Zakaria Abdelkafi : « Un photographe n’a besoin que d’un seul œil »

[Propos recueillis par Hicham MANSOURI et Camille PEYSSARD-MIQUEAU]

Trois femmes de dos traversent une rue où personne, mis à part un homme et son vélo, n’est visible. Face à elles, les gravats s’amoncellent. Notre regard remonte vers là où semblent se diriger leurs yeux. C’est ici que la sidération nous frappe : trois bus aux couleurs criardes se dressent, à la verticale, vers le ciel. Sorte de barricade surréaliste qui mure tout l’horizon. Cliché d’un instant, d’une rue d’Alep, symbole de la guerre sans fin qui fait rage en Syrie depuis maintenant six longues années. Zakaria Abdelkafi, photographe syrien, correspondant de l’AFP à Alep de 2013 à 2015, signe ce portrait d’hommes et de femmes pris au piège d’Alep et de son chaos. 

Rue d’Alep, 2015 @Zakaria ABDELKAFI

Une trentaine de photographies sont présentées au public parisien au sein de son exposition « Je suis de là bas… Je suis d’Alep… », à la Mairie du XXème arrondissement, du 6 au 29 mars 2017. L’occasion de s’entretenir avec lui sur le rôle du photographe de presse en tant de guerre, son parcours personnel et sa vision du conflit qui détruit la ville de son enfance.

Zakaria ABDELKAFI ©Zakaria ABDELKAFI

Comment tu te définis? Comme un photographe de guerre ?

D’abord comme photographe de presse qui informe les gens sur ce qui se passe dans leurs régions. Ensuite comme photographe de guerre, car j’aime tout ce qui est action. J’aime couvrir les conflits et les combats. A Paris, où je vis depuis une année, je continue à couvrir les manifestations, les grèves des français, syriens et toutes les autres communautés.

Pourquoi as-tu décidé de monter cette exposition ?

Je voulais faire quelque chose pour montrer aux gens ce qui se passe réellement en Syrie. C’est une injustice et un crime aussi bien de la part du régime que des islamistes. J’ai beaucoup travaillé sur ce sujet pour montrer de manière simple ce que vit le peuple syrien avec la révolution, la guerre et le silence de la communauté internationale. On ment au peuple Syrien. C’est pourquoi je m’adresse aux peuples. Je suis à la fois content et triste pour cette exposition : content de montrer la réalité et triste car je vois mon pays détruit. On voit les décombres et les martyres dans mes photos. On me demande souvent quelle est mon cliché favori et j’ai toujours répondu « aucun », car c’est une vie difficile et douloureuse que j’y montre. Mais je vais continuer à exposer ces photos à Lyon et dans d’autres villes françaises et européennes.

Dans le chaos de la guerre, le Bien et le Mal, si tentés qu’ils existent, se confondent souvent. Tes photos suivent majoritairement l’Armée Syrienne Libre, des combattants parfois coupables de crimes. Comment as-tu exploré le concept d’autocensure face à de telles situations ?

Avant la révolution tu ne pouvais pas travailler dans le journalisme sauf si tu plaisais déjà au régime et à ses médias. Ils ne te laissent pas créer un journal ou publier des informations en ligne. C’est pourquoi j’ai commencé par couvrir des événements sportifs comme des matchs de football. Après la révolution, je me suis senti libre de transmettre la vérité et la réalité. Quand une personne se trompe une seule fois, ça ne sert à rien d’en parler. C’est des erreurs individuelles et isolées. Mais quand l’erreur se reproduit, on transmet l’information. Mais personne ne m’interdit de faire mon travail sauf l’Etat Islamique, Le Front Al-Nnosra, le régime et le PKK [Parti des travailleurs du Kurdistan]. L’Armée Syrienne Libre (ASL) et les conseils des villes ne m’ont jamais censuré.

La dangerosité du terrain sur lequel tu as exercé à Alep a, de fait, influencé le cadre, la prise de vue et l’esthétique de tes images. Selon toi, la neutralité et l’objectivité des images peuvent ou même doivent-elles exister ?

En tant que syrien, pour sauvegarder la Syrie, je crois qu’il faut une révolution pour faire chuter le régime et la dictature. Dans cette perspective, la seule  »neutralité » qui peut exister c’est la liberté de la presse et d’expression.

A Alep, tu étais à la fois observateur derrière ton appareil mais aussi immergé dans un conflit où les gens qui t’entourent pouvaient être blessés, portés disparus ou tués, où la ville que tu as toujours connu est détruite jour après jour. Comment as-tu réussi à poursuivre ta pratique journalistique dans un tel contexte?

Quand tu couvres les affrontements dans des zones de conflits, tu peux être tué à tout moment. Le régime peut te cibler. C’est un risque continu. Même quand tu termines ton travail et tu rentres chez toi dormir, tu es réveillé par les avions. Que peux-tu faire ? Tu as peur, mais tu ne peux pas t’enfuir. Le photographe de guerre est un métier très difficile. Il faut être convaincu et courageux. Après des années de travail on s’habitue. Après la mort d’un ami ou un proche, on est triste 4 heures, puis on revient travailler. Ici à paris, c’est plus facile de couvrir les manifestations, les grèves et les événements officiels. Dès que j’obtiens mon titre de voyage, j’envisage voyager en Iraq pour couvrir les conflits.

Tu penses avoir pris goût à la violence?

