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L’Elysée, la salle de presse et Macron : un épilogue contrasté

L’Elysée l’a confirmé : la salle de presse restera dans la cour du palais présidentiel. Après un bras de fer de plus de deux ans entre les journalistes et le gouvernement sur la délocalisation du lieu, Emmanuel Macron a définitivement mis fin à la polémique, vendredi 5 juillet 2019. Une situation rappelant celle des Etats-Unis, en 2017.

« L’APP se réjouit de l’issue positive de ce dossier » écrit l’Association de la presse présidentielle dans son communiqué, après l’annonce du président français, vendredi 5 juillet 2019, du maintien de la salle de presse au cœur de l’Elysée. Un débat clos, qui apaise les relations conflictuelles entre les journalistes et Emmanuelle Macron.


La surface de la salle « officielle » sera réduite de moitié.


L’entrée de la salle de presse de l’Elysée, 30 octobre 2018 / Ludovic MARIN – AFP

Maintenir la salle de presse sous conditions

L’accès à la salle presse sera permanant pour les agences de presse AFP, Reuters, AP et Bloomberg.

Les autres médias accrédités seront autorisés à y accéder de manière occasionnelle. Autrement, ils seront reçus dans une nouvelle salle, située rue de l’Elysée : une aubaine pour les chaines d’information en continu qui n’auront plus besoin de patienter sur le trottoir, en face de l’Elysée.

La surface de la salle « officielle » sera aussi réduite de moitié. Le gouvernement justifie cet aménagement par des besoins d’agrandissement des services de l’Elysée. Cette décision laisse l’APP perplexe. Dans son communiqué, cette dernière exprime sa vigilance « quant à la mise en œuvre des aménagements évoqués ».

Communiqué de presse de l’Association de presse présidentielle – 2019 – site officiel de l’APP :

Naissance d’une tension

L’annonce de la délocalisation en 2017 avait provoqué critiques et réticences : quelques semaines après le début de son quinquennat, Emmanuel Macron voulait déménager la salle de presse, située dans la cour du palais présidentiel depuis plus de 40 ans, dans une annexe, à une centaine de mètres de l’Elysée.

Un choix qui s’explique par deux raisons : consacrer cette salle à un nouvel espace de réunion pour ses conseillers, et offrir des « conditions de travail améliorées » à la presse.

Un choix vivement contesté par le milieu journalistique, notamment par l’APP, qui déclarait dans un communiqué que « la présence de ce lieu au sein du bâtiment principal ne relève pas d’un “privilège”, mais résulte de la volonté de transparence des présidents de la République, constamment réaffirmée depuis 1974″.

Dans cette décision, les journalistes y voyaient une volonté de les éloigner du pouvoir, de créer une « forteresse » autour de l’Elysée. En somme, délocaliser la salle de presse était perçu comme « une décision attentatoire à la liberté d’informer et de travailler des journalistes ».

Salle de presse de la Maison Blanche – 2017 – Mark Wilson

Une polémique faisant écho aux Etats-Unis 

La France n’est pas un cas isolé. En 2017, quelques jours avant son investiture, Donald Trump avait fait part de son intention de déménager la « briefing room ».

Originellement située dans l’aile Ouest de la Maison Blanche, accolée au bureau du porte-parole américain, celle-ci devait être délocalisée dans une pièce plus grande, en dehors de la Maison Blanche.

Là encore, la motivation du chef d’Etat était de proposer une salle pouvant accueillir un plus grand nombre de média, autant américains qu’internationaux. Donald Trump finit par céder à la pression journalistique, mais assure que son équipe fera une « sélection des personnes » pour accéder à sa salle de presse, qui ne compte qu’une cinquante sièges. 

“L’affaire de la salle de presse”: l’Elysée réinvente sa communication

En février dernier, la présidence de la République annonçait le changement de lieu de la salle de presse du palais de l’Elysée. Une décision “unilatérale” relayée par Sibeth Ndiaye auprès d’un parterre de journalistes. Les arguments du gouvernement sont nombreux et, s’ils tendent à des améliorations pour le quotidien des journalistes, peuvent aussi apparaître comme une nouvelle forme de communication.

Jusqu’alors, les journalistes avaient accès à une salle de presse donnant sur la cour de l’Elysée, mais simplement en cas d’occasions précises: Conseil des ministres, réceptions… Seules les agences (AFP, AP, Reuters…) y avaient, elles, accès en permanence. La décision d’Emmanuel Macron de bouter hors de la cour présidentielle ces journalistes n’est pas sans rappeler sa relation ambiguë avec les médias.

