RDC : Controverse autour de 425 cadavres découverts à Kinshasa

[Par Jean MATI]

425 corps ont été retrouvés naguère à Maluku dans la banlieue de Kinshasa. Au moment où les indiscrétions pointent un doigt accusateur en direction des industries de la mort installées par le régime en place, cette découverte macabre a suscité la réaction de l’opinion nationale mais aussi de la communauté internationale. Elle relance, par ailleurs, le débat sur la question sécuritaire en République démocratique du Congo, un pays dont les droits de l’homme sont bafoués. Les opposants emprisonnés, les contestataires muselés, les journalistes assassinés et voire pousser à l’exil…Telle est la présentation d’un tableau sombre qu’expose le Congo-Kinshasa.

kinshasa
Ce jour-là, une odeur nauséabonde bouchait les narines des citadins de Maluku, une commune située dans le faubourg de Kinshasa, la capitale de la RDC. « Presque tout le monde voulait savoir d’où venait une telle odeur, car ça donnait l’envie de vomir. Est-ce une odeur d’excréments ? Se demandaient les uns. Non, affirmaient les autres. C’était plus que ça ! », Confie un témoin.
A quelques pas de là, dans l’enceinte du cimetière local « fula-fula », les badauds découvrirent une fosse commune. Des corps humains mal enterrés ont refait surface. Ils traînaient à la hauteur de la terre. On pouvait observer les bras, les cheveux, les têtes et autres partie du corps. Une scène effrayante à la manière d’un film d’horreur. De quel monde sortent-ils ces corps ? Ce sont des fantômes ? A priori, à ces questions manquaient les réponses. Trop vite les mots ont pu remplacer le silence. « C’est le Gouvernement qui a fait ça » affirment les observateurs avisés. « Ce sont des Congolais qu’on tue chaque jour. Dans ce pays, l’Etat ne se soucie pas de la protection de la population. Les Congolais sont assassinés par des mains criminelles. Personne ne fait rien. Et rien ne fera rien. Ainsi va la vie au Congo-Kinshasa» soutiennent-ils.
Pour mieux accabler le Gouvernement congolais de son cynisme quant à la façon d’enterrer ses compatriotes, de multiples voix vont s’élever et dire que ces corps seraient ceux des manifestants tués lors des émeutes de janvier dernier à Kinshasa. « L’Etat aurait voulu les inhumer discrètement comme dans ses habitudes. Mais cette fois-ci, les morts ont refusé de mourir », fait savoir un habitant de Maluku.

Réaction du gouvernement
Dans la précipitation, le gouvernement de Kinshasa, craignant une mauvaise publicité à l’extérieur du pays, réagit. Mais c’est une riposte tardive. La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre. A l’ère du développement des réseaux sociaux, les informations se propagent vite. Les photos et les vidéos macabres circulent déjà sur Facebook, Whatsaap, Viber, Youtube…La presse internationale est déjà au courant ? Oui, ça c’est sûr !

Evariste Boshab (source : http://24hcongo.com/)

Evariste Boshab (source : http://24hcongo.com/)

Par l’entremise de son Vice-Premier ministre de l’Intérieur, Evariste Boshab, le pouvoir de Kinshasa va présenter les faits à sa manière. Les 425 corps découverts dans la fosse commune de Maluku seraient des cadavres qui pourrissaient dans les chambres froides de la morgue de l’Hôpital général de Kinshasa. « Ce sont des fœtus de morts – nés et des corps d’ inconnus décédés des morts naturelles. C’est une pratique courante en RDC où les familles ne possédant pas de moyens abandonnent leurs proches à la morgue», soutenait Evariste Boshab. Pour étayer sa version de thèse privilégiée, le pouvoir de Kinshasa offrira un spectacle désolant en mode « Syndrome Timisoara ». Le lendemain, les médias d’Etat sont à l’Hôpital général et filment les cadavres des indigènes qui se trouvaient à la morgue. Le gouvernement de Kinshasa brandit cela comme des pièces à conviction et promet de les enterrer dignement. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait avec les 425 cadavres de Maluku ? Pourquoi en RDC les autorités ont perdu tout le caractère du sens moral ?