Ce n’est pas que j’aime les dangers mais l’action. Prendre des photos que personne ne peut prendre. Ce n’est pas le cas quand tu couvres une conférence. Moi, j’ai besoin des défis. Si ma blessure n’étais pas arrivée, je serai encore aujourd’hui en Syrie en train de continuer mon travail.

Tu évoques beaucoup ta blessure.  Celle qui a mis fin à ton combat en tant que journaliste à Alep. Veux-tu nous raconter comment elle t’a été infligée ?        

C’était le 15 septembre 2015. Il y avait un combat dans le quartier de Sahaleddine à Alep, entre l’opposition, c’est-à-dire l’Armée Libre, et le régime de Bachar. On a su un jour avant ce qui allait se passer. Je me suis donc préparé. Tôt le matin, j’ai filmé les préparations comme le transport des armes et l’organisation sur les axes etc. A 11 heures, les affrontements ont commencé. Il y avait trois axes. J’ai choisi de me placer dans l’axe du milieu pour couvrir les deux côtés. J’étais presque en face d’eux, caché devant une porte. A 13 heures, un groupe de l’Armée Libre, environ quinze personnes, a été assiégé par les forces du régime. Ils étaient à environ vingt mètres de moi. J’ai entendu dans le talkie-walkie du chef de groupe qu’il y avait quatre personnes blessées et qu’ils devaient être évacué. Afin de faire des prises meilleures et de filmer leurs tentatives de quitter les lieux, j’ai décidé de me rapprocher malgré les coups de feu. Mais, il y avait un sniper du régime sur le toit de l’immeuble et je ne l’ai pas vu.

J’étais à genou en train de prendre des photos, à 14 heures 30 environ, quand une balle a touché le cadre métallique de la porte et est venue percer l’arcade de mon œil gauche, que j’utilisais pour les prises de vue. J’ai vu le sang couler, j’ai crié « mon œil, mon œil ! », puis je me suis évanoui.

Et ensuite, que s’est-il passé?

Par la suite, j’ai appris que c’est l’Armée Libre qui a demandé une ambulance pour mon évacuation. Les secours n’ont pas pu avoir accès à la zone où je me trouvais. On m’a porté. Je me suis réveillé plusieurs fois. On m’a emmené dans un hôpital situé dans une zone sous le contrôle de l’Armée Libre. Mais cet hôpital n’avait pas de service pouvant soigner mon œil. On a alors demandé une évacuation vers la Turquie, mais les autorités turques nous ont refusé le passage : il était tard dans la nuit et je n’avais aucun document sur moi. L’ambulance m’a alors transporté à une clinique aux frontières où on m’a opéré. L’opération a duré une heure et demi. Je ne vois plus rien, j’ai perdu la vision. Dans l’ambulance vers Alep, j’étais presque évanoui. J’ai essayé de me lever et j’ai demandé « Il y a quelqu’un ici ? Où suis-je ? ». Une voix m’a répondu qu’on me ramenait « à la maison ». J’ai demandé ce qu’il en était de mon œil. La personne n’a pas répondu. J’ai reposé la question. « Malheureusement tu as perdu ton œil » m’a-t-on dit. Je suis resté silencieux pendant un moment, puis j’ai pleuré. Ma famille pensait que j’étais mort. Une fois à Alep, ma mère et mon père m’ont appelé de la Turquie et ils ont pleuré. Ma femme aussi. Quelques jours après, je me suis rendu en Turquie. Ma famille, mes amis et mes proches m’ont accueilli. Après deux mois en Turquie, je suis venu en France où j’ai continué le traitement. On m’a implanté un œil artificiel.

Aujourd’hui, tu habites en France où, comme dans le monde entier, les médiasrelaient les analyses d’experts de plus en plus confuses. La longueur du conflit et la multiplication des acteurs sur le terrain rendent difficile toute lecture simpliste de la situation actuelle. Quel est ton regard sur Alep depuis Paris ?

Au début c’était la révolution d’un peuple. Après c’est devenu, à cause du jeu politique international, une guerre sectaire entre les Chiites et les Sunnites que l’Iran et Hezbollah attisent. C’est une guerre pour le pétrole, le gaz et les autres intérêts personnels. La Syrie est actuellement dans une situation très difficile. Beaucoup de conflits et d’intérêts particuliers rivaux s’y affrontent. Les islamistes radicalisés que le régime a libérés de la prison Saidnaya en 2012, pour faire dévier la révolution populaire syrienne, compliquent les choses davantage. Maintenant , la situation apparaît comme tellement inextricable que le conflit semble sans fin. Le peuple reste la victime de cette situation.

Quels sont tes projets en France ?

J’ai commencé à étudier puis à chercher du travail. Pendant les entretiens d’embauche,  on m’a demandé si j’étais vraiment capable de faire la photo. J’ai à chaque fois répondu la même chose : «un photographe n’a besoin que d’un seul œil !». Maintenant je travaille pour l’AFP. J’attends mon titre de séjour pour pouvoir voyager en Turquie pour une exposition puis en Iraq pour couvrir les conflits.

Aujourd’hui, tu es optimiste  ?

Sur le plan personnel je suis optimiste. Je suis fier de mon travail, de moi et même de ma blessure. C’est un symbole, un sacrifice pour faire parvenir la vérité aux gens à travers la photo. Mais, pour la Syrie, je ne suis pas du tout optimiste. C’est trop compliqué la situation là-bas et personne ne sais pas ce qui va se passer.

