Burundi : La fin de l’âge d’or de la liberté de la presse

[Par Yvette MUREKASABE]

Radio Populaire AfricaineAntoine Kaburahe, un journaliste chevronné, est le directeur des publications du groupe de Presse Iwacu. Iwacu est le seul organe de presse qui a tenu jusqu’à aujourd’hui, après la destruction des autres médias indépendants du Burundi. Cette destruction a eu lieu la nuit du coup d’état manqué contre le président Pierre Nkurunziza, ce dernier étant contesté par les partis de l’opposition et la société civile pour avoir brigué un troisième mandat illégitime.

Après ce black-out médiatique, plus de soixante journalistes Burundais ont été contraints à l’exil, certains d’entre eux étant dans le collimateur de la justice burundaise. Le procureur général de la République a émis une demande d’extradition de Bob Rugurika, directeur général de la radio RPA, ainsi que de Patrick Nduwimana, responsable de la radio Bonesha FM, et de Gilbert Niyonkuru, journaliste à la Radio Publique Africaine.

Dans la photo, Christian THIBON, historien, Serge NIBIZI, journaliste burundais et Antoine KABURAHE, journaliste et directeur du groupe de presse IWACU

Dans la photo, Christian THIBON, historien, Serge NIBIZI, journaliste burundais et Antoine KABURAHE, journaliste et directeur du groupe de presse IWACU

Le 13 octobre dernier, le journaliste Christophe Nkezabahizi de la Radio-Télévision nationale du Burundi a été tué avec toute sa famille.

Des arrestations arbitraires et abusives ainsi que des actes de tortures à l’endroit des journalistes sont monnaie courante à Bujumbura.

Six mois viennent de s’écouler, du 13 mai au 13 novembre 2015 , et c’est l’histoire d’une régression, la fin de l’âge d’or de la liberté de la presse au Burundi.

 

 

OCDE, 7e Forum Nouveau Monde : Facebook fustigé pour son machisme

[Par Larbi GRAÏNE]

Facebook qu’on connait plus par le gigantisme de son réseau social (plus de 965 millions d’utilisateurs au quotidien) que par son entreprise, est l’une des sociétés les plus hermétiques aux femmes dans le monde, à en croire des participants à une conférence intitulée « Vers un nouveau monde plus féminin » qui tentait de dresser l’état des lieux de la place des femmes dans « la conduite des affaires publiques et privées, ainsi que dans l’évolution des mode de vie ».

(source : bbc.com)

(source : bbc.com)

Organisée dans le cadre de la 7e édition du Forum Nouveau Monde qui s’est tenu à Paris le 9 et 10 novembre 2015 au siège de l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE), cette conférence a réuni sous la modération de Marjorie Paillon, journaliste à France 24, sept personnalités triées sur le volet. Si tout le monde s’accorde sur le constat qu’il faut agir sur les mentalités pour améliorer le sort des femmes, les avis néanmoins restent partagés sur les moyens d’y parvenir. Il y a ceux qui plaident pour des mesures institutionnelles au plus haut niveau et ceux qui croient que les initiatives individuelles ont leur importance.

Nathalie Loiseau (source : comite-richelieu.org)

Nathalie Loiseau (source : comite-richelieu.org)

C’est Nathalie Loiseau, directrice de l’ENA de Paris qui a lancé la première charge contre Facebook et la Silicon Valley, qui abrite le site des industries de pointe aux Etats-Unis. « Je suis perplexe quand j’entends parler du numérique, ils ont crée les plus grands emplois mais on n’y trouve pas de femme » a-t-elle déploré d’un air dépité. Et de tonner « Silicon Valley méprise les femmes ». Pour Mme Loiseau, l’élément féminin ne représente que 12 % du personnel des sociétés leaders.

Gabriela Ramos (source : oecd.org)

Gabriela Ramos (source : oecd.org)

Gabriela Ramos, directeur du Cabinet du Secrétaire général de l’OCDE, abonde dans le même sens en déplorant le fait que « tous les développeurs de Facebook sont des hommes ». Elle s’est énergiquement attaquée à l’idée selon laquelle il y aurait un lien direct entre la transformation de la société et le développement de l’industrie du numérique faisant observer que cette industrie n’emploie «aucune femme ». En outre la question du quota qui a trouvé beaucoup de partisans, a accaparé une grande partie du débat qui s’est déroulé complètement en anglais.

Louis Schweitzer (source : lesechos.fr)

Louis Schweitzer (source : lesechos.fr)

Louis Schweitzer, commissaire à l’investissement et président d’Initiative France a estimé que les résultats du quota « sont positifs » et sont un « succès en France ». Analysant ce succès Schweitzer croit savoir que « les femmes qui arrivaient dans les conseils d’administration ne sentaient pas qu’elles avaient le droit d’y avoir leur place mais de prouver qu’elles la méritaient d’où leur propension à redoubler d’efforts ».

