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Sony Labou Tansi, le génie rebelle !

En juin 1995, meurt Sony Labou Tansi. Nombreux sont les congolais qui connaissaient la maladie ayant causé sa mort mieux que la personne elle-même. Aujourd’hui, avec un peu de recul, plusieurs de ses compatriotes ont pu se rendre compte qu’ils ont perdu un grand homme… Une perte immense. Un avant-gardiste. Un homme à la fois adulé et controversé.

Sony Labou Tansi, dont le nom suffisait à faire peur aux détenteurs d’un pouvoir indécrottable. Il dénonça farouchement ce pouvoir. C’est un fait, ce personnage singulier et prophète de son temps aura marqué l’histoire de la littérature des deux Congos. Cet écrivain rebelle est un trait d’union entre les deux rives.

Qui est ce diable dont les critiques inquiétaient les pouvoirs politiques? Quel a été le sens de son combat ?

Sony Labou Tansi, un nom qui résonne encore en echo bien des années après sa mort. Une réputation qui a dépassé les frontières du Congo, et même de l’Afrique. Pour preuve, depuis 2003, le Festival des Francophonies en Limousin décerne un prix, celui de la meilleure pièce de théâtre. Ce prix lui rend hommage en portant son nom.

Naissance d’un écrivain congolais

Né en 1947 à Léopold-ville au Congo-Belge (actuel République démocratique du Congo), Sony Labou Tansi, de son vrai nom Marcel Nsoni, est issu d’une famille de sept enfants.

Son père est  congolais de Kinshasa et sa mère congolaise de Brazzaville. Un mariage mixte. C’est aussi de cette union entre les parents de deux Congos différents, que s’inspira l’auteur dans son roman « L’Anté-peuple » en 1983, afin de dénoncer ouvertement les pouvoirs dictatoriaux qui se sont installés dans les hauts sommets de ces deux états africains.

L’œuvre en question est la confirmation de l’auteur, déjà révélé en France, lors de son premier roman « La Vie et demie » en 1979. Ce dernier est un chef-d’œuvre satirique féroce dans lequel l’auteur met en exergue une situation infernale qui s’est installée en Katamalanasie, un pays imaginaire d’Afrique, où les morts refusent de mourir de leurs morts. Et surtout les vivants sont condamnés à mourir.

Une contradiction renvoya aux liens métaphoriques pour condamner toute forme d’arbitraires, employée par le pouvoir politique avec la violence effroyable. Des dommages collatéraux causés par cette politique de prédation. Et une promotion de la destruction du monde telle que voulue par le guide Providentiel.

En parlant du guide Providentiel, Sony Labou Tansi lançait une pique aux dirigeants africains qui à cette période de l’histoire du continent, certains parmi eux, cherchaient à tout prix à s’éterniser au pouvoir. Ils instauraient ainsi « Une présidentielle à vie ». Une situation qui sévit encore jusqu’à ce jour mais sous d’autres formes, par exemple la modification de la Constitution qui abrogea la loi sur la limitation des mandats présidentiels.

Congolais de Brazzaville

Sony Labou Tansi, plutôt congolais de Brazzaville que celui de Kinshasa. Il y a peu à dire sur son passé kinois outre ses souvenirs d’enfance avec sa grand-mère qui l’initiait aux rites traditionnels. Seulement, on sait que son père est congolais de la RDC. Et que Marcel Nsoni est né à Kimwenza, une bourgade, à peine difficilement repérable sur la carte, même de Léopold-ville de l’époque (aujourd’hui Kinshasa). On ne connaît pas grand-chose sur les raisons de son départ au pays de sa mère.

À Pointe-Noire, la capitale économique du Congo-Brazzaville, il enseigne, au début des années 70, l’anglais et le français dans une école secondaire. Par la suite, il s’installa à Brazzaville, la capitale politique, où il  tient la direction de la troupe  théâtrale « Rocado Zulu« . La troupe sillonne le monde.

Elle se produit très souvent au Festival des Francophonies, en Allemagne et aux États-Unis. Sony écrit plusieurs pièces théâtrales notamment « La Parenthèse de sang » en 1981, « Qui a mangé Madame d’Avoine Bergotha » en 1989 ainsi que « La Résurrection Rouge et Blanche de Roméo et Juliette » en 1990, une œuvre dans laquelle il fustige le système d’apartheid en Afrique du Sud. A signaler, au début de sa carrière d’écrivain, Marcel Nsoni, a pris l’identité de Sony Labou Tansi, pour rendre hommage à Tchicaya U Tam’si, un des pionniers de la littérature congolaise (Brazzaville).