Locataire depuis 40 ans

Installée à l’intérieur du palais depuis la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, c’est François Mitterrand qui avait par la suite transférée la salle de presse au niveau de la cour, dans un souci de transparence. Impossible à agrandir, cette pièce fait l’objet d’un litige avec le commandant militaire, partageant le mur mitoyen avec les journalistes. L’espace nécessaire doit être d’au moins 70m2 et semble avoir trouvé sa place rue de l’Elysée où son exercice commencera au courant de l’été 2018.

Les arguments de l’Etat

“Augmenter la taille de la pièce” ,“Accréditer plus de journalistes” ,“Créer une salle de réunion dans l’actuelle salle de presse” . Concernant des clarifications sur ces derniers points, l’Elysée n’a pas souhaité répondre. 

Une déclaration d’Emmanuel Macron, relayée par un article du Point, indique que ce déménagement fait partie d’un “projet immobilier global rendu nécessaire par des recommandations de la Cour des Comptes”. Concernant le coût de ce déménagement, l’Elysée, encore une fois, n’a pas désiré apporter plus de précisions. 

Ce qu’il faut comprendre de la communication de l’Elysée

Le gouvernement du “nouveau monde” d’Emmanuel Macron est composé, pour la plupart, de ministres “jeunes” dans la sphère politique. A l’inverse d’une Rachida Dati ou d’un Stéphane Le Foll, rompus à l’exercice de la prise de parole, les nouveaux membres du cabinet ministériel ont encore à apprendre. Il s’agit alors d’éviter la confrontation directe en inventant un rapport cadré, carré, avec des journalistes cadenassés à un lieu précis et des horaires choisis.

Pour le sociologue politique Jacques Le Bohec (professeur à l’Université Lyon 2), l’hypothèse serait que ce soit bien les ministres que ce déménagement avantage “C’est plus par rapport à la communication gouvernementale qu’à sa communication personnelle. Emmanuel Macron est très bien traité par les journalistes.”.

Toujours dans la ligne d’une présidence “jupitérienne”, c’est un énième paradigme que le président Macron instaure par ce changement de lieu. En brisant la traditionnelle image des journalistes interpellant les ministres à leur sortie du Conseil, l’Elysée rompt avec ce lien de proximité.

Le déménagement de la salle de presse de l’Elysée ne fait pas l’unanimité

Depuis le début de son quinquennat, Emmanuel Macron n’a de cesse de bouleverser les codes médiatiques présidentiels. Nouveau changement rue Saint Honoré: la salle de presse déménagera au courant de l’été. Jusqu’ici habitués à évoluer dans la cour du Palais de l’Elysée, les journalistes accrédités vont voir leur quotidien désormais modifié. Evolution d’une stratégie de communication ou mise à distance dans le rapport de confiance, les avis divergent concernant cette volonté de déménager la salle de presse. 

Changement de lieu, changement de pratique

Cette décision du gouvernement prendra effet à l’été 2018. Un éloignement géographique moindre qui, pourtant, agite la sphère journalistique. Denis Perrin, journaliste-stagiaire dans les années 1970-1980 au Progrès de Lyon et à Paris Normandie (puis plus longuement dans la presse spécialisée et dédiée aux industries du Tourisme), se souvient: “Quand on voulait une info on allait directement voir les ministres. Il n’y avait aucun problème de sécurité. » Sous Valéry Giscard d’Estaing à partir de 1974, les méthodes se sont détendues et la chape de plomb s’efface au profit d’une proximité entre journalistes et politiques: »Moi qui débutais avec une carte de presse de stagiaire je rentrais comme je voulais, on me croyait sur parole. Il y avait un lien de confiance entre journaliste et politique”. Jusqu’à l’arrivée à Matignon de Laurent Fabius sous la présidence de François Mitterrand. “Là c’est devenu plus ‘macroniste’ avec une volonté de centraliser le pouvoir. Le développement des technologies n’a pas aidé le contact direct et a créé des écrans entre les gens avec une reprise de l’information dominée par des moyens de communication qui enferment”.

C’est donc la pratique du métier qui s’en trouverait modifiée. Pour l’Association de la presse présidentielle, ce déménagement représente une “entrave” au travail des médias. Sous couvert de confort (bureaux pour travailler, places supplémentaires…), les journalistes s’accordent pour dire qu’il s’agit de minimiser la proximité entre presse et pouvoir.

