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Cinéma – Le film « Soumaya », un mélange d’émotions et de revendications

Grâce aux rencontres alternatives organisées dans le cours «Politique linguistique à l’égard des migrants» assuré par la professeure Nancira Guénif du département Sciences de l’Éducation à l’université Paris 8 Saint Denis, j’ai pu vivre un moment exceptionnel ce mardi 4 mars 2020 : la projection du film «Soumaya», une histoire vraie, dont les suites judiciaires sont en cours, et pour lequel l’actrice principale est venue à notre rencontre.

Exceptionnelle, car ce moment s’est tenu loin de la sphère universitaire. D’habitude les étudiants et la professeure échangent autour de sujets scientifiques ou des formations professionnalisantes. L’université Paris 8 étant en grève, l’idée de prolonger l’enseignement en-dehors des cours est un moyen de respecter la grève tout en partageant des connaissances liés à notre sujet.  

Pour cette rencontre exceptionnelle, nous étions réunis dans un endroit cinématographique, un lieu conçu pour recevoir des spectateurs. Nous avons eu la chance d’aller au cinéma, au 30 rue Saint-André des arts, dans l’élégant 6ème arrondissement de Paris.

À 13h15, flanqué au fond du mur, un écran géant dans une salle ornée de chaises rouge s’impose à nous, d’ailleurs rien ne gêne la bonne vue des spectateurs. Les lumières sont éteintes, ce qui rend le lieu sombre, doux et calme.

C’est dans ces conditions apaisantes et silencieuses qu’un son nous interpelle, puis l’écran s’est mis à scintiller, à illuminer la salle, prenant toute notre attention. Le film commençait.

Le personnage principal, Soumaya, est cadre dans une société aéroportuaire depuis une dizaine d’années. Elle travaille dans une ambiance chaleureuse, jusqu’au jour où elle apprend son éviction de l’entreprise, à la télévision.

Nous sommes dans la période des attentats, et le secteur aéronautique est particulièrement surveillé. Pour ses employeurs, le fait qu’elle porte le voile en-dehors de son travail est un fait aggravant. Elle fait aussi partie d’un groupe affilié à une mosquée qui aide à l’apprentissage coranique.

Pour ses comportements légaux liés à sa religion, Soumaya est virée pour faute lourde, donc sans indemnité.

Au moment où j’écris ces quelques lignes, Soumaya est en bataille judiciaire contre son ancien employeur.

Je vous invite bien sûr à voir le film « Soumaya ». Soraya Hachoumi, qui tient le rôle de Soumaya, est venue en personne nous présenter ce film. Nous avons pu échanger avec elle et prendre quelques photos.

Le film ne laissant aucune chance aux cœurs fragiles, j’ai moi aussi ressenti beaucoup d’émotions. Le film « Soumaya » est très émouvant. Il m’a tellement bouleversé que je suis vite rentré à la Maison des journalistes pour écrire cet article et rendre hommage à ce que j’ai vu et ressenti. Je n’ai même pas pris le temps de boire un verre d’eau !

Soumaya

Sortie, le 5 février 2020, le film Soumaya dure 103 minutes, réalisé par Waheed Khan et Ubaydah Abu-Usayd, avec comme acteurs principaux Soraya Hachoumi, Sarah Perriez, Khalid Berkouz, Karine Dogliani, Sonya Mellah, Islem Sehili, Majida Ghomari et Assia Ait Abdelmalek.

https://twitter.com/ajplusfrancais/status/1108443841248428032

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C’est la 15ème édition Cinémas de Turquie” à Paris du 30 Mars au 8 Avril. Le Festival organisé avec la Mairie de 10ème arrondissement et l’association ACORT. L’intérêt de ce festival est la libre expression : certains films diffusés sont censurés en Turquie. Découvrez le programme ici

Une semaine de cinéma dédiée à la Turquie, le tout à Paris ! Attention, ce ne sont pas “des films turques” ce sont les films qui parlent de la Turquie, qui traverse la Turquie, qui viennent de Turquie, avec toute la diversité culturelle de ce pays.

A l’époque de la mondialisation, les relations, les subventions internationales et les équipes travaillant à la production d’un film sont internationales. Que signifie film turque, français, américain ou kurde dans ce contexte ?

