Genèse et risques journalistiques, avant l’odyssée vers l’exil

Bonjour, c’est toujours moi, Dydy. Je vais commencer par vous présenter un peu ma petite vie professionnelle dans mon pays et le début de du cauchemar.

Je travaille dans les médias. Travaillais est mieux. Vu que j’écris cette chronique au présent. Ce n’est pas drôle mais je trouve souvent des raisons de rire.

Je veux couvrir cette manifestation

Un après midi, j’arrive à la radio. Je trouve Aboubacar et d’autres collègues dans le studio. Il y a un spot publicitaire que je dois poser. Il y a toujours une bonne ambiance ici. On rigole super bien tous les jours. C’est un lieu où nos collègues sont comme des amis. Chacun connaît où habite l’autre. Alors, je m’apprête à les aider à poser le spot publicitaire quand Aly fait son entrée avec une nouvelle que tout le pays attend. Non pas sans appréhension.

Aly: « Ils ont confirmé hein. La marche politique aura lieu demain. Le communiqué vient de passer. »

Oh! Je jubile. J’aime ce que je m’apprête à faire. Faire la couverture médiatique des marches politiques, j’adore. Alors je me mets presqu’à genoux pour demander à faire ce travail risqué. Aly accepte de me laisser y aller. De toutes les façons, les autres n’aiment pas ce genre de reportage. Ça finit toujours mal à chaque fois. Mais moi, j’y ai pris goût. Je sais, je suis un peu hors normes.

Jour de manifestation pacifique

Le lendemain, j’arrive très très très tôt à la rédaction. Tellement que je tiens à aller couvrir cette marche du début à la fin. J’y vais avec mon équipe.

C’était une manifestation grandiose. Une foule immense était sortie. Signe du ras-le-bol général. Le peuple est épuisé d’être pauvre sur un sol immensément riche.

On a rencontré les policiers en charge de cadrer la marche. C’est une marche pacifique où aucune arme n’est autorisée. Normalement. Sauf que l’un des agents (le plus haut gradé) a un pistolet…

A chaque manifestation politique pacifique dans ce pays, il y a des morts par balles et on ne situe jamais les responsabilités. C’est ainsi depuis tellement d’années que l’on a tendance à croire que c’est normal. Les victimes sont des jeunes dont la moyenne d’âge est de 18 ans. C’est tellement triste et désolant.

Parfois, dans l’opinion du peuple, il se murmure qu’il ne faut plus manifester pour éviter d’avoir à pleurer sur des cadavres mais en voyant la gestion chaotique de nos biens et ressources, on se révolte et on suit le premier opposant opportuniste qui arrive à nous rassembler. Un peuple qui est constamment endormi et utilisé. Ils sont tous les mêmes ces politiciens mais mon travail n’est pas de les juger et je n’étais pas là pour soutenir qui que ce soit.

Travailler autrement, prendre des risques journalistiques. Et regretter.

Ce jour-là, on voulait faire quelque chose de nouveau, travailler autrement. Épier, guetter et tout filmer puis étaler les meurtriers à la télévision…

Quelle naïveté! Si seulement je pouvais savoir ce qui m’attendait ce jour là. Si seulement… Je pense que je n’y serais même pas allée. Évoquer cette journée et toutes celles qui suivirent me chagrine énormément.

Parfois, j’ai l’impression que c’est un cauchemar et je tente de me réveiller, rétablir ma vie et ma petite célébrité telles qu’elles étaient mais hélas, c’est impossible. Je n’aime pas trop rentrer dans les détails de cette période. Toutes mes excuses. J’ai encore très mal.

A qui faire confiance ?

Bref, pour être là aujourd’hui, il m’a fallu de l’aide et beaucoup d’argent. Certaines personnes m’ont aidées sans connaître toute la vérité parce que je n’avais pas confiance en tout le monde.

Il y a ce monsieur qui m’a obtenu le rendez-vous qui a été crucial pour moi. Je pense que c’est grâce à lui que je suis encore en vie. Même s’il ne le sait pas vraiment.

Je ne suis pas sûre qu’il puisse lire cette chronique mais je tiens tellement à m’excuser auprès de lui. C’est une bonne personne et je n’ai pas l’habitude d’utiliser les gens. J’en ai eu des nuits blanches après mon voyage. Je me reprochais de lui avoir caché la vérité. Cet homme se nomme RJF.

