Ce qui se passe en “Irak démocratique” est-il normal?

Le président irakien Barham Salih en visite à Téhéran en 2018

Malgré la transformation démocratique qu’a connue l’Irak, depuis 2003, avec l’adoption d’un système parlementaire après la période douloureuse de dictature sous Saddam Hussein, et malgré toutes ses capacités humaines et économiques, le pays est devenu l’un des pires lieux où vivre dans le monde. Quelles en sont les raisons? C’est une question gênante que de nombreux étrangers m’ont posée et à laquelle j’ai souvent évité de répondre.

Je me souviens d’une question qui m’a été posée par une lycéenne de la ville de Boston sur la situation de l’enseignement secondaire en Irak. Je n’avais alors pas pu lui dire que même dans les quartiers les plus “chics”, les écoles sont en ruine ou dans un état délabré, sans toilettes. Que les salles de classe sont sans climatisation [la température peut parfois atteindre les 50°] et parfois sans tables. Elle ne m’aurait tout simplement pas cru.

Ce qui se passe en “Irak démocratique” est quelque chose de vraiment illogique, déjà difficile à concevoir pour le simple irakien, mais relevant de l’absurde pour l’observateur étranger.En effet, comment accepter que, dans une démocratie moderne, le Premier Ministre (également le commandant en chef des forces armées) puisse admettre de façon explicite être incapable de protéger son propre gouvernement des groupes hors-la-loi? 

Il n’est pas non plus logique qu’un ancien président du parlement, évoque dans une interview une “vente et achat de postes ministériels” et d’autres hautes fonctions ayant eu lieu à la cafétéria du Parlement, comme une simple transaction. Comment convaincre l’observateur occidental de notre “démocratie”, face à ce comportement devenu la règle au moment de chaque élection? Comment justifier l’incapacité du pouvoir judiciaire à condamner des personnes impliquées dans des crimes, en raison de leur appartenance partisane ou tribale? Comment qualifier un régime qui revendique la démocratie, matin, midi et soir, et qui mène une campagne d’exécutions massive à l’encontre de centaines de jeunes pour avoir organisé des manifestations pacifiques et spontanées? Est-il logique qu’un ministre des Finances puisse déclarer sans crainte un détournement de 250 milliards de dollars du budget de l’État?

Si j’étais citoyen étatsunien, comment aurais-je pu croire, que dans une démocratie contemporaine, une jeune militante et sportive puisse être abattue à cause d’une photo prise avec le consul américain à Bassora, ou qu’un journaliste ayant interviewé l’ambassadeur américain à Bagdad soit accusé d’espionnage?! Si j’étais citoyen canadien, comment pourrais-je croire en  un système qui accepte de laisser assassiner ses journalistes, ses chercheurs et ses militants sans que les auteurs ne soient punis?

Si j’étais un ingénieur de l’État de Chicago, j’aurais du mal à croire que la ville d’Al-Zafaraniya, au sud-est de Bagdad, ne compte aujourd’hui plus qu’un marché populaire appelé «Souk Al-Hawa », alors qu’on l’appelait – avant 2003 – le Chicago d’Irak en raison de sa grande industrie diversifiée?

Si j’étais un italien, je ne pourrais pas croire que le théâtre historique de Babylone n’accueille plus de concerts de musique et que les irakiens sont obligés d’acheter exclusivement des vêtements made in Turkey. Si j’étais un vétéran anglais, comment croirais-je qu’il n’y ait plus d’eau à Bassora et qu’Abu Al-Khasib” ne produise plus de dattes? Si j’étais français, j’aurais refusé l’idée que l’ancienne université de Bagdad, qu’on surnommait la “Sorbonne arabe”, ne soit plus au même rang prestigieux qu’auparavant.

Si j’étais somalien (pays qui vit pourtant une grande crise), je ne croirais pas que les fonctionnaires d’Irak, pays connu pour ses richesses pétrolières, agricoles et autres, soient restés plusieurs mois sans salaire…

Passons au citoyen iranien, dont le gouvernement a une grande influence en Irak. Sait-il qu’on trouve dans les rues de Bagdad le double de portraits à la gloire du ‘’leader’’ qu’à Téhéran et Qom réunies? Peut-il croire que l’hôpital allemand des maladies cancéreuses de Jadriya, situé au centre de Bagdad, est devenu la mosquée d’un parti islamique bénéficiant du soutien du gouvernement Que même les Irakiens les plus courageux ne peuvent pas critiquer le système iranien de Velayat-e faqih (“tutelle de la jurisprudence religieuse” qui confère aux religieux une mainmise sur le politique).

La communauté internationale doit comprendre le slogan “Nous voulons une patrie!” (Nouridou Watan!), scandé par les jeunes en octobre 2019. Il appelle à un pays qui offre le minimum pour une vie de dignité. Il met le monde entier devant sa responsabilité, son devoir de tendre la main à ce peuple abandonné comme on le ferait face à un enfant. Ces jeunes, malgré toutes les déceptions et les revers,  ont encore l’espoir d’un État prospère qui mettra fin à l’échec et à la corruption qui sévissent  depuis de nombreuses années en Irak.

Ahmed Hassan, journaliste irakien résident de la MDJ

Contact : ahm_198950@yahoo.com

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Maha Hassan : Composer son identité, une utopie ?

