En Mauritanie, enfermer les mineurs en prison est un business

En Mauritanie, les prisons destinées aux mineurs sont devenues des abattoirs où les enfants sont considérés comme des moyens d’obtenir de l’argent.

C’est un véritable business. Pourtant ces prisons sont financées par l’Union Européenne et par des ONG. Ainsi, un centre d’accueil pour l’insertion des enfants en conflit avec la loi a été construit. Ce centre est financé à hauteur d’1 million d’euros par l’Union Européenne et l’ONG suisse Terre des Hommes. L’Etat mauritanien ayant octroyé le terrain.

De graves accusations en prison

Le directeur du centre, Mohamed Vall Ould Youcef, est mis à l’index sur sa gestion de graves scandales sexuels et sur les traitements inhumains envers les enfants. Cette accusation est émise par une ONG des droits humains, l’Association Mauritanienne des Droits de l’Homme – AMHD – . Elle « exige l’accès à tous les lieux de détention pour permettre aux détenus de bénéficier des aides juridiques nécessaires ».

A l’inverse, le directeur du centre, Mohamed Vall Ould Youcef, nie en bloc toutes les accusations en s’appuyant sur d’autres rapports que ceux de l’ONG.

Des mineurs sans avenir

Cependant, l’ONG ne fait que reprendre les cris d’alerte des parents, qui constatent de nombreux actes « immoraux », des conditions de vie très précaires, des jugements à l’emporte-pièce…

Outre le fait que la justice mauritanienne est expéditive avec des prisons qui ne respectent pas les droits des détenus, des cellules pleines, des morts sans autopsie… Aujourd’hui, ses enfants sont privés de droit civil et de leur droit à l’éducation. Ces enfants sont détenus en prison sans jugement, sans voix pour les défendre, même les mesures d’accompagnement font défaut pour une seconde chance.  

Menacé d’arrestation et d’emprisonnement pour avoir exercé son travail de journaliste, voici l’avant-dernière interview en Mauritanie, d’un des journalistes résidents à la MDJ contraint à l’exil. Justement, il interviewait le directeur du centre, Mohamed Vall Ould Youcef. L’échange est très tendu.

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EN SAVOIR PLUS SUR CE THÈME

EGYPTE – La dictature s’attaque aux familles des prisonniers

C’est l’histoire d’une famille qui se bat pour communiquer avec Alaa Abd El Fattah, militant emprisonné dans les geoles égyptiennes. Seif, sa soeur, a été enlevée par des forces de sécurité en civil devant le bureau du procureur général dans le quartier de Rehab au Caire ce mardi 23 juin 2020. Seif était venue déposer plainte en tant que victime d’un attentat et d’un vol qualifié survenu la veille devant le complexe pénitentiaire de Tora.

Le complexe pénitentiaire de Tora, de sinistre réputation, continue de broyer des citoyens égyptiens. Enfermés pour un rien, l’enfer des prisons égyptiennes est une série proposée par l’Oeil de la MDJ. 

Mardi, Sanaa est arrivée devant le bureau du procureur général vers 14 heures. Des agents de sécurité en civil l’ont arrêtée, elle et son avocat, à la porte de l’immeuble et lui ont demandé sa carte d’identité nationale.


Depuis le 12 mars, tous les prisonniers en Égypte ont vu leur famille et leurs avocats suspendus en raison de restrictions liées aux coronavirus.


Une fois son identité établie, ils ont repoussé son avocat et ont forcé Sanaa à monter dans un microbus banalisé et sont partis, suivis de trois voitures banalisées. Elle est apparue une heure et demie plus tard au parquet, selon son avocat, Khaled Ali. On ne sait toujours pas quelles charges sont retenues.

Sanaa, sa mère Laila Soueif, et sa sœur Mona Seif, s’étaient rendues au bureau du procureur général en compagnie de leurs avocats pour déposer une plainte concernant l’attaque de lundi à l’extérieur de Tora.

Les trois femmes se rendaient à Tora tous les jours depuis plusieurs jours afin de recevoir une lettre d’Alaa que les responsables de la prison avaient promis de leur transmettre.

Depuis le 12 mars, tous les prisonniers en Égypte ont vu leur famille et leurs avocats suspendus en raison de restrictions liées aux coronavirus.

Mais ces dernières semaines, la communication par lettre a été autorisée – mais pas pour Alaa, qui n’a reçu que deux correspondances en trois mois:

  • Une brève note le 18 mai informant sa famille qu’il mettait fin à une grève de la faim qu’il avait lancée après son et d’autres prévenus n’ont pas pu assister aux audiences de renouvellement de la détention.
  • L’autre, un message tout aussi court le 6 juin.