Denise Kingsmill

Denise Kingsmill

Pour sa part Baronne Kingsmill Cbe, membre du Conseil de surveillance d’E. ON, pense que la politique des quotas ne suffit pas pour instaurer l’égalité entre les hommes et les femmes, plaidant pour une réforme des entreprises en s’appuyant sur l’exemple de Michel Landel, DG du Groupe français Sodexo (lui aussi intervenant) qui s’est astreint à une politique d’ouverture en direction des femmes. En effet le DG de Sodexo s’est montré un « féministe » invétéré, chiffres à l’appui, il montre comment la cause des femmes peut devenir « un argument d’entreprise ». Pour lui « l’égalité des gens, c’est ce qu’il faut faire » quoiqu’il affirme que 60 % de l’effectif de son entreprise sont des femmes et que 70 % des achats sont le fait de celles-ci. Landel conclut que l’employeur a un rôle à jouer pour parvenir à l’égalité effective entre les hommes et les femmes.

Janet Neo (source : linkedin.com)

Janet Neo (source : linkedin.com)

Janet Neo, directrice du développement durable de Fuji Xerox pour l’Asie-Pacifique a, quant à elle, insisté sur les pesanteurs des mentalités pointant les résistances qui se manifestent jusque dans le « vieux groupe japonais Fuji Xerox ». Selon elle une enquête a révélé que, 3, 3 % de femmes seulement étaient employées dans cette joint venture. Pis, « les femmes elles-mêmes ne comprenaient pas pourquoi l’employeur voulait changer les méthodes de management pour mettre fin à cette situation ». Malgré son exposé critique, Janet Neo ne s’est pas empêchée de regarder vers d’autres horizons, évoquant la trajectoire exceptionnelle de cette jeune femme de 26 ans, qui à Singapour, a su admirablement et sans soutien politique, s’attirer de nombreuses sympathies. Pour elle « le changement est possible, préconisant « l’action publique » mais également les initiatives liées aux individus qui estime-t-elle, ont le pouvoir de faire bouger les choses. Rappelons que le Forum Nouveau Monde est d’une périodicité annuelle, et est présidé par l’économiste Jean-Paul Fitoussi.

 

Burundi : Est-ce le début d’une guerre civile ?

[Par Diane HAKIZIMANA]

Pierre Nkurunziza (source : voaafrique.com)

Pierre Nkurunziza (source : voaafrique.com)

Qu’est-ce qui va suivre l’ultimatum lancé par le président burundais Pierre Nkurunziza aux quartiers dits « contestataires » de Bujumbura ? Lundi 2 novembre Nkurunziza a seulement donné 5 jours aux « insurgés » pour déposer les armes. Dans le cas contraire, les forces de l’ordre pourront utiliser « toutes les techniques pour mener à bien ce travail », a-t-il précisé. D’autres autorités ont proféré de pareilles menaces aux habitants surtout des quartiers comme Mutakura, Cibitoke, Nyakabiga, etc. qui se sont investis dans les manifestations contre le 3e mandat du président Pierre Nkurunziza. Il s’agit du Président du sénat, du 1er vice-président de la république et quelques ministres. Et plus d’un craint la flambée de violence surtout à ce moment où des corps sans vie sont chaque jour retrouvés dans les rues de Bujumbura.

Révérien Ndikuriyo (source : iwacu-burundi.org)

Révérien Ndikuriyo (source : iwacu-burundi.org)

« Aujourd’hui, les policiers tirent au niveau des jambes pour ne pas tuer alors qu’on leur lance des grenades. Le jour où on va leur dire « travaillez », ne venez pas pleurer », a-t-il déclaré la semaine dernière Révérien Ndikuriyo, président du sénat burundais.
Comme si cela ne suffisait pas, d’autres autorités ont renforcé le discours du président du sénat. Le mot d’ordre reste : « la recréation est finie ». « Si on attrape quelqu’un avec une arme », qu’il ne vienne pas se lamenter ». Et ceux « qui vont pleurer ou crier seront considérés comme des complices », a lâché le ministre de la Défense burundais lors d’une descente effectuée par 5 ministres le mercredi 4 novembre dans les quartiers sud de la capitale, Bujumbura.
Afin de relayer le message du président, les membres du gouvernement burundais n’hésitent pas à interpeller les administratifs de la base afin de persuader « les groupes de jeunes responsables de l’insécurité’’ de rendre les armes avant qu’il ne soit trop tard.