© TAKAT

2018, à l’arrivée dans l’aéroport d’un pays arabe [que je préfère ne pas citer]. En consultant mon passeport français, l’officier me demande de quelle origine je suis. Il me demande ensuite de lui présenter un justificatif de ma “propre identité”. Choquée, je lui ai répondu : « mais je suis française, vous avez mon passeport entre vos mains ! ».

J’étais sidérée en discutant avec ce monsieur. J’ai essayé de lui expliquer, en vain, que je n’avais aucun papier de mon pays d’origine et que j’étais une citoyenne française. Ces quelques minutes devant l’officier me paraissaient longues. J’étais angoissée. J’ai eu l’impression qu’ils allaient me renvoyer. Finalement, l’officier a mis le cachet sur mon passeport en insistant que je ne pourrais pas quitter le sol de ce pays arabe, sans pouvoir justifier de mon identité d’origine.

En discutant avec les deux amis Français (l’un d’origine irakienne et l’autre marocaine) qui ont effectué le voyage avec moi, ils m’ont raconté que personne ne leur avait demandé leurs papiers d’origine. 

Ce n’est pas la première fois que ce genre d’incident m’arrive. Dans un autre pays arabe, quand l’officier en charge de vérifier mon passeport m’a demandé comment ça se faisait que je sois française alors que je portais un nom arabe. «Oui, je m’appelle Maha, je suis d’origine syrienne et je suis une voleuse d’identité», m’étais-je dit. Pour éviter une autre conversation inutile, je lui ai dit que je m’étais mariée avec un Français. «Et ta famille, comment accepte-elle ton mariage avec un Français?!», me lançant d’un regard méprisant.

De retour à l’aéroport Charles de Gaulle, à Paris, l’officier chargé de vérifier mon passeport avait scruté mon visage et avait commenté: Madame, vous avez l’air fatiguée ! 

J’avais failli pleurer. J’étais touchée de l’attention de la part de cet officier français qui me traite enfin comme une vraie concitoyenne, moi qui venait d’arriver d’un pays qui était sur le point de m’interdire de quitter son sol. Un pays où je m’étais sentie humiliée et accusée de porter un faux-passeport.

En Europe, où on a la mentalité de cette égalité entre des Français de souche et les “autres”, je me déplace avec confiance. Ces “autres”, comme moi, qui ne sont pas toujours légitimes dans leur pays d’origine et les pays voisins. 

Maha Hassan © Ouest-France

 

Exil linguistique

Je suis donc née en Syrie, dans une famille kurde. Contrairement à mes cousines et cousins, qui vivaient à la campagne, je parlais l’arabe, la langue de quartier, de l’école et la langue officielle du pays. J’étais douée dans cette langue ; je maîtrisais la grammaire, la dictée, etc. Mais, en allant dans mon village d’origine et en jouant avec mes cousines et cousins, je n’arrivais pas à communiquer avec elles. Ils me traitaient alors comme une étrangère !

En ville, les voisins du quartier appelaient ma famille ”la maison des kurdes”. Je ne comprenais pas comment je pouvais être Kurde selon les autres (arabes et kurdes) car je ne parle que l’ arabe. Je me sentais « différente » : je ne ressemblais ni à mes amies arabes de “souche”, ni à mes cousines kurdes.

La lecture m’a aidé à remplir ce fossé au fond de moi. Partager les idées des autres et trouver des points communs avec eux ou avec leurs personnages, me faisait me sentir, enfin, “légitime”. Je pense avoir commencé à aimer la littérature française grâce à Camus. Avec Camus, j’ai senti un rapprochement avoir lu ”L’étranger”. 

Le temps s’est écoulé, et je suis devenue une écrivaine en langue arabe, mais j’ai toujours porté au fond de moi-même, cette blessure.

En arrivant en France, je pensais que ce nouveau pays allait soigner ma cicatrice, et que je pouvais, enfin, devenir une citoyenne internationale; le rêve de mon père communiste. 

Je ressens une proximité avec Sartre, Rimbaud, Camus, André Breton, Jacque Vaché, Derrida, etc. Je guérirai donc ici. Dans ce pays que je connais, comme si j’y étais avant, via la littérature et le cinéma.

Je me retrouve beaucoup dans la série française de films documentaires « Histoires d’une nation » qui m’a énormément touché. Elle m’a donné le sentiment de cette légitimité qui me manquait, que ce soit en Syrie ou en France. Après avoir terminé cette série, en marchant à Morlaix; ma ville actuelle; une femme que j’ai croisé m’a adressé la parole. Quelque chose de banal comme “il fait froid”. Je lui ai répondu que oui. Puis elle répondait : “et, vous êtes de quelle origine ?”. C’est la question que j’entends systématiquement depuis presque 17 ans que je vis en France.

Nouvelle identité

Malgré l’amertume de ne pas trouver une légitimé, ma vie en France m’a donné la sécurité et la protection de ma liberté. 

Ici, j’ai retrouvé une partie de mon identité perdue, l’identité kurde. Cette identité qui était, et l’est encore, interdite et méprisée en Syrie.

Je considère la France comme mon pays. Elle est au fond de moi. Elle m’a ôté ce sentiment de peur, le “péché” d’être Kurde. Ici, je suis une Kurde légitime, mais pas vraiment une Française reconnue.