Pendant plusieurs jours avant l’agression, les autorités pénitentiaires ont promi qu’une lettre serait livrée. Chaque jour, Laila Soueif revenait aux portes de la prison et aucune lettre n’apparaissait. Samedi, après avoir été retirée de force de la zone d’attente habituelle, Laila a décidé qu’elle ne rentrerait pas chez elle et dormirait devant les portes de la prison.

Dimanche soir, ses filles Mona et Sanaa l’ont rejoint. Elles ont toutes dormi sur le trottoir à l’extérieur de la prison, puis à l’aube ont été attaqués par un groupe de femmes en civil.

Elles les ont battues avec des bâtons, les ont traînées par les cheveux et ont volées leurs affaires à la vue des agents de sécurité se tenant devant la prison. La famille a ensuite publié en ligne des photos montrant de graves ecchymoses sur le corps de Sanaa. Ils surveillaient de près les signes de commotion cérébrale.

« La seule raison pour laquelle Sanaa est venue avec nous aujourd’hui, c’est que les procureurs voient les ecchymoses sur son corps, comme preuve de l’attaque d’hier », a déclaré Mona.

«Le procureur connaît les menaces et les abus auxquels Alaa et notre famille ont été confrontés… Au lieu de la recevoir en tant que victime de coups et d’agressions perpétrés sous la direction du ministère de l’Intérieur et de la sécurité de l’État, et de documenter ses blessures, le procureur est complice de la remettre aux services responsables des violences dont elle fait l’objet » a déclaré Mona dans un flux en direct environ une heure après l’enlèvement.

«Rappelez-vous, Sanaa a été battue, y compris avec un bâton, traînée par terre, volée et agressée verbalement en plein air, devant les forces de sécurité à la prison de Tora hier. Imaginez le danger dans lequel elle se trouve actuellement », a déclaré Mona.

« Et imaginez le danger qu’Alaa et les autres prisonniers dont nous ne savons rien se trouvent également. Ma mère et moi ne quitterons pas le bureau du procureur avant que Sanaa ne soit amenée ici. »

Alaa Abd El Fattah est l’un des militants et des penseurs politiques les plus connus d’Égypte, bien qu’il ait été emprisonné pendant la grande majorité des années depuis l’arrivée au pouvoir d’Abdel Fattah el Sisi.

Il fait partie des milliers d’Égyptiens actuellement en détention provisoire. Il a été arrêté en septembre 2019, dans le cadre de la «vague d’arrestations de septembre » à la suite de petites manifestations provoquées par le dénonciateur, Mohamed Ali.

Données sur le nombre de détenus par la Commission Egyptienne pour les Droits et les Libertés - The Egyptian Commission for Rights and Freedoms © ECRF

Autres articles

EGYPTE – Episode 2 – Au-delà des privations de liberté

« Tout individu a le droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne », la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (1948), Art. 3 déclame.

Ce n’est pas le cas actuellement en Egypte où les mesures renforcées de sécurité ont de plus en plus restreint la vie publique, la liberté et la sûreté des citoyens égyptiens dans les années passées.

La réaction du gouvernement à la vague de protestation le 20 septembre 2019 confirme qu’il y a une politique de répression totale sous la présidence d’Abdel Fattah al-Sisi. Également, les mesures adoptées pour empêcher toute mobilisation populaire à l’occasion de l’anniversaire de la Révolution égyptienne le 25 janvier 2020, révèlent la normalisation d’un état de peur totale dans le pays.

Un regard plus attentif sur les histoires de vie quotidienne des égyptiens ne peut pas nous laisser indifférents. Plutôt, il signale une oppression préoccupante menant à la détérioration, si non négligence totale, des droits de l’homme sous l’autorité du Directeur Adjoint des politiques dans le cadre du Project sur la Démocratie du Moyen Orient (Project on the Middle East Democracy – POMED) a appelé «le gouvernement le plus répressif dans l’histoire égyptienne moderne».

Parmi les histoires qui peuvent clairement illustrer cette situation, nous choisissons de présenter dans une série d’épisodes l’exemple d’Hossam, qui préfère rester anonyme pour des raisons de sécurité.

Ses vicissitudes depuis septembre 2019 stimulent plusieurs réflexions sur la situation actuelle dans un pays qui donne la priorité à la sécurité nationale mais où les citoyens arrivent difficilement à se sentir en sûreté.

