Entrées par Alexandre Garnier

CENTRAFRIQUE – Comment la Russie influence les médias ?

Un article co-écrit par Eliott AUBERT et Alexandre GARNIER pour l’Oeil MDJ.

Officiellement présente en République Centrafricaine, officieusement omniprésente dans les médias, la Russie développe un nouveau réseau en Centrafrique depuis trois ans. Moscou met en place des campagnes médiatiques agressives en faveur de ses intérêts dans le pays. Enquêter sur ces nouveaux réseaux expose les journalistes à des menaces, voir des assassinats.

Fin août, dans les rues de Bangui, capitale de la République CentrAfricaine -RCA-, des tracts sont distribués aux passants. Sur la couverture: une poignée de main fière entre le président centrafricain Faustin Archange Touadéra et son homologue russe, Vladimir Poutine.


«La Fédération de Russie est aux origines de la paix en République centrafricaine» affirme le tract.


En arrière-plan, des photos de la parade militaire célèbrent le 60ème anniversaire de l’indépendance du pays. Cet hebdomadaire public, la Feuille Volante du Président rapporte et vante l’actualité politique du chef de l’État. L’édition du 27 août 2020 met en exergue l’étroite collaboration entre la RCA et la Russie. Les deux premières pages sont consacrées aux discours «de son excellence professeur Faustin Archange Touadera». La dernière est dédiée à la coopération entre le Kremlin et Bangui: «La Fédération de Russie est aux origines de la paix en République centrafricaine» affirme le tract, «et la coopération continue de plus belle !»

Dans les 29 dernières éditions disponibles sur le site de la présidence centrafricaine, 19 mentionnent la coopération russo-centrafricaine.

Un nouveau partenariat militaire: la Russie en RCA

Depuis 2017, la Russie s’engage massivement dans de nombreux projets
en RCA: formation des forces armées centrafricaines (FACA), médiation
avec les groupes rebelles (accord de Khartoum du 6 février 2020),
exploitation des ressources, financement de médias.

Depuis le départ en octobre 2016 des troupes françaises de
l’opération Sangaris, la Russie exploite le vide laissé. Jusqu’alors,
des militaires français formaient l’armée régulière à l’aide d'armes
factices en raison de l’embargo international sur les ventes d’armes
instauré en 2013. Bien que la coopération russe est largement mise en
évidence dans les médias centrafricains, les instructeurs de la mission
de formation de l'Union européenne en République centrafricaine restent
les principaux formateurs des FACA.

La naissance de la coopération militaire russo-centrafricaine débute
en octobre 2017. Le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra se
rend à Sotchi pour rencontrer le ministre des Affaires étrangères
russe, Sergueï Lavrov. Il lui demande notamment une aide militaire. Deux
mois plus tard, Moscou obtient de l’ONU une dérogation à l’embargo. S'ensuit une série de livraisons d’armes (pistolets, fusils d’assaut, lance-roquettes).

La Russie déploie également 235 formateurs militaires avec l’accord
de l’ONU. Puis, en août 2018, la Russie et la RCA signent un accord de
coopération renforcée. En septembre 2020, il entraîne l’ouverture d’un bureau du ministère russe de la Défense à Bangui et devrait permettre l’implantation d’une base militaire russe sur son territoire. «Les
quelques dizaines de soldats français qui étaient restés après la fin
de l’opération Sangaris n’étaient pas là pour soutenir le régime, ils
protégeaient la communauté française et les accès à Bangui
» indique
Christian Bader, ambassadeur français à Bangui de 2016 à 2018 qui a
accepté de répondre aux questions de l'Oeil de la MDJ. «Or le régime de Touadéra a une peur bleue d’un coup d’État.»

 

Saturation de l’espace médiatique : la presse russophile inonde les kiosques à journaux

«La Russie surfe sur le sentiment anti-français pour s’implanter en RCA. Tous les maux du pays sont attribués à la France» estime Saber Jendoubi, journaliste indépendant basé en République centrafricaine entre 2016 et 2019 et auteur de la publication «Panorama de la presse centrafricaine. Entre pauvreté et politique d’influence» pour l’Institut français des relations internationales qui a accepté de répondre à nos questions.


«Il est courant que des journalistes acceptent d’écrire des papiers pro-russes contre de l’argent. Peu importe ce qu’ils écrivent, ils veulent manger.»


Aux yeux de la population centrafricaine, l’absence de passé colonial de la Russie procure une plus forte légitimité à son intervention. Arrivé début 2018 en RCA, Valery Zacharov, ancien responsable des renseignements russes, est nommé par Touadéra au poste de conseiller de la présidence en matière de sécurité nationale.

Mais en parallèle, son cabinet s’assure de la diffusion massive d’articles de promotion des initiatives du Kremlin. «C’est toute une équipe. Zacharov a fait venir des personnes qui l’accompagnent dans la propagande et la communication politique», pointe Vincent Mambachaka, président de l’association Espace Linga Tere composée de médias communautaires centrafricains. Il nous répond ainsi. 

«Je dirige un lieu culturel important dans le pays. J’ai été approché par un Centrafricain. Il m’a dit qu’il connaissait des personnes qui souhaitent collaborer avec moi. Les russes me proposaient de l’argent pour travailler avec eux et m’ont demandé s’ils pouvaient utiliser ma radio.» «Il est courant que des journalistes acceptent d’écrire des papiers pro-russes contre de l’argent. Peu importe ce qu’ils écrivent, ils veulent manger.»

Sous la houlette de Zakharov, il est proposé aux journalistes de percevoir 20.000 FCFA (30 euros) pour couvrir un événement organisé par la Russie ou pour réaliser un article critique vis-à-vis de la France. Vincent Mambachaka nous confirme l’utilisation massive de cette méthode.

«Ça saute aux yeux, quand je lis un papier je suis capable de dire si la personne est payée. Ce n’est pas du journalisme. En dehors de 2 ou 3 journaux, le reste c’est de la manipulation russe. Ces journaux sont à la merci de tout ce qui peut leur permettre de survivre.»

Le Potentiel Centrafricain se méfie des ambitions du président Macron / Capture d’écran du média « Le Potentiel Centrafricain »

En Centrafrique, les journalistes ne perçoivent pas de salaire fixe et il n’existe pas de revenu minimum légal. «Ils exercent leur métier dans une situation très précaire, ils crèvent la dalle» nous souligne Saber Jendoubi. «Il est courant que des journalistes acceptent d’écrire des papiers pro-russes contre de l’argent. Peu importe ce qu’ils écrivent, ils veulent manger.»

Cette stratégie, également pratiquée par la France et la Chine (à moindre échelle), permet à Moscou d’impacter significativement la ligne éditoriale des journaux locaux. Des médias, se revendiquant du panafricanisme et de l’anticolonialisme, affichent une complaisance certaine vis-à-vis de la présence russe: Centrafric Matin, l’Expansion, le Potentiel centrafricain, l’Occident, Radio Révolution Panafricaine.

Les campagnes anti-françaises en République Centrafricaine dépendent bien souvent des relations franco-russe du moment. Dès 2018, une opération médiatique agressive vis-à-vis de la France a été organisée, mais lors des négociations entre les deux pays au sujet de la Libye, l’influence médiatique russe s’est adoucie.


« On vit en Centrafrique avec 1 dollar par jour. Dans ce pays, la liberté de la presse est donc facilement achetable à moindre coût. La Russie s’est emparée de la situation pour saturer l’espace médiatique. »


Début janvier 2020, le refus de la France de supprimer l’embargo lors du vote à l’ONU a provoqué une forte réaction des médias sous influence russe.

Centrafric Matin, la Russie et la France / Extraits de unes du journal

Il demeure aujourd’hui difficile de connaître précisément l’implication financière russe au sein des différents canaux informatifs. Néanmoins, la création de certains d’entre eux comme le Potentiel centrafricain ou La feuille volante du président corrobore avec la campagne pro-russe dans le paysage médiatique lancée en 2018 – qui succède à leur arrivée en RCA.

« Quand les russes sont arrivés, ils ont mis le paquet. On vit en Centrafrique avec 1 dollar par jour. Dans ce pays, la liberté de la presse est donc facilement achetable à moindre coût. La Russie s’est emparée de la situation pour saturer l’espace médiatique. Elle est venue inonder le marché de son message et de ses idées » atteste Saber Jendoubi à notre journaliste.

Radio Lengo Songo : les diamants centrafricains financent le discours pro-russe

Le taux d’alphabétisation en RCA ne dépassait pas les 38% de la population en 2018 (50 % pour les hommes mais seulement 25% pour les femmes). Dans ce contexte, la presse écrite est réservée à la classe aisée et décisionnaire. Les tirages de la plupart des titres ne dépassent les 500 exemplaires et restent concentrés dans la capitale.

Pour le reste de la population, la radio représente le premier média d’information. Le 9 novembre 2018, la station de radio Lengo Songo voit le jour. Le directeur de la rédaction, Fred Krock, ancien rédacteur en chef du quotidien national l’Hirondelle, annonce durant la première conférence de presse: «Lengo Songo n’a nullement la prétention de vouloir révolutionner le monde médiatique en Centrafrique, mais plutôt de contribuer dans la mesure du possible à la consolidation du rôle avant-gardiste que les médias sont appelés à jouer pour le relèvement de ce pays et pour le bien de son peuple

La radio vise notamment à promouvoir la «cohésion sociale et le renouveau dans le pays». Une importante campagne publicitaire débute pour accompagner ce lancement. Des affiches publicitaires aux couleurs du drapeau national centrafricain célèbrent l’ouverture de la nouvelle station de radio Lengo Songo «construire la solidarité».

À l’origine de ce slogan, une société minière russe Lobaye Invest. Sur les affiches publicitaires, le nom de l’entreprise est associé ouvertement avec la radio. Le financement de cette station permet à Lobaye Invest de s’acheter une image positive auprès de la population. Les louanges des initiatives russes constituent en réalité une grande part de sa ligne éditoriale.