Comme un puzzle, je construirai ma nouvelle identité : je suis Française et Kurde, même si je ne maîtrise ni le français ni le kurde surtout que je maîtrise parfaitement l’arabe. Je suis française par choix et culture, par la sécurité et la liberté. Je reste Kurde, par histoire, mémoire et passion. Et arabe, par cette langue qui me permet de m’exprimer et de penser.

J’essaie de recomposer mon identité, de la tisser, une couche sur l’autre. Je peux me déplacer d’une identité à l’autre, sans avoir de sentiments d’avoir trahi cette identité qui nous emprisonne et qui fait de nous des « soldats »; des soldats qui défendent uniquement l’héritage de nos ancêtres biologiques sans celui construit par nous-même…”

             

Maha Hassan 

Écrivaine d’origine kurde syrienne. Parmi ses ouvrages : “Bonjour la guerre”, “Cordon ombilical” et “Métro d’Alep” (traduit en italien). Visiter son blog 

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GUINEE CONAKRY – Au lendemain des élections présidentielles, le chaos

Ils avaient 13, 14 et 18 ans. Tués par balle alors qu’il fêtait la supposée victoire de leur candidat à la présidentielle, l’armée n’a pas fait dans la demi-mesure. Ces règlements de comptes ne sont pas isolés. Tout porte à croire que des fraudes ont eu lieu un peu partout en Guinée lors de cette élection qualifiée d’illégale, puisque le Président sortant a modifié la Constitution unilatéralement pour se présenter à un 3ème mandat. 

Le 18 octobre 2020, l’élection présidentielle a tourné à la fraude électorale à ciel ouvert. Des preuves vidéos confirment ces soupçons. 

Se faire élire par des armes, plutôt que par des urnes 

Dans les fiefs du parti au pouvoir, notamment à Kankan, des militants épaulés par les forces de sécurité ont fraudé sans vergogne pour espérer faire gagner l’élection. Une première vidéo montre un agent de sécurité prendre plusieurs bulletins de vote pour les remettre à une seule personne qui part s’isoler pour voter. Tout porte à croire que cet électeur y va pour ajouter illégalement des votes au candidat Président Alpha Condé dans son fief à Kankan. 

Une deuxième vidéo montre un membre du bureau de vote confortablement assis. Il coche plusieurs bulletins de vote désignant Alpha Condé. On entend des personnes autour du fraudeur lui dire de faire vite car un délégué arrive. L’ensemble se passe en langue malinké. Découvrez cette vidéo en cliquant sur ce lien

Autres méthodes utilisées pour faire gagner le candidat, enregistré un nombre de votant supérieur au nombre d’inscrits dans un bureau de vote, malgré la présence de la Cedeao (Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) et de l’Union Africaine présentes pour surveiller le bon déroulement du scrutin. En lieu et place du terrain, les surveillants des élections préfèrent se prélasser dans le luxueux confort de leur hôtel. Ils dressent leurs oreilles afin d’écouter les déclarations fallacieuses des Présidents en place qui légitiment les dictatures en Afrique au détriment de l’intelligence des peuples africains qui restent dominés par l’illettrisme. Il s’agit de Cellou Dalein Diallo. 

Selon le site Tribune Ouest, bien introduit en Guinée, et qui a pu prendre connaissance des premières estimations à la sortie des urnes, Alpha Condé aurait perdu le vote des Malinkés en Haute-Guinée, son fief historique, ainsi que celui des Soussous en Basse-Guinée. 

Cedeao et Union africaine: des organisations qui ont pour but de conforter les dictateurs en place grâce aux fraudes lors des élections démocratiques 

Pour se maintenir au pouvoir, le Président en place et candidat Alpha Condé n’a d’autre choix que d’utiliser la fraude. Avec ses acolytes de la Cedeao, il sait que la CENI (Commission électorale nationale indépendante) va valider les résultats. En Afrique, les immenses défaites stratégiques peuvent être sans conséquence. Par exemple, c’est bien la Cedeao et l’Union Africaine qui se pavanait au Mali, faisant croire que le Président élu était légitime, qu’il n’y avait pas eu aucune fraude. Quelques jours après ces élections, l’ampleur de la fraude ne faisait aucun doute. Le peuple malien décidant sans aide de renverser l’usurpateur avec l’aide de l’armée. 

Ces deux instances sont là pour légitimer aux yeux du monde les élections organisées par des dictatures. Elles permettent la mise en place des basses besognes du pouvoir qui se servent de la démocratie comme d’un jouet. Le mois prochain, ce sera au tour de la Côte d’Ivoire d’aller voter pour leur président. 

C’est à nouveau la Cedeo qui encadrera ces élections. Prenant goût aux jeux de pouvoir, ils n’hésitent pas à intervenir dans le processus des élections pour soutenir le dictateur en place ! Non seulement, la Cedeao condamne sans réserve l’opposition ivoirienne à bout de nerf et proche de la désobéissance civile depuis qu’ils ont appelé, ce qui est leur droit, au boycott de l’élection présidentielle. Fait aggravant, l’Union Africaine et la Cedeo ne se sont pas gênées par la violation constitutionnelle qui comme en Guinée Conakry a été transformé pour permettre un troisième mandat au dictateur en place, en l’occurrence Alssane Ouattara. 