Torture systématique et abus dans les prisons égyptiennes

Depuis la présidence d’Abdel Fattah el-Sisi, tout le monde sait que la répression d’activistes, bloggeurs, journalistes et chercheurs a atteint un pic alarmant.

C’est devenu une pratique commune, celle de réduire au silence l’opposition grâce à la disparition forcée, l’assaut et la détention des gens qui défient le discours officiel de l’Etat.

Sauver des détenus égyptiens

Dans son reportage biannuel sur la détention en Egypte, le Detention Watch Project a compté :

  • 932 disparitions forcées
  • 638 détentions arbitraires
  • 320 meurtres équivoques dans la première moitié de l’année 2019

En décembre 2019, l’Institut International de la Presse a comptabilisé 61 journalistes emprisonnés dont 25 arrêtés entre ctobre et décembre.

© CPJ – Statistiques des journalistes attaqués en Egypte depuis 1992

En plus, les protestations de septembre ont provoqué une intensification ultérieure de répression gouvernementale. La campagne lancée sur Twitter en novembre 2019 avec l’hashtag #SaveEgyptianDetainees confirme une augmentation déplorable des détentions arbitraires.

Comme dans le cas d’Hossam, plusieurs personnes ont été enlevées dans la rue, environ 4321 détenus entre le 20 septembre et le 21 octobre 2019, selon la Commission Égyptienne pour les Droits et les Libertés (The Egyptian Commission for Rights and Freedoms – ECFR).

Données sur le nombre de détenus par la Commission Egyptienne pour les Droits et les Libertés - The Egyptian Commission for Rights and Freedoms © ECRF

Pendant celle période, des milliers de citoyens ont fait l’expérience d’une détention.

Après une période exténuante d’attente (peu d’informations et beaucoup d’incertitudes extrêmes), quelques détenus ont été progressivement libérés. Comme une journaliste du Wall Street Journal basée au Caire, Amira el-Fekki, l’a expliqué le 4 décembre 2019: «Pendant que les autorités égyptiennes ont continué à libérer centaines de détenus depuis les événements du 20 septembre, les rétracteurs du gouvernement sont ténus en prison sous des vagues accusations».

La menace de la détention a pris sa forme extrême, menant à une conscience diffusée de la prédominance de «Dhulm», injustice, dans l’actuel Etat égyptien.

La torture systématique dans les prisons égyptiennes. Si «Dhulm» est une pensée récurrente dans la tête de milliers d’égyptiens, le mot «Ta’azib», torture, est également devenu très important dans le vocabulaire égyptien arabe.

En Egypte, la détention ne se limite pas à la privation de la liberté. Depuis les années du Président Gamal Abdel Nasser, les prisons ont été associées avec maltraitements, abuses et, surtout, torture.

Encore, sous la présidence d’Abdel Fattah el-Sisi, les méthodes des forces de sécurité de l’Etat semblent devenir exponentiellement brutales. «C’est juste, mais dépassé. Les prisons aujourd’hui sont beaucoup pire que ça», un activiste égyptien qui vit à l’étranger a exclamé.

Il était à la projection d’un film inspiré par des événements réels sur la torture en Egypte titré «el Hatk» (L’assaut), réalisé par Mohamed el Bahrawi.

El HATK movie screening, Montreal Feb 9

Venez assister à la projection du tout nouveau film égyptien El Hatk au cinéma du Parc de Montréal le dimanche 09 février 2020 à 15h00.Un film indépendant qui raconte les sévères conditions que les égyptiens et le printemps arabe vivent.Le film est produit par Les Films de la Mer et réalisé par M. Mohamed El Bahraoui.Les billets sont disponibles en ligne au coût de 10$ .https://omniwebticketing.com/cinemaduparc/?schdate=2020-02-09&perfix=47644

Publiée par Egyptian Canadian Coalition for Democracy sur Jeudi 23 janvier 2020

Cette perception de l’augmentation de brutalité dans les pratiques adoptées pour silencer l’opposition est confirmée aussi par des études officielles réalisées par des organisations internationales.

En juin 2017, le Comite ONU contre la Torture a affirmé que la situation actuelle mène à «la conclusion incontestable que la torture est une pratique systématique en Egypte».