Cette implantation économique et médiatique russe se développe en parallèle des partenariats militaires à partir de septembre 2017. Plusieurs rencontres se succèdent entre le président Touadéra et des hommes d’affaires proche du président Poutine. Le 6 novembre 2017, l’homme d’affaire russe Evgueni Khodotov, ancien directeur général de M-Finance enregistre en RCA Lobaye Invest, dont M-Finance détient la totalité du capital.

Lobaye Invest débute l’exploitation et la recherche de diamants et d’or dans sept différents sites de RCA au mois d’août 2018 selon des documents obtenus par CNN.

Exploitation minière en RCA : des diamants et des armes


Après le coup d’État en Centrafrique de 2013, une guerre civile éclate entre les milices Anti-balaka et Seleka. L’exploitation minière dont l’État perd le contrôle est utilisée pour financer le conflit.

En raison du chaos, le forum de négociation international du processus de Kimberley met en place la même année un embargo sur l’exportation de diamants de République Centrafricaine.

En 2015, plusieurs régions sont libérées de l’embargo. Lorsque la Russie prend la présidence du processus de Kimberley en janvier 2020, elle affiche une volonté d’assouplir les restrictions pour développer sa coopération économique avec le gouvernement centrafricain.

Bien que les importantes ressources minières de la RCA ne représentent pas un intérêt économique suffisent pour Moscou (7 % du PIB de la RCA en 2007, avant la guerre civile), elles permettent à l’échelle locale de compenser les investissements russes. Surtout, ce partenariat permet à la Russie de prendre un rôle stratégique dans la région (en 2016, le secteur minier ne représentait plus que 0,2 % du PIB centrafricain).

Si l’embargo est levé, cela permettrait à Lobaye Invest d’augmenter ses rentes. L’entreprise possède d’ors et déjà plusieurs concessions en zone sous embargo. La RCA recherche également une stabilité au sein de ses frontières pour développer le secteur du diamant et de l’or. Lors d’un entretien au New York Times, Albert Yaloke Mokpeme, le porte parole du président Touadéra affirme qu’«avec l’aide de la Russie, nous allons être capable de sécuriser nos mines de diamants.»

En échange de cette aide militaire, la Russie par le biais de Lobaye Invest reçoit des concessions de mines.

Des journalistes enquêtant sur les réseaux russes assassinés

Le 28 juillet 2018, trois journalistes russes expérimentés, Alexandre Rasstorgouïev, Orhan Djemal et Kirill Radtchenko arrivent à Bangui. Ils ont pour projet d’enquêter sur les intérêts de la Russie en RCA et la présence d’une société militaire privée nommée Wagner.

Selon un ancien responsable du gouvernement cité anonymement par le New York Times, des mercenaires russes se chargeraient de la sécurisation des mines en centrafrique, dont celle de Lobaye Invest.

Trois jours après l’arrivée, l’équipe se rend dans le nord de Bangui avec leur chauffeur centrafricain. Vers 21h45, alors qu’ils sont à 23 km de Sibut, la voiture est arrêtée par un groupe de neufs hommes armés. Les passagers sont sortis de force puis mitraillés.

Les trois journalistes sont assassinés, seul le chauffeur survit à l’attaque.

Deux ans après, l’enquête qui n’a identifiée aucun suspect est toujours au point mort.


Un an et demi après les faits, l’enquête de Moscou est catégorique: le mobile est crapuleux et les journalistes ont ignoré les risques. Mais l’enquête russe semble passer sous silence de nombreux éléments troublants.


Dans une interview pour la chaîne qatari Al Jazeera en avril 2019, Valery Zacharov revient sur l’affaire. Il déclare ne pas comprendre pourquoi ces journalistes sont allés dans cette région.

«On leur a déconseillé de se rendre dans cette zone, ils ont été arrêtés à un checkpoint. Malgré, les avertissements, ils y sont allés. C’était une mort stupide. Je pense qu’ils n’avaient pas à aller là-bas

Quatre jours après l’assassinat des journalistes russes, une «cérémonie» est organisée par les autorités russes. Dans un hangar de fret de l’aéroport de Bangui, sur quelques palettes de bois, un drapeau russe est déposé sur les cercueils des trois reporters. Capture d’écran RFI

Derrière le journaliste qui interroge Valery Zacharov, des militaires centrafricains s’entraînent au combat. Les formateurs sont masqués et d’origine russe. «Des réservistes sélectionnés par le ministère de la Défense russe», affirme le conseiller, qui assure ne pas avoir connaissance d’éléments attestant de la présence en Centrafrique d’une «société militaire privée russe».

Un an et demi après les faits, l’enquête de Moscou est catégorique: le mobile est crapuleux et les journalistes ont ignoré les risques selon un article de Russia Today France. Mais l’enquête russe semble passer sous silence de nombreux éléments troublants.

Après le drame, le média Investigation Control Centre, pour lequel les trois journalistes assassinés travaillaient met un terme à ses activités. Cependant, le milliardaire et dissident politique Mikhaïl Khodorkovski propriétaire du média, décide de financer une contre-enquête.

En octobre 2019, le site Dossier Center qui recherche les liens des cercles d’oligarques proches de Poutine, publie le résultat de son investigation en Centrafrique. Dossier Center suspecte que le voyage en centrafrique n’ait été qu’un piège. Le journaliste qui a mis les reporters assassinés sur la piste centrafricaine, Kirill Romanovsky, travaille pour la Federal News Agency, agence de presse appartenant au même groupe que M-Finance et sa filiale Lobaye Invest.

Une heure et demi avant la première dépêche de l’AFP, le lendemain du massacre, son historique de recherche piraté révèle les mots clés « Russes à Bangui » et « Trois Russes tués ».

Romanovsky a redirigé les journalistes russes vers un fixeur centrafricain nommé «Martin», un prétendu officier néerlandais de la MINUSCA (Mission de l’ONU en Centrafrique depuis 2014). Celui-ci n’a pas pu être identifié. Les journalistes pensaient le rencontrer à Bambari, où ils se rendaient en voiture, mais les données mobiles des échanges via WhatsApp indiquent que celui-ci se trouvait en réalité dans la capitale. Son numéro de téléphone était enregistré à un faux nom et n’a été utilisé que trois fois au cours du mois de juillet.

Reconstitution réalisée par Dossier Center du meurtre des trois journalistes selon l’examen médico-médical et des images prises après le meurtre, le 30 juillet 2018.

Le chauffeur qui accompagnait l’équipe de journalistes, est également suspecté d’avoir espionné pour le compte d’un gendarme centrafricain, Emmanuel Kotofio proche des forces russes en RCA.

Ce dernier était en contact constant (plus de 108 appels entre juillet et août 2018) avec un numéro local enregistré sous une fausse identité étasunienne. Les enquêteurs de Dossier Center sont parvenus à identifier cette personne comme étant Alexandre Sotov, instructeur en espionnage, en recrutement et en renseignement pour M-Finance.

Cinq mois après les meurtres, le service de sécurité d’Ukraine (SBU), en charge du contre-espionnage, identifiait 37 membres de la société militaire privée russe Wagner présents sur le territoire centrafricain fin juillet.

Dans cette liste apparaissaient notamment les noms de Valery Zacharov sous le matricule M-5658 et d’Alexandre Sotov sous le matricule M-5661.

Dossier Center a relevé entre juillet et août 2018, 167 messages et appels téléphoniques entre les deux hommes. La liste SBU révèle qu’un nombre conséquent de ces hommes sont originaires de la ville de Saint-Pétersbourg. Aucun document écrit n’atteste explicitement de la présence du groupe Wagner, de l’achat de journalistes, ou de la chaîne hiérarchique officieuse russe en RCA. Mais l’accumulation de témoignages et corrélations depuis deux ans et demi conduit à un même nom: Evgeni Prigogine.

Evgeni Prigogine est un milliardaire russe proche de Vladimir Poutine. Surnommé par les médias le «cuisinier de Poutine» pour ses activités de restauration auprès de l’armée russe et du locataire du Kremlin, l’oligarque est également soupçonné par les États-Unis de manipulation lors des élections de novembre 2016.

La diplomatie Française l’accuse quant à elle de contrôler M-Invest, le groupe Wagner et d’être «étroitement lié à la mafia de Saint- Pétersbourg».

Trois pistes au moins associent M-Finance, société détentrice de Lobaye Invest à l’oligarque russe Evgueny Prigogine



Trois mois avant l’assassinat des trois reporters, un autre journaliste russe enquêtant sur la présence du groupe Wagner dans le Donbass ukrainien, perdait la vie dans des circonstances troubles.

Le 12 avril 2019, Maxime Borodine du média Novy Dien, faisait une chute mortelle du 4e étage de son immeuble. L’appartement était fermé à clef quand les inspecteurs sont entrés dans l’appartement.

Les autorités privilégient la thèse du suicide.

Pourtant, Viatcheslav Bachkov, collègue du journaliste, recevait la veille un appel alarmant du journaliste qui lui décrivait une personne armée et masquée sur son balcon et plusieurs autres sur son palier !

Le groupe Wagner a fait son apparition courant 2014 auprès de milices pro-russes dans l’est de l’Ukraine. Depuis cette société militaire privée (SMP) est intervenue dans de nombreux conflits à travers le monde: en Syrie dès l’année suivante, en Libye, au Soudan, au Venezuela, au Mozambique, au Mali, et récemment lors des élections au Bélarus qui ont causé des soulèvements dans le pays et la grève des journalistes.

Dmitri Outkine, néo-nazi revendiqué et ancien officier des services de renseignement militaires russes est le commandant des unités Wagner (dont le nom serait une référence au compositeur favori du troisième Reich). Officiellement, aucun lien n’apparaît entre l’État russe, l’État centrafricain et Wagner.

Les SMP n’ont d’ailleurs pas d’existence légale en Russie et les médias russes ont longtemps nié leur existence même, qualifié «d’invention» visant à «compromettre la Russie».

Le déni de Moscou s’est cependant heurté en 2018 à la colère des premiers concernés, les mercenaires. Après la mort de 200 Wagner dans un bombardement américain à Der ez-Zor en Syrie, plusieurs SMP déplorent dans une lettre publique que l’État russe refuse de reconnaître leur existence et de leur octroyer le statut de vétéran, notamment aux blessés de guerre.