Melchior Ndadaye (source : africapresse.com)

Melchior Ndadaye (source : africapresse.com)

La réaction actuelle de Bujumbura fait penser à la situation qui prévalait au Burundi en 1994 juste après la mort du président Melchior Ndadaye quand le gouvernement d’alors avait lancé un ultimatum aux habitants d’un des quartiers du Nord de la capitale Kamenge. Ces derniers étaient accusés par le Pouvoir d’abriter les premiers éléments rebelles de ce qui est devenu le CNDD-FDD. La fuite des habitants de Kamenge vers d’autres quartiers à cette époque n’a rien résolu au niveau sécuritaire. Les mêmes causes produisant les mêmes effets par ailleurs, l’ultimatum lancé par le président Nkurunziza (qui a pris fin le weekend dernier) arrivera-t-il à ramener la sécurité dans le pays ? En attendant la plupart des habitants de Cibitoke et Mutakura ont décidé de quitter ces quartiers. « Il y a toujours des morts et nous pensons qu’il faut quitter les lieux pour essayer de sauver nos enfants », a témoigné l’un des habitants de ces quartiers à la RFI.
« Les propos tenus par les plus hautes autorités du Burundi laissent penser aux pires heures qu’a connues la région des Grands Lacs…».

Tom Perriello (source : dbcole.com)

Tom Perriello (source : dbcole.com)

Des termes comme « génocide » et « massacres généralisés » commencent à être utilisés. L’envoyé spécial des Etats-Unis pour les Grands Lacs Tom Perriello, dans une interview à RFI ce vendredi, n’y va pas par quatre chemins. Pour lui, les propos tenus par les plus hautes autorités du Burundi laissent penser aux pires heures qu’a connues la région des Grands Lacs. Ici, Perriello fait référence au génocide des Tutsi au Rwanda. Il faut souligner que ces quartiers dits « contestataires » sont réputés peuplés de Tutsi. Selon les propos de ce diplomate, le risque est réel et malheureusement les discours des officiels mettent le Burundi dans une mauvaise passe. Inquiet de ce qui pourrait suivre, Tom Perriello appelle au dialogue de toutes les parties concernées ; « il est vraiment temps que la Communauté des Etats d’Afrique de l’Est et le président Museveni activent les pourparlers. On les attend depuis trop longtemps et il est temps que toutes les parties rejoignent la table des négociations à Kampala, car le pays est sur la mauvaise trajectoire et cela nous préoccupe beaucoup », a-t-il indiqué.

L'ambassadeur adjoint de la France auprès des Nations unies, Alexis Lamek a appelé le Conseil de sécurité à «prendre ses responsabilités» concernant la situation au Burundi. AFP PHOTO/Stan HONDA

L’ambassadeur adjoint de la France auprès des Nations unies, Alexis Lamek a appelé le Conseil de sécurité à «prendre ses responsabilités» concernant la situation au Burundi.
AFP PHOTO/Stan HONDA

Même son de cloché au niveau de l’Union Africaine. Dans un communiqué rendu public le mercredi 4 novembre, la Présidente de la Commission de l’Union africaine, le Dr Nkosazana Dlamini-Zuma n’a pas caché son inquiétude. Dans ce communiqué, elle annonce être au courant de la poursuite des actes de violence au Burundi et appelle à un dialogue inclusif. Selon Madame Nkosazana Dlamini-Zuma des déclarations susceptibles d’aggraver encore la situation actuelle sont à éviter car « elles risquent d’envenimer la situation et de créer les conditions d’une plus grande instabilité, avec des conséquences dévastatrices pour le Burundi et la région tout entière ». Entre temps, un conseil de sécurité a été tenu ce lundi aux Nations Unies pour le Burundi sur la demande de la France. Cette dernière demande à la communauté internationale d’être vigilante pour que ce qui s’est passé au Rwanda en 1994 ne se reproduise pas au Burundi.

 

 

Afrique : la « guerre des élections » libres

[Par Jean-Jules LEMA MANDU]

2015 et 2016 ont été qualifiées d’«années des élections africaines». Sept consultations cette année et sept l’année prochaine. Quatorze, au total. Un bon chiffre au compteur pour un test de démocratie.

North Darfur Woman Votes in Sudanese National ElectionsElles ont eu lieu, au Togo, en mai; au Burundi, en juin; elles viennent de se dérouler, en octobre, en Guinée Conakry et en Côte d’Ivoire ; elles ont mal tourné, en Tanzanie, où elles ont été invalidées, à Zanzibar (1), en raison des fraudes supposées. Elles sont reportées au Burkina à fin novembre. Avec une seule incertitude pour la Centrafrique.

