La Coupe de cette «équipe belle et unie»

Dans la masse de la littérature dédiée au parcours victorieux de l’équipe de France, que n’avons-nous pas lu ? Dans le flot des paroles dites, à cet effet, à travers la télévision et la radio, que n’avons-nous pas entendu ? Nous avons lu et entendu l’éloge faite, sur une liste non exhaustive, aux qualités et vertus exprimées par l’ensemble de cette jeune équipe conquérante. Une «équipe belle et unie», selon le président de la République, Emmanuel Macron.

Tout au long de ce parcours épique de sept semaines, nous n’avons vu, sur la base du concret, rien d’autre que des «footballeurs français» : amis et frères, œuvrant à l’unisson, pour l’honneur de la France. Nous avons entendu, le dimanche de la victoire (15 juillet), Griezmann, Pogba, Varane, Giroud… répéter la même antienne, jusqu’à plus soif : «Nous avons gagné». Ce «nous» est important, car revêtu de noblesse du cœur.

Depuis ce dimanche glorieux, l’armée des Bleus (vocable déjà à la mode) portera, désormais, sur son «uniforme» un écusson : deux étoiles. Signe que la France a arraché, à deux reprises, ce joyau de prestige international. Mais, depuis, c’est la fête. Toute la France est comme traversée par un frisson de fierté, de fraternité et de grandeur partagée. Sur les Champs-Elysées, lundi – à l’image de toute la France réunie – la Coupe était, en vérité, le cœur battant de la nation.

En matière de football (et autres disciplines sportives), il y a toujours une grande leçon à tirer, pour quiconque veut réfléchir positivement sur la question communautaire. Et, en France – creuset, par excellence, des peuples différents – celle-ci ne se pose pas moins. Cette «équipe belle et unie», dite  par le président Macron, dans son speech au palais de l’Elysée, lundi soir, en présence des Bleus qu’il recevait et d’un millier d’enfants, invités pour la circonstance, n’est pas une simple clause de style.

La primauté de l’éducation

Cette phrase de quatre mots (presque un aphorisme) a-t-elle été décryptée et comprise ? Rien n’est moins sûr. Car des considérations liées à l’origine ethnique, comme c’est toujours le cas, ont été déterrées de plus belle. Et telles de flèches empoisonnées, elles ont été lancées sur les réseaux sociaux pour troubler la fête. Briser cet état de grâce, qui aurait eu la vertu, peut-être, de poser un premier véritable jalon du multiculturalisme.

On a lu et entendu dire que la finale opposait la Croatie entièrement «blanche» et la France «colorée». Que cette victoire n’était pas française ; qu’elle était plutôt africaine, à cause de la «coloration» des Bleus. Querelle de chiffonniers, dira-t-on ! Que nenni. Le problème est réel. Il ne relève pas moins, globalement, de la question sur «les discriminations en France», surtout sur celles ayant trait à l’ordre ethnique. D’où l’existence de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE). Créée en 2005.

Pourtant, rien n’indique encore qu’il y a un début de solution valable. Les bisbilles sur la victoire de la France en Coupe du monde en témoignent. Nœud gordien ? François-Xavier Lefranc, dans l’édito intitulé «Merci au football français» (Ouest-France, du lundi 16 juillet), a pensé à un mot clé : «éducation». Deschamps a certainement «éduqué» les Bleus pour parvenir à leur unité et à cette victoire.

La victoire de la France multiethnique et multiculturelle est, d’abord, un fait de l’éducation. La «mixité» et autres moyens ne pouvant constituer qu’une sorte de clef de voûte.

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copyright Denis Perrin

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