Le pouvoir de Kinshasa ou l’ « ante-peuple » congolais
Cette représentation cynique du pouvoir de Kinshasa ne va pas apaiser la colère. Mais elle va plutôt jeter de l’huile sur le feu. L’opposition qualifiera cette découverte macabre de « charnier ». L’opposant historique Etienne Tshisekedi parlera même de l’ « escadron de la mort ». Le régime en place est démasqué. Il y a trop de contradictions dans les discours des représentants de la Majorité présidentielle. Lambert Mende, ministre de la Communication et des Médias change de registre et refuse de parler de la « fosse commune ». Il invente une expression : le « tombeau commun ». Les membres de sa famille politique rectifient et préfèrent dire la « tombe commune ». Quelle négation !

(source : http://www.un.org/)

(source : http://www.un.org/)

Dans ce cas de figure, il faut faire appel à l’extérieur. Les Occidentaux doivent mener l’expertise. Ici, il faut pas compter sur nos autorités et surtout pas sur la justice, estime une partie de l’opinion nationale. Comme il fallait s’y attendre, l’ONU intervient finalement et exige l’exhumation des corps afin de mener une enquête approfondie en vue d’établir les circonstances de leur mort. Le pouvoir de Kinshasa fait obstruction.
En attendant de connaître les résultats des experts, force est de déplorer la culture de banalisation qui a atteint son paroxysme en République démocratique du Congo. Les morts ne sont plus respectés. Ces Congolais à qui on a « chosifié » à Kinshasa, ne méritaient-ils pas d’être enterrés dignement ?

 

 

Guinée : l’opposition face à l’équation Alpha Condé

[Par Sékou Chérif DIALLO]

Comment arriver à une alternance politique sans ‘’brûler le pays’’ ? Les inconditionnels du jeu démocratique vous répondront sans équivoque : par les urnes.

Alpha Condé ©africaguinee.com

Alpha Condé ©africaguinee.com

Et pour les autres ? Ils vont sans doute argumenter sur les multiples recours ‘’possibles’’ face à un tel cas de figure. Quel est alors le cas de figure qui se présente en Guinée ? Le régime de Alpha Condé peine à insuffler un véritable changement. La manipulation ethnique semble être le leitmotiv politiquement ancré dans les pratiques du régime. La pauvreté des guinéens est aujourd’hui insoutenable. Les violations de la constitution sont récurrentes. Les statistiques macabres sont alarmantes. Bref, le régime a failli à ses engagements d’offrir aux guinéens des conditions de vie décentes, de les protéger et respecter le contrat social démocratique régi par des lois. Ce diagnostic est partagé par l’immense majorité des guinéens. Mêmes ceux qui soutiennent mordicus le régime savent que l’arc-en-ciel promis par le RPG (parti au pouvoir) n’a réellement qu’une seule couleur : le noir. Loin de faire de la caricature, j’essaie de présenter les faits. Face à un tel bilan, les velléités de changement anticonstitutionnel trouveraient leurs justifications et la légitimité populaire mettrait de l’ombre à la légalité constitutionnelle. Mais, l’issue ‘’envisagée’’ d’une telle entreprise est plus qu’incertaine et son évaluation à priori est inéluctablement hypothétique.

Revenons un instant sur la position de ceux qui défendent la voie des urnes pour ‘’abattre’’ légalement un régime jugé incompétent. Replongeons-nous dans l’histoire électorale récente de la Guinée pour asseoir notre argumentation. En 2010, Alpha Condé a été déclaré président de la République à l’issue d’une élection la plus invraisemblable. Un cas d’école sur la fraude électorale dans le monde. Arrivé en deuxième position avec 20,7% au premier tour de l’élection et ne bénéficiant pas du soutien du troisième (Sidya Touré avec 15,6%) et face au premier (Cellou Dalein) qui avait totalisé 39,7%, Alpha Condé s’en sort avec 52,52% au deuxième tour. Un exploit inédit diront certains mais c’était plutôt le résultat d’‘’une vente aux enchères’’ où le plus offrant a raflé la mise. On pourrait trouver une explication à cette surenchère politico-mafiosieuse sur la guéguerre qui a suivi entre l’acheteur et le vendeur où ce dernier est persona non grata dans son pays. Bref, comme sous l’arbre à palabre qui d’ailleurs mine l’ancrage démocratique dans nos pays, la forfaiture a été entérinée sous le prétexte d’une préservation de la paix sociale.