Peut-on, déjà, en établir une sorte de bilan à mi-parcours, en attendant l’entrée en jeu du Burkina, l’issue de la confusion, en Tanzanie, et la possibilité de vote en Centrafrique ?

D’abord un mot sur les élections d’avant le multipartisme, en 1990 : la victoire des dictateurs était gravée dans le marbre. Sans coup férir.

Quant aux désaccords ayant conduit aux grandes rébellions, en RD Congo, en 1964 et en Angola, en 1975 ou au déclenchement de la guerre du Biafra, au Nigeria, en 1967, ceux-ci avaient plus d’accents ethniques qu’une option sur l’idéal démocratique à atteindre.

Mais avec la chute du Mur de Berlin, en 1989, c’est comme si l’Afrique dictatoriale avait subi un choc et craqué. Sans totalement tomber, ses murs ont néanmoins encaissé d’importantes fissures. Beaucoup d’analystes continuent à  y voir une «période charnière», longue et douloureuse, inaugurant une nouvelle Afrique politique.

C’est dans cette brèche saignante qu’il faut placer la «guerre des élections» en cours. Certes, les contextes diffèrent, d’un pays à l’autre, mais l’objectif poursuivi reste le même : le triomphe de la démocratie.

Pour s’être opposés à l’amendement de la Constitution, par les présidents en place, le Burkina et le Burundi tiennent, dans ce processus, le haut du pavé. L’un est parvenu à écraser l’hydre et toutes ses têtes, tandis que l’autre, à travers un élan de contestation irrésistible, a réussi à fédérer Tutsis et Hutus contre la dérive autocratique d’un président « à la manque ».

Au Burundi, cela constitue un fait politique majeur.

Dans un tout autre registre, s’inscrit le Togo. Avec son statut à connotation dynastique. Le «fils à papa», Faure Gnassingbé, l’a emporté haut la main (58,75 %). Il ne pouvait en être autrement, dans un pays où une armée ethnique continue de jouer le rôle de «gardien du temple».

Voici la Guinée et, surtout, la Côte d’Ivoire. L’opinion était aux aguets, y craignant une nouvelle «saison de machettes». Il n’en a rien été… de dantesque. Les urnes, bon an mal an, ont tranché: Alpha Condé a été réélu (43,69 %), en Guinée, de même qu’Alassane Ouattara (83,66), en Côte d’Ivoire.

Quant aux contestations exprimées ici et là, accompagnées de tensions et de violences (il y a eu des blessés et des morts), elles sont plus liées à la douleur de l’enfantement d’une Afrique nouvelle. Le continent y sera encore confronté pour un temps.

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(1) L’archipel de Zanzibar et le Tanganyka formèrent la Tanzanie, en 1964

 

 

Boko Haram : Barack Obama au Cameroun pour contrer l’influence russe et chinoise?

[Par René DASSIE’]

Après la Russie et la Chine, les États-Unis s’engagent à leur tour auprès du Cameroun dans la lutte contre Boko Haram. Un soutien intéressé, estiment certains observateurs.

Barack Obama annonce le déploiement de 300 militaires au Cameroun (source : europe1.fr)

Barack Obama annonce le déploiement de 300 militaires au Cameroun (source : europe1.fr)

Le président américain Barack Obama a décidé d’envoyer trois cents militaires au Cameroun, pour lutter contre Boko Haram. Il ne s’agit toutefois pas de troupes combattantes : d’après leur feuille de mission dévoilée par la Maison Blanche, ces soldats limiteront leurs actions à la surveillance par voie aérienne et au renseignement. Ils ne sont autorisés à faire usage de leurs armes que pour se défendre.

Quatre-vingt-dix d’entre eux se trouvent au Cameroun depuis lundi, comme l’a indiqué Barack Obama dans une correspondance adressée mercredi aux deux chambres du Congrès.

La durée de leur mission est indéterminée. Ils resteront au Cameroun « jusqu’à ce que leur soutien ne soit plus nécessaire », a écrit le président américain.

Trois cents hommes qui ne prennent pas directement part aux combats c’est peu, lorsqu’on sait que Paul Biya, le président camerounais, a plusieurs fois sollicité ces deux dernières années le soutien de la communauté internationale pour faire face aux islamistes de Boko Haram.

Ce n’est pas rien non plus, lorsqu’on considère l’importance stratégique de la surveillance, surtout aérienne, dans une guerre asymétrique comme celle qui oppose plusieurs États d’Afrique centrale au groupe Boko Haram.

Affaiblis notamment depuis l’entrée dans le conflit mi-janvier de l’armée tchadienne, les islamistes évitent désormais les confrontations frontales, n’attaquant que sporadiquement pour se fondre ensuite dans la nature, et recourent massivement aux attentats-suicides.