En Guinée Conakry, on compte les morts 

En Guinée Conakry, l’opposant charismatique Cellou Dalein partant de son expérience, s’est auto-déclaré vainqueur de l’élection. Il s’est basé sur les procès-verbaux à la sortie des urnes. La liesse populaire s’est alors emparée de Conakry, les rues se sont remplies et la ferveur était à la hauteur de l’attente d’une fin de règne souhaité par la population. Ces scènes ont également eu lieu en Guinée forestière, en Moyenne et en Basse Guinée. 

À Conakry, les forces de sécurité à la botte du pouvoir, ont tué dans la soirée du 19 octobre 2020 trois jeunes élèves selon un communiqué du parti UFDG de Cellou Dalein Diallo. Il s’agit de Thierno Nassirou Sylla, 13 ans, Mamadou Saîdou Diallo, 14 ans et Abdoulaye Diombo Diallo, 18 ans. 

Que s’est passera-t-il dans les prochains jours en guinée ? La CENI confirmera-t-elle les résultats des urnes ? Ou cautionnera-t-elle les fraudes en proclamant le candidat du RPG illégal ? Le chaos menace la Guinée Conakry.

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IRAN – 32e anniversaire du massacre des prisonniers politiques de l’été 1988

Il y a 32 ans s’ouvrait l’un des chapitres les plus douloureux et crucial de l’histoire iranienne. C’est un anniversaire triste pour des milliers familles endeuillés comme moi. Ce massacre commença à la fin du mois de juillet 1988 en Iran. Nous avons officiellement comptabilisé 30.000 prisonniers politiques qui furent sauvagement assassinés dans les différentes régions de l’Iran, dont mon frère cadet Ahmad Raouf Basharidoust pour lequel je raconte une histoire dans un livre BD «Un petit prince au pays des mollahs».

La plupart des victimes étaient membres ou sympathisants de l’Organisation Moudjahidines du Peuple d’Iran, le principal mouvement d’opposition contre la dictature islamiste.

Que s’est-il passé en juillet 1988 en Iran?

Dans les derniers jours de juillet 1988, un massacre a été orchestré par le régime clérical contre les prisonniers politiques détenus dans les prisons iraniennes. Le bain de sang a été lancé sur la base d’un décret non daté (fatwa) avec le cachet et la signature de Khomeiny, guide suprême et fondateur de la République islamique.


Ils ne doivent pas “hésiter” à procéder aux exécutions.


En 236 mots, il a signé la condamnation à mort de tous les prisonniers soutenant l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI/MEK). “Ceux qui sont dans les prisons à travers le pays et qui se restent inébranlables dans leur soutien aux Monafeqin [OMPI] font la guerre à Dieu et sont condamnés à l’exécution“, a déclaré Khomeiny dans son décret.

Khomeiny a chargé ce qui allait devenir les “commissions de la mort” à Téhéran, et dans les capitales provinciales, toutes composées de trois membres, de déterminer quels prisonniers restaient inébranlables dans leurs convictions.

La fatwa de Khomeiny était en soi un verdict pour tous les militants de l’OMPI –l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran– en prison, et le rôle de la commission était de décider qui entrait dans cette catégorie.

Khomeiny a exigé que “ceux qui prennent les décisions ne doivent faire preuve d’aucune pitié“, et doivent être remplis de “colère et de haine“. Ils ne doivent pas “hésiter” à procéder aux exécutions.

Les commissions de la mort

Dans un bref interrogatoire de quelques minutes, les commissions de la mort ont d’abord demandé à chaque prisonnier d’indiquer son appartenance politique. S’il mentionnait le nom “Moudjahidine” (OMPI), leur sort était scellé et les questions s’arrêtaient, mais si le prisonnier utilisait le terme “Monafeq“, qui signifie “hypocrite“, terme péjoratif utilisé par Khomeiny pour les Moudjahidine du peuple, il ou elle retournait en cellule.

Ces interrogatoires expéditifs ont déterminé la décision de savoir si le prisonnier restait fidèle aux Moudjahidine du peuple et s’il allait être exécuté. Tous ces loyalistes déclarés ont été exécutés. Mené à la hâte à partir de juillet 1988, ce processus a essentiellement anéanti les prisonniers affiliés à l’OMPI.

Des rapports et des preuves attestent que les meurtres se sont poursuivis jusqu’aux premiers mois de 1989. Parmi les dernières victimes se trouvaient des prisonniers dont le sort n’avait pas été déterminé, mais qui ont été exécutés sur les ordres de Khomeiny par les commissions de la mort.

Ce massacre a été condamné comme un crime contre l’humanité par des défenseurs des droits humains et des ONG dans le monde entier. C’est l’un des événements les plus importants qui marquent le régime des mollahs. Il a eu un effet durable et profond sur la situation interne du régime et sur les relations entre le pouvoir et la société iranienne.

Mais pourquoi cela s’est-il produit ? De nombreux témoignages de ceux qui étaient en prison en 1987 et 1988 ne laissent aucun doute sur le fait que le massacre avait été planifié bien avant.

Lors d’une discussion (dont l’enregistrement audio a été rendu public en été 2016) avec quatre des responsables du massacre, on entend l’ayatollah Hossein-Ali Montazeri, alors successeur désigné de Khomeiny, déclarer: “Monsieur Ahmad (le fils de Khomeiny) disait il y a trois ou quatre ans qu’il faudrait pendre tous les Moudjahidine, y compris ceux qui [se contentent de] lire leur journal ou leurs communiqués.