Une mascarade électorale

Moins d’an an après, nous avons évalué ce que valait réellement cette ‘’prétendue paix sociale’’ avec son couronnement macabre. En 2013, les élections législatives sont organisées. Cette fois-ci encore avec le même modus operandi. Le bras exécutant de toutes ces mascarades électorales n’est autre que l’organe chargé des élections en Guinée. La commission électorale nationale ‘’indépendante’’ est l’une des plus partisanes en Afrique. Sous un soleil de plomb, l’électeur guinéen s’aligne une journée entière dans l’attente pour pouvoir glisser son bulletin dans l’urne et une poignée de guinéens décident autrement des résultats à publier en violant la volonté exprimée par la majorité. Les frustrations qui en découlent décrédibilisent les arbitres électoraux et alimentent le sentiment de rejet et de défiance face une tradition qui semble vivace.

Les crises politiques sont permanentes en Guinée. Le pouvoir est dans une logique de répression, de justification et de manipulation. De l’autre côté, l’opposition est coincée dans une spirale de revendications qui sont d’ailleurs toutes légitimes, de victimisation et des querelles fratricides de positionnement.

Vote dans le quartier Dixinn à Conakry ©rfi.fr

Vote dans le quartier Dixinn à Conakry ©rfi.fr

Comment alors résoudre une telle équation sans basculer dans une violence ‘’inutile’’ ? Partant du constat que la situation du pays résulte d’un colmatage institutionnel initié et adopté par les organes de la transition de 2010 où le laxisme, le favoritisme et l’amateurisme ont contribué à la création et l’entretien d’un environnement de suspicion généralisée. Autre aspect notable, la relégation de la constitution au second plan au profit d’accords tri ou multipartites dont les contours entretiennent des confusions et n’engagent faiblement leurs signataires. Face à une telle exception dans un pays qui se targue d’être exceptionnel par le caractère plutôt insolite et informel de son modèle social, des mesures exceptionnelles s’imposent.

En ma qualité de citoyen lambda dont la notoriété ne dépasse pas le seuil de ma porte, je me permets de faire un certain nombre de propositions aux acteurs qui nous ont injustement piégés dans des querelles infernales.

Au pouvoir (je voulais dire à « Alpha Condé »)

L’organisation des élections communales et communautaires avant la présidentielle qui est aujourd’hui la principale revendication de l’opposition est la résultante d’une suspicion ‘’fondée’’ sur le rôle des délégations spéciales mises en place par le régime. A cet effet, nous suggérons ce qui suit :

1. Alpha Condé devrait prendre un décret révoquant toutes les délégations spéciales qui ont remplacé les élus locaux en déclarant une vacance des pouvoirs locaux jusqu’à l’installation des nouveaux élus ;

2. Le rôle de la force spéciale de sécurisation des élections dans les fraudes électorales précédentes est avéré. La mission de cette force doit être redéfinie et elle doit s’occuper strictement de la sécurisation des bureaux de vote et du pays en général sans aucune implication directe dans la gestion et le transport du matériel électoral ;

3. Ecarter systématiquement toute l’administration déconcentrée du processus.

NB : je me permets cette naïveté intellectuelle de croire qu’Alpha Condé accèdera à cette requête sachant que son salut viendra de ces acteurs précités.

A la CENI (commission électorale nationale ‘’indépendante’’)

1. Procéder à la recomposition de ses démembrements avec la présence des ‘’vrais’’ représentants des partis politiques en lice ;

2. Ces démembrements auront des missions élargies à celles jusque-là détenues par les délégations spéciales. Ils seront chargés de la gestion de tout le matériel électoral et de l’organisation au niveau local.

A l’opposition

1. De faire preuve d’exigence sur le choix de ses représentants au niveau des démembrements de la CENI qui seront leurs véritables observateurs. Finir avec le laxisme et les affinités dans le choix de leurs représentants, qui ne se contenteront pas simplement d’émarger sur une fiche pour percevoir de per diem mais de garants de la transparence. Cette recommandation est aussi valable pour ses délégués au bureau central de la CENI.

Avec ce minimum de mesures concrètes, les positions radicales des différentes parties se décanteront et s’affineront. L’opposition pourrait adhérer à l’argument financier brandit par la CENI qui ‘’justifierait’’ le choix d’inverser l’ordre des élections. Ainsi la seconde phase du processus sera abordée dans un environnement de confiance minimale retrouvée. De toute évidence, les étapes suivantes seront aussi laborieuses. La révision et le toilettage du fichier électoral, la redéfinition de la cartographie électorale, l’élaboration et la distribution des cartes d’électeurs soulèveront sans doute d’autres problématiques encore plus grandes. Le pouvoir reste le seul responsable de cette énième impasse politique.