En faisant le reportage comme je le voulais, rien ne se passa comme prévu. Nous fûmes repérés. J’ai passé de longues heures en détention et franchement je ne tiens pas à raconter ce qui s’est passé. J’en suis désolée. C’est juste pénible.

EN SAVOIR PLUS SUR CE THÈME

IRAN – Mort de Mohammad-Reza Shajarian, chanteur légendaire militant et engagé

Le plus célèbre chanteur et compositeur iranien est décédé ce jeudi 8 octobre 2020 à l’âge de 80 ans à l’hôpital Jam de Téhéran, des suites d’un long combat contre le cancer. Chanteur, instrumentiste et compositeur engagé, Mohammad-Réza Shajarian a incarné plus que tout autre pendant un demi-siècle la musique traditionnelle et classique iranienne à l’étranger comme en Iran.

Mohammad-Reza Shajarian maître de la musique traditionnelle persane était connu pour ses prises de position publiques contre la répression brutale des manifestations nationales de 2009 et pour sa rhétorique contre le régime.

Très vite après l’annonce de la mort de l’Ostad (qui signifie « maître » en persan), des milliers d’admirateurs de tous âges ont convergé vers l’hôpital Jam de Téhéran où il avait été admis il y a quelques jours dans un état critique, selon des journalistes de l’AFP sur place.

La foule qui s’est rassemblée devant l’hôpital Jam a scandé « Mort au dictateur« , « La télévision et la radio officielles sont une honte« , reprenant le chant de Shajarian lors des manifestations de 2009.

Les forces de sécurité iraniennes ont attaqué les personnes en deuil. Puis elles ont dispersé les foules qui célébraient la vie de Shajarian et protestaient contre la censure de son art et de sa musique.

Le régime a également tenté d’opprimer les voix du peuple iranien en limitant la bande passante de l’internet pendant ces manifestations. Mais certains ont pu poster de courtes vidéos sur les médias sociaux. Une vidéo a été largement diffusée sur les médias sociaux.

Elle montre Shajarian dans sa voiture qui brandit un symbole de paix tout en disant «Mort au dictateur» pendant les manifestations. Malgré les efforts du régime pour soumettre et contrôler l’expression artistique de Shajarian, cette manifestation publique démontre son importance pour le peuple iranien.

https://twitter.com/binam1418/status/1314253597924904963

L’héritage de Shajarian en matière de «solidarité avec le peuple»

Bien que Mohammad-Reza Shajarian soit un artiste iranien légendaire qui a changé le visage de la musique classique iranienne, il était également aimé du peuple à cause de ses discours contre le régime.

Dans une interview accordée à Euronews en 2015, Shajarian avait dit qu’il était populaire pas seulement pour sa musique. Il savait que le peuple l’aimait aussi parce qu’il était aux côtés du peuple, et non de l’élite dirigeante.

«Les artistes doivent faire très attention à leur comportement. La communauté est très intelligente et consciente. J’ai essayé de prendre le parti du peuple. Ma musique est pour le peuple, pas pour les ministres et les hommes d’État.»

Il était également un fervent partisan de la liberté. Dans plusieurs interviews, il a déclaré que les Iraniens finiraient par l’emporter sur le régime. Il avait foi en la force de son peuple pour aller arracher sa liberté.

«La mentalité de la majorité est une priorité par rapport à la mentalité d’une seule personne et finalement, la majorité l’emportera», a-t-il déclaré dans une interview accordée à la chaîne de télévision australienne SBS en 2010.

Dans une autre interview, il a déclaré que «les gens se battront pour ce qu’ils veulent et finiront par réussir.»

Sa musique chantait les rêves de liberté des Iraniens En 2002, Mohammad-Reza Shajarian a déclaré que l’Iran n’avait pas encore connu la démocratie et que sa musique reflétait la douleur et la souffrance du peuple.