Assurément pas grand chose. Il est donc important de souligner la volonté des organisateurs : c’est un festival de « cinéma de Turquie » et non pas de « cinéma turque ».

Cette balade des films de Turquie à Paris fête son 15ème anniversaire lors de cette édition. Pendant le Festival, il est possible de voir les dernières œuvres du « cinéma de Turquie » d’aujourd’hui qui ont gagné des prix dans les festivals internationaux. Dans certaines projections, il y a des rencontres avec l’équipe des films en compétition. C’est une chance de pouvoir poser des questions directement aux réalisateurs ou aux comédiens.

Liberté d’expression aux salles de cinéma parisiennes

Mais pour moi, en tant que journaliste et réalisateur de cinéma en exil, le plus important côté de ce festival est « la liberté d’expression ». Comme madame la Maire du 10ème arrondissement, Alexandra Cordebard, a souligné pendant son discours d’ouverture de ce festival, « la Turquie passe des temps difficiles ».

L’autoritarisme et la censure surplombent tous les domaines en Turquie. Malheureusement, cela comprend aussi le cinéma. Il y a beaucoup de films comme « Zer » de Kazım Öz ou « Tereddüt » de Yeşim Ustaoglu qui sont censurés par l’Etat ou bien autocensurés par leurs auteurs de peur de représailles. Et cette situation tragique crée aussi des situations absurdes.

Absurdité & Censure

Si vous voulez mieux comprendre l’absurdité de la censure qui se passe en Turquie, je veux partager avec vous ce qu’a expliqué Monsieur Öz, le réalisateur de « Zer » après la projection de son film pendant l’ouverture du festival.

Öz a dit que son film « Zer » est peut-être le premier film de toute l’histoire du cinéma où l’Etat a accepté de financer le long métrage pour après le censurer : rendez-vous compte, cette subvention du Ministre de la Culture Turque a financé un film car c’était proposé pendant l’époque de paix. Malheureusement, la diffusion du film a été au moment où la guerre a commencé. Conséquence, la conjoncture politique de la Turquie a joué un rôle de censure dans ce film. L’Etat n’a donc pas voulu sa diffusion sans censure alors qu’il l’avait subventionné.

Vous avez donc la chance d’être à Paris et  de voir ces films sans censure grâce au Festival de « Cinéma de Turquie ». C’est pour cette raison cette vision ouvert et position politique a coté de la liberté d’expression de ce festival fait Paris aussi un refuge pour le « cinéma de Turquie ».

Ce Festival peut faire plus !

J’espère que cette rencontre dédiée au cinéma de la Turquie peut enrichir les échanges entre la Turquie et la France du cinéma: dans le futur, on pourrait imaginer  des compétitions avec des rencontres entre professionnels de cinéma français et turque. Y compris, au niveau de la production pour développer des partenariats et peut-être avec la création d’un budget de subvention afin d’aider les cinéastes indépendants.

La programmation turque du festival à découvrir ici

De Calais à « Nulle part en France », un film de Yolande Moreau

[Par Khosraw MANI, envoyé spécial du Festival de Cinéma de Douarnenez]

Kirkouk, Athènes, Macédoine, Serbie, Croatie, Hongrie, Allemagne, France… Hawré, un Kurde Irakien de 28 ans, diplômé en géologie, se retrouve dans la jungle de Calais. Il a traversé la mer, pris des voitures, des trains, marché à pied pour arriver ici, espérant passer en Angleterre.

nulle partLa cinéaste belge Yolande Moreau s’est rendue une dizaine de jours dans les jungles de Calais et de Grande Synthe en janvier 2016, afin de rencontrer des migrants qui passent leurs jours et nuits sous les tentes, coincés dans la boue et la misère. Le résultat est là : Nulle Part en France, un documentaire saisissant, avec un ton singulièrement poétique, rempli d’empathie et de souffrance. Il y a des scènes bouleversantes : les toiles de tentes, des feux, un vent incessant, des policiers, des enfants souriants, un drapeau qui flotte tristement, un bulldozer qui refuse aux migrants le droit de vivre sur cette terre…calais«On n’a pas fui la mort pour venir mourir ici», lâche une femme kurde. La terre refuse de les accepter, la frontière refuse de se laisser franchir. Fuir de la mort pour mourir sur une autre terre : c’est ainsi que se termine la vie d’Ali, d’Aroon Yousif, de Shaheed, couchés à jamais dans le cimetière des jungles de Calais et de Grande Synthe. Hawré supplie le gouvernement français d’avoir «un peu de patience», rien que ça. L’espoir est toujours là. L’espoir «en temps de détresse». Nulle Part en France pose une simple question : quand l’attente se finira-t-elle enfin ?