Ces mercenaires, payés de deux à six fois plus que les réservistes, ont l’avantage pour les États de représenter une force militaire engageable avec plus de liberté qu’une armée régulière comme le décrit Ilyasse Rassouli dans son mémoire de fin d’étude.

«Les SMP peuvent être utilisées pour prendre en charge des missions que ne peuvent pas effectuer les forces armées nationales quand elles sont jugées trop polémiques ou illégitimes. (…) Un État n’a pas besoin d’un aval parlementaire pour engager une SMP sur un théâtre d’opération. Ainsi, leur utilisation évite parfois des délais très longs liés aux processus administratif et bureaucratique.»

Sewa Security Services aux côtés du président Touadéra – Capture d’écran Twitter

En Centrafrique, plusieurs mercenaires des SMP russes opéreraient en collaboration avec l’État centrafricains, notamment Wagner, Patriot ou encore Sewa Security Service qui se charge de la sécurité de la présidence.

Cette dernière pourrait même être une branche officieuse de Wagner, qui s’était déjà renommé Evro Polis dans ses contrats avec le dirigeant syrien en 2017. En novembre 2017, Outkine est nommé directeur général de l’entreprise Concord Management & Consulting de Evgueny Prigogine. Ce dernier nie officiellement tout lien avec la SMP, alors même que les deux hommes entretenaient déjà des relations proches avant cette promotion.

Dans une note de mai 2018 adressée à la diplomatie française, l’ancien ambassadeur en Centrafrique, Christian Bader, alerte sur la stratégie russe «militaro-sécuritaire, économique et politique» qui se déploie dans le pays.

L’ambassadeur avertit également sur la «très active campagne de dénigrement et de désinformation dirigée contre la France» et les «actions d’agit prop» financés par Lobaye Invest.

«Mon premier courrier sur la présence russe datait du 8 novembre 2017», précise Christian Bader, «mais le message n’est pas passé. Des gens pensaient que ça n’avait aucune importance. Il a fallu attendre mars pour une réaction de la diplomatie française.»

La note évoque notamment la présence de mercenaires du groupe Wagner entrés, pour certains, dans le pays avec des passeports falsifiés.

«On voyait passer les passeports, on savait que le groupe Wagner était présent. On retrouvait des mercenaires russes à Bangui qui étaient autrefois passés par des théâtres d’opération en Ukraine ou autres.»

À l’approche de l’élection présidentielle prévue le 27 décembre 2020 (qui pourrait être repoussée en raison de la pandémie), l’emprise médiatique et politique russe en RCA questionne.

«L’impact de cette présence peut être désastreux pour l’élection», insiste Vincent Mambachaka auprès de notre journaliste.

La Russie devrait soutenir le président sortant Faustin Archange Touadéra malgré une «insatisfaction causée par l’impopularité du personnage», note Thierry Simbi, activiste de la société civil et blogueur.

Saber Jendoubi estime que l’implantation russe en RCA est «une réussite». Selon lui, au niveau politique et médiatique, la Russie fait et fera «la pluie et le beau temps à Bangui.»


D’autres articles


MALI – Après le coup d’État, quelles conséquences pour la liberté de la presse ?

Aucune déclaration n’a encore été faite pour garantir les droits de presse depuis l’arrivée des militaires au pouvoir. Les journalistes maliens espèrent malgré tout une amélioration de leurs conditions de travail.

Au mois de juin 2020, un mouvement de contestation au président Ibrahim Boubacar Keïta éclate dans les rues de Bamako. La tension atteint son paroxysme pendant la manifestation du 10 juillet, réprimée dans le sang par le pouvoir. De nombreux journalistes sont pris pour cibles par les forces de l’ordres et agressés par des manifestants.


Dans l’après-midi, le président malien est finalement mis aux arrêts par les militaires putschistes.


Le 18 août, l’armée se soulève à son tour contre le président malien. Au matin, une mutinerie éclate dans une base militaire de Kati à 15 km de Bamako. Olivier Dubois, correspondant de Libération au Mali, tente de couvrir la mutinerie, mais il est frappé et menacé avec une arme par les rebelles. Le quotidien annonce le soir que le journaliste est sain et sauf et ne souffre d’aucune blessure. Dans l’après-midi, le président malien est finalement mis aux arrêts par les militaires putschistes.

Contrairement au précédent coup d’État de 2012, la prise du pouvoir du 19 août a été préparée en amont. Le lendemain, l’armée annonce la création du Comité national pour le salut du peuple (CNSP) composé des généraux à l’origine du putsch.

Dans leur première déclaration, les généraux reprennent de nombreux éléments qui cristallisent la colère populaire mentionnant notamment le «clientélisme politique», «la santé aux plus offrants», la rupture entre le peuple et ses gouvernants, l’insécurité et le terrorisme.

La Maison de la Presse malienne note cependant que les militaires n’ont pas fait mention de «garantie des libertés fondamentales – dont celles relatives à la presse et à l’expression».

« Les militaires inspirent autant d’espoir que d’inquiétude » / France 24

Aucun contact n’a pour le moment été établi entre le CNSP et les associations de presse, hormis un communiqué commun demandant un allègement du couvre-feu pour les journalistes. L’interdiction de libre circulation instaurée entre 21 heures et 5 heures dans un premier temps, puis de minuit à 5 heures depuis le 21 août gênant le fonctionnement normal des médias.

La démission d’Ibrahim Boubacar Keïta, l’espoir d’une amélioration des conditions

«Depuis que les militaires sont au pouvoir, nous n’avons pas enregistré de cas d’atteinte à la liberté d’expression» reconnaît Boubacar Yalkoué, président du Mouvement de protection de la presse contre les violences.

«La liberté d’information a été pour le moment respectée au Mali. Après le renversement par des militaires d’un pouvoir démocratiquement élu, on ne peut pas dire qu’on ait confiance à 100 %. Nous avons l’espoir qu’ils ne s’en prennent pas à la presse, mais nous émettons malgré tout des réserves pour le moment.»

L’autre menace qui plane sur la presse malienne depuis la pandémie du Covid-19 est la crise économique.

«La presse malienne bénéficie en temps normal de contrats avec les institutions, mais avec la crise sanitaire toutes les activités ont été limitées ce qui s’est répercuté sur les entreprises de presse» pointe Boubacar Yalkoué.

«Il avait été question de mesures de soutien économique, mais nous n’avons rien reçu jusqu’au basculement du pouvoir, et étant donné la situation actuelle il y a peu d’espoir de les obtenir. On se dirige vers des périodes difficiles pour la presse.»

Une situation toujours instable pour la liberté de la presse au Mali


Depuis le précédent coup d’État de 2012, la liberté de la presse au Mali a été mise à mal à de nombreuses reprises. Pendant les mois qui ont suivi le putsch de mars, plusieurs arrestations ont été ordonnées par les autorités militaires.

L’arrivée au pouvoir de Ibrahim Boubacar Keïta en septembre 2013 n’a pas entraîné d’amélioration pérenne du droit de presse au Mali qui prend la 108e place du classement mondial de la liberté de la presse de Reporter sans Frontière en 2020.

Le 29 janvier 2016, Birama Touré journaliste pour l’hebdomadaire d’investigation Le Sphynx était porté disparu. Cette affaire remonterait jusqu’au fils du président, Karim Keïta, et mettrait en cause les services de sécurité de l’État qui aurait retenu le journaliste captif et l’auraient torturé pendant près d’un an et demi.

Plus récemment, les élections présidentielles 2018 ont été marquées par une recrudescence de la censure et de violences contre les journalistes. En mai, le journal Mali Actu était poursuivi et trois de ses journalistes enfermés pendant cinq jours pour la diffusion du communiqué d’une association qui appelait à la démission du ministre de l’Emploi.

Durant les manifestations du mois de juin, la Maison de la Presse du Mali dénonçait les nombreuses attaques de journalistes par les forces de l’ordre. Fin juillet, cinq journalistes de la chaîne TV5 Monde étaient interpellés par des agents en civil à leur arrivée à Bamako. Au moment de l’entre-deux-tours, Radio Renouveau FM, média d’opposition, était sommée de quitter les ondes « jusqu’à nouvel ordre ».

En fin d’année, un haut gradé de l’armée malienne démissionne de la Commission Vérité-Justice-Réconciliation (comité de surveillance des violations des droits humains au Mali) après avoir été mis en cause dans l’agression d’un journaliste. Celui-ci raconte avoir été menacé, frappé et forcé à boire sa propre urines dans les locaux de la commission nationale.


D’autres articles


BÉLARUS – La contestation gagne les rédactions nationales, les journalistes en grève

La contestation se déroulant actuellement au Bélarus relance le débat de la liberté de la presse. La couverture inégale des élections par les médias publiques ont poussé de nombreux journalistes à quitter leur poste et parfois même à rejoindre le mouvement d’opposition au président Loukachenko.

Au moment des élections du 9 août, l’attention internationale s’est de nouveau porté sur la république du Bélarus. Chaque fin de quinquennat d’Alexandre Loukachenko signifie un retour de la contestation à son hégémonie. Il gouverne le pays depuis 1994.

Des journalistes du monde entier ont fait le déplacement pour couvrir ces élections et les protestations qui refont surface. Une présence que les autorités ne voient pas d’un œil accueillant. Rappellons que la Bélarus prend la dernière place européenne au classement mondial de la liberté de la presse de Reporter sans Frontières.

Accréditation officielle et censure officieuse

De nombreux journalistes étrangers se sont vu refuser leurs demandes d’accréditation pour couvrir les élections, et les délais pour les nouvelles demandes sont désormais retardés. «Nous invitons les autorités bélarusiennes à ne pas empêcher les journalistes étrangers de faire leur travail» déclarait le 21 août Ricardo Gutiérrez, secrétaire général de la Fédération européenne des journalistes. «Les procédures d’accréditations ne doivent pas être utilisées pour imposer une forme de censure.»

Entre le 9 août et la nuit du 11 au 12 août, des coupures d’Internet massives ont été observées. Les trafics des trois opérateurs de télécommunication du pays ont chuté quasi-simultanément. L’un de ces fournisseurs d’accès à Internet est possédé par l’État, mais les deux autres sont des opérateurs privés (l’un Bélarussien, l’autre Russe), ce qui laisse supposer qu’un ordre ait été donné pour organiser ces coupures.