«Il suffit de regarder notre histoire. Elle est pleine de guerre, de meurtres, de misère, de pression et de tyrannie. Et nous n’avons toujours pas vu la démocratie. Ma musique reflète cette situation. On ne peut pas demander à la musique de fermer les yeux et de se contenter de s’amuser et de danser. Nous n’avons pas encore atteint le moment d’utiliser ce genre de musique. Pour l’instant, notre musique reflète notre douleur. Tout cela découle de la tyrannie et de l’oppression. Tout notre art a changé pour refléter cela.»

Dans une chanson sortie en 2009, Zaban-é Atache (Langage du feu), il lançait un « Laisse ton fusil à terre mon frère« , compris immédiatement comme un message aux forces paramilitaires qui tirent sur les manifestants. L’artiste avait alors assuré que ses chansons ont toujours un rapport avec la situation politique et sociale du pays, même lorsqu’il chante les poèmes lyriques de Hafez ou Rumi. Boycotté dans les médias contrôlés par les mollahs Shajarian avait l’interdiction d’organiser des concerts depuis 2009. C’est à ce moment qu’il a défendu les manifestants du simulacre d’élection présidentielle des mollahs.

Sa musique a également été interdite de diffusion à la télévision publique, y compris sa célèbre prière du Ramadan, «Rabanna.»

Lors d’une cérémonie en l’honneur du légendaire poète iranien Hafez, en avril 2015, Shajarian a répondu au public qui l’encourageait à chanter.

Il lui a dit: «Je vis dans un pays où, depuis plusieurs années, il m’est interdit de chanter pour mon propre peuple.» En raison de sa popularité massive, le régime n’a pu riposter qu’en interdisant ses concerts et ses albums. Cela n’a fait que le rendre plus populaire.

Après une interdiction de 11 ans, la chaîne de télévision officielle, IRIB TV, a montré son image pour annoncer la nouvelle de sa mort jeudi 8 octobre 2020. Shajarian enterré près de la tombe du poète persan Ferdossi Mohammad-Réza Shajarian a été inhumé samedi 10 octobre dans la ville de Tous, près de la tombe du poète du dixième siècle Ferdossi, auteur de l’épopée persane Chahnameh (le Livre des Rois).

Son corps a été transporté le lendemain dans la ville sainte chiite de Mashhad, capitale de la province du Khorassan-é Razavi (nord-est), où il est né. Craignant de manifestations majeures, le régime a organisé les funérailles de M. Shajarian sous de hautes mesures sécuritaires.

Une foule d’«environ 150 personnes» dont sa famille était présente dans la cour du mausolée lors de l’enterrement. Des milliers personnes se sont rassemblées à l’extérieur, chantant les chansons de l’«Ostad» et regardant la cérémonie sur de grands écrans. Homayoun Shajarian a remercié les participants d’assister à la cérémonie de son père, en dépit «des difficultés».

Maryam Radjavi: son hommage à une voix irréductible en faveur de la liberté et d ela démocratie

Concernant le décès de M. Shajarian, Maryam Radjavi, présidente élue du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI) a déclaré:

«J’adresse toutes mes condoléances au peuple iranien et à la communauté des artistes, à la famille et aux amis de Shajarian pour la perte d’un des plus grands artistes d’Iran. Certes, ses œuvres brillantes lui survivront et s’inscrivent au nombre des trésors inestimables de l’art national. Shajarian a déclaré à plusieurs reprises dans des interviews qu’il faisait face à une dictature qui voulait le soumettre et qu’il refusait de plier. Il ne fait aucun doute que la communauté artistique en Iran et les amoureux de la musique iranienne nourriront davantage ses œuvres, ses enseignements et ses innovations et viendront enrichir les joyaux uniques de l’art et de la culture de notre pays. Sa voix a toute sa place dans le cœur de millions d’Iraniens depuis plusieurs générations et ne peut être réduite au silence. Le régime des mollahs ayant empêché la participation nombreuse aux obsèques de Shajarian, nous continuerons de rendre hommage à cette voix irréductible contre la dictature, jusqu’à sept jours. »

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COVID19 – IRAN – « Deux fois plus de victimes que la guerre Iran – Irak »

Iradj Harirchi, vice-ministre de la Santé, a annoncé lundi 15 juin 2020 à l’ISNA que lors de la guerre de 8 ans contre l’Irak, les pertes du régime (les soldats) s’élevaient quotidiennement à 66 morts. Tandis que ces deux derniers jours, le nombre de morts du coronavirus montait à 107 et 113.