Les nombreux témoignages des ex prisonniers également envoient un message alarmant. Dans l’article «Thinking with Alaa» apparu dans le journal indépendant en ligne Mada Masr, le célèbre activiste des droits de l’homme Alaa Abdel Fattah a commencé à dénoncer ouvertement les conditions déplorables des prisons depuis sa dernière détention en prison.

Outre la durabilité inévitable de la torture, pendant son emprisonnement on lui a nié tout besoin fondamental y compris l’accès aux matériels de lecture, à la lumière naturelle et à l’eau propre.

Pendant que le gouvernement a récemment tenté de montrer une image positive des prisons égyptiennes en organisant des visites pré-programmées pour des journalistes et des officiers, comme la visite ouverte à la prison de Tora en novembre 2019, une recherche indépendante sur le sujet suggère une réalité complètement différente.

La réaction internationale

Le 14 novembre 2019 Al Monitor reporte que la cofondatrice du mouvement 6 April et journaliste Israa Abdelfattah va commencer une grève de la soif. Elle essayait à ouvrir une enquête officielle sur des plaintes concernant son endurance à la torture en détention provisoire.

Dans un Etat où les appels à une application équitable et transparente de la loi sont vains, les gens ont été laissés sans d’autres moyens sauf des gestes extrêmes pour faire entendre leur cause. C’est donc naturel de se demander quelle est la réaction internationale à un pays qui a manifestement violé les droits fondamentaux de l’homme universellement protégés par des conventions internationales.

En février 2020, six ONG en défense des droits de l’homme ont demandé dans une lettre collective au Conseil Européen «une révision complète des relations de l’Union Européenne avec l’Egypte» en raison de la répression continue des droits de l’homme dans le pays.

Tandis que nombreuses organisations internationales comme Amnesty International, Human Rights Watch, Reporters without Borders, Committee to Protect Journalists et d’autres dénoncent la réalité alarmante dans l’Egypte actuel, les Etats ont souvent fermé les yeux sur la question.

Même devant des cas importants qui ont reçu une grande couverture médiatique et sont directement reliés avec d’autres pays, les gouvernements ont réagi très peu ou pas du tout.

Le cas le plus récent de l’égyptien Patrick Zaki George, étudiant en Italie arrêté lors de son arrivée à l’Aéroport du Caire le 7 février 2020, a provoqué une indignation générale accompagnée par des affirmations de politiciens comme le président du Parlement Européen David Sassoli.

Cependant, nous ne pouvons pas observer aucune mesure qui effectivement rédiscute les relations diplomatiques et économiques avec l’Egypte. Entre outres, les affaires commerciales entre l’Italie et l’Egypte ont même augmenté.

Le journal panarabe al-Araby al-Jadid a reporté quelques jours après la possibilité d’un accord imminent sur l’armement de 9 billiards d’euros entre le Caire et Rome.

Les cas où les victimes du système répressif égyptien ne sont pas seulement des citoyens égyptiens sont récurrents, de la disparition mystérieuse, torture et meurtre de l’étudiant italien Giulio Regeni en 2016 à la mort en prison de l’américain-égyptien Mustafa Kassem le 13 janvier 2020.

La question est si la communauté internationale aura jamais l’’intention d’entendre activement et pas seulement prétendre d’entendre les voix de milliers de personnes qui souffrent des injustices en Egypte.

Celles voix qui crient fort l’inhumanité des prisons en Egypte, comme exprimé dans la chanson puissante de Ramy Essam «Fe segn bel Alwan» (Prison colorée). «Oh état de gens tristes, honte sur vos idées. Gloire aux prisonniers tant que vous êtes des hypocrites».

Autres articles

Iran – Le pouvoir judiciaire reconnaît l’arrestation d’étudiants d’élite

Etudiants arrêtés par le régime iranien

Au bout de 26 jours de détention, l’appareil judiciaire en Iran a reconnu l’arrestation de deux étudiants d’élite de l’université de technologie de Charif. Amir Hossein Moradi avait disparu le 10 avril et Ali Younessi avait été ramené chez lui dans la soirée du 10 avril, avec des marques de torture et des blessures. Au bout de quelques heures, ses parents avaient été emmenés avec lui et interrogés pendant des heures sous pression. Par la suite, les étudiants de l’université Charif avaient protesté et demandé des nouvelles sur la situation et le sort de leurs amis.

Poursuivre la lecture

Chronicles from Egypt 2/4 – « Systematic torture and abuses in Egyptian prisons »

“Everyone has the right to life, liberty and security of person” the Universal Declaration of Human Rights (1948), Art. 3 recites.

