Chris the Swiss était-il journaliste ?

Partenaire du film « Chris the Swiss », deux journalistes de la MDJ étaient présents lors de la projection suivie d’un débat au cinéma Espace Saint Michel. Un débat animé par Christophe Joly.

Le conflit serbo-croate a fait plus de 18 000 morts. Parmi ces morts, un journaliste suisse Christian Würtemberg. Quand ? 7 janvier 1991. Où ? Près de Vakovar en Croatie. Ici s’arrête les circonstances du décès de Christian Würtemberg. Là débute l’enquête de sa cousine Anja Kofmel.

Anja Kofmel embarque dans le même train que son cousin avait emprunté. Elle y rencontre ses collègues, sa famille, puis retourne dans l’hôtel où il avait séjourné à Zagreb pour décortiquer ses notes.  Bref, elle reconstitue les bribes de vie qui l’ont amené à mourir étranglé, revêtu de l’uniforme d’une milice croate d’extrême droite, loin, très loin de sa cousine de dix ans alors : Anja Kofmel. C’est cette petite fille qui nous ouvre la porte de son imaginaire pour comprendre le passé sombre de Chris.

Dans les pas de Chris the Swiss

Maintenant, c’est à nous d’investiguer les cauchemars angoissants et tourbillonnants peuplés d’armées de corbeaux. Ces allers-retours entre la perception subjective, rythmée par des ombres ou des insectes grinçants et l’investigation, convergent vers un point : Qui est Chris ?

Un sympathisant d’extrême droite amoureux de la guerre ? Un irresponsable avec des rêves d’aventures ?  Un espion suisse ? Un journaliste infiltré à la recherche d’une histoire ? Le film  dévoile ces interrogations et cherche des réponses. Pas à pas, Anja Kofmel réalise que son cousin était pris au milieu d’une tempête bien plus grande que lui. La recherche des raisons de l’assassinat de Chris et le questionnement sur sa « bonne volonté » se perd dans une vaste plaine.

L’ombre intrigante de l’Opus Dei

Et si cette milice d’extrême droite soutenue par Opus Dei révélait une facette sombre de l’histoire croate ? Si ce n’était pas le cas, pourquoi l’association des vétérans croates refuse que Chris the Swiss soit considéré comme un film croate alors que les animations ont été réalisées par un studio croate à Zagreb : Nukleus Film ?

C’est dans cette vaste plaine que Chris a plongé. Seulement, le film s’arrête là. Le passé de Chris reste toujours trouble. Seules des hypothèses d’observation participante autour de l’Opus Dei demeurent. Mais, les manuscrits de cette enquête ont disparu. Une question demeure, jusqu’où était-il prêt à aller pour découvrir les secrets de cette organisation ?

Chris était-il journaliste ou s’est-il fourvoyé ? 

Chris est allé beaucoup trop loin pour Beraat, journaliste turc ancien résident de la Maison des journalistes. Pour lui, un journaliste doit se contenter d’informer. Le jugement de Beraat est donc logique : « Christian Würtemberg n’est pas un journaliste. » C’est un homme à la recherche d’aventure. Pour pratiquer le journalisme, il y a des règles à suivre : ne pas participer, ne pas prendre les armes, ne pas prendre parti. Ces règles déontologiques sont connues de tous les journalistes.

En zone de guerre, ces limites objectives du travail de journaliste sont en danger. Le terrain du journalisme de guerre repousse les frontières de cette position d’observateur. Et nos critères de jugement sont si loin de la réalité que vivent les reporters dans une guerre. Deux phrases peuvent conclure ce débat selon son opinion : Christian Würtemberg, grand journaliste de guerre prêt à risquer sa vie pour la vérité. Ou bien. Christian Würtemberg, un homme désespéré à la poursuite d’un destin épique.

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