Les renseignement que fourniraient les militaires américains pourraient donc s’avérer précieux dans ce contexte. Ils permettraient notamment d’observer les mouvements suspects entre le Cameroun et le Nigeria dans le but d’anticiper les attaques. Les soldats africains pourraient aussi plus facilement contrer les mouvements de repli des combattants islamistes, qui s’en prennent régulièrement aux villages isolés et peu protégés.

Des interrogations subsistent cependant, au sujet des motivations de Washington, qui s’est jusqu’ici montrée réticente à entrer dans cette guerre. Pourquoi Barack Obama a-t-il en effet décidé de fournir au Cameroun un appui qu’il a refusé au Nigeria, où Boko Haram est né et fait le plus grand nombre de victimes ? Pourquoi vole-t-il au secours de Paul Biya, que son pays considère pourtant comme un dictateur ayant du sang sur les mains, tout en refusant d’aider Muhammadu Buhari qui, lui, bénéficie d’une incontestable onction démocratique ?

Lors de son séjour aux États-Unis en juillet dernier, le président nigérian n’avait en effet pas caché sa désolation vis-à-vis du refus des Américains de lui fournir des armes pour combattre Boko Haram. Pour M. Buhari, Washington était même coupable, par ce refus, de soutenir indirectement les islamistes qui se sont lourdement équipés en pillant les réserves de l’armée régulière pendant le mandat de l’ancien président Goodluck Jonathan.

Seidik Abba. © RFI/Sébastien Bonijol

Seidik Abba. © RFI/Sébastien Bonijol

Dans une interview accordée à France 24, Seidik Abba, journaliste et écrivain nigérien spécialiste de la région, rappelle les raisons, déjà connues, de la réticence de Washington à livrer des armes à Abuja.

« Les Américains ne sont pas satisfaits de la façon dont l’armée nigériane se comporte et estiment que le Nigeria n’est pas respectueux des droits de l’Homme », déclare-t-il. Une loi dite « Leahy », comme l’explique France 24, empêche en effet l’administration américaine d’aider militairement un pays accusé de violation des droits de l’Homme. Et au Nigeria, les droits de l’Homme sont massivement violés.

Dans son rapport de septembre 2014, l’ONG Amnesty International signalait en effet de nombreuses exactions commises à l’encontre de la population civile par les militaires nigérians, lesquels auraient massivement torturé, violé et tué indistinctement des femmes, des hommes et des mineurs lors de leur traque des islamistes.

« Fin 2014, lorsque les relations entre les deux pays commençaient à se tendre, Washington avait cessé d’entraîner un bataillon de l’armée nigériane, en raison de désaccords sur la gestion de la gouvernance », ajoute Seidik Abba.

Cependant, à l’observation, les griefs du gouvernement américain à l’égard du Nigeria pourraient s’appliquer point par point au Cameroun.

Vu de Washington en effet, le gouvernement camerounais n’est pas non plus exemplaire au sujet du respect des droits de l’Homme. Bien au contraire. Ces dernières années, le Département d’État a régulièrement épinglé Yaoundé sur la question des droits et libertés des citoyens.

Son dernier rapport publié il y a quelques mois décrit d’ailleurs une situation particulièrement alarmante. Les prisons y sont présentées comme de véritables mouroirs atrocement surpeuplés dans lesquels la malnutrition, la promiscuité et l’insalubrité font le lit de toutes sortes de maladies contagieuses qui déciment les prisonniers. Parallèlement, souligne le rapport, depuis le début de la guerre contre Boko Haram, les autorités camerounaises ont procédé à de nombreuses arrestations suivies de détentions arbitraires.

Yaoundé a également limité la liberté de manifester, en promulguant une loi controversée dite anti-terroriste qui punit de la peine de mort toute protestation publique de nature à gêner le fonctionnement des institutions.

Le rapport du Département d’Etat signale enfin des prisonniers politiques, à l’instar de l’ancien ministre de l’Intérieur, Marafa Hamidou Yaya, condamné à 25 ans de prison pour « complicité intellectuelle » dans une affaire d’achat d’avion présidentiel qu’il n’avait pas eu à gérer.

Amnesty International ne dit pas autre chose. L’ONG soutient que l’armée camerounaise s’est rendue coupable de nombreuses exactions à l’égard des civils. Comme l’armée nigériane.

Dans son dernier rapport publié il y a quelques semaines, Amnesty International indique que les militaires déployés par Yaoundé dans l’extrême-nord du pays où sévissent les islamistes ont procédé à des centaines d’arrestations arbitraires et ont massivement recouru à la torture.