À l’intérieur du pays, la couverture de l’élection a été marquée par une importante répression des journalistes nationaux et étrangers. L’association biélorusse des journalistes recense depuis le mois d’août 75 arrestations et détentions de journalistes. L’ONG traduit en langue anglaise les nombreux témoignages de journalistes arrêtés et donne des visages aux descriptions de tabassages, tortures et humiliations qui se déroulent dans les prisons du régime.

Au Bélarus, les observateurs ne sont pas les bienvenues dans les bureaux de vote


Cette année encore, le président Bélarussien a de nouveau bénéficié d’un soutien étonnant dans les urnes (selon les résultats officiels, parmi les 84% de votants, 4 sur 5 ont approuvé un nouveau mandat).

Ce qui réunit les foules sont des soupçons de fraude (les observateurs internationaux n’ont pas été invités à surveiller le scrutin) et surtout la politique répressive de Loukachenko, souvent désigné comme le «dernier dictateur d’Europe» (peine de mort encore pratiquée, actes de torture perpétrés contre les opposants, concentration du pouvoir).

Autre titre moins connu, le Bélarus est le pays avec le plus ancien gouvernement en exil du monde: la Rada de la République démocratique Bélarussienne. Établié en 1917 et contrainte à l’exil deux ans plus tard, mais dont le drapeau est aujourd’hui brandit dans les manifestations.

Une couverture médiatique propagandiste

Dans les médias étatiques, la couverture des événements a été très incomplète. Le 16 août, la première chaîne nationale retransmet un discours de Loukachenko place de l’Indépendance à Minsk dans lequel il rejette l’idée d’un second scrutin.

Quelques heures après au même endroit, une importante procession de plusieurs centaines de milliers manifestants rejoint la place, sous les fenêtres de la Maison du Gouvernement, mais aucun journaliste de la chaîne n’est dépêché pour couvrir la manifestation.

Deux jours plus tard, Bélarus-1 publie un reportage sur un rassemblement en soutien au président qui a rassemblé des milliers de personnes. Les couleurs rouge et verte du drapeau national sont omniprésentes à l’antenne, tandis que les couleurs rouge et blanche des drapeaux de l’opposition n’ont toujours pas droit de cité.

Même constat sur le site de la chaîne internationale Bélarus-24 qui ne fait aucune mention des manifestations qui secouent le pays. 

Quand les chaînes d’État évoquent la contestation, c’est pour la marginaliser à un mouvement extrémiste d’émeutiers. Le discours dominant agite également la peur d’une dérive vers une situation ukrainienne et accuse les opposants de menacer l’unité nationale du pays en l’orientant vers la guerre civile.

Mais contrairement aux manifestations de Maïdan en Ukraine, la question russo-européenne est secondaire dans les revendications des manifestants. C’est bien la destitution d’Alexandre Loukachenko et son système qui réunit l’opposition et non des questions d’alignement géopolitique.

Sergei Kozlovich interviewé sur Euronews


En parallèle des manifestations, un autre mouvement de contestation est apparu dans une institution normalement favorable au président Loukachenko.

Sergueï Kozlovitch était présentateur sur les chaînes publiques de télévision. Sa dernière apparition devant les caméras remonte au 10 août, un jour après les élections. Une fois le résultat annoncé, il dépose sa démission ne supportant plus le manque d’indépendance de sa rédaction.

Il confie à Euronews avoir pris part à un discours de propagande en faveur du gouvernement. «Toute l’information n’était pas dédiée à la politique, il y avait d’autres points de vue, mais tout est centré autour de l’opinion gouvernementale que je communiquais. A l’époque, j’étais d’accord avec ça.»

Le lendemain, Evgueni Perline, présentateur sur Bélarus-1, a annoncé sa démission à la fin du journal télévisé.

«Il s’agit de ma dernière émission. Personne n’a influencé ma décision, je l’ai prise seul. Pendant cinq ans, j’ai vanté les mérites de l’armée bélarussienne et le courage de ses forces de sécurité. Jamais, je n’avais imaginé les voir un jour se retourner contre leur peuple.»

Le 12 août, c’est une présentatrice de la chaîne nationale ONT, Olga Bogatyrevichn, qui présentait sa lettre de démission sur les réseaux sociaux, accompagnée du message suivant.

«Nous sommes peu nombreux, mais nous sommes là !».

Le même jour, Vladimir Bourko, présentateur de l’émission militaire Arsenal, annonce à son tour son départ de Bélarus-1 dans un post Instagram.

«Pendant cinq ans, j’ai incarné implicitement l’image médiatique du ministère biélorusse de la Défense […] Jamais, même dans un cauchemar, je n’aurais pu imaginer que les soldats et le matériel que je présentais pouvaient être employés contre le peuple!»

View this post on Instagram

Всем привет. Меня зовут Владимир Бурко. Я ведущий мероприятий и до недавнего времени ведущий военной программы «Арсенал» на канале "Беларусь 1".Начну с главного:я больше не ведущий этого телепроекта, ушёл сам, не без приключений, но ушёл 16.07. - 5 лет я негласно был медийным лицом министерства обороны республики Беларусь - 5 лет я вёл программу над созданием которой трудилась большая команда потрясающих людей, каждого из которых я обниму при встрече и надеюсь они мне ответят взаимностью - 5 лет я с очень серьёзным лицом рассказывал о том, что наша армия сама доблестная и сильная, военная техника самая современная, а весь высший офицерский состав–пример для подражания... - 5 лет я читал новости,которые добровольно-принудительно утром в воскресенье смотрел весь личный состав вооруженных сил - 5 лет–это больше 3 поколений призывников,служивших 1.5 года во всех видах и родах войск К чему я это всё… Я никогда бы,даже в самом страшном сне,не подумал, что солдаты и техника,о которых я рассказывал,могут быть применены против своего народа…Против мирного населения страны, против женщин и не дай Бог детей. Я хочу обратиться к военным: солдатам и офицерам. Вы ждёте приказа. Вы прекрасно осознаёте каким будет этот приказ и скорее всего понимаете какими будут последствия для белорусов, которые просто хотели справедливости,а получат от вас пулю… Одумайтесь пока не поздно… Донесите совету безопасности и своему руководству,что ваши методы и методы смежных структур являются варварскими и антигуманными. Среди верхушки министерства обороны много разных людей. Мне кажется,как и во всех структурах,есть лизоблюды и карьеристы, но есть и настоящие офицеры, которые прошли войны, видели лицо смерти и таких офицеров большинство.Я прошу Вас принять верное решение,решение, которым мы, беларусы будем гордиться, потому что пока только нарастает ненависть от того, что мы видим… И в конце.Никто не хочет войны.Все акции проходят и будут проходить мирно.Люди хотят справедливости,люди просят их не обманывать,люди просят свободы.За последний пункт отвечаете именно вы, так что всё получится.Мы рядом и всегда поможем. #нетвойне#ведущийвладимирбурко #мызачестныеновости

A post shared by ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀ ВЛАДИМИР БУРКО (@vladimir_burko) on

Lundi 17 août, une grève générale est amorcée par l’opposition. Mais chose rare, des journalistes de médias nationaux rejoignent le mouvement.

Bélarus-1, la chaîne d’information généraliste cesse même d’émettre pendant la journée, affichant un plateau vide, où la lumière est éteinte. Ils étaient plusieurs centaines réunis devant le bâtiment de la télévision nationale.

«Je suis un ancien employé, j’étais responsable du programme Good Morning Belarus» témoigne l’un d’entre eux à la chaîne privée Belsat. «Je suis parti volontairement et j’ai demandé de suspendre le programme. Lorsque nos enfants sont torturés, comment continuer à expliquer à nos téléspectateurs la manière de faire une omelette?»

Le président Lukashenko face aux grévistes d’une usine nationale de tracteurs à Minsk le 17 août. «Démissionne» entonnent les grévistes à la fin du discours.

Un discours médiatique toujours à la botte de Loukachenko

Si des tensions apparaissent parmi les rédactions nationales, aucun haut responsable ne s’est encore opposé ouvertement au gouvernement. Ivan Eysmant, directeur général de la chaîne, a refusé de parler publiquement avec les grévistes. Cependant, il a expliqué à l’intérieur du bâtiment à un journaliste que s’ils souhaitaient continuer à travailler pour la télévision nationale, ils devraient en respecter les conditions et la ligne éditoriale sans négociation.

Le 19 août, une ex-directrice des chaînes nationales évoque dans une interview à Tut.By l’arrivée de journalistes russes dans les rédactions publiques pour remplacer le nombre important de grévistes.

Tadeusz Giczann chercheur spécialisé sur l’étude des pays slaves et d’Europe de l’Est à l’University College de Londres relève sur Twitter certaines incohérences qui apparaissent sur les chaînes nationales.

«La télévision d’État bélarussienne nomme maintenant le pays Белоруссия (Biélorussie). Seuls les Russes [et Français] utilisent ce terme, les bélarussiens le trouvent offensant et lui préfère Беларусь (Bélarus). C’est ce qui se passe quand on remplace la plupart des journalistes et techniciens locaux par des mercenaires russes.»

De même, comme l’a noté le journaliste Franak Viačorka, Bélarus-1 semble désormais utiliser les retransmissions en direct de l’agence de presse Ruptly, filière de la chaîne russe Russia Today, plutôt que d’envoyer des journalistes couvrir les événements. Deux jours plus tard, l’agence de presse nationale BelTA confirme l’information à travers une déclaration du président Loukachenko.

«S’ils [les grévistes] souhaitent se mettre en grève, j’ai indiqué aux directeurs de ne pas les retenir. Il y a un grand nombre de personnes au chômage et suffisamment de spécialistes disponibles sur le marché, y compris dans des pays voisins.»

Le 21 août, la censure d’État s’est accentuée sur de nombreux médias en ligne comme le relève l’Association bélarussienne des journalistes.