Il a ajouté: «Nous n’avons pas de province où nous ne devons pas nous inquiéter de la maladie. Ces derniers jours, on a eu de nouveau un nombre de morts à trois chiffres, ce qui est élevé. Il est possible que des responsables au gouvernement décident de revenir aux restrictions, c’est là où beaucoup ont souffert d’un point de vue économique sans que ce soit leur faute.»

Il faut décider d’urgence le retour des restrictions

Ali-Akbar Hagh-Doust, un autre vice-ministre de la Santé iranien, a déclaré le 16 juin 2020 à l’agence Irna qu’«il faut décider d’urgence et sérieusement le retour des restrictions. L’épidémie de coronavirus augmente. Le ministère de la Santé a demandé officiellement, en particulier là où le degré d’épidémie est plus important, de réimposer les restrictions.»

Samedi 13 juin, au centre national de lutte contre le coronavirus (CNLC), Rohani (Président de la république islamique d’Iran depuis 2013) a reconnu la situation critique dans plusieurs provinces:

«Nous sommes au premier pic de l’épidémie dans certaines provinces. Dans certaines, nous avons dépassé le premier pic. Les prévisions indiquent que d’autres provinces attendent leur tour. Dans le pays, à l’exception de quelques villes, nous n’avons pas encore atteint un point où 60 à 65 % de la population a contracté le virus et l’a surmonté».

Hamid Souri, membre du centre national de lutte contre le coronavirus, a indiqué à l’agence Irna le mardi le 16 juin qu’«En tant qu’épidémiologiste, je dois dire que pour atteindre un niveau d’immunité collective, la société devra payer un prix énorme. Certaines des choses que nous avons faites n’ont pas fonctionné assez rapidement pour obtenir de meilleurs résultats».

Si le régime avait l’intention de protéger la population, il aurait imposé la quarantaine en fournissant un moyen de subsistance à plus de 30 millions de travailleurs intérimaires et à leurs familles. Le régime n’est enclin à effectuer aucune de ces actions et est disposé à garder ses économies astronomiques pour lui seul.

En imposant la quarantaine, les populations affamées risquent de se révolter contre le régime. Par conséquent, pour échapper au destin fatal, la seule porte de sortie reste un meurtre massif. Si les gens avaient souffert de faim en quarantaine, le régime serait tenu pour responsable, mais dans l’approche de l’immunité collective, il n’est pas responsable de la mort des Iraniens ; le virus étant blâmé.

Les biens du régime sont estimés à environ 200 milliards de dollars, ce qui appartient aux citoyens. Malheureusement, cela est seulement utilisé au bénéfice du Guide Suprême pour son avidité du pouvoir.

Cité par l’agence ISNA hier, le chef du réseau de santé de la ville de Boroujerd dans la province de Lorestan, a déclaré: «Le virus avance rapidement, et nous ne pouvons faire autre chose que de le combattre. Nous devons passer des précautions de santé au traitement, car la marque des précautions de santé est le confinement, ce que nous n’avons pas dans le pays.»

Le gouverneur de Kermanchah a estimé que la situation dans la province est difficile et inquiétante. Selon Irna le 16 juin, il a affirmé que «le nombre de malade du Covid-19 hospitalisés aujourd’hui dans le Kermanchah dépassé les 400 et nous sommes dans une situation inquiétante. Nous avons proposé une fermeture de 10 jours des administrations.»

Il y a eu autant de cas positifs qu’en quatre mois

Le site Aftab a rapporté hier les propos du vice-gouverneur de la province de Bouchehr disant que «la semaine dernière il y a eu autant de cas positifs qu’en quatre mois. Cette semaine, plusieurs centaines de cas positifs ont été identifiés par jour dans toute la province, dont beaucoup étaient en état grave et sont partis en soins intensifs.»