Trois caractéristiques principales du massacre – sa nature préméditée, un ordre concret du dirigeant du régime qui a également créé une hiérarchie d’élite pour sa mise en œuvre, et l’accent mis sur l’éradication de l’OMPI, la principale opposition- établissent la nature politique de cet événement et le différencient d’un acte de vengeance ou de rage aveugle.

Cette perspective politique nous ouvre les yeux sur la relation entre cet événement et les crises qui coïncident. L’événement le plus important a été le cessez-le-feu dans la guerre de huit ans entre l’Iran et l’Irak, que Khomeiny a été contraint d’accepter après de lourdes défaites et de nombreuses menaces de renversement.

Il avait proclamé que les combats continueraient jusqu’à la destruction de la dernière pierre de la dernière maison de la capitale, ou jusqu’à ce que Karbala (où est enterré le troisième Imam chiite et petit-fils du Prophète de l’islam) et Jérusalem aient été «libérés». La guerre a fait un million de morts iraniens et au moins mille milliards de dollars de dégâts à l’époque.


Outre son ampleur, l’importance politique du massacre soulève des questions quant au silence honteux qui l’a entouré, en particulier en Occident.


L’objectif premier du régime dans cette guerre était de justifier la répression en Iran et de faire taire les protestations publiques et les revendications pour les libertés recherchées depuis la révolution antimonarchique de 1979.

De plus, la mort de Khomeiny était de plus en plus considérée comme imminente ; il avait 86 ans et était très malade. Sa succession était devenue le sujet d’une dangereuse lutte pour le pouvoir au sein du régime. La décision de Khomeiny de massacrer la quasi-totalité des prisonniers politiques visait à éliminer cette force populaire, endurante, capable de jouer un rôle majeur dans un soulèvement pour enclencher un changement fondamental après le cessez-le-feu et sa mort imminente.

Cette décision a également ouvert la voie à la destitution de son successeur désigné Hossein Ali Montazeri, qui s’était révélé décevant pour Khomeiny, et a créé des conditions favorables à l’autonomisation de l’un de ses plus proches alliés, Ali Khamenei (l’actuel guide suprême).

La peur suscitée par l’assassinat des Moudjahidine du peuple dans les prisons a essentiellement écarté les obstacles internes et externes du régime à la nomination de Khamenei comme guide suprême. Par conséquent, la composition post-Khomeiny du régime sous la direction de Khamenei est en partie le résultat du bain de sang de 1988.

La stratégie d’oblitération

Outre son ampleur, l’importance politique du massacre soulève des questions quant au silence honteux qui l’a entouré, en particulier en Occident. Cela s’explique sans doute par les mesures politiques et sécuritaires prises par le régime pour cacher le massacre.

Tous les contacts des prisonniers avec le monde extérieur ont été rompus pendant le carnage. Il y avait, et il y a toujours, une interdiction de publier les noms des personnes exécutées. Enfin, l’emplacement des fosses communes des victimes a été gardé secret, tant pour dissimuler ce terrible crime que pour empêcher toute forme de rassemblement des proches ou de transformation des tombes en symboles autour desquels un mouvement de protestation aurait pu prendre forme.

En fait, ils ont poursuivi la politique d’ «oblitération des victimes sans laisser de traces», de manière à faire croire que les victimes n’ont jamais existé.

La stratégie d’«oblitération» a réussi à restreindre l’accès de la population et de la Résistance à une grande partie des preuves, mais elle n’a pas réussi à mettre un terme à la recherche et à la publication incessantes d’informations relatives à ce massacre. Quelques semaines après le début de la tuerie, le dirigeant de la Résistance iranienne, Massoud Radjavi, a envoyé plusieurs télégrammes aux Nations Unies pour leur demander d’agir afin de faire cesser ces massacres. De nombreuses listes de victimes ont alors été remises à l’ONU.

Simultanément, les partisans de l’OMPI en Europe et aux États-Unis ont lancé des grèves de la faim et des veillées pour alerter sur le massacre. Leurs activités ont fourni des informations en nombre suffisant aux gouvernements, aux parlements, à la presse et aux organisations de défense des droits de humains en Occident.

Mais rien n’a été dit, et encore moins fait, par l’ONU ou les gouvernements occidentaux pour mettre en place des mesures de dissuasion politiques ou juridiques. On peut facilement faire la comparaison avec le tollé mondial soulevé par les Etats et la presse contre la fatwa de mort lancée par Khomeiny contre Salman Rushdie, auteur du roman «Les Versets sataniques».

Le massacre des prisonniers politiques en Iran est le plus important du genre après la Seconde Guerre mondiale. Le silence qui l’a entouré s’inscrit dans le cadre de la politique de complaisance adoptée par les gouvernements occidentaux avec la théocratie en Iran. Après la fin de la guerre Iran-Irak, les gouvernements américains et européens ont adopté la théorie sans fondement selon laquelle l’Iran sous les mollahs adopterait une voie de modération.

Qui sont les responsables du massacre de 1988 en Iran, l’exemple d’Ibrahim Raissi

Les dirigeants “de la ligne dure” et des “réformistes” ont soit participé directement au massacre de 1988, soit y ont coopéré directement, soit l’ont approuvé. En fait, au fil du temps, les responsables du massacre ont gravi les échelons de la hiérarchie politique.

L’un des exemples les plus odieux est celui d’Ibrahim Raissi, l’un des membres de la commission de la mort à Téhéran.

