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Fable d’été : le loup n’avait pas tout compris 

[FABLE] C’est le temps des vacances, je me dépayse et te dédie cette fabulette écrite de ma propre patte pour te distraire un peu. Feuilletant le grand livre qu’une amie très proche lisait lorsqu’elle était enfant (éditions Fabbri, illustrations de Cremonini), j’ai été submergé par l’idée un peu mégalo (faut bien le dire) de poursuivre l’œuvre du fameux fabuliste français en publiant, moi aussi, une fable, laquelle serait dotée d’une morale, comme il se doit, vois-tu… La voici donc.

Pour les dieux du stade, la Terre est un ballon

[BILLET D’HUMEUR] Reprenons les événements dans l’ordre : par une belle journée de juillet 2018, l’équipe de France de football a donc décroché le titre mondial à Moscou. Elle pensait avoir le choix entre la gloire et le néant. Les hommes en bleu qui la composaient ont bénéficié de la gloire… tout comme moi.

Pour comprendre le monde, sors de ton bocal !

[BILLET D’HUMEUR] Alors que la France vient de faire entrer une grande dame au Panthéon et, par là même, dans l’Histoire, le panda que je suis estime qu’il est toujours utile d’avoir de la mémoire. Je te le dis parce que, paradoxalement, tu l’oublies… parfois.

Petite annonce: «Recherche emploi de Fou du Roi»

[L’OEIL DU PANDA] Dans le passé, des cours royales s’honoraient de la présence d’un «Fou du Roi». Un job risqué mais tellement intéressant et utile que j’ai décidé d’en relancer la mode. Alors, c’est dit, je vise, moi Yuan Meng, panda exilé et mangeur de bambou, l’emploi de Fou du Président-Roi. Depuis l’Antiquité et ensuite dans les cours d’Europe, les puissants ont donc parfois employé des bouffons pour les faire rire.

Fake news or not ? PUISIQU’ON TE DIT que la Terre est plate !

[TRIBUNE LIBRE] Des fausses nouvelles ? On en trouve autant que de cerises au printemps dans les vergers et que de noix de coco ou de bananes sous les tropiques. Moi, Yuan Meng, panda exilé en France, il arrive que je m’interroge face au spectacle ahurissant de ce fatras, tout en mâchant tranquillement mon bambou, au fond de mon enclos.

Conversation de bistrot : « Méfiez-vous des amalgames et ne tombez pas dans la marmelade ! »

 

Mangeur de bambou, moi Yuan Meng, le panda né en exil au zoo de Beauval, j’en entends des trucs depuis mon enclos. Les gens discutent, bavardent, s’étripent ou se congratulent. Au rayon de leurs conversations favorites, un sujet qui m’est familier : les médias. Et tout ça parfois à cause de moi. Voici pourquoi et comment.

Dialogue entendu récemment, dans le genre « conversation de bistrot », faut bien l’avouer :

– C’est un ours en noir et blanc ! A dit quelqu’un en me contemplant (car on ne me « regarde » pas : on me « contemple »).

– Voui, voui : il est de la race des ursidés, celle des ours. Lui a répondu un autre qui passait par là, en bon passant tout occupé à passer…

– Merci pour la nouvelle. J’avais jamais fait le rapprochement… faut dire que c’est pas dans les médias qu’on aurait appris ça.

– Vous lisez quoi ?

– Heu… rien.

– Moi non plus.

– De toute façon on sait pas à quoi ils servent tous ces torchons de papier…  auxquels j’ajoute aussi les radios, les sites web et les TV qui nous saoulent avec leurs débats et leurs nouvelles tordues. Gna, gna, gna, tous les mêmes …

– Ouais, ouais : tout ça c’est de la mélasse, au mieux : de la confiture, voyez. On nous dit que c’est de la fraise mais ça n’en est pas. On nous dit que c’est de la framboise ou de l’orange mais ça n’en est pas. On nous dit…

– … Que c’est de la rhubarbe…

– … Et ça n’en est pas, assurément. Tous menteurs, cher monsieur !!!!!!!!!

– Je vois, monsieur, que nous nous entendons. Il est agréable de croiser ainsi d’honorables citoyens tels que vous, au hasard d’une promenade, et avec qui – de plus – il est possible d’échanger de saines idées en toute quiétude, loin des gêneurs ! Voyez-vous : je pense qu’on devrait les faire taire tous ces bavards du clavier et du micro.

– C’est bien vrai ! Comme ça on serait mieux informé !

Des journalistes bientôt transformés en croquettes ?

Là, ce qui devait advenir et advenu :  je me suis roulé au sol. Ce n’était pas une chute, pas une glissade malencontreuse mais l’abrupte manifestation de mon irrépressible désir… d’hurler de rire. Tous les médias dans un même bocal, donc, avec une étagère de cuisine pour unique horizon. Ça c’est fait. Et les journalistes, pour leur part, on les transforme en croquettes ou en fruits confits ? Serait-ce bon pour votre régime (dans tous les sens du terme, hmmmm ?).

Obèse, désinformé et jouet des puissants sans état d’âme : ce serait alors ton destin, mon ami. Je te le dis. A partir de là, c’est toi qui vois.