«Je suis de là-bas… Je suis d’Alep…» de Zakaria ABDELKAFI à découvrir du 6 au 29 mars 2017 à la Mairie du XXème arrondissement de Paris @Zakaria ABDELKAFI

Renvoyé Spécial PJJ, les jeunes à la rencontre de deux journalistes de la MDJ. « Parler c’est offrir une possibilité de changement »

[Par Romane SALAHUN]

Le jeudi 20 octobre 2016, la Maison des journalistes (MDJ) a reçu entre ses murs, un groupe de visiteurs composé de jeunes et éducateurs de l’UEAJ de Combs-la-Ville en Seine-et-Marne, unité du service de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Présents dans le cadre du programme Renvoyé Spécial PJJ mis en place par la MDJ en janvier 2016, les jeunes ont pu rencontrer la rwandaise Maria Kuandika et le camerounais René Dassié, journalistes en exil de la Maison des journalistes.

René Dassié, journaliste camerounais en exil. Crédits photo : Lisa Viola ROSSI

René Dassié, journaliste camerounais en exil.
(Crédits photo : Lisa Viola ROSSI)

Réunis pendant plus de deux heures, les deux journalistes ont pu partager avec les jeunes et leurs éducateurs, leur parcours de vie, les risques liés à l’exercice de leur métier dans leur pays, et leur combat pour la vérité. Cette rencontre visait donc à sensibiliser les jeunes aux enjeux de la liberté d’expression, amener une ouverture sur le monde, et un questionnement sur notre rapport à l’information.

« Accepter les coups, en tirer du positif est quelque chose d’utile pour moi et les autres ».

C’est ce que répond René Dassié lorsque les visiteurs lui demandent comment il a pu se reconstruire. A travers son témoignage direct, ce journaliste camerounais de 44 ans cherche à faire prendre conscience aux jeunes les réalités de son métier de journaliste au Cameroun.

Pour appréhender son parcours d’exil,  il ouvre d’abord une fenêtre sur son pays. René Dassié nous indique que les valeurs démocratiques semblent avoir déserté le Cameroun gangrené par la corruption, les inégalités, et la violence d’Etat. Il partage avec les visiteurs son impuissance face au constat d’une situation désastreuse où les richesses sont accaparées par une élite au pouvoir, laissant dans la misère une population sous contrôle. Les failles dans la gestion du pays sont visibles dans les écoles, en ruine, où les élèves issus des familles les plus pauvres s’entassent dans la poussière. Le récit et les images de René viennent attiser la curiosité des jeunes sur la situation de leurs homologues camerounais. « C’est un vrai prof ? Ont-ils connu une vraie école ? ». Des questions qui se heurtent parfois au constat d’une réalité difficile et loin de la leur. «  Je devais chaque matin traverser la brousse pour me rendre à l’école, je connaissais l’heure par la position du soleil vu qu’il n’y avait pas de montre […] je tombais parfois nez-à-nez avec un serpent ». L’exotisme surprend, et fait parfois sourire la salle.  Les inégalités sont également visibles dans les infrastructures. Les grandes autoroutes, symboles de modernité, côtoient les chemins de boue inondés, rendant impossible l’acheminement des ressources. René Dassié nous parle également des prisons camerounaises où il a enquêté pour un reportage, et dans lesquelles il y a « 30 fois plus de prisonniers que ce qu’elles peuvent accueillir ». Les prisonniers sont entassés là, corps contre corps, sans ressources, victimes de maladies, de malnutrition, de déshydratation.

Photo prise clandestinement en décembre 2012 dans le quartier des hommes de la prison surpeuplée de Kondengui (Yaoundé), 4000 détenus pour 800 places. Crédits photo : D.R

Photo prise clandestinement en décembre 2012 dans le quartier des hommes de la prison surpeuplée de Kondengui (Yaoundé), 4000 détenus pour 800 places.
(Crédits photo : D.R)

Ce sont ces failles que, par son métier, René Dassié s’est attaché à dévoiler au péril de sa vie. Journaliste dans le journal privé Le Messager, René était spécialisé dans les questions liées à la sécurité, la police et l’armée. Son journal était très critique vis-à-vis du pouvoir, et avait vocation à faire bouger les lignes. Or dans un pays où la police est le bras armé de l’Etat et use de la violence pour faire respecter l’ordre, son métier devient un métier à risque.

Lors de sa première enquête, René couvrait un conflit meurtrier entre deux villages. Sur place, identifié comme journaliste d’opposition, il fut arrêté, tabassé. Mais comme il l’explique, il était « têtu ». Il continuera donc d’accomplir sa mission d’information malgré les risques. Au fil de ses enquêtes sur les exactions de l’armée et de la police, les persécutions se poursuivent : menaces téléphoniques, menaces physiques, accusations de fomenter un coup d’Etat. Si le danger physique est réel, la mort sociale l’est tout autant. Une propagande s’instaure alors pour jeter le discrédit sur cet individu et tous ceux qui l’approchent pour en faire des parias. « Si je répondais aux menaces, j’allais mourir ». Malgré tout René continue de poursuivre son devoir d’informer, de dévoiler la vérité. Une vérité de corruption, de violence, d’oppression qui gangrène le pouvoir en place.  Et puis un jour, la situation devient intolérable, et pousse au départ. Alors que René travaille sur la guerre des chefs dans l’armée, la pression psychologique et physique deviennent insupportables. Il décide donc de partir en laissant tout derrière lui. L’arrivée en France est difficile. Plus tard, René prendra connaissance de l’existence de la MDJ par Reporters sans Frontières. Il restera alors 6 mois à la Maison, apprenant le français, faisant les démarches de demande d’asile.