72 sites Internet ont été bloqués dans le pays, dont celui de Radio Free Europe, Belsat TV, le centre de défense des droits humains Viasna, ainsi que des services de VPN permettant de contourner la censure. Une autre vague de blocage avait déjà touché le 8 août le site web de l’Association bélarussienne des journalistes ou encore celui de Tut.By, journal web indépendant le plus populaire au Bélarus.

La censure Internet n’est pas nouvelle au Bélarus, le site web de Charter 97, média d’actualité défenseur des droits humains est bloqué depuis des années et était auparavant régulièrement la cible d’attaques par déni de service (DdoS), une technique dont il est difficile d’identifier les auteurs et qui visait également des médias avec une ligne éditoriale moins orientée comme Tut.By en 2014 et en 2020 ou Onliner.by (actualité numérique) en 2019.

Journalistes bélarussiens assassinés ces 20 dernières années


Aleh Byabenin, co-fondateur du média indépendant Charter 97. Au cours du printemps 2010 plusieurs journalistes de Charter 97 ont été ciblés par plusieurs perquisitions. Le 3 septembre, Aleh Byabenin est retrouvé pendu sans qu’aucune note ne soit laissé. L’enquête officielle avance la thèse d’un suicide, une conclusion rejetée par la famille et amis du journaliste.


Dzmitry Zavadski, journaliste pour la télévision nationale et caméra-man personnel d’Alexandre Lukashenko entre 1994 et 1997. Alors qu’il réalise un documentaire sur le conflit tchétchène, il disparaît le 7 juillet 2000 à l’aéroport international de Minsk. Son corps n’a jamais été retrouvé.


Pavel Sheremet, journaliste proche de Dzmitry Zavadski travaillant en Ukraine. Ils étaient emprisonnés tous deux en 1997 lors d’un reportage à la frontière entre le Bélarus et la Lituanie. Le 20 juillet 2016 à 2 heure du matin à Kiev, deux individus glissent un paquet sous sa voiture. 5 heures plus tard, quand Pavel se rend au centre-ville pour une émission de radio, sa voiture explose.


Veronika Cherkasova, journaliste d’investigation travaillant pour plusieurs journaux d’opposition. En pleine guerre d’Irak, elle enquêtais sur des réseaux financiers d’une banque bélarusienne qui aurait faciliter des ventes d’armes vers l’Irak de Saddam Hussein. Le 20 octobre 2004, elle est poignardée à vingt reprises à son appartement à Minsk. Le tueur n’est pas retrouvé et les autorités suspectent son fils de 15 ans et son beau-père du meurtre sans reconnaître le motif politique de son assassinat.

https://twitter.com/andreivaitovich/status/1303421025347043335


D’autres articles


ISRAËL – Le logiciel espion de NSO Group traque les journalistes en toute impunité

Des centaines de journalistes à travers le monde surveillés par leurs téléphones, des liens obscurs avec les meurtres des journalistes Jamal Khashoggi et Javier Valdez, des contrats à plusieurs millions de dollars pour équiper les services de renseignement de régimes répressifs… Derrière ces affaires, une société israélienne fournit aux États un logiciel d’espionnage ultraperfectionné: NSO Group.

D’abord cantonné à quelques apparitions dans la presse économique ou informatique, pour vanter les prouesses technologiques d’une petite start-up israélienne, NSO Group fait maintenant les titres de journaux. La cause de la médiatisation grandissante est son produit phare: PEGASUS, un virus espion qui vise des centaines de journalistes, défenseurs des droits humains et dissidents politiques à travers le monde.

NSO Group, un prédateur numérique

Cette année, NSO Group rafle même la première place dans la liste des prédateurs numérique, catégorie espionnage et surveillance, de Reporters sans frontières. Depuis, la société israélienne continue à faire parler d’elle. Fin juin, c’est un journaliste marocain, Omar Radi, qui témoignait dans une enquête de Forbidden Stories et d’Amnisty International, avoir été mis sur écoute grâce à la technologie israélienne. Malgré que ce ne soit pas la première affaire dans le royaume, le gouvernement rejette les accusations en bloc.

Plus récemment encore, NSO Group est au cœur d’une nouvelle polémique dans les relations entre gouvernement espagnol et indépendantistes catalans. Le 13 juillet, c’est une enquête conjointe de El País et The Guardian qui alertait sur l’espionnage grâce à Pegasus de plusieurs personnalités politiques indépendantistes (notamment Roger Torrent, actuel président du Parlement de Catalogne et Anna Gabriel, ancienne parlementaire catalane aujourd’hui exilée en Suisse). Par la suite, les journalistes ont pu confirmer, selon leurs sources, que les services de renseignements espagnols ont bien eu accès depuis 2015 au logiciel espion de NSO Group.


Dès sa création, le virus aurait d’ailleurs été utilisé pour la surveillance et la capture du baron de la drogue El Chapo.


La société voit le jour en 2009 à Herzliya dans la banlieue nord de Tel Aviv, fondée par trois entrepreneurs Niv Carmi, Shalev Hulio et Omri Lavie (Initiales de la firme).

Les deux derniers sont d’anciens agents de l’Unité 8200, services de renseignement informatiques israéliens, considérés parmi les plus technologiquement avancés au monde. Avec cette expérience, la société d’abord financée par un fonds de pension israélien propose dès 2011, une première version de son logiciel espion Pegasus. Les divers produits proposés par NSO Group sont uniquement destinés aux agences de renseignement étatiques et visent à lutter contre «le crime organisé, le terrorisme, les réseaux pédophiles». Dès sa création, le virus aurait d’ailleurs été utilisé pour la surveillance et la capture du baron de la drogue El Chapo.

Après ce premier succès, trois agences se retrouvent équipés de Pegasus courant 2013, et cible bientôt des cibles d’un autre genre.

C’est en août 2016 que le logiciel espion est étudié en détail pour la première fois. Ahmed Mansoor, défenseur des droits humains aux Émirats Arabes Unis, reçoit un message promettant des informations sur des actes de torture se déroulant dans les prisons et incluant un hyperlien suspicieux.


Enfin, il contient un mécanisme d’auto-destruction pour disparaître complètement du téléphone s’il risque de se faire découvrir.


Déjà touché par des cyberattaques de ce type par le passé, il contacte le laboratoire de recherche canadien Citizen Lab, spécialisé dans les domaines de la cybersécurité et des droits humains. Les chercheurs canadiens décident d’ouvrir le lien sur un téléphone de test puis collaborent avec la société de cybersécurité américaine Look Out pour étudier son action.

Les chercheurs découvrent un logiciel espion très perfectionné. Le virus est capable d’extraire les données des messageries, d’appels ainsi que contacts, mails, calendrier ou de paramètres (WIFI, mots de passe divers) de la cible. Son action s’étend également aux applications de réseaux sociaux (Facebook, VK) et de messageries cryptés (Telegram, Viber, WhatsApp, iMessage, Facetime, WeChat) en copiant des données en clair avant que l’application ne les chiffre pour envoi.

En plus de cet accès total, Pegasus est capable de transformer le téléphone en véritable mouchard en activant caméra, microphone et traçage GPS, sans que l’utilisateur ne puisse se douter de quelque chose grâce à un cryptage qui lui permet de passer au-dessus des antivirus traditionnels. Enfin, il contient un mécanisme d’auto-destruction pour disparaître complètement du téléphone s’il risque de se faire découvrir.


«De part sa modularité, la quantité de données utilisateur et de communication qu’il surveille ainsi que ses méthodes adaptatives pour extraire des données selon les applications, Pegasus est, à ce ce jour, le virus (…) le plus sophistiqué que nous ayons pu observer sur un téléphone.»

Citation extraite du dossier d’analyse technique de Pegasus de Look Out


«Aujourd’hui, le vrai problème, c’est le root des téléphones [ou jailbreak pour les smartphones d’Apple]» estime Anis Mazak, fondateur d’une entreprise de développement informatique. «C’est cette opération qui permet un accès système avancé («super utilisateur») et autorise des opérations normalement impossibles sur le téléphone.» Retirer cette sécurité, revient à débrider le téléphone comme on peut le faire pour une voiture ou une moto et d’accéder à des fonctions terminales normalement limitées.

«Cette manipulation permet de déverrouiller des failles et des accès non prévus par le constructeur. Des fonctions qui n’existent normalement pas sur un téléphone peuvent alors être implémentées comme un historique de navigation GPS».


Pour réaliser le jailbreak de l’iPhone de l’activiste émirati Ahmed Mansoor, Pegasus exploitait trois de ces failles.


Pour limiter l’accès root aux pirates, les développeurs cherchent à fermer dans leur logiciel toutes les failles qui permettrait à un virus de le réaliser. En plus d’équipes de spécialistes en sécurité informatique, les constructeurs organisent des «bug bounties» (chasses aux bugs) afin de mobiliser une large communauté de développeurs. Après chaque sortie de nouvelles versions du logiciel iPhone et Mac, Apple propose par exemple, pour toute personne dans le monde qui lui ferait remonter une faille permettant un accès root à un pirate, une récompense pouvant atteindre un million de dollars. 

Si le constructeur n’offre pas assez, ces failles peuvent se monnayer pour plus cher encore sur le Darknet. Pour réaliser le jailbreak de l’iPhone de l’activiste émirati Ahmed Mansoor, Pegasus exploitait trois de ces failles. Les enjeux de sécurité informatique sont également des enjeux économiques majeurs pour les constructeurs.


Son prix d’entrée est de 500.000 dollars pour l’installation du virus sur un téléphone


En septembre, le New York Times révèle le prix demandé par NSO Group aux États pour obtenir le sésame. Son prix d’entrée est de 500.000 dollars pour l’installation du virus sur un téléphone, à laquelle il faut ajouter une somme selon le nombre de terminaux visés. Pour 10 téléphones Android ou iPhone il faut compter 650 000 dollars, le prix est ensuite dégressif selon la quantité de cibles. En plus de cela NSO Group exige 17 % de la somme totale pour les frais de maintenance. Pour cette somme, la firme promet un accès complet et indétectable aux données de la victime.