Pour terminer, je réaffirme ma position inébranlable qui est celle d’un démocrate convaincu : un coup d’Etat militaire est toujours un recul démocratique. C’est plutôt une insurrection populaire qu’il faudrait redouter avec la tournure que prennent les évènements et le pourrissement de la situation. De toute évidence, les révolutions populaires ont souvent connu la récupération militaire. Plusieurs exemples en font foi.

À la Sorbonne : Evénement autour de la liberté d’expression

[Par Nahed BADAWIA]

L’association “Panthéon Sorbonne Monde Arabe” a organisé le 16 mars 2015 une conférence sur la pratique journalistique et la liberté d’expression dans le monde Arabe.

Une moment de la rencontre

Une moment de la rencontre

La Maison des Journalistes a participé à cet événement avec deux journalistes du Moyen-Orient, le Yéménite Mohamad Alchami et la Syrienne Nahed Badawia. Le troisième intervenant était le journaliste français Tangi Salaün qui travaille, actuellement, pour l’agence Reuter comme correspondant en Égypte. Les trois participants ont abordé la liberté d’expression sur leur terrain du travail.
Mohamad Alchami a abordé la violation de la liberté d’expression par différents pouvoirs au Yémen : par le régime en place, les chefs des tribus et les extrémistes. Il a précisé que c’est bien là un réel combat pour les Droits de l’Homme, au-delà de celui de la liberté de la presse.
Nahed Badawia a évoqué trois périodes différentes.
Pendant La première république Syrienne (1932-1963) une liberté de la presse existait. Par exemple, il y avait 128 journaux et 129 périodiques littéraires, scientifiques et professionnels.
Lors de la deuxième république (1963-2011) Pendant le mandat du parti Baas on assistait à La nationalisation de la presse. Il n’y avait que trois journaux : AlBaas (renaissance), Alsawra (la révolution) and Tichreen (Octobre- la date du coup d’état de Hafez Assad). Mais on peut dire que tous étaient de pâles copies les uns des autres.
La presse entre 2011 et 2013 : durant la période révolutionnaire, la vie médiatique a fleuri. Jamais la presse n’a été aussi active et libre. Mais en 2014-2015 La presse fut prise entre deux feux: le régime et les extrémistes.
Tangi Salaün, pour sa part, a constaté que La révolution Twitter-Facebook ne concernait que peu de personnes dans le monde Arabe. En Egypte, son problème principal dans l’exercice de son métier de journaliste, était l’accès à l’information mais pas la répression.
A l’occasion de cette conférence les étudiants ont posé de multiples questions sur le thème de la liberté d’expression au Moyen-Orient et dans le monde dans son ensemble. Les orateurs, quant à eux, ont souligné, en conclusion, que les notions de « démocratie » et de « liberté de la presse » sont définitivement indissociables.

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Liberté de la presse et démocratie : deux sœurs siamoises

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

Elles sont deux, l’une collée à l’autre. Quand on les sépare de force, les deux meurent. Elles sont comme des sœurs siamoises. C’est l’image que certains donnent de la liberté de la presse, par rapport à la démocratie.

La démocratie est un des régimes politiques pour la gouvernance des nations. Dans ce régime, c’est le peuple qui décide, à travers un système de représentation : le président de la République, les députés et sénateurs sont tous élus par le peuple. Ils doivent donc agir au nom des intérêts du peuple.

On parle de démocratie, aux Etats-Unis, en Europe occidentale et dans quelques autres pays comme l’Inde ou Israël (où les élections législatives viennent de donner la victoire au parti de Likoud, la droite israélienne).

Quand il y a absence de démocratie, c’est la dictature qui triomphe. Dans ce cas, les dirigeants conduisent les affaires de l’Etat à leur guise, et toujours de manière égoïste. Ils écrasent les peuples et se mettent, généralement, à piller les biens du patrimoine national. La plupart des pays du continent africain sont victimes de la dictature. L’exemple le plus frappant est celui du Zimbabwe, où le président Mugabe, 91 ans, est au pouvoir depuis 1987 ; soit 38 ans de règne sans partage.