A ses côtés, se tient Maria Kuandika, journaliste rwandaise dont le parcours fait écho à celui de René Dassié. Résidente de la Maison des journalistes, elle se rappelle son arrivée en France le 6 juin 2016 et va à son tour raconter son parcours aux jeunes visiteurs attentifs.

 « Parler c’est offrir une possibilité de changement, une possibilité d’aide en révélant un problème. C’est donner une voix à ceux qui ne peuvent pas s’exprimer. »

Maria, jeune femme journaliste de 28 ans, se souvient de son arrivée en France il y a 6 mois. Avant d’être journaliste en exil, elle travaillait au sein de médias privés (radio et télévision) subventionnés par l’Etat rwandais.

Maria Kuandika, journaliste rwandaise, résidente de la MDJ (Crédits photo : Lisa Viola ROSSI)

Maria Kuandika, journaliste rwandaise, résidente de la MDJ (Crédits photo : Lisa Viola ROSSI)

Maria interpelle les visiteurs : « Que connaissez-vous du Rwanda ? ». « Le génocide ». Les références des visiteurs viennent des informations perçues de loin ou de l’univers cinématographique. Le film Hôtel Rwanda de Terry George sorti en 2005 traitant du génocide, est invoqué par l’un des jeunes. A ces bribes d’informations, Maria confronte son histoire. Elle indique qu’aujourd’hui le Rwanda tente de se reconstruire après le génocide de 1994, point culminant de la discrimination entre Hutus et Tutsis. Le président actuel, Paul Kagamé, occupe actuellement son troisième mandat. Même si le gouvernement en place affiche une volonté de modernisation, les défaillances dans la gestion du pays restent visibles. En effet, Maria décrit une fracture sociale profonde où les extrêmes se côtoient, entre individus vivants dans la misère, sans éducation et aide sanitaire, et une élite nécrosée par la corruption, cumulant les ressources et éduquée dans des écoles internationales.

Se donnant pour but de révéler ces fractures, Maria était journaliste spécialisée dans le domaine du social et de la santé. Elle partage alors avec les jeunes l’exercice de son métier en montrant un de ses reportages sur les conditions sanitaires terribles d’un village reculé du Rwanda. Ce reportage sur une population rurale, extrêmement pauvre et victime d’épidémies dévastatrices, révèle l’inexistante prise en charge du gouvernement. Cette vérité dérange donc le pouvoir qui se veut aujourd’hui être un modèle de modernité. La censure et les persécutions surviennent alors. Maria recevra des injures, des menaces téléphoniques, des pressions de licenciement auprès de sa rédaction. Les reportages seront parfois abandonnés, la rédaction étant poussée à l’autocensure. Or Maria ne veut pas refuser de dire ce qu’il y a à dire.

Elle questionne alors les visiteurs pour mettre des mots sur ce que l’on considère parfois comme un concept trop flou « c’est quoi pour vous la liberté d’expression ? » « C’est dire ce qu’on veut », « c’est exprimer ses pensées » répondent les jeunes. Maria nous livre alors sa définition : « La liberté d’expression c’est montrer ce que tu penses, montrer tes sentiments à travers un écrit, une chanson, un dessin, un article. Parler c’est offrir une possibilité de changement. Parler c’est ouvrir une possibilité d’aide en révélant un problème ; c’est donner une voix à ceux qui ne peuvent pas s’exprimer ».

Au-delà de la suppression de cette liberté, c’est la vie de la jeune femme qui est menacée. Subissant une oppression constante dans son pays, elle a d’abord fui au Burundi. Là-bas, arrêtée par les services de renseignements, et accusée de vouloir démolir le pouvoir en place, elle est torturée. Une fois relâchée, partir loin est une décision qui s’impose. Grâce à l’aide d’amis, elle pourra alors partir sans que la France ne soit son choix. « Si j’avais pu je serais partie aux Etats-Unis ». Ici, à Paris, en sécurité, la situation reste complexe. « Il n’est pas simple de tout quitter. Mon départ met en danger mes proches, devenus parias de la société ». Elle se réjouit tout de même de sa situation à la MDJ. «  Ici je ne suis plus seule. J’ai rencontré des collègues qui ont parfois des histoires pires que la mienne […] Si mon pays ne veut pas de moi, la France, elle, m’a accueillie ».

Une réflexion concrète sur la liberté de la presse

René Dassié, qui a «  toujours dû se battre dans un milieu hostile », voit dans ces rencontres avec les jeunes un moyen de partager un vécu qui peut servir. « J’accepte les coups. Le plus grand problème c’est mon impuissance face à des situations terribles. Ce que je peux faire c’est chercher à écrire des histoires sur mon vécu qui peuvent aider certains. J’essaie d’en tirer de l’utile. ». De son côté, Maria y voit une sorte de thérapie « Ça aide pour aller pour de l’avant, et c’est précieux de voir l’intérêt des gens pour notre situation ».

Car l’intérêt se manifeste bel et bien chez les visiteurs qui réagissent aux récits des intervenants. « Pour moi vous êtes des combattants, je ne vous vois pas comme des victimes. Vous affrontez la situation » exprime un éducateur. Si les questions des jeunes se concentrent surtout sur la situation personnelle des journalistes, le courage et la force de continuer l’exercice de leur métier devant les menaces forgent l’admiration. Le message des visiteurs aux journalistes est clair : continuez de parler. Le but semble atteint de sensibiliser au fait que la liberté de la presse est un droit fondamental, précieux et fragile. La quête de la vérité et le droit d’informer reste une lutte permanente et nécessaire au processus décisionnel dans une société démocratique. Si Maria et René se sont battus pour leur vie et pour leur métier, cette rencontre fait écho au fait que nous sommes tous des combattants en puissance, ayant pour arme la possibilité de parler, de dénoncer.