Cet article est écrit en collaboration avec THE MEDIA EXPRESS
press@themediaexpress.com


 

16 juin 2020 –  52.400 morts

Le nombre de décès a été comptabilisé dans 332 villes, dont :

  • Téhéran : 10.800
  • Khouzistan : 4280
  • Lorestan :1810
  • Azerbaïdjan occidental :1470
  • Kermanchah :1360
  • Kurdistan : 1115
  • Kerman : 670

Auxquels s’ajoutent les chiffres des autres provinces

Source : PMOI/MEK 

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MONDE – Le Glas sonne pour les peuples

La suppression de la Loi Obamacare (Loi sur la Protection des Patients et les Soins Abordables) promulguée par Barack Obama le 23 mars 2010, le retrait des U.S.A. de l’Organisation mondiale de la santé (O.M.S.) suivi par plus d’un Etat (Madagascar, Guinée équatoriale, Burundi, Brésil), interdiction des vols aériens chinois entre la Chine et les U.S.A dès le 16 juin 2020, tweets et déclarations menaçants, discriminatoires, discourtois, mensongers ainsi que des discours contradictoires constatés notamment dans la gestion de la crise de la Covid-19, manipulations, etc.

Donald Trump et de nombreux gouvernants de la planète terre ne cessent d’inquiéter et deviennent très dangereux pour la gestion de la cité. Que doivent faire les populations et les journalistes?

Pour reprendre les propos de David Mongoin, aux U.S.A, la liberté de manifestation est une liberté constitutionnelle dont le fondement juridique est celui de la liberté de «rassemblement pacifique» et dont le régime juridique répond essentiellement à celui de la liberté d’expression.

La garantie constitutionnelle de manifester : une supercherie ? 

La manifestation conçue comme une «expression agissante», est bien une liberté, alors qu’en France et dans plusieurs pays, elle est bien d’avantage un « droit ».

Le premier amendement de la Constitution des U.S.A ratifié en 1791, stipule: « Le Congrès n’adoptera aucune loi relative à l’établissement d’une religion, ou à l’interdiction de son libre exercice ; ou pour limiter la liberté d’expression, de la presse ou le droit des citoyens de se réunir pacifiquement ou d’adresser au gouvernement des pétitions pour obtenir réparations des torts subis.« 

Fort conscient de cet amendement, bon nombre d’Américains descendent dans les rues depuis l’assassinat de George Floyd qui est une victime de trop de la police.

Depuis douze jours, les Américains manifestent presque dans tous les Etats, contre le racisme et toutes sortes de violences (politique, physique, économique, sociale, spirituelle et psychologique).

Malheureusement, quelques-uns parmi eux confondent liberté au libertinage comme nous l’avions vu il y a quelques mois avec les «gilets jaune» en France, s’en prendre aux symboles, casser et piller plusieurs bâtisses.

A propos, Idris Fassadi, Maitre conférencier à l’université Panthéon – Assas Paris II nous rappelle que si les libertés d’expression et de manifestations sont fondamentales dans une société démocratique, cela ne signifie pas que chacun puisse exprimer ses opinions dans n’importe quel lieu public et à n’importe quel moment.

Les garanties constitutionnelles de la liberté impliquent l’existence d’une société organisée, maintenant l’ordre public sans lequel la liberté elle-même serait perdue dans les excès de l’anarchie.

Conséquences, l’Etat peut imposer des restrictions raisonnables quant aux moments, lieux et modalités de l’expression protégée, dès lors que les restrictions ne portent pas sur le contenu de l’expression sont étroitement circonscrites pour servir un intérêt d’Etat important et qu’elles laissent subsister des canaux alternatifs pour la communication de l’organisation et l’encadrement policier.

C’est ce qui a poussé certainement Donald Trump et bien avant lui d’autres chefs d’Etats à vouloir faire recours à la force publique pour contenir les manifestants.

Dictatures, libertés et libertinages s’entremêlent

Il sied de dire que le comportement de Donald Trump depuis son arrivée à la Maison Blanche a révélé qu’il gère la plus grande nation des libertés comme un commerce privé à l’image de plusieurs dictateurs qui marchent sur les droits fondamentaux des peuples. Nonobstant qu’il soit accro des tweets (4481 messages pour la seule année 2020), le 27 mai 2020, suite aux dénonciations de ses twitters mensongers mis à nu, Donald Trump a menacé le réseau social Twitter et autres: « …en tant que président des U.S.A, je ne les laisserai pas faire.« 

Le 28 mai, il a menacé de réguler sévèrement les médias sociaux (sans distinction) ou de les fermer.