En 2015, Khamenei l’a nommé gardien de la Fondation Astan-e Qods Razavi, une institution pesant plusieurs milliards de dollars qui administre la tombe de l’Imam Reza à Machad. Cette nomination l’a promu aux plus hauts échelons de la théocratie et en a fait l’un des cinq religieux les plus importants exerçant des fonctions politiques.

Un an plus tard, encore une fois sur les ordres de Khamenei et avec le soutien total du Corps des gardiens de la révolution (pasdaran), Raissi a été catapulté candidat à la présidence. L’indignation publique lui a barré la route à la présidence, mais il a néanmoins conservé ses fonctions de gardien de la Fondation Astan-e Qods Razavi et de membre du conseil de direction de l’Assemblée des experts. Au moment de la publication de cette version en français, il a été nommé à la tête du système judiciaire.

D’autres membres des commissions de la mort continuent d’occuper des postes clés dans le système judiciaire et d’autres institutions du régime. Alireza Avaei, actuel ministre de la Justice du Président Rohani, était membre de la commission de la mort de la province du Khouzistan dans le sud-ouest. Avant lui, Mostafa Pour-Mohammadi avait occupé ce poste pendant quatre ans dans le premier gouvernement Rohani ; il avait lui aussi siégé à la commission de la mort de Téhéran.

En 2016 et 2017, les questions sur le massacre de 1988 ont refait surface à la suite de l’indignation croissante du public face à la candidature de Raissi, et un vaste Mouvement pour la Justice s’est levé . De nombreux responsables et leurs complices ont oublié leurs démentis précédents et se sont mis à défendre ouvertement leur rôle dans la tuerie.


74 formes de tortures insupportables [ont été détaillées]


Pour analyser cette répression, un livre très documenté  a été publié par le Mouvement pour la Justice, en 2018 «Crime against humanity» Crime contre l’humanité. Ce livre révèle également des preuves irréfutables de la nature immuable du régime. Il contient aussi les noms de plus de 5000 Moudjahidine du peuple massacrés ; les détails de 35 commissions de la mort et l’emplacement des fosses communes dans 36 villes.

Parmi les responsables de cette tuerie, figurait Khamenei, qui n’a montré aucun signe de regret. Bien au contraire, ces aveux publics n’ont fait que souligner le rôle essentiel que le massacre a joué dans la composition du pouvoir en place et les rapports de force. Il faut espérer que ce livre marquera un pas de plus vers la dénonciation de cette atrocité, dont le guide suprême du régime doit être tenu responsable, bien que, jusqu’à présent, il a échappé à toute responsabilité. Il faut forcer son régime à rendre publiques toutes les informations pertinentes, en particulier le nombre de personnes exécutées, leur nom et leur identité.

L’expérience du Mouvement pour la Justice Ce livre – Crime contre l’humanité – met en lumière une petite partie d’une vérité beaucoup plus large: la pugnacité d’une génération, dont la plupart avaient été les principaux instigateurs des soulèvements et des manifestations ayant conduit au renversement du chah en 1979. Ils sont devenus par la suite le cœur et l’âme du mouvement qui s’opposait à la tyrannie et au fondamentalisme de Khomeiny, refusant de sacrifier leurs libertés au régime des mollahs.

Au cours de leurs sept années dans les prisons notoires de Khomeiny, ils ont surmonté au moins 74 formes de tortures insupportables tout en conservant leur humanité. Comme l’a dit Joseph Kessel, ils étaient l’essence même de la rébellion, la chair et le sang du soulèvement.

Leur persévérance fait partie de la dignité et de l’humanité de notre monde et de la conscience inquiète de l’humanité. C’est le joyau dont le monde d’aujourd’hui a grandement besoin. Ces dernières années, des groupes d’anciens prisonniers politiques, de défenseurs des droits humains, d’experts et de chercheurs ont déployé des efforts précieux pour faire la lumière sur les parts d’ombre de cette tragédie.

Tout en exprimant notre gratitude et notre respect pour tous ces efforts, nous espérons que ces révélations permettront de traduire en justice chacun des responsables de ce carnage.

Au moment de la publication de ce recueil, l’étude se poursuit sur d’autres martyrs dont les noms et les informations nécessitent un examen plus approfondi, ainsi que des efforts supplémentaires pour obtenir de nouveaux noms, en particulier dans les prisons d’où aucune information n’a encore émergé sur les crimes qui s’y sont déroulés.

L’augmentation significative des informations sur les prisonniers massacrés, obtenues au cours de l’année écoulée est le résultat d’efforts généralisés du Mouvement pour la Justice, tant en Iran qu’à l’étranger. Les efforts du Mouvement pour la Justice ont réussi à attirer davantage l’attention en Iran et au sein de la communauté internationale sur la nécessité de mener une enquête internationale sur les meurtres de 1988, afin de traduire en justice les responsables du régime.

L’expérience du Mouvement pour la Justice a démontré que même si de nombreuses années se sont écoulées depuis le massacre, celui-ci n’appartient pas au passé. Cette expérience est fortement liée à la quête de liberté du peuple iranien et se situe au cœur de la résistance pour renverser la tyrannie religieuse dans le but d’instaurer la démocratie, les droits humains et la liberté pour tous les Iraniens.

Publié par le Mouvement pour la Justice en 2018, ce livre révèle des preuves irréfutables de la nature immuable du régime.