Les effrois du frère cadet Raúl Castro

[Par Jacobo MACHOVER]

Guillermo Fariñas, récompensé en 2010 par le prix Sakharov pour les droits de l’homme décerné par le Parlement européen, est l’un des dissidents cubains les plus déterminés à mettre fin au régime des frères Castro, au pouvoir depuis bien plus d’un demi-siècle.

Guillermo Fariñas ©elpais.com

Guillermo Fariñas ©elpais.com

Il a effectué vingt-cinq grèves de la faim pour appuyer ses revendications, afin de rétablir la démocratie dans le pays. En 2010, il avait réussi à obtenir, par son action résolue, la libération de près d’une centaine de prisonniers politiques. Récemment, il a exigé l’arrêt de la répression contre les opposants et contre les travailleurs indépendants soumis à un harcèlement constant par les autorités. Cette tentative a failli lui coûter la vie. Il a dû arrêter son jeûne après plus de cinquante jours sans voir ses demandes satisfaites. Cependant, il a obtenu le droit de défendre sa position, qui est aussi celle de la plupart des dissidents et des exilés, devant les instances européennes, à savoir que l’UE ne doit pas supprimer la « position commune », en vigueur depuis 1996, qui conditionne le rétablissement des aides communautaires à des avancées réelles du gouvernement cubain en matière de respect des droits de l’homme et de progrès dans les libertés démocratiques. C’est aussi une manière pour lui de dénoncer la complaisance de la communauté internationale vis-à-vis du castrisme, depuis le rapprochement, à partir de décembre 2014, entre Cuba et les États-Unis, qui n’a pas apporté la moindre ouverture politique au peuple cubain. Celui-ci continue à tenter d’émigrer massivement pour échapper à la dictature.

Ancien militaire, Guillermo Fariñas (surnommé « el Coco » par ses amis) a étudié la psychologie. Il a exercé sa profession dans différentes institutions hospitalières. Il a été emprisonné de longues années pour ses activités dissidentes. Auteur de nombreux articles publiés essentiellement en dehors de Cuba, il a écrit un ouvrage intitulé Radiografía de los miedos en Cuba (« Radiographie des peurs à Cuba »), édité à Madrid en 2010. Parmi ces peurs, qui touchent pour la plupart la population cubaine, il en est une, cependant, qui affecte le sommet du pouvoir, en l’occurrence Raúl Castro, depuis que son frère lui a délégué le commandement suprême en juillet 2006. C’est cet effroi que dissèque ici Guillermo Fariñas.

Les effrois du frère cadet

Guillermo Fariñas

Extrait de « Radiographie des peurs à Cuba »

Traduit de l’espagnol (Cuba) par Jacobo Machover

Guillermo Fariñas ©Jacobo Machover

Guillermo Fariñas ©Jacobo Machover

  « L’image permanente que le peuple cubain a de Raúl Castro provient d’une anecdote devenue une légende populaire. Les frères Beatón, qui avaient acquis un grand prestige comme guérilleros en lutte contre la dictature de Batista, se soulevèrent plus tard à nouveau contre la fratrie constituée par Fidel et Raúl Castro. Fidel envoya son frère écraser la rébellion de la famille Beatón dans la Sierra Maestra. Pour neutraliser les rebelles, Raúl fit fusiller publiquement plusieurs dizaines de leurs partisans. La presse qui, à cette époque-là, n’était pas encore muselée, provoqua l’émoi de l’opinion publique par sa description des faits.

Voyant cela, Fidel envoya un message à son frère : « S’il te plaît, Raúl, retiens-toi, ne fais pas fusiller publiquement les gens, cela nous fait du tort, personne n’aime qu’on verse ainsi le sang. » Le cadet des Castro lui répondit, avec une bonne dose de cynisme, de cruauté et d’impertinence : « Ne t’inquiète pas, Fidel, je vais les pendre, pour que personne ne puisse plus nous reprocher de verser une seule goutte de sang. »

Lorsque Fidel Castro tomba subitement malade, en juillet 2006, la vérité manifeste, qu’aucune rhétorique ne peut plus occulter, fut dévoilée : ce qu’on appelle la révolution cubaine est, avant tout, une révolution népotiste. Ce ne sont pas les mérites réels de ses partisans qui prévalent, mais l’adhésion aveugle, vénale et sans limites de ceux qui composent le cercle d’adulateurs le plus proche du clan familial des frères Castro.

Suite à l’insolite « Proclamation au peuple de Cuba », destinée à organiser la succession de Fidel, nous, les Cubains, sommes demeurés entre les mains d’un Castro, Raúl, le frère cadet toujours inconditionnel, le ministre qui occupa le plus longtemps le même poste. Depuis 1959, en effet, il dirige les troupes stratégiques qui constituent son fief personnel, les Forces armées révolutionnaires, au sein du ministère du même nom, le MINFAR, en abrégé.