This appears not to be the case in today’s Egypt, where reinforced security measures have increasingly been constricting Egyptian citizens’ life, liberty and security in the last years.

The government’s reaction to the wave of protests on September 20th, 2019 does not but confirm the presence of a policy of total repression under President Abdel Fattah al-Sisi’s rule.

Equally, the measures adopted to prevent any popular mobilization on the occasion of the anniversary of the Egyptian Revolution on January 25th, 2020 is highly indicative of the imposition of a state of total fear in the country.

A closer look into some everyday life stories of Egyptians cannot leave us indifferent.

Rather, it signals a worrying oppression leading to a deterioration, if not complete neglect, of human rights under what Project on the Middle East Democracy (POMED)’s Deputy Director for Policy, Andrew Miller, has called “the most repressive government in modern Egyptian history”.

Among the several stories that could clearly illustrate this scenario, we chose to present in a series of episodes the example of Hossam, who prefers to remain anonymous for security reasons. His vicissitudes since September 2019 stimulate a number of reflections on the current situation in a country that strongly prioritizes its national security but where citizens can hardly feel secure.

 

Episode 2 – Beyond deprivation of liberty: systematic torture and abuses un Egyptian prisons

The first stage of Hossam’s experience in prison was everything but untroubled. After preliminary control procedures at a police station, Hossam was moved to Tora prison. Tora prison is a familiar name for most Egyptians.

Among prominent figures who suffered from what a multitude of reports describe as cruel and degrading punishments, Mohammed Morsi’s five-year detention in Tora Prison and his successive death in court has become emblematic. Consequently, Tora prison represents in the mind of people a place of ill-treatment, abuse and torture.At the same time of his arrival, a group of detainees started a hunger strike to protest against torture.

As a result, everyone underwent increased ill treatment, including those as Hossam who did not participate in it.“For five entire days, for five entire days”, his brother keeps repeating, “Hossam could not see the light”. Predictably, he was not able to avoid torture. Detainees in Tora prison and he had to bear daily humiliation involving both verbal and physical violence.

Hossam’s experience as a prisoner did not come to an end there. After his first appearance in front of the “Niqab Amn al-Dawla”, the State Security Syndicate, he was charged with accusations of joining “terrorist organizations”. Abu Zaabal prison was therefore waiting for him.

During his 43-day imprisonment in Abu Zaabal Prison, the family could only visit him twice.

Policemen and people walk in front of the main gate of Tora prison in Cairo © HCR

Save Egyptian Detainees

Since President Abdel Fattah el-Sisi’s presidency, it is no secret that the crackdown on activists, bloggers, journalists, and researchers has reached an alarming peak.

It has become a common practice to silence opposition through enforced disappearance, assault and detention of people challenging the official state discourse. In its biannual report on detention in Egypt, the Detention Watch Project found 932 enforced disappearances, 638 arbitrary detentions, 320 equivocal killings from the first half of 2019. Notably, journalists have been among the most targeted categories. The International Press Institute (IPI) reported in December 2019 that 61 journalists were imprisoned and 25 arrested only during the three preceding months.

© CPJ - statistics - journalists attacked in Egypt since 1992

Furthermore, the September protests triggered a further escalation of governmental repression. The campaign launched on Twitter in November 2019 under the hashtag #SaveEgyptianDetainees confirms a deploring increase in arbitrary detention. As in the case of Hossam, several people were taken from the streets, leading to a registered number of 4321 detainees only in the weeks between September 20th and October 21st, 2019 according to The Egyptian Commission for Rights and Freedoms – ECFR.

Data on number of detainees from The Egyptian Commission for Rights and Freedoms © ECRF

Throughout that period, thousands of common citizens had to go through the experience of detention. Only after an exhausting waiting period with little information and extreme uncertainty, some of them were progressively released. As Cairo-based journalist for the Wall Street Journal, Amira el-Fekki, explains on December, 4th, 2019: “While Egyptian authorities have continued to release hundreds of detainees since September 20 events, critics are kept in jail over vague charges”.

The threat of detention has been taking its extreme form, leading to a widespread awareness of the predominance of “Dhulm”, injustice, in the current Egyptian state.

Systematic torture in Egyptian prisons. If “Dhulm” is a recurrent thought in the minds of thousands of Egyptians, “Ta’azib”, torture, has similarly acquired a prominent status in the Egyptian Arabic vocabulary.