Que le régime politique relève de la démocratie ou de la dictature, il constitue ce que l’on désigne par le mot « Pouvoir ». Celui-ci, généralement, s’oppose à l’exercice total de la liberté de la presse. En France, par exemple, avant même l’invention de l’imprimerie, la monarchie avait soumis la presse à la censure (c’est-à-dire à l’autorisation préalable) sous peine de mort.

La presse (terme générique pour désigner l’ensemble des médias), quant à elle, est le support d’un message, d’une « lettre ouverte », à grande échelle. Elle dénonce les errements des dirigeants. Le premier périodique (titré « Relation ») fut tiré en décembre 1605, à Strasbourg.

D’où l’antagonisme entre les deux réalités. Ce conflit est resté permanent dans une situation de lutte que le Pouvoir mène à l’encontre de la liberté de la presse. Souvent, les journalistes sont interpellés, intimidés et, dans le pire des cas, emprisonnés ou tués.

En démocratie, cette lutte est subtile (cachée). Elle se traduit, le plus souvent, par ce que l’on appelle la « conspiration du silence ». Quand un média déplaît aux dirigeants, on s’arrange « en silence » pour lui porter un coup fatal : lui arracher toutes les ressources publicitaires. Or, sans publicité, un média ne peut vivre. On utilise aussi l’achat de conscience ou le harcèlement judiciaire.

En dictature, par contre, les choses sont faciles. Les dirigeants utilisent, ouvertement, des méthodes fortes : arrestation arbitraire, emprisonnement, torture, assassinat. Les cas d’assassinats les plus connus sont ceux de Norbert Zongo, en 1998 (Burkina Faso), Anna Politkavskaöa, en 2006 (Russie) et Hrant Dink, en 2007 (Turquie).

Il y a donc un lien étroit entre la liberté de la presse et la démocratie pluraliste, car elles partagent en commun le souci de défendre, du moins les libertés individuelles, sinon les droits fondamentaux de la personne humaine.

Si les prédateurs de la liberté de la presse constituent une force, l’ensemble des personnes et des organisations qui agissent pour le triomphe de celle-ci en est une autre. C’est dans ce cadre que l’Onu a institué la « Journée Mondiale de la liberté de la presse », qui a lieu tous les mois de mai.

Jean-Louis Borloo, l’Afrique et l’électricité

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

Jean-Louis Borloo

Jean-Louis Borloo

« D’ici à 2025, le continent africain pourra être électrifié, à 100 %. » Et sortir 600 millions d’Africains de l’obscurité. L’idée est de Jean-Louis Borloo, ancien ministre français, sérieux et optimiste. Pourtant, en Afrique, la déclaration a suscité plus de questions dubitatives que d’enthousiasme.

En fait, comment s’y prendre dans cette partie du monde, trois fois plus vaste que l’Europe, où la route, en beaucoup d’endroits, est inexistante ? N’est-ce pas mettre la charrue avant les bœufs que de parler d’électrification, avant que tous les pays du continent ne soient en mesure de communiquer par la route ? Kipling ne disait-il pas que « la civilisation, c’est d’abord la route ? »

Ces questions sont pertinentes. Les pays africains ne sont pas reliés entre eux. Quand vous consultez une carte routière du continent, cette réalité saute aux yeux. Vous y découvrez, plutôt, une « Afrique de blocs » : Maghreb, Afrique Centrale, Afrique de l’Est, Afrique de l’Ouest, et Afrique Australe. Sans liens entre eux. On parlera, alors, d’« intégration régionale », comme solution : un concept global.

D’où, en son temps, la préoccupation des Nations-Unies et des organisations sous-régionales africaines de bâtir un réseau de routes transcontinental, long de 56 683 km. Depuis quelques années, ce projet est sur la table, en attendant un financement. Il comprend quatre axes pour la partie est-ouest et trois axes pour la direction nord-sud. L’axe le plus long est celui qui va de Tripoli (Libye) jusqu’au Cap (Afrique du Sud), soit 10 808 km.

En voici donc une vision traditionnelle, qui prend en compte l’importance de la route, aux dépens de quelques autres infrastructures de base. Cette priorité, qui a assuré la grandeur des empires antiques, l’a fait aussi pour l’Europe préindustrielle. Et, à l’heure de la mondialisation, la route continue de jouer un rôle non moins important pour la prospérité du monde.