Ce fut un poste inamovible. Même lorsqu’il essuya un échec retentissant avec le « premier nettoyage de l’Escambray », l’offensive gouvernementale menée contre les guérilleros anticastristes qui s’étaient soulevés dans ce massif montagneux au début des années soixante, il ne perdit pas son fauteuil de ministre. Plus tard, en 1968, eut lieu le procès dit de la « micro-fraction », dont les accusés étaient pour la plupart des officiers du ministère des Forces armées révolutionnaires. Ce fut le ministère de l’Intérieur qui dut prendre le contrôle, de fait, de l’armée régulière. Tous les principaux responsables de celle-ci furent limogés, à l’exception de celui que l’on surnomme le « Chinois », Raúl Castro.

Mais le pire était encore à venir au cours de la terrible année 1989. Prenant les devants de quelques mois face à la chute, qu’ils pressentaient imminente, des gouvernements socialistes d’Europe de l’Est, les deux frères firent juger et condamner, comme dans un cirque romain, le vainqueur de la guerre de l’Ogaden, en Somalie, aux côtés de l’Éthiopie de Mengistu : le général Arnaldo Ochoa.

Tout cela pourrait faire penser que la figure de Raúl Castro est devenue politiquement intouchable. Il s’agit en fait de perpétuer l’équilibre de la dynamique de contrôle par la peur qu’exercent les innombrables organes militaires et paramilitaires qui font partie de ce système qu’on nomme « le castrisme ».

Cependant, l’un des deux hommes qui sont les seuls à exercer leur commandement sur le pays, usant et abusant de toutes les peurs -le seul Général d’Armée existant à Cuba-, Raúl Castro, a peur lui aussi. Peur de ne pas être aussi subtil et prudent que son frère aîné pour détecter les dissidents en puissance, avant qu’ils ne fendent l’armure, pour prendre les devants et les placer sous une stricte surveillance.

Bien qu’il ait à ses côtés l’ensemble de l’appareil de la terreur créé par Fidel, Raúl est toujours paralysé par la peur. Il n’a jamais été que le second dans la chaîne de commandement et il craint que les gens ne veuillent pas être ses subordonnés, par mépris envers ses faibles talents oratoires. Il n’a jamais réussi à acquérir les méthodes d’exaltation et de culte de la personnalité dont a été capable son frère aîné.

Il est aussi hanté par la peur que les généraux qu’il a obligés à se salir les mains devant l’ensemble du peuple cubain qui a dû voir le procès à la télévision, en faisant fusiller le général Arnaldo Ochoa, ne réalisent un coup d’État contre lui, car ce serait lui la principale figure à exécuter. Devant un tribunal international, il pourrait être accusé de génocide pour son action contre les guérilleros anticastristes de l’Escambray.

Il pourrait également être condamné pour crimes contre l’humanité du fait des massacres commis par ses hommes contre des villages, des tribus, des ethnies entières en Angola, au Congo ex-belge, en Guinée-Bissau, en Éthiopie, au Mozambique, en Namibie ou au Nicaragua. Fidel étant désormais absent physiquement, l’ancien ministre des Forces armées révolutionnaires est devenu de facto la figure la plus importante, à laquelle il revient d’exiger des comptes pour les exactions perpétrées par la révolution cubaine.

Bien qu’il essaye de montrer un visage affable face au monde qui l’observe, Raúl n’a pas abandonné ses pratiques récurrentes, visant à considérer les habitants de l’île comme des pions à maintenir sous sa domination, car il est toujours envahi par les effrois provoqués par sa condition de frère cadet. »

 

 

 

La MDJ au Prix Bayeux, Mani : «Être journaliste est une forme de responsabilité envers mon pays »

[Par Lisa Viola ROSSI]

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La rencontre avec les deux journalistes de la MDJ à la Halle aux Grains de Bayeux

Quelques heures avant la remise du Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre, samedi 8 octobre 2016, l’Afghanistan était à l’honneur. Pour l’édition numéro 23 de cet évènement, la Maison des journalistes a voulu redoubler les rencontres du weekend de ce rendez-vous phare de la profession, en proposant l’intervention de deux journalistes afghans réfugiés en France : Khosraw Mani et Bahram Rawshangar. Les deux qui vivent à Paris depuis à peine un an, ont pu témoigner, en français, de leur expérience de journalistes engagés à deux reprises. Le vendredi 7, ils étaient devant des jeunes et des professionnels de la Protection judiciaire de la jeunesse (Ministère de la Justice), dans le cadre du projet régional ELEM, porté par l’Institut international des droits de l’homme et de la paix de Caen. Le lendemain, les deux professionnels afghans sont montés sur la scène de la Halle aux Grains, pour intervenir auprès d’un public de trois-cent lycéens de Bayeux et alentours, lorsque déjà lundi 3 octobre, dans le cadre du Prix des Lycéens, d’autres six-cents étudiants avaient pu échanger avec quatre journalistes de la MDJ, exilés du Rwanda, Maroc, Tchad et Burundi, intervenant dans quatre établissements de la région, notamment à Bayeux, à Caen, à Granville et au Havre.

Deux journalistes de Kaboul, deux histoires de lutte et de résistance.
À cause de leurs activités journalistiques, Mani et Rawshangar ont été plusieurs fois menacés par les Taliban et par d’autres groupes extrémistes de Kaboul. Les menaces ont atteint leur apogée quand une jeune fille de 24 ans a été sauvagement tuée par une foule instiguée par des religieux, en plein centre à Kaboul en mars 2015. Les deux journalistes demandaient justice pour ce crime et les extrémistes ont multiplié les menaces en les contraignant à quitter l’Afghanistan à l’automne 2015.