Plusieurs dizaines de personnes auraient trouvé la mort dans ces conditions. L’ONG a décrit des cellules surpeuplées dans lesquelles des dizaines de détenus sont morts étouffés. Le gouvernement camerounais a d’ailleurs reconnu qu’il y avait eu des incidents, même s’il a tenté de les minimiser.

Si l’on s’en tenait donc strictement au critère du respect des droits humains, Yaoundé ne serait pas mieux placée qu’Abuja pour recevoir un soutien militaire de Washington.

Alors pourquoi ? Barack Obama est resté silencieux sur les raisons qui l’ont motivé à envoyer des forces au Cameroun.

Sur les réseaux sociaux, son soutien au gouvernement camerounais alimente les conjectures parmi les Camerounais. Certains y voient une réponse à l’appel à l’aide de Paul Biya, ce qui constitue donc une victoire diplomatique pour celui-ci. Cela paraît peu probable, au regard du refroidissement des relations entre Washington et Yaoundé.

En août 2014, le ministre camerounais de la Communication, Issa Tchiroma Bakary, avait déclaré à Yaoundé, peu après le retour de la délégation camerounaise du sommet États-Unis – Afrique, que « Barack Obama n’a pas à nous dicter la démocratie ». Particulièrement remonté, le ministre répondait à un journaliste qui avait sollicité son avis, lors d’une conférence de presse, sur la décision du gouvernement américain de conditionner l’octroi de l’aide au développement à la transparence politique et au respect des droits de l’Homme. Deux critères que le Cameroun ne remplit assurément pas.

D’autres observateurs pensent que l’appui militaire de Barack Obama n’est pas désintéressé, mais vise en réalité à contrer l’influence sino-russe, qui, via le Cameroun, pourrait s’affirmer dans le golfe de Guinée.

Melvin Akam

Melvin Akam

Ancien rédacteur en chef du quotidien Le Messager basé à Douala, Melvin Akam observe ainsi sur sa page Facebook que « Le Cameroun est peut-être le seul pays au monde qui parvienne à unir les USA, la Russie, la Chine et la France dans un conflit ». Un constat qui semble cadrer avec la réalité.

En janvier, l’ambassadeur russe à Yaoundé, Nikolay Ratsiborinsky, avait déclaré à la radio nationale que son pays allait fournir au Cameroun « quelques armements et systèmes les plus sophistiqués de dernière génération ». Parmi lesquels « l’artillerie, y compris l’artillerie de missile, la protection aérienne, le système anti-aérien de missiles et de canons, le transport de personnel, les camions blindés et les autres équipements et armements. »

D’autre part, peu ou prou boudé par Paris, le gouvernement camerounais s’est tourné vers la Chine pour améliorer ses capacités militaires et acquérir des armements. En juin 2014, des journaux du cru avaient signalé la présence de trois navires de guerre chinois sur la côte atlantique, près de la ville de Douala. Marins chinois et locaux auraient à cette occasion mené des exercices conjoints.

Le 7 août, Paul Biya recevait en audience Wang Lin, dirigeant de deux consortium chinois spécialisés entre autre dans la vente des matériels militaires. C’était au plus fort d’une controverse impliquant l’ancien ministre camerounais délégué à la Défense, Edgar Alain Mebe Ngo’o, au sujet de l’achat des armes en Chine. M. Mebe Ngo’o qui vient de perdre le portefeuille de la Défense pour celui moins prestigieux des Transports était alors accusé par voie de presse d’avoir acheté en Chine, dans des conditions douteuses, des équipements lourds, notamment des blindés et des hélicoptères Z8 dont certains s’étaient révélés défectueux.

Russes et Américains qui en Syrie soutiennent des camps opposés pourraient-ils s’accorder au sujet de la lutte contre Boko Haram ?

 

 

Côte d’Ivoire : Alassane Ouattara, le dictateur élu

[Par Armand IRE’]

« Atakokélé » qui signifie en malinké, l’une des langues du nord ivoirien : « un coup KO » ou ne pas rater son coup. « Un coup KO » c’est le slogan d’Alassane Ouattara pour la campagne présidentielle de 2015 qui a débuté le vendredi 9 octobre dernier dans une Côte d’Ivoire non réconciliée et en proie aux démons facteurs de la crise militaro-politique que traverse ce pays depuis 1999.