Est-il valable de bousculer ce schéma quasi-classique, éprouvé à travers les siècles ? J-L Borloo le pense et s’en explique : « L’électricité n’est pas un sujet comme les autres, c’est un sujet en amont de tous les autres. L’électricité, cela veut dire l’accès à l’eau, c’est aussi la réduction de la déforestation, le développement de l’agriculture, la santé, l’éducation… et un coup de pouce au climat. »

Rien n’est moins vrai !

(source : un.org)

(source : un.org)

Or, on peut en dire autant de la route, car l’aphorisme de Kipling, à notre avis, n’a pas pris une seule ride. Ainsi donc, route ou électricité, pour l’Afrique, ne constitue pas en soi un vrai dilemme. Ce qui nous amène à penser que le mégaprojet du Français (investissement de quelque 200 milliards d’euros), axé sur l’électricité, et le projet de l’Onu – pour le moment, mis en veilleuse – privilégiant la route, peuvent cheminer ensemble.

Quitte à harmoniser les deux projets et à trouver leur financement dans une démarche commune. C’est faisable. Après concertation avec la majorité des pays africains pour connaître leur avis sur le sujet, au lieu d’imposer des solutions.

 

 

Guinée : le barrage Kaléta, un autre mirage du peuple guinéen

[Par ADS]

« On vous parle de Kaléta, ils ont attendu cinq ans, c’est à la veille des élections, qu’ils veulent vous fournir un peu d’électricité pour encore dire qu’ils ont amené l’électricité et deux mois après ça va s’arrêter ». C’est la lecture faite par Sydia Touré, président de l’UFR. Cette lecture est largement partagée par bien des Guinéens encore sceptiques quant à la fiabilité dudit barrage, la fierté du quinquennat gorgé de sang et d’impostures. Le barrage de Kaléta est ainsi devenu un fond de campagne pour le parti au pouvoir.