Et finalement, une fleur faite aux chaînes d’information?

Pour nous, les médias traditionnels, ça ne change pas grand chose. En revanche, c’est bénéfique pour les grandes chaînes d’info en continu qui ont désormais un confort pour les duplex par exemple” témoigne un journaliste politique du Figaro qui s’était, lui aussi, déjà penché sur le sujet.

Le choix du Pouvoir d’exclure physiquement la presse de la cour de l’Elysée n’a, en réalité, qu’une importance relative du point de vue journalistique… Il est néanmoins indéniable que ceci possède un sens politique révélateur d’une volonté de maîtriser la communication officielle… ce qui n’empêchera pas les (bons) journalistes de contourner l’obstacle en se créant des sources complémentaires afin de compenser les effets de cette situation nouvellecontinue Denis Perrin.

Grondement dans les rédactions

Les journalistes sont globalement en désaccord avec ce projet. Si rien n’est encore acté, ils espèrent pouvoir obtenir une marge de négociations et ainsi éviter un « bridage » prochain.

L’évolution, aux dires des journalistes habitués à une place d’agenciers, ne facilite pas l’obtention d’information. Marie-Bénédicte Allaire, journaliste politique longtemps accréditée par l’agence Reuters, raconte. « On avait un rapport privilégié et le fait d’avoir vue sur la cour était important dans le sens où on voyait des choses qu’on aurait laissé échapper autrement. C’est un lien qui va sans doute se perdre. C’était très rudimentaire mais il y avait un deal, un accord d’échange ». 

Les journalistes qui suivent l’Elysée reçoivent une récompense symbolique, “une sorte d’orgueil (…) cette partie qu’ils retirent de leur travail, si on les en éloigne, ils sont dépités et perdent le côtoiement du pouvoir” estime le sociologue Jacques Le Bohec,  (professeur à l’Université Lyon 2). 

De communication en symbole

Il ne faut pas voir de symbole là où il n’y en a pas” assure Benjamin Griveaux, porte-parole de la majorité lors d’un compte-rendu du Conseil des ministres. A ce propos, le sociologue Arnaud Mercier nous explique: “Du point de vue de l’exécutif ce n’est pas symbolique, il s’agit de récupérer des locaux. Mais les journalistes peuvent l’interpréter comme tel car le symbole est justement de l’ordre de l’interprétatif. C’est à ce moment là que l’exécutif doit être vigilant”.

L’éloignement de celui que l’on nomme le 4ème pouvoir interroge cependant. La mise à distance géographique serait-elle liée à une volonté particulière du pouvoir en place? “Je ne crois pas qu’on puisse parler d’une volonté absolue de mise à distance” poursuit Arnaud Mercier, “Mais ça traduit le fait qu’on considère qu’il n’y a pas besoin d’être aussi proches. Dès lors, sacrifier l’espace presse n’est pas un problème.”

Plus incisif, Jacques Le Bohec imagine une absence de contre-pouvoir. “Les hommes politiques se sentent de plus en plus protégés d’une sanction de l’opinion publique et pensent qu’ils ont de moins en moins de compte à rendre. Ils se passent donc d’une forme traditionnelle de surveillance de la presse”.

Pour citer à nouveau Denis Perrin, “ce n’est pas parce que l’on est enfermé dans une salle de presse que l’on sait ce qui se passe à l’Elysée”. 

Lettre ouverte d’un citoyen syrien au Président Macron

[Par Shiyar KHALEAL]

J’ai fait partie des optimistes satisfaits de voir la France désormais dirigée par un jeune Président, appartenant à une génération qui croit en la Liberté et en la Démocratie.
J’étais également content de voir des jeunes entrer dans la vie politique à l’occasion des élections législatives. Mais hélas, la déception fut grande quand le Président Emmanuel Macron a déclaré qu’il ne voyait pas d’alternative légitime au Président syrien Bachar Al-Assad et que la France ne considèrait plus son départ comme une condition en vue de résoudre le conflit en cours depuis six ans.

Emmanuel Macron et Bachar Al-Assad

Monsieur Macron a ajouté que le Président syrien est un ennemi de son peuple… mais pas un ennemi de la France et que la priorité de la France consiste à s’engager totalement dans la lutte contre les groupes terroristes et faire en sorte que la Syrie ne devienne pas un État défaillant.