 

Liste des affaires impliquant Pegasus contre des journalistes, avocats, défenseurs des droits humains ou personnalités politiques

*Le pays titré est suspecté être le pays qui a perpétré l’attaque quand l’affaire ne se déroule pas dans celui-ci


Mexique

À ce jour, 25 personnes ont été la cible de Pegasus au Mexique:

Entre 2011 et 2017, le gouvernement mexicain a passé contrat avec NSO Group pour un total de plus de 80 millions d’euros pour fournir Pegasus à au moins trois agences de renseignement.

Entre 2015 et 2016, sept journalistes qui enquêtait sur la corruption politique et cinq militants des droits humains et anti-corruption sont la cible de Pegasus.

Entre septembre et octobre 2015, deux avocats des familles du massacre de Narvarte en 2015 (cinq personnes assassinés dont un photojournalistes et un activiste) sont la cible de Pegasus.

En mars 2016, un membres du groupe interdisciplinaire d’experts indépendants (GIEI) qui enquêtait sur la disparition des 43 étudiants d’Iguala est la cible de Pegasus.

Entre juin et juillet 2016, trois personnalités politiques du parti d’opposition action nationale sont la cible de Pegasus.

En mai 2017, deux jours après l’assassinat du journaliste Javier Valdez Cárdenas, deux de ses collègues puis sa femme sont la cible de Pegasus.


Espagne

Entre avril et mai 2019, trois personnalités politiques et un militant indépendantiste catalan ont été la cible de Pegasus


Arabie saoudite

Entre mai et juin 2018, un défenseur des droits humains et un membre d’Amnistie Internationale aux sont la cible de Pegasus.

Entre mai et juin 2018, deux dissidents et défenseurs des droits humains exilés en Grande Bretagne sont la cible de Pegasus

Fin juin 2018, un activiste saoudien exilé au Canada est la cible de Pegasus. Proche du journaliste Jamal Khashoggi, la surveillance de leurs communications est suspecté d’avoir mené à l’assassinat de Khashoggi dans l’enceinte du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul en octobre 2018.

Fin juin, un journaliste du New York Times est ciblé par Pegasus


Émirats arabes unis

En août 2013, un contrat de 18 millions de dollars est conclut pour l’utilisation de Pegasus. Un second de 11 millions de dollars aurait été signé via une filière à Chypre deux ans et demi après. Pegasus aurait été utilisé pour cibler de hautes personnalités politiques au Qatar (159 personnes concernées), en Arabie saoudite et au Liban. Un journaliste du quotidien londonien Al-Arab aurait également été la cible de Pegasus.

En août 2016, un défenseur des droits humains est la cible de Pegasus


Maroc

Entre octobre 2017 et juillet 2019, deux défenseurs des droits humains ont été régulièrement la cible de Pegasus.

Entre janvier 2019 et janvier 2020, un journaliste marocain est la cible régulière de Pegasus.


Panama

En juillet 2012, Ricardo Martinelli, président de la république, signe un contrat de 8 millions de dollars avec NSO Group pour obtenir Pegasus. Un mandat d’arrêt international est lancé contre lui en mai 2017 pour la surveillance de 150 personnes, dont des journalistes et personnalités politiques de l’opposition. Ricardo Martinelli est finalement innocenté par la justice panaméenne en août 2019.


Inde

Durant les élections législatives de 2019, qui coïncide avec la faille WhatsApp de avril-mai 2019, plus d’une vingtaine de journalistes, avocats et activistes ont été ciblés par Pegasus

À la suite de la faille WhatsApp de avril-mai 2019, au moins une vingtaines de hauts fonctionnaires ont été la cible de Pegasus.

Citizen Lab a pu identifier en 2018 la présence d’opérateurs de Pegasus dans 45 pays à travers le monde : Algérie, Arabie saoudite, Afrique du Sud, Bahreïn, Bangladesh, Brésil, Canada, Côte d’Ivoire, Égypte, Émirats arabes unis, France, Grèce, Inde, Irak, Israël, Jordanie, Kazakhstan, Kenya, Kirghizistan, Koweït, Lettonie, Liban, Libye, Maroc, Mexique, Oman, Ouganda, Ouzbékistan, Pakistan, Palestine, Pologne, Pays-Bas, Qatar, Rwanda, Singapour, Suisse, Tadjikistan, Thaïlande, Togo, Tunisie, Turquie, Royaume-Uni, États-Unis, Yémen et Zambie.

Par ailleurs, six de ces États ont eu recours à des logiciels espions par le passé. (Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Kazakhstan, Maroc et Mexique)

Les chercheurs émettent cependant des réserves sur l’interprétation de ces résultats. Tout d’abord la géolocalisation des serveurs DNS peut être trompé par des facteurs autres comme l’utilisation d’un réseau privé virtuel (VPN) ou d’une connexion par satellite. La Chine n’a pas pu être investigué en raison de l’isolement de son réseau Internet.

Carte des 45 pays ou Pegasus opère réalisé par Citizen Lab

Pour l’investisseur londonien, business as usual

Les enjeux économiques considérables pour développer un logiciel pirate de cette envergure nécessite des moyens financiers importants pour concurrencer les sommes offertes par les constructeurs. Derrière NSO Group, plusieurs fonds d’investissement internationaux se sont succédés pour permettre la croissance de la firme israélienne. Le premier, Francisco Partners, gestionnaire d’investissement américain, engage en mars 2014 plus de 120 millions de dollars pour acquérir NSO Group.

En février 2019, Novalpina Capital, un fonds de gestion londonien créé deux ans plus tôt, rachète les parts de Francisco Patners pour un milliard de dollars, soit plus de huit fois l’investissement de départ.


« Les seules limites légales sont les embargos internationaux. »


«Il n’existe pas de lois pour réguler les investissements présentant des risques de controverse» reconnaît Hervé Aubert, directeur général adjoint de Swen Capital Partners, fonds d’investissements français. «Les seules limites légales sont les embargos internationaux. Deux vecteurs orientent la décision d’investissement d’un fonds de gestion. En premier lieu, l’image publique et les valeurs internes que l’entreprise véhicule, et ensuite la prise en compte des orientations d’investisseurs institutionnels (mutuelles, assureurs, fonds de pensions) qui souhaiteraient que tels secteurs ne soient pas investis.»

Les questions d’éthiques sont pour les investisseurs relégués à de simples politique interne qui peuvent varier selon leurs ambitions et les contextes sociopolitiques. C’est ainsi que certains comme Novalpina Capital se font connaître pour leurs placements dit à risque et n’hésite pas malgré les polémiques à financer des entreprises problématiques comme NSO Group.

Deux jours après l’annonce du rachat, Stephen Peel, fondateur de Novalpina Capital, se faisait doucement pousser vers la sortie de l’ONG anti-corruption Global Witness où il était également membre à cause de sa nouvelle acquisition.

NSO s’offre le pantouflage d’anciens diplomates français et américains

Pourtant NSO Group tente de montrer patte blanche devant les ONG de défense des droits humains. Sur son site Internet, la firme israélienne a mis en place un mail spécifique pour les lanceurs d’alertes qui souhaiteraient les avertir d’abus d’États dans l’utilisation de Pegasus.

Cité dans les sections «Transparence» et «Droits Humains» NSO Group affirme se référer pour sa politique interne aux principes directeurs de l’ONU relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme.


«Les Principes des Nations Unies sur les entreprises et les droits de l’homme ne sont pas juridiquement obligatoires, mais seulement recommandés» souligne Hervé Ascensio, professeur à l’école de droit de la Sorbonne et spécialiste de droit international.


À gauche : Gérard Araud confirme sa colaboration avec NSO Group au journaliste Olivier Tesquet.
À droite : liste des conseillers recrutés par NSO Group sur leur site

Dans l’optique de rassurer l’opinion sur son soutien financier, Novalpina Capital incite  NSO Group à la création d’un comité de conseil pour se conformer à ce texte.

Le 10 septembre 2019, l’annonce du recrutement de l’influent ambassadeur français Gérard Araud comme conseiller principal (mais également de Tom Ridge, ancien secrétaire de la sécurité intérieure des Etats-Unis sous George W. Bush, et de Juliette Kayyem qui se retire finalement en février 2020, ex-secrétaire adjointe aux Affaires intergouvernementales du président Obama au département de la Sécurité intérieure) fait grincer des dents au ministère des Affaires étrangères.

Et pour cause… Trois jours après, le piratage du téléphone de Omar Radi, journaliste marocain, vient une fois de plus ternir les engagements auxquels la firme israélienne prétend se plier.

«Les Principes des Nations Unies sur les entreprises et les droits de l’homme ne sont pas juridiquement obligatoires, mais seulement recommandés» souligne Hervé Ascensio, professeur à l’école de droit de la Sorbonne et spécialiste de droit international. «De plus, ils ne comportent aucune procédure de contrôle, même pour les entreprises qui s’y réfèrent dans des chartes ou autres engagements éthique. La seule procédure qui pourrait en découler est une simple médiation entre entreprise et particuliers (ou ONG, syndicat) pour violation de ces principes.»


«C’est tout le problème de l’externalisation des services militaires ou de sécurité: la structure de l’entreprise et le lien seulement contractuel mettent de la distance entre ceux qui fournissent les moyens et ceux qui les utilisent. Juridiquement, cela devient très compliqué de rechercher des responsables» conclut Hervé Ascensio.


La responsabilité finale d’atteinte aux droits humains revient par ailleurs aux États et non à NSO Group comme la firme le rappelle en conclusion de sa politique en matière de droits humains. Cela lui permet de se dédouaner de tout abus dans l’utilisation de Pegasus. Non seulement il est difficile de prouver devant un tribunal une complicité de l’entreprise aux actes d’espionnages perpétrés par les États mais les outils juridiques de droit pénal international manquent.

«C’est tout le problème de l’externalisation des services militaires ou de sécurité: la structure de l’entreprise et le lien seulement contractuel mettent de la distance entre ceux qui fournissent les moyens et ceux qui les utilisent. Juridiquement, cela devient très compliqué de rechercher des responsables» conclut Hervé Ascensio.

La justice et NSO Group

À ce jour, la firme israélienne est poursuivie en justice dans deux affaires distinctes.