Alassane Ouattara (crédit : news.abidjan.net)

Alassane Ouattara (crédit : news.abidjan.net)

L’actuel homme fort des lagunes veut gagner absolument au premier tour qui aura lieu le 25 octobre prochain. Coup de projecteur sur une présidentielle obscure qui ne restera pas dans les annales.
Le pays peine à sortir de la crise post-électorale de 2010 qui a exacerbé les tensions et divisé profondément l’ancien havre de paix ouest africain dont la cohésion se conjugue désormais dans les profondeurs de l’incertitude… voire de l’inconnu. Arrivé au pouvoir dans les chars de l’ONU et des soldats français agissant sur les ordres de Nicolas Sarkozy, Ouattara est toujours en quête d’une légitimité que lui refuse obstinément un grand nombre de leaders politiques et citoyens ivoiriens. L’engorgement des prisons par ses opposants, le chantage, la violence et même les meurtres n’ont réussi à faire de l’ancien élève du lycée Zinda Kaboré de Ouagadougou, le président de tous les ivoiriens. Le vainqueur de la guerre post-électorale de fin 2010 peine à se tailler un costume de démocrate malgré l’organisation de cette présidentielle.
Voici un scrutin pour lequel il a placé des garde-fous pour ne pas perdre. Il est à la fois arbitre, juge de touche, joueur et cerise sur le bulletin de vote, financier de ses adversaires. En effet en dehors de toute procédure légale, il a fait décaisser par le Trésor ivoirien environ 150 000 euros (100 millions de francs CFA) pour chaque candidat retenu. Des sources bien informées affirment que Ouattara a une cagnotte de 15 millions d’euros (10 milliards de FCFA) pour convaincre les ivoiriens à voter pour lui. Tous les panneaux publicitaires du pays sont entre ses mains, ainsi que les médias d’Etat.
Enfreignant à nouveau les règles constitutionnelles, il a installé un conseil constitutionnel à ses ordres avant la fin du mandat du désormais célèbre Yao Ndré. Il a maintenu dans ses fonctions de président de la commission électorale, celui qui fut l’un des artisans du déclenchement de la crise post-électorale de 2010, Youssouf Bakayoko qui avait choisi (on s’en souvient) le QG de campagne d’Alassane Ouattara pour annoncer les résultats de la présidentielle de 2010.

Le dictateur élu par… la communauté internationale

Mamadou Koulibaly (source : ivoirebusiness.net)

Mamadou Koulibaly (source : ivoirebusiness.net)

Ouattara est donc en campagne avec pour unique challenger sérieux…Alassane Ouattara. Les jeux sont faits et le résultat semble connu d’avance. Ce qui a irrité et poussé l’ancien président de l’Assemblée nationale Mamadou Koulibaly ainsi que l’ex-ministre des Affaires Etrangères puis premier président de la commission de l’union africaine, Essy Amara à retirer leurs candidatures. Le premier a interpellé la communauté internationale en poussant un véritable cri du cœur : « qu’est-ce que Ouattara vous a donné pour fermer les yeux sur la souffrance de la population, votre capacité à punir les régimes dictatoriaux diminue lorsqu’il s’agit de Ouattara ». A-t-il martelé au dernier meeting de la coalition nationale pour le changement (Cnc-opposition véritable) à Yopougon dans la banlieue nord d’Abidjan, le mercredi 7 octobre 2015.
Assurément, Ouattara est le chouchou de la communauté internationale notamment l’ONU et de la France. A Abidjan, la représentante du secrétaire général de l’ONU, Aichatou Mindaoudou est une antiGbagbo viscérale qui lors de la crise post-électorale avait signé avec quelques intellectuels africains une déclaration incendiaire pour demander à Laurent Gbagbo de laisser le pouvoir à Ouattara. François Hollande quant à lui ferme les yeux sur les exactions et les atteintes multiples aux droits de l’Homme du régime Ouattara. Voulant sans doute préserver les énormes intérêts des entreprises françaises dans l’ex fleuron du pré-carré gaulois, l’Elysée évite de regarder de trop près la gouvernance Ouattara.
Curiosité intéressante de ce scrutin, de nombreux candidats y compris Alassane Ouattara lui-même mènent leur campagne au nom de Gbagbo. C’est à qui promettra aux populations la libération de l’ex-président détenu par la CPI, ou qui se pavanera en meeting avec des « gbagboistes » tombés sous son charme. Rappelons que c’est désormais huit candidats au total dont deux dames qui briguent les suffrages des électeurs dans une présidentielle dont le principal enjeu est le taux de participation.

 

 

Burundi-Diplomatie : Bujumbura de plus en plus isolée

[Par Diane HAKIZIMANA]

Le pouvoir Nkurunziza semble plus que jamais décidé à en découdre avec les anciens partenaires du Burundi. Les événements du deuxième week-end d’octobre l’attestent par excellence quand jeunes et cadres affiliés au parti au pouvoir ont manifesté devant les bureaux de l’ambassade du royaume de Belgique à Bujumbura et dans d’autres coins du Burundi pour, je cite, « lancer un message aux pays européens qui soutiennent ceux qui perturbent le pays ». Cela est intervenu 24 heures après que le gouvernement burundais a demandé à Bruxelles, par le biais d’une note verbale, le remplacement de son ambassadeur en poste à Bujumbura. Bruxelles a qualifié de son côté cette décision de « geste inamical ».

