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Libye : l’Etat Islamique cherche l’accès aux puits de pétrole

[Par Sirine AMARI]

Le groupe Etat islamique étend son territoire à l’intérieur de la Libye, visant à obtenir l’accès aux puits de pétrole du pays, selon le ministre de la Défense français, Jean-Yves le Drian.

Jean-Yves Le Drian (source: rtl.fr)

Jean-Yves Le Drian (source: rtl.fr)

Le groupe a commencé à déplacer les terres de son bastion sur la ville côtière de Syrte, a déclaré Jean-Yves Le Drian à la radio française RTL.

«Ils sont à Syrte, leur territoire s’étend sur 250 kilomètres le long de la côte, mais ils commencent à pénétrer à l’intérieur et à être tentés par l’accès aux puits de pétrole et à leurs réserves».

La Libye dispose de 48 milliards de barils de réserves de pétrole brut, c’est la plus grande réserve d’Afrique et la neuvième plus grande dans le monde.

Les commentaires du ministre de la Défense français sont susceptibles d’être une référence aux tentatives signalées par des militants selon laquelle ils chercheraient à s’élargir de Syrte à la ville de Ajdabiyah à l’est du pays.

Il y a eu de plus en plus de rapports qui justifieraient la présence de groupes extrémistes dans la ville, au cours des dernières semaines.

Des pompes à forage de pétrole (source: radio-canada.ca)

Des pompes à forage de pétrole (source: radio-canada.ca)

Ce qui est moins clair est de savoir s’ils sont affiliés à Al-Qaïda ou à Daech .

Ils ont une stratégie qui, en cas de succès, pourrait couper l’approvisionnement en pétrole de cette partie du pays, où des terminaux pétroliers clés sont stationnés.

Il y avait au moins eu une attaque soldée par un échec, par des militants aux portes du terminal pétrolier Es Sidr en Octobre. D’autres domaines où étaient situés de plus petits terminaux pétroliers au centre de la Libye ont également été attaqués cette année.

Libye : une première réunion pour les deux parlements rivaux

[Par Sirine AMARI]

Selon la télévision libyenne, les présidents des deux parlements rivaux de la Libye se sont rencontrés pour la première fois.

Une première réunion pour les deux parlements rivaux (source: libyaakhbar.com)

Une première réunion pour les deux parlements rivaux (source: libyaakhbar.com)

Agila Salah, du Palais des Congrès de renommée internationale dans la ville orientale de Tobrouk, et Nouri Abusahmen, du Congrès national général basé à Tripoli, se sont entretenus à Malte. 

La réunion à Malte entre les deux hommes a porté sur les discussions à Rome dans lesquelles les puissances mondiales ont exhorté les factions belligérantes de la Libye à cesser les combats et à se soutenir à travers un gouvernement d’union.

Mais la signature attendue d’un plan de l’ONU pour un gouvernement d’unité nationale a été reportée jusqu’au jeudi 17 décembre.

M.Salah a plaidé pour plus de temps, avertissant que « agissant avec hâte conduirait à plus de problèmes à l’avenir », selon le journal le Times of Malta.

Pour sa part M.Abusahmen a dit « nous ne pourrons pas accepter l’intervention étrangère contre la volonté du peuple libyen », se référant à l’accord soutenu par l’ONU.

Carte de la Libye actuelle (source: liberation.fr)

Carte de la Libye actuelle (source: liberation.fr)

La Libye a été dans le chaos depuis le renversement en 2011 du colonel Mouammar Kadhafi.

Au milieu de la tourmente le pays est devenu un important point de départ pour quelques-uns des milliers de migrants voyageant en Europe.

On se préoccupe aussi à l’échelle internationale que l’Etat islamique profite de l’instabilité du pays pour s’étendre à l’intérieur de la Libye.

 

Daech menace la Palmyre de Libye

[Par Sirine AMARI]

Les craintes montent sur le fait que les terroristes de l’Etat Islamique aient détruit un ancien site romain en Libye.
Des fanatiques de l’Etat islamique voyageant dans 30 pick-up ont pris d’assaut la ville côtière de Sabratha, mercredi soir, après que trois de leurs hommes aient été capturés par une milice rivale.

Image de propagande de l'EI (source: france24.fr)

Image de propagande de l’EI (source: france24.fr)

Des militants vêtus de noir ont maîtrisé les résidents sur place et mis en place des points de contrôle dans la ville, qui est à seulement 50 miles de Tripoli, avant de récupérer avec succès les trois hommes.

Des monuments d’une valeur inestimable dans la ville, dont un amphithéâtre romain du 3ème siècle, qui font partie de sites du patrimoine mondial de l’Unesco, ont été détruits par l’État islamique.