Proche du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, il avance que la surveillance de leurs conversations par l’État saoudien a un lien avec l’assassinat du journaliste en octobre 2018 dans l’enceinte du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul.


La première, intentée par Omar Abdulaziz dissident saoudien exilé au Canada dont le téléphone a été infecté par Pegasus fin juin 2018. Proche du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, il avance que la surveillance de leurs conversations par l’État saoudien a un lien avec l’assassinat du journaliste en octobre 2018 dans l’enceinte du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul. L’affaire toujours en cours a été retenu en début d’année par les tribunaux israéliens. Abdulaziz a été rejoint par six journalistes et activistes victimes de Pegasus au Mexique et au Qatar. NSO Group a depuis déclaré geler ses futurs contrats avec Riyad.


La plainte accuse NSO Group d’avoir violé des conditions d’utilisation de l’application [WhatsApp]…


La seconde affaire a lieu devant les juges étasuniens. En octobre 2019, NSO Group est attaqué en justice par WhatsApp. La plainte accuse NSO Group d’avoir violé des conditions d’utilisation de l’application qui exigent de ne pas «(a) réaliser de l’ingénierie inverse, modifier, décompiler nos Services, en créer des œuvres dérivées ou en extraire le code ; (b) envoyer, stocker ou transmettre des virus ou tout autre code informatique dangereux par le biais de nos Services ou sur ces derniers.» La faille exploitée par Pegasus permettait à un pirate d’infecter un téléphone par un simple appel vocal WhatsApp, même dans le cas où l’utilisateur ne décrochait pas. 

Contrairement aux précédentes failles exploitées par Pegasus, celle de WhatsApp nécessitait de détourner l’application de son utilisation normal.


Will Cathcart, patron de WhatsApp, déclare que leur enquête interne a permis de déceler 1.400 appareils infectés de cette manière dans différents pays, dont le royaume de Bahreïn, les Émirats arabes unis et le Mexique.


C’est grâce à une version largement modifiée de l’application qu’il était possible d’infecter le numéro appelé, ce qui permet à la firme de Mark Zuckerberg d’intenter une action juridique contre NSO Group. Will Cathcart, patron de WhatsApp, déclare que leur enquête interne a permis de déceler 1.400 appareils infectés de cette manière dans différents pays, dont le royaume de Bahreïn, les Émirats arabes unis et le Mexique.

Cette plainte repose cependant sur un différend commercial entre deux entreprises, les questions d’atteintes aux droits humains et des victimes d’espionnage («avocats, journalistes, défenseurs des droits humains, dissidents politiques, politiques et hauts fonctionnaires étrangers») restent secondaires dans l’affaire.

Une législation insuffisante pour encadrer le commerce d’outils de surveillance numérique

En Europe également, ce commerce est loin d’être régulé correctement. Malgré une législation interdisant la vente d’outils de surveillance de ce type aux États ne respectant pas les droits de l’homme ou en embargo, plusieurs récentes affaires, en Italie ou même en France, démontrent que ces sociétés privées sont susceptibles de collaborer avec des États répressifs, les premiers intéressés par ces outils de surveillance.


Pour réguler ce commerce, la législation internationale se limite à des textes non contraignants.


«Les conflits ont changé, ils s’orientent de plus en plus sur du contrôle de population» estime Tony Fortin, chargé d’études à l’Observatoire des armements. «L’arme est de plus en plus électronique et on peut avec ces systèmes numériques échapper plus facilement aux législations. Le matériel militaire a évolué, mais la loi, elle, n’a pas suivi.» 

Pour réguler ce commerce, la législation internationale se limite à des textes non contraignants. Tout d’abord le Traité sur le commerce des armes, mais surtout l’arrangement de Wassenaar qui régule les exportations de matériels à double usage (ensemble des technologies, comme Pegasus, qui peuvent être utilisé à des fins civiles et militaires). Israël, n’a ratifié aucun des deux textes.

Huitième vendeur d’arme mondial, l’État d’Israël est réputé être conciliant avec les États répressifs auxquels les États Unis et l’Europe refuse de vendre des armes.

La décision d’autorisation d’export de matériels à double usage revient en Israël au ministère de la Défense. Mais une certaine opacité demeure sur les critères qui justifie qu’une exportation soit octroyée ou non à un État.


Contrairement aux agences de renseignements étatiques, NSO Group est soumise aux lois fondamentales d’Israël (lois constitutionnelles), mais malgré les nombreux scandales, elle bénéficie dans les faits, d’une certaine indulgence de la part de l’État.


«Sous la pression des ONGs, une transparence limitée a été obtenu sur les montants des contrats d’exportation d’armement, mais cela n’existe absolument pas dans le cadre du matériel à double usage ou de maintien de l’ordre» souligne Tony Fortin. Si les contrats de ventes d’armements conventionnels sont bien répertoriés (voir base de donnée du SIPRI), Pegasus n’apparaît sur aucun d’entres eux.

Le 13 juillet dernier, alors qu’étaient révélées de nouvelles affaires entre l’Espagne et la Catalogne, le tribunal de district de Tel Aviv rejetait la demande d’annulation d’exportation de Pegasus émise par Amnistie Internationale. Contrairement aux agences de renseignements étatiques, NSO Group est soumise aux lois fondamentales d’Israël (lois constitutionnelles), mais malgré les nombreux scandales, elle bénéficie dans les faits, d’une certaine indulgence de la part de l’État.

Le juge estimait que Amnisty International n’avait pas «avancé d’éléments permettant d’affirmer qu’il y aurait eu une tentative d’espionner le téléphone d’un activiste des droits humains [à l’aide de Pegasus]».

Enfin le juge a rappelé que le ministère de la Défense israélienne dispose de «suffisamment de précaution pour prendre en compte la protection des droits humains dans la distribution de licence d’exportation d’armes».

Intimidations et menaces

Entre décembre 2018 et janvier 2019, deux chercheurs du laboratoire de recherche canadien Citizen Lab, sont approchés par des agents sous fausses identités. Dans un hôtel de luxe de Toronto, Abdul Razzak pensait évoquer des questions syriennes, mais la conversation rejoint rapidement le sujet NSO Group et ses enquêtes réalisées sur Pegasus. « Est-ce que vous priez ? Pourquoi écrivez-vous seulement à propos de NSO ? Le faites-vous parce que c’est une entreprise israélienne ? Détestez-vous Israël ? » se fait interroger Abdul Razzak.

Un mois après, c’est au tour de John Scott-Railton de se faire interroger. Le chercheur reconnaît l’approche utilisée contre son collègue et contacte des journalistes d’Associated Press pour l’accompagner discrètement lors de la rencontre. La conversation change rapidement de ton, de la même façon que la précédente. Par la suite, une enquête conjointe entre le New York Times et l’émission d’investigation israélienne Uvda identifie la personne comme Aharon Almog-Assouline, agent de la société israélienne de renseignement privé Black Cube.

Mazen Masri, avocat de Omar Abdulaziz dans le procès qui l’oppose à NSO Group a été également visé par ce type d’intimidation. « Quelqu’un semble avoir intérêt à saboter le procès » déclare-t-il au Times of Israel. Pour l’avocat, ces opérations visaient à obtenir « des informations compromettantes sans lien avec l’affaire, sur les personnes impliquées ». Almog-Assouline a refusé de répondre aux questions des journalistes et Black Cube dément qu’il s’agit d’un de leurs agents. Il est enfin impossible de relier ces actions à NSO Group qui dément être un commanditaire « directe ou indirecte » de l’affaire.


D’autres articles


Exilés dans la vie et dans la mort – Les Kurdes du Père-Lachaise

Parmi les plus de 75.000 sépultures du cimetière parisien, se trouve une dizaine de tombes Kurdes. Loin du Kurdistan, ils ont été contraints à l’exil pour leurs idées politiques.

Karzan Sofiwan est un journaliste kurde d’Irak accueilli depuis novembre 2019 à la Maison des Journalistes. Le 13 juillet, il visitait le cimetière du Père-Lachaise pour se recueillir sur ces tombes kurdes.

30 ans auparavant, Abdul Rahman Ghassemlou figure de l’indépendance du Kurdistan était assassiné à Vienne par des agents iraniens. 

Abdul Rahman Ghassemlou, le résistant kurde

«Il est une part de mon histoire et j’en suis fier. Ce n’est pas le personnage en soit qui m’intéresse, c’est son histoire et sa lutte qui m’est importante.»

Abdul Rahman Ghassemlou est une figure de la résistance connue «de tous les Kurdes.» Né en 1930, il rejoint à 15 ans le Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI) dès sa fondation. Il est élu secrétaire général du parti en 1973 et prend position en faveur de la révolution socialiste de 1979. Mais après l’avènement du régime des mollahs la même année, il est condamné à l’exil.

« Je suis loin de la politique maintenant, mais mes racines, sont liées à ce personnage. Il incarne l’unité kurde [dont le peuple est réparti entre l’Irak, l’Iran, la Syrie et la Turquie » estime Karzan.

Réfugié en Autriche, Abdul Rahman Ghassemlou a été assassiné à Vienne le 13 juillet 1989 lors de pourparler avec des représentants du gouvernement iranien. Le principal suspect n’est autre que l’ex-président Mahmoud Ahmadinejad, alors haut gradé des Gardiens de la révolution islamique.

« Pour les Kurdes, Qazi Muhammad [fondateur du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran et président de l’éphémère République kurde de Mahabad] est un dieu et Abdul Rahman Ghassemlou, qui a continué sa lutte, est son prophète. »

Après l’assassinat, Sadegh Sharafkandi, ami et soutien proche Abdul Rahman Ghassemlou, est élu pour lui succéder à la tête du PDKI. Il interpelle l’opinion internationale lors de conférences et rencontres avec des personnalités françaises. Bernard Kouchner, alors ministre de la santé et de l’action humanitaire et Danielle Mitterrand seront parmi les plus actifs pour alerter l’opinion publique sur la question kurde. Ils se rendent notamment au Kurdistan irakien en juillet 1992 lors d’un voyage diplomatique. Mais pour Sadegh Sharafkandi, prendre la suite de Ghassemlou et bénéficier de cet écho international, font de lui une nouvelle cible pour le régime iranien. En septembre 1992, celui-ci est assassiné en compagnie de trois autres militants Kurdes dans un restaurant de Berlin par deux membres des services de renseignement iranien.