Illutsration prison Tora Egypt – © @yssinmhmd

Detention in Egypt does not limit itself to deprivation of liberty. Since President Gamal Abdel Nasser’s times, prisons were associated with ill treatment, abuses and, above all, torture.Yet, under the presidency of Abdel Fattah el-Sisi, the State Security’s methods seem becoming exponentially brutal. “This is accurate, but outdated. Prisons today are much worse than this”, an Egyptian activist now living abroad exclaims. He was attending the screening of the movie inspired by true events on torture in Egypt “el Hatk” (The Assault) directed by Mohamed el Bahrawi.

This perceived increase in brutality of the practices adopted to silence opposition is also confirmed by official studies carried out by international organizations. In June 2017, the UN Committee against Torture stated that a study of current situation leads to “the inescapable conclusion that torture is a systematic practice in Egypt”.

The numerous testimonies of former prisoners equally send an alarming message.In the article “Thinking with Alaa” by independent Egyptian online newspaper Mada Masr, prominent human rights activist Alaa Abdel Fattah openly denounces its deploring conditions since the last of his numerous detentions in prison. In addition to the inevitable endurance of torture, during his imprisonment he was denied any basic needs such as access to reading materials, sunlight or clean water.

While the government has recurrently attempted to show a positive image of Egyptian prisons by organizing pre-scheduled visits for journalists and officials such as the open visit to Tora Prison last November, an independent research on the topic suggests a complete different reality.

International reaction On November 14th, 2019, Al Monitor reports that co-founder of April 6th movement and journalist Israa Abdelfattah would start a thirst strike. She was seeking to open an official investigation on complaints about her endurance of torture under custody. In a state where calls for a fair and transparent application of the rule of law are futile, people have been left with no other means but to recur to extreme gestures to make their cause being heard.It is here natural to wonder about the international reaction towards a country that has been manifestly violating fundamental human rights universally protected by international conventions.

In February 2020, six human rights NGOs requested in a joint letter to the European Council “to lead a comprehensive review of the European Union’s relations with Egypt” in reason of the sustained crackdown on human rights in the country.While numerous international organizations such as Amnesty International, Human Rights Watch, Reporters without Borders, Committee to Protect Journalists and much more constantly denounce the alarming reality in current Egypt, states have often turned a blind-eye on the subject.

Even in front of prominent cases that have received extended media coverage and are directly related to other countries, governments have taken little or no action. The most recent case of Egyptian Patrick Zaki George studying in Italy and arrested at his arrival at Cairo Airport on February 7th, sparked a civil society outcry accompanied with some statements by politicians such as president of the European Parliament David Sassoli.However, we cannot observe any concrete steps to effectively re-discuss diplomatic and economic relations with Egypt.

Among others, business between Italy and Egypt is even increasing. Panarab newspaper al-Araby al-Jadid reported few days later that event the possibility of imminent agreement on armament between Cairo and Rome of 9 billiard euros.

Cases where the victims of the Egyptian repressive system are not only Egyptian citizens are recurrent, from the mysterious disappearance, torture and murder of Italian PHD student Giulio Regeni in 2016 to the death in prison of American-Egyptian Mustafa Kassem on January 13.The question is whether the international community will ever actively listen to and not merely pretend to hear the voices of thousands of people suffering from injustice in Egypt. Those voices screaming out loud the inhumanity of prison in Egypt, as expressed in Ramy Essam’s powerful song “Fe segn bel Alwan” (Colourful Prison).“Oh state of forlorn people, shame on your ideasGlory to prisoners as long as you are hypocrites”.

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Egypte – Histoires de la plus grande prison pour femmes, Al-Qanatir

C’est une matinée d’hiver ensoleillée au Caire où moi et un petit groupe de Maadi Community Church (MCC) prenons la route pour la prison d’al-Qanāṭir.

Après une heure de route à travers différents quartiers entourant la capitale égyptienne, je me retrouve devant la porte principale de la prison, signalé par un gros écrit en arabe «Manṭiqa al-sujūn al-Qanāṭir» (zone des prisons d’al-Qanāṭir) au sommet duquel flotte le drapeau tricolore égyptien.

Située dans la zone d’al-Qanāṭir, au sommet du delta du Nil, la prison d’al-Qanāṭir comprend la seule grande prison pour femmes d’Égypte. De plus, le complexe présente une division pour les détenus étrangers et les détenus égyptiens. Un visiteur fréquent de la prison a indiqué qu’environ 2000 détenus sont actuellement détenus dans la section des femmes, dont 200 étrangers, malgré une capacité maximale de 1200 personnes. Les hommes sont au nombre de 250, dont 160 Égyptiens et 90 étrangers.