Apogée, Mort et Réhabilitation

A la sortie de son roman « La Vie et demie », le monde littéraire francophone, à l’unanimité, a bien accueilli l’œuvre de Sony. L’auteur a osé dénoncer ce que beaucoup de ses pairs africains n’avaient pas le courage de le dire, au risque d’etres contredits. Avant lui, l’un des rares téméraires à avoir abordé, cette thématique fut Ahmadou Kourouma dans son roman « Les Soleils des Indépendances » en 1968.

Pour la première fois, les voix intérieures africaines se sont levées pour dénoncer, par le biais de la littérature, les dérives totalitaires des régimes dictatoriaux naquirent après les indépendances africaines. Une absurdité contredisant la logique idéale de la lutte pour le changement en Afrique à travers l’accession à l’indépendance et surtout à la fin de la colonisation.  Sur la forme, le roman « La Vie et demie » a quelques accents à la « Ionescu », notamment sur la construction des mondes absurdes. L’invention d’un monde de peur où la barbarie est en son comble. Plus rien ne s’explique. Tout devient absurde… Même la vie.

« L’Anté-peuple » & « Les Sept solitudes de Lorsa Lopez »

En 1983, Sony Labou Tansi va de nouveau frapper fort dans son quatrième roman « L’Anté-peuple », décerné Grand Prix Littéraire d’Afrique noire. Il confiera plus tard à ses proches, « L’Anté-peuple » aura été la première œuvre de sa vie  écrite sous le nom de « La natte ». Il  a abandonné ce projet à cause du succès de « La Vie et demie« .

Quatre ans plus tard, il l’a sorti des placards. Une œuvre formidable. Dans « L’Anté-peuple », l’auteur réussit à placer l’absurdité dans la réalité. L’histoire de ce roman débute au Zaïre (auj.RDC), Dadou est directeur d’une école des jeunes filles à Kinshasa. Une terrible accusation de la part d’une fille d’un haut dignitaire du pays le met dans une mauvaise posture. Accusé faussement de meurtre, Dadou est emprisonné. Entre-temps, sa femme et ses enfants sont tués par une foule en colère qui se rend justice. Dadou réussit à s’évader de la prison et traverse à Brazzaville, où il retrouve une société similaire à celle de Kinshasa. Un environnement pourrit. L’absolutisme du pouvoir, le clientélisme et le népotisme gouvernent ladite société.

Après le succès retentissant de « L’Anté-peuple« , Sony va publier « Les Sept solitudes de Lorsa Lopez » en 1985 un autre roman qui fera parler de lui mais cette fois-ci en termes ternes. Dans cette œuvre, Labou Tansi dénonce la situation de la femme africaine victime d’injustices. Malgré la beauté de ce roman aux accents latinos. Les critiques littéraires, de milieux d’Africains, sont moins tendres.

Une fin de vie entre politique et maladie

On accuse Labou Tansi d’avoir jeté quelques regards sur « Les Cent ans de solitude », de l’écrivain colombien, Gabriel García Marquez. Sony va se consacrer désormais à la rédaction des pièces théâtrales. Au début des années 90, il se lance également en politique. Il est élu député de Makélékélé (Brazzaville). Son accointance avec l’opposant Bernard Kolélas sera mal vue. Et sera à la base de son différent avec le président de la République Pascal Lissouba.

Atteint de VIH SIDA, au seuil de l’année 95, Sony Labou Tansi est interdit de quitter le pays. Car, son passeport lui a été confisqué par le pouvoir en place. Il ne peut donc se soigner  à l’étranger et meurt le 14 juin 1995. Une fin tragique de la vie de l’auteur ressemblant aux dénouements de ses œuvres littéraires.

En 2003, le Festival des Francophonies en Limousin lui rend un vibrant hommage. Il dédie « Le Prix de la meilleure pièce théâtrale » du festival en son nom. Une consécration qui en vaut son pesant d’or.

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@Laure Gilquin

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