce jour-là, la communauté internationale a désavoué le régime syrien responsable de ce massacre, mettant de ce fait les alliés de Bachar al-Assad dans l’embarras. Qui, en effet, pourrait soutenir un tel crime? Mais il semble que la politique et l’intérêt aient une logique à part dans laquelle la justice et la vie humaine ne figurent pas. Ce simulacre de justice internationale s’est soldé par l’abandon de l’arme chimique mais pas des autres armes avec lesquelles le régime continue à tuer les Syriens.
Au départ, la mobilisation de la communauté internationale et l’abandon de l’arme chimique ont constitué la preuve que l’acteur de ce crime était bien le régime syrien, ce qu’ont confirmé les rapports d’organisations internationales . Aujourd’hui, deux ans après, la communauté internationale a voulu commémorer le massacre à sa façon. Le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté une résolution prévoyant la création d’un mécanisme permettant de désigner les responsables de l’usage du gaz chimique en Syrie. A son tour, le régime de Bachar Al-Assad, en tant que membre de cette communauté internationale, a voulu célébrer l’événement en pilonnant de ses avions de chasse un marché populaire dans la même zone, tuant ainsi une centaine de personnes et en blessant des centaines d’autres. Ce nouveau massacre est passé inaperçu, comme les autres d’ailleurs qui durent depuis plus de quatre ans. Pourquoi ? Parce que l’arme utilisée est acceptée par la communauté et personne ne l’obligera à ne pas utiliser ses avions de chasse. Aux dernières informations, on apprend que la Russie vient de livrer de nouveaux appareils.
On dit toujours que lorsque l’homme perd la justice sur terre, il se tourne vers le ciel. Voilà peut-être pourquoi des Syriens se tournent, aujourd’hui, vers l’extrémisme.
Aujourd’hui le désespoir de ne pas trouver une justice constitue une menace pour la vie et alimente des idéologies mortifères qui deviennent les seules réalités avec lesquelles il faudra vivre.

 

 

Interview de Muzaffar Salman, photojournaliste syrien

Interview de Muzaffar Salman, photojournaliste syrien
مقابلة مع المصور الصحفي السوري مظفر سلمان

Réalisation : Lisa Viola Rossi
Sous-titrage : Nahed Badawia et Mahmoud El Hajj
© Maison des journalistes, 3 mai 2015
إخراج ليزا فيولا روسي
الترجمة ناهد بدوية- محمود الحاج
بيت الصحفيين ٣ أيار ٢٠١٥