Ces déclarations nous m’ont surpris comme ceci a été aussi le cas pour beaucoup de mes concitoyens, lesquels ont fui la brutalité du régime syrien, choisissant de partir vers des pays qui leur offrent une vie de dignité et de liberté.

Comment peut-on penser qu’un chef d’Etat, comme Al-Assad, peut apporter la Justice aux Syriens ? C’est ce même régime qui m’a privé de libertés pendant plus de deux ans à cause de mon travail médiatique et critique à l’égard du Régime en place. Comment, à partir de là, puis-je faire confiance en la justice de Bachar alors qu’il a également tué et poussé à l’exil ses concitoyens en les bombardant notamment à l’aide d’armes interdites telles que des armes chimiques ?

Les déclarations du Président français peuvent apparaître comme une façon de préserver des relations équilibrées entre la France et le monde, y compris la Russie. Mais, sachez Monsieur le Président, que vos déclarations, constituent une grande injustice aux yeux des Syriens qui se sont rebellés contre leur tyran.
Dans le même temps, des forces islamiques se sont affirmées dans la violence et la mort… et Al-Assad a été le premier à les encourager en libérant des détenus fanatisés, lesquels ont décidé de participer à des milices destructrices.

L’une de nos priorités, nous Syriens, passe aussi par la lutte contre Daesh. L’Etat Islamique a tué nos familles en collaboration avec Al-Assad face à une opposition politique syrienne malheureusement peu efficace.
Comment pouvons-nous faire confiance, Monsieur le Président, à Al-Assad, qui maintient en prison plus de 300.000 personnes ?

Monsieur le Président, nous comprenons les intérêts qui sont ceux de la France. J’espère, néanmoins, en tant que Kurde Syrien résident en France, que vous figurerez parmi ceux qui sauront nous rendre justice.
La Révolution française a duré de longues années, avant d’aboutir un Etat fort de sa Démocratie. Au regard de cette Histoire exemplaire, nous espérons que vos prises de positions futures vont contribuer à rendre justice aux Syriens en favorisant l’émergence d’un Syrie nouvelle enfin respectueuse de ses citoyens.

 

 

France-Afrique : Macron a gagné. Et, après ?

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

Tous les médias du monde, quasiment, ont forgé des formules dithyrambiques à l’endroit d’Emmanuel Macron, le jeune président français âgé de 39 ans, élu le 7 mai. L’Afrique n’a pas été en reste. Si quelqu’un en Occident s’est écrié : « Une étoile est née, vraiment ? » (Courrier international, du 11 au 17 mai), quelqu’un d’autre, en Afrique, a retorqué : « A Macron bien né, la valeur n’attend pas le nombre des années » (site Wakat Séra du Burkina, 8 mai).

 Les deux formules ci-dessus soulèvent des espoirs, mais dans des directions différentes.

Emmanuel Macron, nouveau président de la République française
© Christophe Ena/AP/SIPA

Dans les médias occidentaux, on note que Macron inspire à la fois espoirs et doutes. Si pas la peur. Beaucoup d’entre eux, comme par connivence, évoquent l’« Ode à la joie » du poète allemand Friedrich von Schiller. Ce poème rappelle « le secours demandé au génie, lorsque le danger est imminent, et dès que celui-ci se présente, on s’effraye de lui ».

Ainsi, la question qui émerge à leur esprit et qu’ils se posent ouvertement avec insistance est celle-ci : « Et si Macron échouait… ».

Tel n’est pas le cas pour l’Afrique, où on met en avant la naissance de nouvelles relations entre le continent et la France. On exploite ainsi, avec confiance, le volontarisme affiché par cet homme nouveau, en rupture de ban avec l’ère gaullienne, à l’égard du continent. Son crédo « ni à gauche ni à droite », autrement dit, les deux rives d’une même rivière au service des voiles « françafricaines » obsolètes, fait, a priori, plaisir aux Africains.

Ceux-ci ont-ils raison de se réjouir, en donnant tort au passé ? Que nenni, car l’Histoire, c’est l’Histoire. Elle est fondée sur des ressorts énigmatiques qui propulsent l’humanité vers des progrès inouïs ou la retardent, un instant, à travers des malheurs exemplaires. La révolution cognitive, l’esclavage, la révolution industrielle, le colonialisme, l’excellence du numérique, aujourd’hui… tous ont leur part de contradiction dans la marche du monde.