Khosraw Mani

Khosraw Mani

« Nous sommes la génération de la guerre, nés sans pouvoir vivre notre enfance, sans se voir reconnaître des droits fondamentaux, sans pouvoir bénéficier des libertés fondamentales – explique Mani devant les jeunes de Bayeux -. Etre journaliste et écrivain est devenu donc pour moi une forme naturelle de responsabilité envers mon pays ». Diplômé en science politique et juridique à l’université de Kaboul, Khosraw Mani était journaliste pour Radio Free Europe. Il était  en charge de l’écriture des reportages d’investigation, ainsi que de la transmission des informations. Suite à une grave agression de la part des Taliban, il quitte la radio pour travailler en freelance avec la presse papier et il se dédie à l’écriture de plusieurs essais et articles sociaux, politiques et culturels pour différents médias tels que BBC Persan, Mandegar Daily News et 8am. Ecrivain ayant à son actif quatre romans déjà publiés, Mani attend la publication en français de son cinquième roman et écrit son sixième roman.

Bahram Rawshangar

Bahram Rawshangar

« La situation en Afghanistan – a analysé Rawshangar – est très grave, pas seulement pour les journalistes. Depuis quatre jours les Taliban tirent sur les habitants de Koundouz et le gouvernement, corrompu, n’intervient pas. Il y a principalement deux raisons à cette guerre : les conflits ethniques et l’idéologie fondamentaliste ». Journaliste et activiste pour les droits de l’Homme, Bahram Rawshangar est diplômé en littérature. Il commence son métier de journaliste spécialisé des questions de sécurité en 2012 quand il signe son contrat avec l’agence de presse Johmore New Agency et le quotidien Mandegar. En 2014, Rawshangar devient le responsable de la section culturelle de Civil Society and Human Rights Network, une organisation qui travaille pour la liberté d’expression, les droits de l’Homme et la démocratie. Il collabore en parallèle avec Youth Radio. Aujourd’hui il est inscrit à l’Université en Science Politique à Paris et espère continuer son métier de journaliste.

« La liberté est un état de grâce et on n’est libre que pendant qu’on lutte pour elle », disait Sepulveda. Comme nous le rappellent les témoignages des journalistes de la MDJ qui informent dans le but de démocratiser les droits et les libertés fondamentaux, conscients des risques que leur profession comporte. Depuis 10 ans le Mémorial des reporters de guerre qui se trouve à Bayeux célèbre la mémoire des professionnels qui ont perdu la vie à cause de leur métier. Cette année il a vu par ailleurs l’inauguration d’une stèle dédiée aux disparus : pour donner un chiffre,  787 reporters ont été tués ou ont disparus dans le monde depuis 2005. Parce que le métier de correspondant de guerre vise à raconter la guerre en la refusant, pour construire un monde de paix.

 

 

Visite du Musée Albert-Kahn : la paix des peuples à l’épreuve du temps

[Par Johanna GALIS]

Que racontent donc ces végétaux en leur majesté ombrageante?
Quelles vertus relatent-ils à travers leur douce chorégraphie…
ainsi menée par le vent ?
Sont-ce des paroles augurantes ou le récit de leur trace séculaire?

Ces arbres demeurent le symbole d’une nature meurtrie qui s’époumone
reclus dans un bastion précaire, à l’abri de « celui » qui la saccage puis la préserve

Zéphyr et brise bousculent alors les feuillages de leur souffle salvateur
Que racontent donc ces murmures?

Nadia Ben Slima, « Les arbres me parlent, dit Idir »

C’est par une chaude après-midi de la fin du mois d’août que la Maison des journalistes s’est rendue au Musée départemental Albert-Kahn, à Boulogne.  L’occasion de profiter des jardins à l’architecture variée qui entourent le site et de voyager à travers le temps dans une exposition et des photographies datant du début du XXème siècle, appelées autochromes.

© Nahid Sislam

© Nahid Sislam

Une petite quinzaine de journalistes des locaux de la rue Cauchy – des actuels mais aussi des anciens résidents – étaient présents sur place. La visite commença par une présentation d’un homme au projet ambitieux, résolument philanthropique : celui du banquier français Albert Kahn. Il fit voyager, entre 1909 et 1931, des photographes d’époque sur plusieurs continents, majoritairement l’Asie et l’Europe. Il appela ce projet « les Archives de la Planète », étant persuadé qu’il fallait garder la mémoire de cultures qui seraient vouées à disparaître avec le temps. La Maison des journalistes a pu voir projetés sur une carte du monde quelques un de ces autochromes, vestiges d’une époque où les traditions de vie étaient plus ancrées et reliaient les peuples. L’ensemble de la collection, soit 72 000 autochromes, est d’ailleurs disponible sur un site d’open data consultable depuis le Musée ou bien de chez soi. La visite se poursuivit par une exposition temporaire de photographies autour du thème du rituel : des populations variées venant d’Italie ou bien des chefs de tribus y figuraient l’importance du déguisement ou de la procession comme rite de vie.

©Lela Lashki

©Lela Lashki

Les journalistes partirent par la suite visiter l’étendue des jardins du Musée. Albert Kahn avait eu cette idée : celle de faire cohabiter divers types de jardins aux arbres et végétation variés, dont une petite forêt vosgienne, un jardin japonais moderne, une petite forêt « bleue », un jardin à la française puis un autre à l’anglaise. Il souhaitait ainsi montrer que différents mode de vie, à l’image des arbres et plantes qui se développent dans les règles d’un espace donné, pouvaient cohabiter malgré leur différences. Tout comme les différents peuples de notre planète, qui à l’image de ces jardins, pourraient vivre pacifiquement.