En Syrie, le groupe avait déjà détruit des sites historiques du patrimoine mondial de l’Unesco, à Palmyre, dont des temples, des colonnes et des sculptures qui, selon le groupe islamiste représentent de «fausses idoles».

Le site archéologique de Sabratha (source: directmatin.fr)

Hier, les partis rivaux de la Libye se sont réunis à Tunis pour des entretiens sur un accord négocié par les Nations Unies, soutenu par la communauté internationale, afin de mettre en place un gouvernement d’union dans le pays, ravagé par les conflits.

Les discussions devaient se concentrer sur l’avancée du processus d’une réunion internationale sur la Libye prévu dimanche à Rome, selon la Mission d’appui des Nations Unies en Libye.

L’émissaire de l’ONU pour la Libye, Martin Kobler, et des représentants des parlements rivaux, ont pris part à des discussions dans un hôtel de la banlieue de Tunis, avec des diplomates étrangers invités en tant qu’observateurs.

Kobler, qui a pris ses fonctions le mois dernier, a déclaré qu’il se sentait «encouragé» par ce qu’il a entendu dans les pourparlers, ajoutant que les parties se rencontreraient à nouveau vendredi.

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry va co-présider les pourparlers de dimanche à Rome avec son homologue italien Paolo Gentiloni. Des représentants de la Russie, la Grande-Bretagne, la Chine et la France seront également présents.

Les discussions viennent à un moment clé de la préoccupation internationale croissante sur le fait que le groupe djihadiste Etat Islamique a exploité le chaos en Libye pour prendre racine dans le pays.

La Libye a eu deux administrations depuis Août 2014, quand une alliance de la milice islamiste a envahi Tripoli, forçant le gouvernement à prendre recours dans l’administration de l’est.

 

L’Etat islamique déclare la guerre aux milices de « Fajr Libya, l’aube de la Libye »

[Par Sirine AMARI]

Assassinat de cinq membres des milices de « Fajr Libya », dans une attaque à la voiture bélier qui avait pour cible un check point à l’ouest de Misrata. L’attentat a été revendiqué par la branche libyenne de l’Etat Islamique qui avait déclaré auparavant la guerre contre ces milices. Celles-ci détiennent la capitale Tripoli ainsi que d’autres villes situées dans l’ouest du pays. 

Image tirée de la chaîne télé de l’organisation de l’Etat islamique Source : mediapart.fr

Image tirée de la chaîne télé de l’organisation de l’Etat islamique
Source : mediapart.fr

La ville de Misrata située à 250 kilomètres à l’est de la capitale libyenne a été réveillée par un énorme bruit de détonation, à la suite d’un bombardement lors d’un attentat commis par un kamikaze à un check point à « Dafnia » la porte d’entrée ouest de la ville ; provoquant ainsi la mort de cinq membres des forces armées en place et de sept autres grièvement blessés.

L’organisation de l’Etat Islamique a revendiqué cet attentat sur son compte Twitter, précisant que l’auteur de l’attentat est de nationalité tunisienne et qu’il est connu sous le nom de « Abou Wahib Attounissi». L’EI qui a déjà revendiqué son implication dans des attaques similaires les mois derniers, a déjà mis en garde les milices de « Fajr Libya » constituées par des Islamistes, que la guerre est annoncée contre ses membres et que l’Organisation allait nettoyer le territoire de cette « impureté »… et les a invités à se repentir puis à retourner à la religion.

Depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi, la Libye a été abandonnée aux conflits sanglants et au chaos politique qui a conduit à une lutte meurtrière pour le pouvoir, engendrant une division du pays entre deux gouvernements avec deux parlements respectifs. Le premier est reconnu sur le plan international et conduit ses activités politiques à l’Est du Pays, tandis que le deuxième est basé à Tripoli. Il est soutenu par les milices de « Fajr Libya », pendant que les forces loyales aux deux parties du conflit ainsi que d’autres groupes armés mènent une guerre sur plusieurs fronts et régions du pays, une guerre qui a coûté la vie à des milliers de victimes depuis juillet 2014.

La porte Dafniya après l’explosion du dimanche 31 mai 2015 Source : twitter.fr

La porte Dafniya après l’explosion du dimanche 31 mai 2015
Source : twitter.fr

Le chaos sécuritaire dû à ce conflit a profité aux groupes de combattants djihadistes en vue d’étendre leurs zones de contrôle. C’est notamment le cas pour la branche libyenne de l’Etat Islamique qui a réussi le 29 mai dernier à faire tomber l’aéroport de la ville de Syrte (450 km à l’Est de Tripoli) après qu’elle se soit emparée de cette ville (dont était natif le colonel Kadhafi) au mois de février dernier.