Nulle part en France
Un film de Yolande Moreau (France, 2016)

Projection : mardi 23 août à 10 heures dans le cadre du Festival de Cinéma de Douarnenez

Sur ARTE Reportage (ARTE+7 – 52 min jusqu’au 27 aout 2016) : http://info.arte.tv/fr/videos?id=03027358100000

Spécial Réfugiés: Nulle part en France / Laurent Gaudé / Christina Malkoun

[Pour lire les autres articles de nos envoyés spéciaux dédiés au 39ème Festival de Cinéma de Douarnenez, c’est par ici.]

Festival de Douarnenez : Radél, film-fiction hors du commun

[Par Marie-Angélique INGABIRE]

« L’histoire se raconte elle-même. Il n’y a rien de fixe à comprendre, les images parlent d’elles-mêmes », raconte Alexis Berg, jeune français dont la collaboration avec Michel Le Meur a permis la réalisation du film-fiction « Radél ».

Radél ©festival-douarnenez.com

Radél ©festival-douarnenez.com

Tournée dans une ancienne école d’apprentissage maritime d’Audierne dont les portes ont été ouvertes en 1964 et refermées en 1995, Radél n’a aucune narration ni mot de la part de l’acteur. Malgré l’abandon du bâtiment, un homme, qui, d’après Alexis Berg pourrait être un naufragé, un ancien élève ou un marin, y passe sa vie quotidienne qui n’est pas trop différente de celle des autres. Le vent a cassé les vitres et la pluie et le temps ont dégradé l’école. L’acteur y fait du sport, mange, prend sa douche, se couche, fait le ménage, aime…

L’acteur est inséparable du lieu de tournage car c’est la même personne qui a vu le lieu qui a décidé d’y faire un film. Au cours de leurs vacances dans la région, Berg et le Meur l’ont tourné et ne l’ont jamais considéré comme un produit fini. D’abord, pour Berg un produit c’est quelque chose qui n’est pas hors du marché, ensuite ils l’ont toujours regardé, visionné, modifié.

Ce film-fiction a été produit dans la région de Bretagne et son histoire peut se raconter de plusieurs manières, car « il n’utilise pas le langage et le sort d’un dispositif habituel : pas de scénario, pas de rôle, ni de métier ni de spécialisation […], ». Ce réalisateur précise que le fait de ne pas y inclure des paroles ne dit pas forcément qu’il n’y a pas de langage. D’après lui, dans ce monde qui devient de plus en plus bruyant, trop de bruit risque d’entrainer la carence en écoute. Radél cadre avec le Festival de Douarnenez dont des présentations sont normalement faites dans différentes langues, dont le français, l’espagnol, la Langue des Signes Françaises (LSF) et la version sourds et malentendants : toute personne s’y retrouve facilement, pas besoin d’interprète ni de sous-titrage, le langage du film se suffit et ne limite pas l’histoire.

La proximité entre Audierne et Douarnenez (22km) fait de ce festival une opportunité de diffuser Radél « dans le coin ». Selon Berg, l’un de ses réalisateurs, ils ont la malchance de vivre dans une époque qui ne convient pas, avec le monde de la culture qui reste enfermé ou bouclé, mais ils espèrent trouver en Douarnenez 2015 un lieu ouvert aux artistes et ainsi à l’expression des acteurs du domaine culturel. Premièrement, ce festival leur a été facilement accessible, deuxièmement il ne se penche pas trop vers le concept de la « marchandise », comparativement au reste de l’industrie aussi morbide qu’est le cinéma.

Les 2 réalisateurs qui à la base ne sont pas des professionnels du cinéma sont pourtant satisfait d’avoir pu faire Radél dont la réalisation sans budget ne leur a pas couté cher. Déjà présenté Radél dans un bar à leurs invités, et ils sont ravis de participer au festival de cinéma de Douarnenez 2015 où sa diffusion est prévue pour ce lundi 24 aout à 21h.