Il contient aussi les noms de plus de 5000 Moudjahidine du peuple massacrés ; les détails de 35 commissions de la mort et l’emplacement des fosses communes dans 36 villes. 

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EGYPTE – Episode 4 – La peur et la dépression contaminent la société égyptienne

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«Je ne peux pas dormir, je ne peux plus penser, je me sens détruite» m’écrit la mère d’Hossam tard dans la nuit.


La famille d’Hossam attend. Que se passe-t-il pour lui ? Le manque d’information dévore de l’intérieur. Certains jours, sa mère est pleine d’espoir. Quelques temps plus tard, elle désespère. Ce rythme s’impose au quotidien. 

Durant les premières semaines de détention, j’ai observé la lente détérioration psychologique de la mère d’Hossam. Une souffrance profonde qui l’accompagne. Elle a beau imaginer où est son fils, ce qu’il fait, avec qui il est… Son seul désir, c’est sa sécurité malgré les rumeurs de torture en prison, et l’espoir d’un retour à la maison.

Ce n’est pas que dans sa tête que la mère d’Hossam perd pied face à l’emprisonnement de son fils : Un jour, la famille se préparait à visiter le fils en prison ; Le lendemain, la visite est reportée. Incertitude, frustration, impuissance ont infesté la maison d’Hossam pendant son absence. Le moral est atteint. 

L’impact de la répression sur les égyptiens

Derrière chaque citoyen égyptien détenu (sans motif et le plus souvent torturé), il y a toujours une famille, des amis, des collègues… Ces personnes ne sont pas seulement affectées psychologiquement par l’absence de leur proche, elles sont aussi menacées par le gouvernement.

Durant ces derniers mois, le gouvernement a étendu la répression aux proches, y compris les parents de ceux qui sont considérés dangereux pour la sécurité du pays. Nous avons plusieurs exemples. Lors d’une descente de police en janvier 2020, la maison d’un journaliste critique du gouvernement, Mohamed el-Gahry, a été perquisitionné, et finalement son frère a été arrêté.

Son frère n’est ni politisé ni revendicatif. Il est arrêté car c’est le frère de Mohamed el-Gahry. Donc, si Mohamed s’était rendu à la police, son frère serait libre. Project on Middle East Democracy («Projet sur la Démocratie du Moyen Orient») a rapporté après que la directrice du Carnegie Endowment’s Middle East Programme, Michelle Dunne: «C’est l’exemple le plus récent (parmi beaucoup) où les gouvernement égyptien cible des membres de famille des dissidents».

En conséquence, des milliers d’égyptiens sont affectés directement et indirectement par la répression. C’est un processus de détérioration graduelle de la santé mentale d’une société entière car elle atteint psychologiquement les familles égyptiennes. Il y a de quoi être angoissé. 

Le Président d’Egypte Abdel Fattah al-Sissi

Les gens brisés par la répression égyptienne

«Sh’ab Maksour» signifie «les gens brisés». Ce sentiment est partout en Egypte, souffrir de la perte d’un être cher car il est enfermé n’a rien d’exceptionnel. En revanche, les souffrances qui sévissent au sein des familles prennent des formes très différentes.


«Je regarde autour de moi et tout ce dont je me souviens n’est plus là. Amis en prison, amis à l’étranger, amis déprimés chez eux. Je n’ai pas de choix, sinon celui de m’habituer à ce sentiment de manque»


Parmi la jeunesse égyptienne, des gens sont morts durant la révolution. D’autres ont été blessés et n’ont jamais récupéré physiquement ou mentalement, d’autres jeunes sont encore en prison ou ont été forcés de s’enfuir.

Et comme si cela ne suffit aps, les arrestations en masse dès septembre 2019 a enfoncé encore plus de famille dans cette crise étatique et sociale. Pour le peuple égyptien, la dernière décennie est devenue une succession de traumatismes difficiles à oublier.

«Je regarde autour de moi et tout ce dont je me souviens n’est plus là. Amis en prison, amis à l’étranger, amis déprimés chez eux. Je n’ai pas de choix, sinon celui de m’habituer à ce sentiment de manque» s’exprime un ex-activiste en regardant tristement les autres tables d’un café bondé au centre-ville du Caire.

J’ai observé en silence ce scénario se répandre autour de moi.

Des gens sont assis seuls en sirotant leur thé et café turque. Quelques hommes âgés fument la shisha et jouent au traditionnel tawla. Des groupes d’amis partagent un repas en plaisantant. Malgré ces scènes normales de la vie quotidienne, je pouvais percevoir les dures épreuves de la société égyptienne contemporaine avec ses effets durables sur le bien-être des gens. Or, les données officielles ne font que confirmer cette triste atmosphère.

Des études récentes montrent les problèmes psychologiques en forte augmentation ces dernières années. En aout 2019, le Centre National d’Etudes Sociales et Criminologiques a enregistré qu’au moins 25% des égyptiens souffre de problèmes psychologiques.

Le taux de suicides est aussi alarmant. Environ 150 jeunes égyptiens entre 25 et 30 ans se sont suicidés pendant les premier huit mois du 2019, selon la Coordination Egyptienne des Droits et Libertés (« Egyptian Coordination for Rights and Freedoms »). Lorsqu’en décembre 2019 l’étudiant Nader Mohammed, âgé de 20 ans, se jette d’un bâtiment de 187 mètres au Caire, les vidéos qui capturent son suicide sont devenues virales sur internet. Malgré le chox des images, les égyptiens n’ont aps été surpris.