Le gouvernement intérimaire libyen, reconnu par la communauté internationale, a tiré la sonnette d’alarme face au danger d’une attaque probable de l’EI contre des installations pétrolières proches de Syrte. Après s’être emparé de l’aéroport de la ville et de la base aérienne de Gardhabiya, les rebelles de l’Etat Islamique ne sont qu’à 150 kilomètres de la région du croissant pétrolier. En effet, cette zone concentre des entreprises, des champs pétroliers et également des ports stratégiques. La ville de Derna, désormais connue pour abriter le quartier général de l’EI sur le territoire libyen, est à seulement 1300 kilomètres de la capitale Tripoli.

 

L’Etat Islamique- l’Irak et les Kurdes : Quel avenir attend le pays?

[Par Karwan Tayib BAZYAN]

Des jihadistes de l'EIIL tiennent un point de contrôle à l'entrée de Mossoul, le 16 juin 2014 | Karim Sahib

Des jihadistes de l’EIIL tiennent un point de contrôle à l’entrée de Mossoul, le 16 juin 2014 | Karim Sahib

L’Etat Islamique –connu également sous le nom de « Daech »- est un groupe djihadiste extrémiste sunnite qui a été fondé, en Irak en 2006. Le fondement de son pouvoir reste l’application fidèle de la « Charia ». Pour ce mouvement, les musulmans qui n’adhèrent pas l’idéologie du groupe sont en dehors de l’Islam. Il considère que les kurdes sont les alliés d’Israël et des pays occidentaux. Dernièrement, l’Etat islamique a exploité le conflit entre les chiites, sunnites et les kurdes en Irak pour contrôler Mossoul, la deuxième grande ville du pays et plusieurs autres villes de la région sunnite. Quel rapport a donc cet affrontement avec les précédents conflits entre les sunnites, les chiites et les Kurdes? Quel avenir se dessine-t-il pour l’Irak de demain?

Le Kurdistan irakien et l’Irak

Le Kurdistan irakien est une entité politique, fédérale et autonome du Nord de l’Irak, reconnue par la constitution irakienne de 2005 et par la communauté internationale. Lors de la dernière élection législative, trois partis politiques laïcs obtiennent la majorité : le Parti démocratique du Kurdistan (38 sièges), L’Union patriotique du Kurdistan (18 sièges) et le Mouvement de Gorran (24 sièges). En revanche, les partis islamistes qui se considèrent comme «islamistes modérés», gagnent 17 des 111 sièges au parlement Kurdistan. Notons que les partis politiques kurdes se revendiquent nationalistes par rapport au Kurdistan.
Les autres partis politiques irakiens sont islamistes notamment les partis politiques chiites ; ils sont de confession islamiste chiite traditionnelle. Le clergé (un ayatollah) a un véritable pouvoir décisionnel en leur sein. Mais, chez les arabes sunnites nous trouvons des partis politiques islamistes et des partis laïcs confessionnels. De toute façon, nous pouvons dire que tous les partis irakiens sont confessionnels. Il n’existe pas du tout de parti purement nationaliste dans le pays.

Carte tirée du site fr.wikipedia.org

Carte tirée du site fr.wikipedia.org

Les Kurdes Irakiens n’ont pas de véritables liens d’appartenance à l’Irak, parce que les autorités irakiennes, depuis le début des années 1920 jusqu’à aujourd’hui, n’ont pas donné la totalité des droits aux Kurdes c’est pour cela que ces derniers sont toujours en conflit avec elles. En 1991, après un grand exode des kurdes vers les frontières de l’Iran et de la Turquie, parce qu’ils ont rencontré la persécution et le massacre de 1991 à 2003, le Kurdistan irakien, protégé par la couverture aérienne garantie par la communauté internationale a bénéficié d’une quasi-indépendance. De plus, dans les années 1980 plus de 182 mille Kurdes ont été victimes d’un génocide (connu sous le nom d’Anfal), mais également en 1988 sous le régime de Saddam Hussein, qui a provoqué la mort de 5 mille civiles kurds de la ville de Halabja au Kurdistan irakien avec des armes chimiques. Et il faut , en outre, rappeler qu’en 1988, le régime irakien a détruit 90% des villages des kurdes. Malheureusement, à l’époque, tous les pays arabes et musulmans sont restés silencieux.
Par ailleurs, de 1991 (après l’exode) à 2003, les Etats-Unis, l’Angleterre et la France ont pris la décision de protéger les Kurdes. A partir de 1991, la région de Kurdistan irakien était en dehors du contrôle du gouvernement irakien, depuis que les kurdes avaient constitué un gouvernement local et un parlement régional. Après le renversement du régime de Saddam Hussein, ils ont partagé le processus politique en Irak.
Gardons à l’esprit que cette région est très riche en pétrole et en gaz naturel. Aujourd’hui, plusieurs entreprises pétrolières étrangères travaillent au Kurdistan irakien. La région était en sécurité jusqu’ au 9 juin 2014. A partir de cette date, l’Etat Islamique l’a menacée sans cesse. Mais de toute façon, la situation n’est pas très tragique, parce que les pays occidentaux ont très vite annoncé leur soutien aux Kurdes en Irak contre le « Daech ».