La force de la « françafrique »

Il en va ainsi de la fameuse « françafrique ». C’est une chaîne d’antivaleurs, érigées en paternalisme éclairé, avec deux faces opposées : le bien, puisque ce néocolonialisme à visage humain – qu’on le veuille ou non -, a empêché le continent d’éclater davantage, rongé par le poison du tribalisme (après son partage par la Conférence de Berlin, en 1884 -1885). Bien sûr, à l’avantage de l’Occident ; le mal, puisque l’exploitation indue, à tout va, par ce système, a non seulement appauvri le continent, mais l’a également jeté dans l’obscurantisme d’illettrisme, faute par celui-ci de disposer des moyens suffisants pour l’éducation de ses populations.

Tweet du président guinéen, Alpha Condé, pour l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence française
© facebook

Cette chaîne puise ses racines dans la politique africaine mise en place par le général de Gaulle. En dépit de ses qualités reconnues de grand homme d’Etat, celui-ci est resté retenu par le tropisme de l’Histoire, qui veut que le plus fort exploite le plus faible. Ses successeurs sont restés emprisonnés dans la même logique, puisque de Pompidou à Hollande, la « françafrique » n’a pu être gommée.

Or, pendant ce temps, les Africains avaient déjà commencé à ouvrir l’œil – et le bon -, sur l’existence de ce contrat léonin. D’où cet élan de confiance exprimée envers Macron, qui, d’ores et déjà, leur donne le sentiment d’être un véritable tournant dans les relations entre les deux partenaires.

Nombre d’observateurs pointilleux, en ce domaine, nourrissent sans ambages le même optimisme. Béchir Ben Yahmed le justifie en ces termes : « Macron s’intéresse à l’évolution de notre continent et sait que la France gagnerait beaucoup à renouer avec lui des liens qui se sont distendus, depuis vingt-cinq ans » (Jeune Afrique, du 7 au 13 mai).

Il est rare de voir ce pilier de la presse africaine glisser, tout de go, dans une affirmation aussi dogmatique. A Macron donc de la jouer ferme… et efficace, puisqu’il est sous le régime de l’« alignement des astres ». Dit-on…

Le « modèle occidental » s’est-il fissuré pour l’Afrique ?

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

Pour le continent africain, le « modèle occidental » s’est fissuré. A partir de la victoire du Brexit. La sortie de route de la présidentielle aux Etats-Unis et en France, surtout avec l’épisode sur les « affaires » pour cette dernière, ajoute à l’effritement de l’image du parangon. Et à l’interrogation de celui qui l’imitait presque en tout.

Le Brexit interroge la presse africaine
© DR

Il s’agit de l’Occident, ex-colonisateur, et de l’Afrique, ex-colonisée. Ils n’ont pas rompu les liens, après les années des indépendances en 1960. Les rapports de forces restent encore, tels que c’est le plus faible qui se recommande de la bienveillance du plus fort pour apprendre à « vivre moderne ».

De ce fait, l’Occident se devait de lui apporter aide financière, militaire et technique. Et de lui apprendre les règles de la démocratie, selon ses critères, etc. En règle générale, il fut le maître du monde… et, un tant soit peu, le « modèle » que beaucoup de peuples imitèrent. Quant à l’Afrique francophone, elle s’inspirait plus de l’univers sociétal français et belge.

Au point qu’un Malien ou un Sénégalais lambda (ressortissants des ex-colonies françaises) ne pouvaient concevoir l’Europe qu’à travers l’image de la France. Il en était de même pour un Congolais de l’ex-colonie belge, qui ne voyait le Vieux Continent qu’à l’aune de la Belgique. Jusqu’à désigner les Belges du nom affectueux de « banoko » en lingala, traduit « oncles » en français.

Et alors ? Alors, vinrent les temps de déclin gravés dans le destin des empires. Thierry P. Millemann le résume ainsi : « L’Occident a réussi sa stratégie hégémonique, mais il a échoué sur l’harmonisation sociale de la planète » (1). En d’autres termes, c’est la fin de sa suprématie. Thèse longtemps validée par nombre d’observateurs. Or, une fin de règne s’accompagne souvent par des signes de déséquilibre. Certains Africains y décèlent, en l’occurrence, quelques-uns que voici :

Donald Trump
© Politico

– l’élection surprise de Trump, aux Etats-Unis, après le Brexit, a laissé les Africains pantois. Car, le vote – un des pivots de la notion de démocratie libérale -, fait désormais autant partie de l’ordre émotionnel que du choix rationnel. Dans cet Occident dit « cartésien » ! Résultat : l’Amérique est, aujourd’hui, dans l’embarras, secouée par l’amateurisme de son nouveau chef ;

– pendant ce temps, l’Europe occidentale vacille : l’Union européenne (UE) est en butte à l’implosion. En fait, le Brexit a créé un vent d’effet domino subjuguant. Sans emporter la conviction de la majorité, le phénomène, pourtant, a tout d’une épée de Damoclès suspendue sur la tête de l’Union.