Il reste que, à quelques mois de la remise de l’ouvrage, en mai 2015 selon le contrat, le président doute. Selon Alpha Condé, Garafiri, Kaléta et Souapiti sont des barrages en cascade, contrairement aux autres barrages. Mais ils sont également interdépendants les uns des autres pour électrifier la Guinée, ne serait-ce que Conakry : « Le premier (Garafiri, ndlr) ne peut donner 75 MWA que si Kaléta lui donne de l’eau. Kaléta lui aussi ne peut donner ses 250 MWA en période d’étiage que si Souapiti lui donne de l’eau. Comme Kaléta sera fonctionnel à partir de mai (2015) il faut que tout de suite on trouve les moyens de financer la partie eau par des turbines. Mais au moins qu’on nous aide à élaborer la partie eau pour que Souapiti puisse donner de l’eau à Kaléta quelle que soit la période », martèle le président guinéen. Ce qui tranche avec ce qui nous a été dit.
En déclarant ainsi que Kaléta ne fait plus rêver, Alpha Condé donne raison à son ancien ministre de l’Energie, Papa Koly Kourouma, qui avait été dépouillé de toutes ses prérogatives avant d’être limogé et confiné au poste de ministre conseiller à la Présidence, comme Bah Ousmane et Rougui Barry, les alliés d’hier. On se rappelle que Papa Koly Kourouma avait failli se faire bouffer par la mouvance. Papa Koly Kourouma n’est plus en odeur de sainteté avec la mouvance présidentielle qui voit en l’ancien ministre de l’Energie un prêcheur en eau trouble. De plus, son passage à la tête de ce département n’aura pas été des plus appréciés : « Je ne peux dire qu’il a trahit le président de la République. Tout ce que je peux dire, ce que le ministre Papa Koly Kourouma n’a pas été à la hauteur ». C’est un membre de la mouvance qui parle. Amadou Damaro Camara en veut un peu à Alpha Condé « qui nomme et a la liberté de nommer qui il veut ».
Cette aigreur, car c’en est une, pourrait être née de la sortie médiatique de Papa Koly Kourouma en début d’année. En effet, l’ancien ministre avait déclaré sur les ondes d’une radio locale que le projet du barrage de Kaléta dont se vante aujourd’hui le chef de l’Etat ne pourra jamais résoudre tous les problèmes d’énergie en Guinée. Cela tranche avec ce qui se dit parmi certains proches du parti au pouvoir. Pour lui, la capacité du barrage installé à Kaléta sera de 240 Mégawats, mais il fonctionnera au gré des courants. Et parce que ce barrage n’a pas de retenue d’eau suffisante pour produire les 240 Mégawatts pendant l’étiage, cette puissance va chuter à 45 Mégawats, provoquant à nouveau des délestages électriques. Pour se justifier aujourd’hui, après avoir bien compris la réalité, Alpha Condé parle de distribution d’équipements qui transportent le courant. En réalité, il est allé trop vite en besogne. Juste pour narguer ses opposants. A l’épreuve du pouvoir, Condé comprend à son corps défendant que Kaléta ne résoudra pas tout.
Il y a peu, des Chinois ont procédé à la présentation de l’étude faisabilité de l’aménagement du barrage hydroélectrique de Souapiti, distant de celui en construction (Kaléta) de six kilomètres . Deux jours auront suffi aux ingénieurs de la china international water et Electric Corp. Et à ceux de la Guinée pour étudier le projet devant être réalisé sur le fleuve Konkouré, qui arrose bien des préfectures, dont Fria et Dubreka.
Le montant pour la réalisation du projet est évalué à près de 2 milliards USD pour une capacité, nous dit-on, de 600 MW. La durée, elle, est estimée à cinq ans. La société d’électricité d’Abou Dhabi et la Banque mondiale seront probablement les premiers partenaires de la Guinée dans l’exécution de cette infrastructure. En attendant, le rêve entretenu sur Kaléta a fondu comme neige au soleil. En effet, contrairement à ce que l’on laissait entendre, la construction de ce barrage n’empêchera pas les Guinéens de survivre à la bougie ou d’utiliser des lampes chinoises. Bref, Kaléta ne pourra résoudre les problèmes d’électricité en Guinée. Pourtant, la fourniture régulière du courant et de l’eau figurait en bonne place dans les priorités d’Alpha Condé lors de la campagne présidentielle antérieure. Mais, copinage et amateurisme dans le choix des hommes ont grippé la machine.
Au lieu de faire face à ces choix hasardeux, le président guinéen est en perpétuelle quête de boucs émissaires pour justifier son échec dans ces deux domaines vitaux : l’eau et l’électricité. De la bouche du chef de l’Etat, on a entendu que 525 millions de dollars avaient été dépensés dans le secteur de l’énergie en Guinée. Qu’a-t-on fait de ce magot ? Et ces 100 MWT qui ont été achetés à 140 millions de dollars par des proches du président ? Plus personne ne le sait. On sait en revanche que le barrage sera l’un des maîtres mots de la campagne pour Alpha Condé, qui a déjà revendiqué la victoire.

 

Document RFI réalisé à Conakry à écouter pour se rendre compte des affabulations et fausses promesses du régime de Conakry par la voix de son ex-ministre de l’énergie Papa Koly KOUROUMA : http://www.rfi.fr/emission/20120923-1-le-secteur-energetique-guinee/

 

 

Femmes exilées : privée de patrie et non d’autonomie

« Afin d’être réellement porteur de changement, le programme de développement pour l’après-2015 doit établir des priorités en matière d’égalité des sexes et d’autonomisation des femmes. Le monde ne pourra jamais atteindre pleinement ses objectifs si la moitié des habitants de la planète ne sont pas en mesure de réaliser leur potentiel. »

M. Ban Ki-moon, Secrétaire général des Nations Unies

Témoignage d’une femme exilée

Aujourd’hui hébergée à la Maison des Journalistes, ma vie s’améliore de jour en jour depuis que j’ai quitté mon pays ; c’est le premier lieu qui m’a redonné le sentiment d’être « chez moi ». Hébergée gratuitement, je peux m’offrir l’essentiel du matériel nécessaire au confort dont une femme a besoin. Dès que je tourne la clé et franchis la porte de ma chambre, je dis « Ouf! Merci Seigneur, je suis arrivée chez moi ». Pourquoi ?