Les Kurdes, sunnites et les chiites
Le conflit entre les arabes sunnites et chiites ne date pas d’aujourd’hui. Les sunnites contrôlaient le pouvoir en Irak depuis la Première Guerre Mondiale jusqu’en 2003, c’est-à-dire après la proclamation de l’indépendance en 1932. Lors de cette indépendance, la Grande-Bretagne a fait, selon nous, une grande erreur politique : elle a couronné une personne d’origine étrangère qui venait d’Arabie Saoudite au lieu d’une personnalité irakienne. Ensuite, elle n’a pas garanti les droits des Kurdes en Irak, non plus. De ce fait, les Kurdes se sont retrouvés annexés à l’Irak.
Après la chute du régime de Saddam Hussein, le conflit confessionnel a commencé entre les arabes sunnites et chiites. Mais, les Kurdes ont coupé tout lien avec le régime Saddam Hussein jusqu’en 2003. Ensuite, ils sont revenus à Bagdad pour créer un nouveau système politique. Le conflit des Kurdes avec les sunnites et les chiites a émergé pour plusieurs causes, y compris concernant les frontières que possède la région du Kurdistan avec les autres car cette région demande à inclure quelques villes dont Kirkuk, qui correspond à la zone la plus importante du Kurdistan.
Pour les Kurdes, l’ethnie est plus importante que la religion. L’opposition entre les sunnites et les chiites est d’orde religieux et confessionnel, mais les conflits entre les arabes en général et les Kurdes sont ethniques. Notons que le régime de Saddam Hussein qui était totalitaire, marginalisait à la fois les chiites et les Kurdes. Cependant, après le renversement de Saddam, les chiites ont contrôlé le pouvoir.
Actuellement, l’Etat Islamique contrôle les régions habitées par les sunnites, parce qu’il a été directement au indirectement soutenu par ces derniers. Aujourd’hui, Les sunnites en Irak soutiennent l’Etat Islamique contre les chiites et les Kurdes, pour renforcer leur position dans le pays.
D’ailleurs, Les autorités arabes en général n’acceptent pas les autres minorités dans les pays arabes. Pour confirmer cela, il suffit de prendre des exemples : les autorités irakiennes ont réprimé les Kurdes en Irak et en Syrie après la Première Guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui, les coptes sont marginalisés en Egypte, les berbères en Afrique du nord et d’autres minorités au Soudan ont été réprimées.

Les sunnites et les chiites : une histoire sanguinaire

Carte tirée du site huffingtonpost.fr

Carte tirée du site huffingtonpost.fr

Le conflit entre les sunnites et les chiites est très ancien en Irak. Ce pays a toujours été un champ de bataille entre ces deux populations. Elles n’arrivent toujours pas à un consensus en vue d’ une coexistence pacifique. D’ailleurs, ce conflit continue depuis l’émergence de l’Islam jusqu’à aujourd’hui. De plus, l’Irak a connu d’autres conflits entre les Califats et l’empire Séfévides –les chiites iraniens- depuis bien longtemps. On peut dire que le même conflit continue sans entraîner aucun changement.
Aujourd’hui, les pays sunnites, le Qatar, l’Arabie Saoudite, La Turquie, etc. soutiennent les arabes sunnites et l’Iran soutient les arabes chiites en Irak.

Quel avenir cela dessine-t-il?
Les expériences antérieures à l’occupation d’Irak par les Etats-Unis et ses alliés en 2003 montrent que les ethnies en Irak ne souhaitent pas vivre dans un pays forcément contrôlé par Bagdad ou centralisé par le gouvernement de Bagdad. Dans ce contexte, on pourrait émettre plusieurs hypothèses ou suppositions pour l’avenir de l’Irak. Peut-être serait-il mieux de fédérer toutes les ethnies dans ce pays, selon trois grandes régions : »Trois régions semi-autonomes attribuées aux chiites, sunnites et Kurdes, tout en plaidant en faveur de l’unité » (selon les propos de Joe Biden, vice-président des Etats-Unis). Ce modèle est fortement soutenu par les Kurdes. Les arabes shiites disposent, en revanche, d’un système fédéral. Ils espèrent créer leur modèle dans une région à part entière en Irak. Les événements sur le terrain rendent les Irakiens connaisseurs de la réalité et du modèle proposé par Joe Biden et qui est le meilleur pour toutes les ethnies, car il permettrait d’éviter la guerre civile et de stabiliser le pays.