Poncet, originaire du Congo Kinshasa RDC qui visite les prisonniers depuis 23 ans, passe attentivement en revue les principales règles applicables à la zone: pas de téléphone, pas d’équipement électronique, identification personnelle obligatoire. Avec Nina, il organise des visites régulières aux détenus des divisions hommes et femmes de la prison d’al-Qanāṭir et dans d’autres endroits comme le poste de police de Nuzha. Avec certains membres de l’église communautaire de Maadi (MCC), ils fournissent un soutien aux détenus étrangers, à travers des visites régulières, des consultations avec les avocats et les ambassades ainsi que la livraison de nourriture et de fournitures générales.

La longue attente

Comme c’est la première fois que je visite une prison, je suis particulièrement vigilante, observant attentivement mon environnement et essayant de saisir chaque détail autour de moi. Tout en restant dans la longue file d’attente pour le contrôle de sécurité, un certain nombre de choses attirent inévitablement mon attention.


Une atmosphère humaine remarquable est paradoxalement générée dans un endroit confiné où, par définition, les gens ne peuvent pas bénéficier du même traitement humain qu’à l’extérieur.


En particulier, je suis stupéfaite par la variété de personnes qui se réunissent par hasard en visitant leur conjoint en prison. Des familles entières, femmes, hommes, plusieurs enfants, des gens de la ville ainsi que de la campagne, des classes sociales différentes, des emplacements géographiques, des niveaux d’éducation, d’âge, toutes ces catégories de personnes se mélangent et partagent le même espace pendant presque toute une journée.

En raison du long temps d’attente et de l’absence de dispositifs technologiques, les visiteurs inévitablement interagissent les unes avec les autres, se regardent et s’engagent même dans des conversations. En conséquence, une atmosphère humaine remarquable est paradoxalement générée dans un endroit confiné où, par définition, les gens ne peuvent pas bénéficier du même traitement humain qu’à l’extérieur.

De plus, un certain nombre d’événements sont observables dans ce très petit espace rempli de trop de monde.

À côté de moi, un groupe de femmes venant du Caire échange avec désinvolture des discussions sur leur voyage à al-Qanāṭir.

De l’autre côté, certains hommes font la queue en silence, tandis que d’autres s’entraident en portant les sacs lourds avec les fournitures nécessaires aux détenus. Pendant ce temps, d’autres personnes traversent la porte après avoir parlé avec les responsables de la prison. Je ne peux que remarquer l’échange d’argent et des bakchich qui se produisent à la porte d’entrée. Je me souviens immédiatement de l’avertissement du «Code de conduite – Ministère pénitentiaire international» que Poncet m’a envoyé avant la visite:

«Veuillez ne donner aucun baqshīsh (bakchich) à aucun membre du personnel pénitentiaire. C’est la seule responsabilité du chef d’équipe.»

Après avoir été soigneusement fouillés par les policiers, nous finissons par entrer dans la zone de la prison. Cependant, un autre long temps d’attente nous attend. Tout le monde essaie de se mettre à l’aise en espérant que la visite aura lieu bientôt.

L’étape suivante consiste à faire de nouveau la queue pour trouver une place dans les wagons tirés par un tracteur menant à la division féminine de la prison. Alors que nous approchons de la destination, certains officiers marchent le long du chemin et un camion transportant des détenus passe. Loin du bruit constant de la circulation au Caire, seuls les sons des oiseaux interrompus par les voix fortes des gardiens de la prison résonnent.

Détérioration des conditions des détenus

Nous sommes finalement devant le bâtiment dédié à la détention des femmes, étrangères et égyptiennes. D’autres procédures de sécurité approfondies sont nécessaires avant de pouvoir enfin rencontrer les prisonniers.

Ayant à l’esprit quelques informations générales sur le système pénitentiaire égyptien ainsi que des rapports spécifiques sur les conditions des détenus, je ne peux que porter mon attention sur la condition physique des détenus ainsi que sur l’environnement général.

Sans surprise, une grande image du président égyptien Abd al-Fattāḥ al-Sīsī accompagné des pyramides et de la mosquée de MuḥammadʿAlī se dresse au centre de la prison pour femmes, entourée de la devise répandue « Taḥyā Miṣr » (« Vive l’Égypte ») et une déclaration anglaise définissant l’Égypte comme le meilleur pays de tous les temps.