(Source : lamontagne.fr)

(Source : lamontagne.fr)

Agée de 33 ans et mère de 2 filles, je suis exilée en France depuis le 28/01/2014. Comme tout demandeur d’asile sans famille, dès mon arrivée en France je fus logée par le service du 115, numéro que j’appelais chaque jour pour bénéficier d’un lit le soir et sortir le matin. Sortir et errer dans les rues sous un climat d’hiver fut pour moi une nouvelle expérience. J’ai vécu cette situation jusqu’au 31/03/2014, quand la même structure m’a placée en colocation de chambre dans un foyer social. Comme femme, dans de telles conditions de vie, on en oublie même un minimum d’intimité dont on a toujours besoin. Oui, l’exil est une nouvelle école, un champ de bataille où l’on est obligé de « tenir le coup » faute de choix, et en tant que mère, toujours avec l’image de ses enfants qui vous tourne dans la tête.

Voir d’autres exilés qui ont eu la chance de venir avec les leurs, ou de croiser des gamins dans la rue, vous donne les larmes aux yeux ; mais où pleurer? La nuit, dans une salle commune sans aucun visage familier, au milieu de femmes de cultures et de langues différentes, on retient ses larmes. Dans la journée, il est obligatoire de quitter le centre, mais pour aller où ? Nulle part… dans la rue, faire un tour dans un centre commercial pour rester au chaud, errer sans destination…au risque de se faire passer pour une malade mentale si l’on pleure dans la rue. En colocation, le problème reste le même : que dira ma colocataire si elle me voit pleurer ?

(Source : lexpress.fr)

(Source : lexpress.fr)

Autre défi: la majorité des hommes que je croise ont tendance à imaginer qu’une femme exilée est toujours « femme seule » et donc sans défense ni autonomie. Ils ne se donnent même pas la peine de savoir si je suis prête à m’engager dans une relation! Pire encore, ils me disent souvent: « Si tu n’as pas encore tes papiers, c’est que tu n’es ni intelligente ni prévoyante. Il suffit de faire un enfant avec un homme qui le reconnaîtra administrativement, et tu vivras des papiers du bébé….Ou, marie-toi ! « . Quelle honte? Que les hommes cessent de prendre les femmes pour des machines incubatrices ou pour des gens sans espoir de vie. On quitte son pays ,obligée, parce qu’on est menacée et non pour juste obtenir des papiers . On fuit sa patrie à la recherche d’une protection internationale comme le font des hommes dont la sécurité est mise en question. Si certaines femmes suivent ce maudit conseil, c’est leur problème mais que les hommes cessent d’en faire une règle générale.

En tant que mère, l’exil loin de mes enfants me fait penser que j’aurais peut-être dû me soumettre à la volonté de ceux qui m’ont persécutée, et qu’aujourd’hui je serais encore avec mes filles! Mais à l’occasion de cette journée de la femme, je dis « il n’en est pas question ». Si toutes les femmes se soumettent, à quoi ressemblera le monde de demain? Certains veulent profiter des femmes. Mais les erreurs commises peuvent avoir des conséquences irrémédiables dans l’avenir.

« Si tu satisfais à mes besoins, tu seras libre et tu rejoindras ta famille, tes enfants… Après tout tu n’as pas le choix; si tu acceptes mes avances, tu sors de ta cellule de détention ; si tu refuses, je le fais par force et tu y restes ». C’est ce que m’a dit un jour un jour l’un de mes persécuteurs.

Cela arrive-t-il aux hommes détenus? Je ne crois pas ! Cher lecteur/lectrice, que choisirais-tu ?
Après tout cela, j’arrive dans un pays d’exil où avec ces longs moments d’attente de papiers qui influent aussi sur le temps de rapprochement familial, certains hommes, sans aucune idée de ce que j’ai traversé, me parlent de faire un « enfant-titre de séjour ».

Gustav Klimt

Gustav Klimt

En cette journée de la femme, dont le thème 2015 « Autonomisation des femmes – Autonomisation de l’humanité : Imaginez ! », que le monde pense à des milliers de femmes exilées vivant des expériences parfois pires que celles qu’elles ont vécues dans leurs pays. Nous sommes des femmes, que le monde a longtemps considérées comme des êtres faibles et donc prêtes à se soumettre à toute ébauche d’avantages, aussi humiliante qu’elle puisse être.

Pourtant, ce n’est ni un fait ni une vérité. Nombreuses sommes nous qui avons la capacité de nous adapter aux situations nouvelles ; la persévérance, la détermination et l’amour maternel font que malgré la situation difficile que nous traversons, nous tenons le coup pour nos enfants qu’un jour nous finirons par revoir.