«Il y a de nombreuses sources de pression sur les jeunes égyptiens, y compris les études, la famille, les attentes sociales et les problèmes économiques… La dictature actuelle nous empêche de supporter la vie en Egypte» me confie un ami en lisant les journaux.

Nader Mohamed, 20, threw himself from the top of Cairo Tower

Sensibiliser la population égyptienne

Dans ce contexte, aborder le problème de la santé mentale n’est pas une tache simple. Si d’un côté le stigma social associé avec les problèmes psychologiques empêchent beaucoup de gens d’exprimer leurs difficultés, de l’autre nous trouvons très peu de services disponibles.

Comme les institutions gouvernementales sont insuffisantes, les organisations citoyennes ont essayé de combler la fosse, mais pas sans enjeux.

Le Centre de Gestion – Réhabilitation des victimes de violence El Nadim a aidé des milliers d’égyptiens en fournissant des thérapies psychologiques et physiques. Le Centre a gagné le Prix Amnesty International Droits de l’Homme en 2018 et il continue courageusement ses activités malgré les nombreux obstacles qu’il rencontre, y compris sa fermeture administrative par la police en février 2018.

@picture-alliance/dpa/Polaris Images/Amnesty/D.smile

Il y a d’autres initiatives créatives qui contribuent à sensibiliser les égyptiens sur les questions de santé mentale. Dans les années qui ont suivi la révolution du 2011, le journal indépendant en ligne Mada Masr a lancé une section spéciale dédiée à la santé mentale en Egypte. La série d’articles publiée était une tentative de briser un tabou traditionnel dans la société égyptienne en créant une plateforme d’échange sécure et libre.

Les égyptiens unis dans la peur et dans la dépression

Peur et dépression se propagent dans l’esprit des gens. Elles sont accompagnées par des sentiments de vulnérabilité, d’insécurité et même de culpabilité : pour n’importe quoi tu peux être placé sans raison en détention. Cela affecte durement le bien-être général de la société égyptienne et de sa jeunesse révolutionnaire en particulier. L’esprit des grands espoirs et de l’attente ambitieuse et ouvertement démocratique du printemps arabe qui dominaient les rues d’Egypte en 2011 a été remplacé par la frustration, voir de l’indifférence.

Avec toutes ces émotions difficiles à partager et la répression aveugle qui pèsent sur les épaules des égyptiens, les expressions artistiques qui mentionnent les problèmes psychologiques sont appréciées avec enthousiasme par la population.

Cette nouvelle scène artistique est révélatrice de l’explosion d’énergie des gens qui chantaient les paroles de «Cherofobia» lors du dernier concert de la rock band égyptienne Massar Egbari. Des paroles simples et pénétrantes qui touchent le cœur des égyptiens, laissant sortir l’accumulation de sentiments négatifs tenus à l’intérieure trop longtemps.

I’m apologizing to you for my silence, when you want to talk

I’m apologizing for my existence, and apologizing for my absence

And that i tend to isolate, and row material for depression

And that i have Cherophobia, and severe lack of interest


Je m’excuse avec toi pour mon silence, quand tu veux parler

Et que moi j’ai Cherophobia, et une sévère manque d’intérêt

Je m’excuse pour mon existence, et je m’excuse pour mon absence

Et que je tends à m’isoler, et matière première pour la dépression


انا بعتذرلك عن سكوتي، وقت ما تحبي الكلام

وان عندي شيروفوبي ونقص حاد في الاهتمام

انا بعتذرلك عن وجودي، وبعتذر ع الغياب

واني مايل لانعزالي، ومادة خام للاكتئاب

« Tout individu a le droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne », la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (1948), Art. 3 déclame.

Ce n’est pas le cas actuellement en Egypte où les mesures renforcées de sécurité ont de plus en plus restreint la vie publique, la liberté et la sûreté des citoyens égyptiens dans les années passées.

La réaction du gouvernement à la vague de protestation le 20 septembre 2019 confirme qu’il y a une politique de répression totale sous la présidence d’Abdel Fattah al-Sisi. Également, les mesures adoptées pour empêcher toute mobilisation populaire à l’occasion de l’anniversaire de la Révolution égyptienne le 25 janvier 2020, révèlent la normalisation d’un état de peur totale dans le pays.

Un regard plus attentif sur les histoires de vie quotidienne des égyptiens ne peut pas nous laisser indifférents. Plutôt, il signale une oppression préoccupante menant à la détérioration, si non négligence totale, des droits de l’homme sous l’autorité du Directeur Adjoint des politiques dans le cadre du Project sur la Démocratie du Moyen Orient (Project on the Middle East Democracy – POMED) a appelé «le gouvernement le plus répressif dans l’histoire égyptienne moderne».

Parmi les histoires qui peuvent clairement illustrer cette situation, nous choisissons de présenter dans une série d’épisodes l’exemple d’Hossam, qui préfère rester anonyme pour des raisons de sécurité.

Ses vicissitudes depuis septembre 2019 stimulent plusieurs réflexions sur la situation actuelle dans un pays qui donne la priorité à la sécurité nationale mais où les citoyens arrivent difficilement à se sentir en sûreté.

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