Une manifestation anti-belge à Bujumbura devant l' Ambassade du Belgique (lalibre.be)

Une manifestation anti-belge à Bujumbura devant l’ Ambassade du Belgique
(lalibre.be)

Le plus visé de ces partenaires est l’ancienne colonie de la Belgique, le Burundi. Pour commencer, le pouvoir de Bujumbura retire l’agrément de l’ambassadeur de Belgique au Burundi et Bruxelles convoque l’ambassadeur du Burundi en Belgique pour une demande d’explications, c’était ce vendredi 9 octobre. Samedi 10 octobre, les principaux axes du centre-ville de Bujumbura étaient fermés par les forces de l’ordre pour couvrir les jeunes, ainsi que les cadres issus du parti au pouvoir CNDD-FDD qui manifestaient devant les bureaux de l’Union Européenne et de l’ambassade du royaume de Belgique.

Freddy Mbonimpa (crédit : youtube.com)

Freddy Mbonimpa (crédit : youtube.com)

Sur les affiches, on pouvait notamment lire « non au néocolonialisme ». Selon Freddy Mbonimpa, maire de la ville de Bujumbura, l’idée était de soutenir les forces de l’ordre qui ne cessent pas de ramener la paix dans le pays et dans ses missions à l’étranger. Mais surtout, de lancer un message à ces pays européens qui, selon ses dires « soutiennent ceux qui veulent perturber l’ordre dans le pays. » Avant ce passage à l’acte, Bujumbura avait tenté de renouer les relations avec ses partenaires de plus en plus réticents après les dernières élections.
Dans une plateforme d’échanges avec les membres du corps diplomatique occidental ce mercredi 7 octobre, le premier vice-président du Burundi a demandé à la communauté internationale de reconnaître les progrès réalisés par le gouvernement burundais, comme la mise en place des nouvelles institutions. Gaston Sindimwo, dans cet échange, a affirmé qu’ « en réalité, décider de suspendre la coopération avec le Burundi signifie apporter un soutien à peine voilé aux détracteurs des institutions démocratiquement élus». Sindimwo a estimé dommage le fait que le gouvernement fasse des efforts pour ramener la paix et que les pays amis du Burundi n’hésitent pas à prendre des sanctions.
Les manifestations de ce week-end traduisent-elles le mécontentement de Bujumbura ?

Pierre Nkurunziza  (crédit : afriqueinside.com)

Pierre Nkurunziza (crédit : afriqueinside.com)

Ces manifestations sont une réplique à la dernière déclaration de l’Union Européenne. Cette dernière dénonçait la spirale de violence qui affecte fortement la sécurité du Burundi après la réélection du président Pierre Nkurunziza. Plusieurs cas d’assassinats, de tortures et de détentions arbitraires sont enregistrés surtout dans les quartiers de Bujumbura qui se sont investis dans les manifestations contre le troisième mandat de Nkurunziza, jugé « anticonstitutionnel » par ses opposants.
« Il est impératif que la violence cesse et qu’il soit mis fin au climat d’impunité. Cela passe par l’ouverture urgente d’un dialogue inclusif, ouvert à toutes les forces politiques et prenant en compte les initiatives régionales en cours », a rappelé la mission locale de l’UE dans cette déclaration. L’Union Européenne a assuré que les responsables de ces cas de violations des Droits de l’Homme devront répondre de leurs actes. C’est dans ce sens que 4 des officiers burundais, reconnus comme ayant pris part dans ces actes, se sont vus retirer le droit de voyager dans l’espace Schengen et leurs biens gelés par l’Union Européenne.
De surcroît, l’UE, la Belgique en tête, a récemment suspendu plusieurs de ses projets de coopération avec le Burundi en attendant l’ouverture et l’issue des négociations entre l’Union Européenne et le Burundi dans le cadre de l’article 96 de l’Accord de Cotonou. Ce dernier met au cœur du partenariat le respect de tous les Droits de l’Homme, des libertés fondamentales et des principes démocratiques.
Ces manifestations traduisent-elles donc le mécontentement de Bujumbura ? Dans tous les cas, devant la représentation diplomatique de la Belgique, un des assistants du ministre de l’Intérieur burundais a lâché : « le gouvernement soutient les 4 officiers interdits de voyage dans l’espace Schengen et il est contre le gel de leurs avoirs ». Nous demandons à l’Union Européenne de suspendre ces sanctions et que les aides promises pour le développement soient déboursées dans les plus brefs délais ! ».