Le 29 mai 2020, il a mis sa menace à exécution en prenant un décret qui restreint la liberté d’expression. Il a limité la protection judiciaire dont bénéficient les réseaux sociaux aux U.S.A.

Bien avant cela, il n’avait cessé de pointer du doigt des journalistes et médias qui ne courbent pas l’échine devant lui.

April Ryan, correspondant de la Maison blanche depuis 1997, Jim Acosta correspondant en chef à la Maison blanche de CNN et une dizaine des médias de renom ont payé un lourd tribu à l’administration Trump.

Retrouvez notre article sur les "Lanceurs d'alerte" aux USA sous l'administration Obama

La somme des attaques frontales contre les médias par Donald Trump se solde par l’arrestation de divers journalistes à la frontière, des saisies et fouilles de matériels y compris des agressions physiques tels que signalés par Tv5, C.P.J, RSF, etc.

La mort de George Floyd le 25 mai 2020 et toutes sortes de violences rendent plus d’une personne allergique.

Quelle attitude adoptée ?

Sur mille Américains tués par la police chaque année, il est établi un taux de 2,5 fois plus élevé de victimes afro-américaines que blanches.

A la place d’apaiser, Donald Trump, par le truchement des mêmes réseaux sociaux qu’il attaque, a qualifié de tous les maux et menacé les manifestants. Il feint que ces derniers réclament une vraie justice devant les chiffres très inquiétants des morts et les inégalités sociales.

Le président américain est parti très loin jusqu’à intimer l’ordre de mater «les hordes de délinquants qui manifestent» et opposer les forces spéciales au peuple comme le font chaque fois des présidents africains (Denis Sassou Nguesso, Paul Biya, Idriss Itno Déby, Alpha Condé, Faure Gnassigbé).

Le Secrétaire d’Etat à la défense Mark Esper et plusieurs officiers supérieurs ont refusé officiellement d’obtempérer à l’ordre de la hiérarchie de mettre l’armée dans la rue pour contenir les manifestants. La plupart des gouverneurs et pasteurs se sont associés aux manifestants.

D’où cette question que certains se posent à savoir: est-ce normal que les « Bergers des fidèles » (Guides du troupeau) entrent en politique et se comportent ainsi ?

Ghy Fortune DOMBE BEMBA

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Didier Decoin, nouveau président de l’Académie Goncourt – Réactions exclusives de Tahar Ben Jelloun et Philippe Claudel

Lors de leur réunion mensuelle qui se tient chaque mois au restaurant Drouant à Paris, comme le veut la tradition depuis 1914, les membres de l’académie Goncourt ont élu, presque à l’unanimité, le lundi 20 janvier 2020, Didier Decoin comme nouveau président de l’Académie.

Succédant à Bernard Pivot, Didier Decoin nous a livré ses sentiments en exclusivité, juste avant de tenir une conférence de presse qui a eu lieu à la Bibliothèque, l’un des salons chics du restaurant Drouant, établissement centenaire.

Le nouveau président du Goncourt Didier Decoin nous raconte son élection 

«C’est le plaisir d’avoir été reconnu comme un bon compagnon! C’est essentiellement ça. Ce n’est même pas une question d’autorité. J’ai présenté un projet axé, surtout, sur l’humain et les relations internationales. Il ya des grandes questions, notamment, les questions internationales, que je traiterais avec beaucoup d’attention. Je me suis présenté, après le retrait de mon ami Bernard Pivot et ça a bien marché ; je suis heureux du résultat, et le fait que je sois nommé à la tête de cette institution, c’est comme réaliser un rêve d’enfant» nous confie-t-il.

Il ajoute: «Ma collègue Françoise Chandernargor a présenté aussi un projet tout à fait recevable, basé sur les questions juridiques et administratives, qui est également important pour notre institution…»

Tahar Ben Jelloun et Philippe Claudet ont répondu à nos questions

En marge de cette rencontre, nous avons rencontré l’écrivain Tahar Ben Jelloun, lui aussi membre du jury du Goncourt. Il nous a fait quelques confidences sur le nouveau président.

«C’est un type très paisible et apaisant. Didier mérite d’être à la tête de cette mythique Académie! C’est le plus ancien parmi nous! Cela fait 25 ans qu’il est là! Il va apporter beaucoup de choses à l’institution, j’en suis persuadé!»