En France, en particulier, le jeu de la présidentielle a révélé un visage souvent dissimulé : les « fous du pouvoir ». En l’espèce, incarnés par un François Fillon, pour qui le pouvoir prime sur l’honneur de la parole donnée. Juste, comme c’est le cas en Afrique ! Enfin, l’élection de Macron, à l’instar de celle de Trump, reflète sans conteste la remise en question brutale de l’ancien ordre. En « cassant les codes » ;

Emmanuel Macron
© Eric Dessons/JDD

– l’Occident a peur. Pour preuve : son refuge dans le repli identitaire, par exemple. Partout, on sent de la xénophobie monter d’un cran. Jusqu’à dicter la construction des murs anti-immigrés en Hongrie. Et, probablement, aux Etats-Unis…

Difficile, pour l’Afrique, à débrouiller un tel écheveau ! Néanmoins, une chose est certaine : le « modèle » est écorné.

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(1) Milleman P. Thierry, La face cachée du monde occidental, éd. Osmondes, 2005, 380 p.

 

La présidentielle française à l’heure algérienne

[Par Larbi GRAINE] Les présidentielles françaises sont toujours ardemment suivies en Algérie. Le sort de la diaspora d’origine algérienne, la question de la libre circulation entre les deux pays, sont  les points qui retiennent le plus l’attention des Algériens. Parfois la passion mise dans le suivi des moindres détails inhérents à l’actualité française, a fait dire à certains que les Algériens agissent par compensation de l’absence chez eux de débat d’idées et de véritable compétition politique.

El Boulitik البوليتيك, L’Homme Jaune, 2017 ©Facebook/L’Homme Jaune

Il n’empêche, de part et d’autre de la Méditerranée, il y a une espèce de commune intuition marquée par une affinité géopolitique ayant donné lieu à de multiples correspondances. Par exemple, sitôt que l’attentat terroriste sur les Champs-Elysées connu, on a pu lire sur les réseaux sociaux investis par les Algériens, que cela allait profiter à Marine Le Pen. D’autres pensent que cela est de nature à défavoriser Jean-Luc Mélenchon, lequel est très bien estimé  pour son esprit d’ouverture et sa bonne disposition envers les étrangers. En outre, le feuilleton Fillon n’est pas passé inaperçu. Il a beaucoup amusé. Jamais les Algériens ne se sont sentis aussi proches des Français que dans cette affaire de corruption.

Un journal satirique local a du reste publié un article au titre évocateur : « l’Algérie et la France signent un partenariat pour échanger leurs savoir-faire en matière de corruption ». Que cela soit dit en passant, la démocratie européenne n’est plus aussi idéalisée qu’elle ne l’était dans les années 1970 et 1980. Ce qui donc a dû créer un trait de convergence supplémentaire entre les régimes du Sud et du Nord. Les Algériens ne voteront donc pas pour Fillon. Ils ont quelque sympathie par contre pour Macron qui a su se faire connaitre à l’occasion du voyage qu’il a effectué en Algérie. Son discours aux accents anticolonialistes a séduit les officiels et de nombreuses franges de la population restées sensibles aux thèmes nationalistes.

Entretien d’Emmanuel MACRON pour la chaîne d’information algérienne EchorouknewsTV, le 14 février 2017.

La scène politique française est, en fin de compte généralement appréhendée en termes de xénophobie et de xénophilie. La configuration gauche- droite ne parait pas avoir de sens.  Il va sans dire que le Front national de Marine Le Pen est négativement célèbre. Son image est associée  aux dérives de la société française.  En outre, dans une Algérie où pullulent les nouveaux riches, Mélenchon est apprécié pour ses coups de gueule contre cette catégorie sociale. Si les Algériens pouvaient voter pour le candidat de France insoumise, il battrait certainement des records.