Mon œil de panda est affûté

Qu’on se le répète « ubi et orbi » : le panda, lui, ne sera jamais pris la patte dans le pot de confiture car le panda, lui, a le temps de lire, de regarder et d’écouter. Le panda mène une existence édifiante, mais si, mais si… Le panda sait qu’il n’y a guère de rapport entre le Petit Bleu du Lot-et-Garonne et CNN, pas plus qu’entre un reporter de guerre, un journaliste d’investigation et un commentateur de la vie politique ou un chroniqueur sportif. Tous apportent leur pierre à l’édifice (en professionnels qu’ils sont encore). Avec de tels ingrédients, pas possible de les amalgamer et d’en faire de la confiture.

Plus fort avec une métaphore

Osons « la métaphore » (j’aime décidément beaucoup ce mot tellement à la mode, dis donc) : toutes ces filles et tous ces gars qui nous observent et qui nous parlent, les journalistes, sont les fondations au moins autant que la charpente et aussi bien que les murs de notre maison commune…

Les gens peuvent se moquer et me traiter de naïf… Néanmoins, je sais que les enfants, eux, me comprennent (c’est ce que m’assure mon traducteur qui les rencontre dans des débats autour des médias). Ils savent bien que l’information ce n’est pas de la marmelade (la branche anglaise de la famille des confitures), pas même une toute autre mixture indigeste, à la composition et à l’origine inconnues. Les médias n’ont pas pour destin de finir sauvagement amalgamés et en tartines (de confiture, bien sûr). Ils n’en voudraient pas.

L’enfance c’est l’avenir en chantant !

NON. Les enfants ne l’ignorent pas, eux. Pendant que TOUS les adultes (j’amalgame, j’amalgame avec jubilation et mauvaise foi, comprenez bien) pendant que tous les adultes se vautrent donc dans leur suffisance et dans la pièce d’à côté, à l’heure du goûter les enfants apprennent à lire en déchiffrant les étiquettes, mine de rien. Plus tard, ils liront peut-être « Confiture Magazine » sur leur smartphone … et, au bout du compte, ils sauront faire la différence, avec nuances, entre ceci ET cela, entre une marmelade et la diversité des médias.

J’ose l’espérer, moi le panda animé par le rêve d’un avenir qui chante : Ils sauront de quoi ils parlent, eux, nom d’un bambou !

Crédit : Sylvie Howlett

Yuan Meng

(Traduction de Denis PERRIN)

Dans la société des héros… Attention, une vérité peut en cacher une autre !

C’est à se demander si l’on est encore en droit de prendre du recul. Reculer pour mieux sauter ? Non : reculer pour mieux voir. Parole de Yuan Meng, panda né en exil en France qui ose, ici et maintenant, s’interroger sur le spectacle donné depuis quelque temps en France.

Certes, on va me rétorquer que j’ai bien de la chance de pouvoir m’exprimer… Ce serait me donner encore un peu plus raison. Selon moi la chance c’est au Loto qu’elle a toute sa place et sûrement pas dans le domaine sensible de la liberté d’expression, l’un des piliers de la Démocratie. Alors : j’y vais. Je fonce (heu, virtuellement, bien sûr, parce que, pris dans mon enclos, pas possible d’aller bien loin, tu vois).

Alors voilà et voici, en quelques mots, dans mon bel élan doublé d’un remarquable esprit de synthèse, nom d’un animal à poils dressés, voici ce que j’ai à vous dire cette semaine, en trois points :

  • Il s’avère que je suis moi-même devenu une sorte de héros (bé oui) destiné à émouvoir le bon peuple et à servir de support à une conception de la politique qui rappelle de vieilles traditions royales. Vous savez : de cette époque où les ambassadeurs offraient des animaux au Rois de France afin de susciter leur bienveillance. M. Macron s’est plu à me voir. Il a eu raison.
  • Un migrant sans papiers, cet authentique héros (lui aussi), a eu le courage de grimper le long d’un immeuble parisien afin de sauver un enfant accroché à l’extérieur d’un balcon. Le monde entier s’en est ému. M. Macron s’est plu à le voir et à lui manifester sa royale bienveillance. Il a eu raison.
  • Je suis un héros, il est un héros, nous sommes des héros qu’il convient – bien que venus d’ailleurs – de vénérer. Vous n’avez pas le choix. Celui qui émettrait le moindre doute passerait pour un abominable, un rustre, un mal élevé, un ennemi de l’humanisme. A sa manière, M. Macron a raison, non ?

Reculez et vous verrez mieux !

Allez, come on, laissez passer la page de publicité qui précède et reprenez enfin le micro, le stylo, le clavier et la caméra.

Prenez donc un peu de recul, histoire d’élargir le point de vue. Oui, oui, oui : reculez, reculez… en prenant, bien sûr, le temps de regarder aussi derrière vous (dans ce genre d’exercice le précipice n’est pas loin et le parcours est toujours piégé). C’est fait ? Vous avez suffisamment reculé ?

Là, ça y est, vous le voyez le monde ? Vous la voyez la Méditerranée ? Vous les apercevez les barrières qui se ferment ?  Vous les entendez, les contes qu’on vous dit avant d’aller dormir ?

Moralité : dans les tempêtes il y a toujours des héros, debout, admirables et justement admirés… mais souvent placés tout devant, au premier plan, pour mieux dissimuler le décor, lequel n’est plus très frais. Non : pas frais du tout, nom d’un bambou !

Crédit : Sylvie Howlett

Yuan Meng

(Traduction de Denis PERRIN)