Quant à Philippe Claudel qui est resté dans le salon Goncourt, sirotant son Armagnac après un excellent repas, n’est pas uniquement le plus jeune représentant de cette vieille institution, c’est aussi le plus gentil et le plus avenant. 

Il se confie à l’Œil de la Maison des journalistes.

«On avait un choix difficile à faire ! Ils sont là depuis plus de vingt ans. Il faut savoir que Françoise et Didier sont les plus anciens membres de l’Académie Goncourt. Le choix a été porté sur Didier, parce qu’on voulait que l’académie soit présidé d’une façon humaniste et cordiale.

Et en même temps, l’autre candidate, qui est Françoise et qui ne démérite pas, a proposé quelque chose de différent et intéressant! Mais il ne faut tout de même pas prendre ça comme des élections politiques ou présidentielles (rires)! Françoise a présenté quelque chose, comment dirais-je, axé sur l’aspect, pas financier, mais administrative et juridique. Didier incarne, les valeurs de cette académie.»

«Ce que je veux dire aussi de primordial, c’est que l’académie Goncourt est plus forte que nous tous! Nous on passe et l’académie reste. Françoise, Bernard, Virginie, Didier ou moi, on passe. Cela fait plus d’un siècle qu’elle existe! On est juste là pour la servir et non pas pour se servir d’elle!» conclut l’auteur de L’archipel du Chien.

Qui remplacera Virginie Despentes et Bernard Pivot au jury du Goncourt? 

Tahar Ben Jelloun, le lauréat du prix Goncourt « La Nuit sacrée » de 1987 avoue: «On cherche encore! On n’en trouve pas! Vous savez; c’est difficile de trouver des gens qui vont travailler tout le temps. Il faut trouver le temps pour lire et écrire! Et ce n’est pas une mince affaire!»

À notre question s’il y avait des noms qui se profilaient à l’horizon ? «Pour l’instant je n’ai pas de noms à vous avancer. On le saura le 11 février 2020 lors de notre prochaine réunion qui se tiendra ici chez Drouant.»

Certaines rumeurs dont nous ne pouvons prouver le fondement murmure les noms de Yann moix et Daniel Pennac pour remplacer Bernard Pivot et Virginie Despentes !

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Guinée : Un enfant de 10 ans tué lors d’une manifestation, le pays continue de s’embraser

La Guinée brûle, Alpha Condé s’en moque. Décidément, le chef d’État guinéen n’a pas fini d’humilier son peuple! Rien d’autre ne le préoccupe plus que de bâtir son empire avec le sang des innocents. Les manifestations appelées « résistance citoyenne, active et permanente » par le FNDC (Front National pour la défense de la Constitution), partis politiques pour contrer le président Alpha Condé, s’apprête à renoncer à son projet de doter la Guinée d’une nouvelle constitution.

Ajoutons à cela le mouvement de grève du SLECG -Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée- qui continue de faire des victimes et des dégâts matériels importants en Guinée.

Le 29 janvier 2020, la Guinée se réveille avec la vidéo de cette femme trainée par les forces de police pour avoir manifester. 

Avant d’aboutir à cette violence, un processus s’est mis en place en Guinée Conakry. La volonté du président de changer la constitution pour se rpésenter à déclenché la colère du pays et des mouvements de grève. Retour sur le début de ces manifestations. 

Un premier jour de révolte dramatique

La journée du lundi 13 janvier fut le début de la résistance active de la population guinéenne. Bilan : deux morts par balle selon des sources hospitalières.

Le premier s’appellait Thierno Mamadou Sow, jeune lycéen abattu à Conakry dans le quartier Cosa, les proches de la victime pointent du doigt accusateur les forces de sécurité. 

La seconde victime, Alhassane Diallo, un adolescent âgé de 15 ans apprenti carreleur, est la première victime de la manifestation à Labé. Sa mort s’est passée dans des circonstances non élucidées.

Selon  des sources bien informées, Labé a connu une révolte qui a touché les administrations : le bureau du procureur et la salle d’audience du tribunal de première instance de la ville de Labé ont brulé, idem pour le fief de l’opposition ; il y a aussi les véhicules garés dans l’enceinte de la brigade de proximité du quartier de Daka.