Je ne peux pas imaginer comment la vie peut devenir une fois enfermé dans cet endroit. Par conséquent, je me prépare à observer silencieusement et à écouter ce que les détenus sont prêts à partager avec moi.


«Je n’en peux plus», poursuit-elle


«J’ai commencé à détester l’Égypte depuis que je suis ici», raconte Nada, originaire du Soudan et condamné à cinq ans de prison pour enlèvement [très probablement un enfant à la suite d’un divorce et d’une lutte pour la garde d’un ou plusieurs enfants].

Sa peine est presque terminée car elle m’explique qu’elle a officiellement encore sept mois de prison. En pensant à l’avenir, les yeux de Nada brillent. Elle prévoit de retourner au Soudan et de prendre sa famille entre ses bras. Cependant, une ride de douleur apparaît soudain sur son visage. «Je n’en peux plus», poursuit-elle. Avant sa détention, Nada souffrait de problèmes de santé qui ont profondément affecté sa vie. Depuis son arrivée en prison, sa santé s’est détériorée physiquement et psychologiquement. Elle m’explique son besoin de médicaments, mais en raison de l’absence de soins médicaux appropriés, ses conditions physiques et mentales se détériorent de façon inquiétante comme la plupart des autres détenus autour de nous.

Elle décrit brièvement les conditions de vie dans la prison d’al-Qanāṭir, où depuis quatre ans et cinq mois elle est privée non seulement de sa liberté mais également de son espace privé dans la vie quotidienne.

«Nous avons une petite pièce, nous dormons près les uns des autres sans aucun espace privé vital», raconte-t-elle.

De plus, la nourriture fournie par la prison est insuffisante et les détenus survivent avec les vivres de leurs visiteurs à leur arrivée. Elle ne peut toujours pas croire à quel point sa vie a pris une telle tournure depuis son arrestation et sa mise en prison rapide.

Évitant d’entrer dans les détails de son arrestation, elle se souvient simplement qu’elle a aimé ce pays au cours des premiers mois en tant que personne libre malgré le stress de ne pas disposer de documents juridiques suffisants.

Les raisons de l’arrestation peuvent en effet être diverses et parfois contraires à la condamnation officielle prononcée. Parmi le groupe de détenus étrangers que Maadi Community Church (MCC) visite régulièrement, certaines personnes sont déclarées condamnées pour meurtre, drogue, vol, fraude, prostitution, enlèvement et immigration. Ils viennent de Biélorussie, de Bolivie, du Brésil, du Chili, d’Angleterre, d’Allemagne, de Guinée, des Pays-Bas, du Kenya, du Maroc, du Nigéria, du Pérou, des Philippines, du Soudan du Sud, du Soudan, de Tanzanie, d’Ukraine et du Venezuela.

Des détenues politique pour un post Facebook qui critique le régime en Egypte

L’image de la prison pour femmes d’al-Qanāṭir ne serait pas complète sans mentionner un autre type de détenue. Il est en effet possible de retrouver des prisonniers politiques, dont le crime était de s’opposer au récit officiel de l’État.


Je quitte la prison d’al-Qanāṭir, avec de nombreuses réflexions sur la valeur du mot « liberté ».


C’est le cas d’une jeune fille de 21 ans originaire d’un village du gouvernorat de Minufia. Je ne l’ai pas rencontrée personnellement car elle ne faisait pas partie du groupe de personnes qui m’était attribuée. Pourtant, j’ai appris son histoire à travers sa famille en attendant notre visite.

Selon sa mère, elle est détenue depuis 45 jours. Elle a été enlevée de chez elle après avoir publié un post sur Facebook condamnant l’arrestation de plusieurs personnes innocentes en Égypte. Ironiquement, sa mère dit: «Maintenant, elle est devenue l’une d’entre elles. C’est ce qui se passe en Egypte».

Elle a besoin de médicaments réguliers, donc chaque semaine, la famille vient avec des médicaments en plus de la nourriture. Sa mère, dont le visage indique la présence d’une profonde souffrance intérieure, ne dispose d’aucune information sur un éventuel procès ou remise en liberté. Elle attend, soutenue par sa sœur et les deux autres filles, tout en espérant que ce cauchemar se terminera bientôt.

Avec les images des nombreux officiers de prison, les voix fortes résonnant partout dans la prison d’al-Qanāṭir dans mon esprit et les histoires de certains détenus dans mon cœur, je quitte la prison d’al-Qanāṭir, avec de nombreuses réflexions sur la valeur du mot « liberté ».

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