La visite du Musée Albert-Kahn est apparue comme un message de paix, nécessaire pour nos journalistes en ces temps perturbés, où les raisons mêmes de leur fuite sont reliées à de la violence.

Pour voir le site du Musée et jardin départementaux Albert-Kahn, cliquez ici

Ci-joint les photos de Nahid Sislam, Lela Lashki, et Tijani Check:

©Nahid Sislam

©Nahid Sislam

 

©Lela Lashki

©Lela Lashki

©Tijani Chekh

©Tijani Chekh

Mustafa Kemal Atatürk, un portrait

[Par Khosraw MANI, envoyé spécial du Festival de Cinéma de Douarnenez]

Mustafa Kemal Atatürk

Mustafa Kemal Atatürk

“Il n’y a pas de religion, il y a la nationalité : ma religion, c’est ma turcité.” C’est ainsi que Mustafa Kemal Atatürk, exprime sa passion pour le nationalisme turc.
Fils d’un marchand de bois, Mustafa Kemal Pasha, à partir de 1934 Kemal Atatürk, est le fondateur de la République de Turquie. Après le lancement de la révolution nationaliste en Anatolie contre l’accord de la paix imposé par les principaux alliés, Atatürk, l’ancien officier de la première guerre mondiale, devient une figure importante au sein de la politique moderne du pays. En 1921, Il proclame le gouvernement provisoire à Ankara. Un an après, le sultanat ottoman est aboli et, le 29 octobre 1923, la Turquie devient une république laïque, séparant le pouvoir politique du pouvoir spirituel. Atatürk établit le régime à parti unique qui dure jusqu’en 1945. Il lance un programme révolutionnaire social et politique pour moderniser la Turquie, en proclamant l’émancipation des femmes, l’abolition de toutes les institutions islamiques et l’adoption des lois, coutumes, calendrier et l’alphabet occidentaux.
La laïcisation et la turkification du pays imposées par Atatürk suscitent des réactions de la part des minorités religieuses et culturelles, en particulier de l’opposition de la communauté kurde. En 1924, la rébellion de Sheikh Said, chef de la tariqa Naqhshbandiyya, commence, opposant l’abolition du califat, l’adoption des codes civiles, l’abrogation de polygamie et le mariage civique. La rébellion est étouffée par l’état au nom de la loi faisant référence au maintien de l’ordre public, promulguée le 4 mars 1925.
Atatuk meurt en 1936 dans le palais Dolmabahçe à cause une cirrhose. Depuis sa mort, l’horloge de sa chambre est toujours fixée sur 9h05 du matin.

 

 

Mes vacances avec l’association JRS : fraternité et partage

[Par Rahima NOORI]

L’association JRS (le Service Jésuite des Réfugiés) a démarré ses cours d’été le 28 juin 2016. Elle a organisé des cours de français qui durèrent un mois, et qui nous furent fort utiles et intéressants. Nous avons appris à progresser en français grâce à des méthodes de conversation, mais aussi grâce à de la musique, en jouant sur des instruments et en chantant, en faisant du sport et en profitant de la forêt pour y faire des promenades ou y organiser des jeux.
Quand l’école d’été pris fin l’association JRS organisa deux séjours de vacances, l’un à la Vialle dans le Gard et l’autre à Penboc’h en Bretagne.

 

©Rahima Noori

©Rahima Noori

Penboc’h est un endroit magnifique, les mots me manquent tant cet endroit est beau. Les vacances furent menées de main de maître par Marcela et Cathy. Elles firent en sorte de bien nous intégrer, de nous y laisser aussi la liberté d’exprimer nos sentiments, ; nous y avons appris de nouvelles choses et avons pris part à de multiples jeux.
Etant donné que les réfugiés viennent de différents pays où la situation est très conflictuelle, et rencontrent de nouveaux problèmes en France où ils tentent de survivre pour recevoir des allocations tout en tentant d’obtenir l’accord du gouvernement français pour obtenir un droit de résidence, la plupart d’entre eux sont désespérés. De telles vacances les aident beaucoup. Quand je posai pied en France, je fus très déçue car je ne connaissais personne. Quand une personne arrive dans un nouvel endroit elle a besoin d’une autre personne pour la guider. Le premier mois j’ai beaucoup pleuré tant je me sentais perdue.

© Rahima Noori

© Rahima Noori

Pendant ces vacances j’ai rencontré des personnes incroyables qui m’apportèrent de l’espoir et m’aidèrent à résoudre certains de mes problèmes.  Par exemple Cathy, qui est l’une des organisatrices de JRS : elle m’encourageait toujours à parler pendant les discussions de groupe et m’envoyait beaucoup d’ondes positives. Il y a eu aussi Marcella qui m’a toujours montré qu’elle pouvait partager ma peine, étant mère elle-même, parce que je suis loin de mon fils.
J’ai rencontré aussi Clémence, qui a envoyé mon dossier à une université. Elle a résolu mes problèmes d’études. C’est une très gentille femme. Christine, une femme charmante qui est devenue mon amie. Je reviens sur Cathy encore, c’est  une belle femme avec beaucoup d’amour. Et enfin Pascaline, une femme énergique, quand nous jouions de la musique elle chantait et dansait, et je recevais son énergie.
Nous quittons Penboc’h remplis d’amour.