La même source indique que les forces de l’ordre étant pris de court, des militaires sont venus en renfort du camp Elhadj Oumar Tall.

Le second jour de révolte en Guinée : suite de la répression

Selon une source hospitalière, les affrontements entre jeunes partisans du FNDC et les forces de défense et de sécurité qui secouent la ville de Labé depuis le 13 janvier ont fait une nouvelle victime.

Souleymane Diallo, âgé d’une vingtaine d’années. Il aurait  succombé dans la salle de réanimation de l’hôpital régional de Labé où il avait été admis après avoir reçu une balle dans la tête.

L’annonce de ce nouveau décès continue à embraser les esprits : cela porte désormais à trois morts et plusieurs blessés ainsi que d’importants dégâts matériels.

A Conakry, l’horeur est à son paroxisme. C’est un enfant de moins de 10 ans qui a été touché dans le quartier Sonfonia, lui aussi touché par une balle dans la tête. Cette affaire amplifie les enjeux de communication : un enfant de 10 ans a été tué par balle lors d’une manifestation!

Dans une vidéo devenue virale sur la toile, on voit un individu à terre, se vider de son sang.

Le lendemain, un habitant de Sonfonia se présentant comme le grand-père et homonyme de l’enfant, a tout simplement nié les premières versions sur les circonstances de la mort du petit Fofana. Il affirme que l’enfant n’a pas été touché par les balles de la police mais par un explosif qu’il aurait ramassé dans une poubelle…

Cette version, contestée par l’opinion publique, laisse sans voix.

Ailleurs, on brûle les symboles de l’Etat

A Lélouma, une préfecture de la région administrative de Labé, le préfet est en fuite car sa résidence a été saccagée et des véhicules de commandement ont été brûlés.

A Pita, les locaux de la gendarmerie et de la police ont été incendiés. La tension est très vive dans cette ville située à 260 kilomètres de la capitale. Des forces de sécurité en renfort sont déployées dans toute la ville. Après trois jours de désobéissance civile, soldée par quatre morts, plusieurs blessés, des dégâts matériels importants et des arrestations à Conakry ainsi que dans plusieurs villes de la Guinée.

Le FNDC a décidé de suspendre les manifestations ce mercredi 15 janvier pour enterrer les victimes et permettre aux guinéens de se réapprovisionner en nourriture en vue des actions intenses qui vont suivre.

Les manifestations ont repris le 21 Janvier 2020 sur l’ensemble du territoire national selon le communiqué du Front National pour la défense de la constitution.

Suite à l’emprisonnement des enseignants grévistes et de certains syndicalistes, l’USTG  solidaire du SLECG annonce une grève générale et illimitée dès le mardi 21 janvier.

Pendant ce temps, le président Alpha Condé prend un décret d’ouverture de la campagne électorale  pour les élections législatives (le Président de la République) Alpha Condé a décrèté l’ouverture de la campagne électorale en Guinée pour les législatives le 16 Janvier 2020 à minuit et ferme le 14 février 2020 à minuit. Cette attitude du chef de l’Etat risque de mettre le feu aux poudres.

La France réagit à la situation en Guinée Conakry

Sur le plan international, la France a réagi, par la voix de son Ministre des affaires étrangères à l’Assemblée Nationale française, appelant toutes les parties à l’apaisement.

«L’engagement du président Alpha Condé à demander une réforme de la Constitution, ne nous paraît pas être obligatoirement partagée ni par sa population, ni par ses voisins», a déclaré Jean-Yves Le Drian, le chef de la diplomatie française. Jusque-là, la France avait opté pour la discrétion sur ce dossier.

Cet appel à l’apaisement, le ministre l’exprime dans un cadre bien précis: il ne s’agit pas d’une «déclaration», mais d’une prise de position prononcée en réponse à une question posée par la Commission des Affaires étrangères, minimise ainsi un député.

Mais sur le fond, le souci de respecter la Constitution a été soulevé à plusieurs reprises. Depuis plusieurs mois, Paris discuterait en coulisses de façon directe, en envoyant des messages de retenus au Président Alpha Condé, indique un parlementaire français.

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