Yılmaz Güney, Palme d’Or à Cannes en 1982


« Yılmaz Güney est le grand-père du cinéma Kurde. Ses films inspirent encore les nouvelles générations de cinéastes kurdes.« 

Acteur kurde de Turquie renommé puis réalisateur, Yılmaz Güney met en scène le monde paysan et ouvrier écrasé par le monde moderne et les propriétaires terriens. Il tente également de faire deviner au spectateur la condition kurde de ses personnages sans l’évoquer explicitement. Son film le plus célèbre Yol (La Route), sorti en 1982 et Palme d’Or à Cannes la même année, subit cette censure sous le gouvernement militaire de Kenan Evren qui interdit à la culture Kurde d’exister.

La langue, le drapeau, même les noms des localités kurdes n’ont pas droit de citer. Le film est interdit à sa sortie, mais il circule rapidement parmi les communautés et diasporas kurdes du monde entier.

« J’avais une dizaine d’années quand j’ai découvert Yılmaz Güney. Mon père possédait un lecteur cassette sur lequel on passait ses films. Ils étaient aussi diffusés sur une chaîne TV irakienne.« 

« Ce film est incroyable. Malgré la censure, il évoque la condition dans les villages kurdes sans les nommer une seule fois.« 

Cette popularité offre à Yılmaz Güney une lumière internationale, mais elle le privera de la nationalité Turc l’année suivante. Exilé en France, il décède deux ans après d’un cancer.  

Ahmet Kaya, la résistance kurde en chanson 

«Si tu comprends la signification derrière les textes de Ahmet Kaya, tu peux entendre à travers ses chansons la souffrance du peuple Kurde.»

Originaire du Sud-Est de la Turquie, région à majorité kurde, Ahmet Kaya est le visage le plus célèbre de la chanson kurde. Mais il n’est pas seulement familier pour les Kurdes. La censure qui s’abat sur lui à partir de 1985 entraîne un effet Streisand. Au lieu de le faire taire, celle-ci attise la curiosité du public Turc, accroît sa popularité et le propulse bientôt dans les émissions TV à succès. Ahmet Kaya devient une figure majeure de la scène contestataire aux côtés d’autres artistes turcs comme Selda Bağcan.

Malgré l’interdiction de sa langue natale, Ahmet Kaya évoque implicitement en langue turque la cause kurde dans ses chansons.

«La majorité de ses chansons sont révolutionnaires et résolument politiques. Il chante les paysages du Kurdistan… Les montagnes Qandil [qui s’étendent du sud de la Turquie le long de la frontière entre l’Iran et l’Irak] ont une signification très particulière pour les Kurdes. Celui qui entre dans les montagnes du Kurdistan est inatteignable, il est protégé du reste du monde

La turquisation forcée des populations kurde tente au cours du 20e siècle d’effacer l’expression même de l’ethnie, officiellement les kurdes sont nommés les «Turcs des montagnes.»

«Les Kurdes se définissent davantage selon leur région d’origine du Kurdistan que selon leur État d’appartenance. Ainsi, nous ne parlons pas de Kurdes de Turquie, de Syrie ou d’Iran, mais de Kurdes du Nord, du Sud ou de l’Est.»

En février 1999, quelques jours après l’arrestation de Abdullah Öcalan, fondateur du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), Ahmet Kaya annonce, lors d’une remise de prix en direct à la télévision sa volonté de chanter en kurde pour son prochain album. Le pouvoir turc le poursuit pour «insulte à l’identité turque» et menace de l’enfermer.

Le chanteur quitte alors la Turquie pour la France où il décède un an après d’une crise cardiaque.


D’autres articles sur les kurdes


Hong Kong: comprendre la crise par la liberté de sa presse

Alors que la Chine est classée 177 sur 180 dans le classement de la liberté de la presse de Reporters sans Frontière (RSF), la presse de la région administrative spéciale de Hong Kong a elle, pendant longtemps, bénéficié de son système libéral. Mais depuis la rétrocession en 1997, la donne a drastiquement changé. Hong Kong a chuté de la 18e place en 2002 à la 73e cette année. Les manifestations se déroulant depuis 3 mois à Hong Kong pourraient annoncer un tournant décisif pour le futur de la presse.

Grâce au « un pays, deux systèmes », Hong Kong a longtemps accueilli les grandes agences de presse étrangère (AFP, Reuters pour ne citer qu’eux). Les réseaux Internet ne souffrent pas non plus du Grand Firewall chinois : des sites comme Google ou Facebook sont accessibles sans compromis. Mais derrière cette façade, la presse subit depuis les années 2000 de graves attaques de son voisin communiste.

Définitivement abandonné le 4 septembre, le projet de loi d’extradition vers la Chine a été pointé du doigt dès son annonce par les organismes de défense des droits de la presse comme étant une menace importante pour les journalistes hongkongais et leurs sources. Jusqu’ici, la Chine organisait des kidnappings pour ramener sur son territoire des opposants à l’étranger, mais le nouveau projet de loi menaçait, avec l’accord avec les autorités hongkongaises, de permettre des extraditions par la voie légale.

Hong Kong, un îlot pour la presse libre en Asie

En juillet 2018, on comptait à Hong Kong 78 quotidiens de presse, pour la majorité en langues chinoise ou anglaise. Ils cohabitent depuis toujours, à l’image de la société hongkongaise, une grande variété d’opinions dans la presse. Le grand clivage politique étant la relation avec la Chine, entre les médias dit pro-démocrates (Apple Daily, Passion Times) et les médias pro-chinois (Sing Pao Daily News, The Standard, Sing Tao Daily). Cependant, les sensibilités de ces médias varient également sur les questions politiques, libérales, internationales ou sociales.

En parallèle, deux journaux sont contrôlés par Pékin via le Bureau de liaison à Hong Kong (Wen Wei Po, Ta Kung Pao). Ces quotidiens diffusent la vision officielle de l’actualité mondiale et nationale du Parti communiste chinois (PCC), mais selon un sondage de l’Université chinoise de Hong Kong, ils sont considérés aux yeux des Hongkongais comme les journaux les moins crédibles.

Michel Bonnin dans l’émission d’Arrêt sur Images du 23 août 2019

Au départ opposé au projet de loi qui menaçait leur liberté économique, le milieu des affaires a ensuite fait marche arrière pour s’aligner avec la Chine après que le régime leur ait rappelé que c’est du marché économique chinois dont ils dépendent.

Des journaux hongkongais déjà sous influence chinoise

Fin 2015, le rachat du South China Morning Post (SCMP), le quotidien anglophone le plus important de Hong Kong par le groupe Alibaba (plateforme de vente Chinois) a mis en lumière la fragilité de l’indépendance des médias.

Depuis, le journal a été à plusieurs reprises accusé de collaboration avec les autorités chinoises. En juillet 2015, Zhao Wei est arrêtée et retenue prisonnière pour « incitation à la subversion du pouvoir de l’État ».

Un an après cette avocate et activiste des droits de l’Homme en Chine sort de prison mais reste sous le coup d’une importante surveillance. Au moment de sa libération, le SCMP publie alors les confessions de la jeune avocate qui explique « réaliser d’avoir emprunté un chemin dangereux et souhaite se repentir. Je ne suis plus la même personne. »

Ni son avocat, ni son mari n’avait pu obtenir le droit de s’entretenir avec elle depuis son incarcération.

Même histoire pour Gui Minhai, écrivain suédois d’origine chinoise qui travaillait pour la librairie hongkongaise Causeway Bay Books. Entre octobre et décembre 2015, cinq employés sont enlevés, dont Gui Minhai, kidnappé lors d’un voyage en Thaïlande. Début 2016, les cinq libraires réapparaissent à la télévision nationale. Ils confessent plusieurs délits, expriment leurs regrets puis purgent leurs peines. Gui Minhai est le dernier des cinq libraires à être libéré en octobre 2017 mais il est interdit de sortie de territoire.

Quelques mois plus tard, nouveau rebondissement, Gui Minhai retourne en prison. Prétextant une visite médicale, des diplomates suédois auraient tenté de l’extraire du pays mais les autorités chinoises l’ont intercepté avant.

« Gui a insisté pour l’interview [avec le SCMP], il souhaite dire la « vérité » au public » – Au South China Morning Post on reste évidement septique, on met des guillemets autour de « vérité »

C’est à ce moment que le journal hongkongais South China Morning Post intervient.

Dans un article publié en février 2018, le bouquiniste hongkongais réapparaît dénonçant une machination de la Suède qui l’aurait piégé. « J’ai honte de mon comportement. J’ai commis beaucoup d’erreurs (…) Je souhaite à ma famille une vie heureuse. Ne vous inquiétez pas pour moi. » « J’aimerais désormais rester vivre en Chine. (…) Je souhaite que le gouvernement suédois cesse de me contacter et arrête de dramatiser mon cas. »

C’est la seconde confession de Gui Minhai mais celle-ci ne convainc pas sa fille, Angela Gui, plus que la première. Depuis 2015, elle dénonce sa détention comme politique et exige le retour de son père.

En avril, Tammy Tam, rédactrice en chef du SCMP lui répondait dans un éditorial : « Nous vous assurons catégoriquement que nous n’avons pas collaboré avec les autorités chinoises. (…) En tant que journalistes, nous faisons couramment face à des décisions difficiles. Ici, nous avons dû choisir entre interviewer votre père dans ce cadre contrôlé ou ne rien faire. »

Mais cette déclaration d’indépendance de la rédactrice en chef sonne faux alors qu’en 2015, 6 mois avant le rachat du journal, quatre éditorialistes du SCMP, connus pour leur opposition au régime chinois, étaient forcés de quitter la rédaction.

Dans un éditorial, le Asia Sentinel (journal où travaille également Philip Bowring, un des éditorialistes écartés du SCMP) soupçonnait déjà le Bureau de liaison à Hong Kong, souvent taxé d’être un organe d’influence chinois, d’être derrière ces évictions.

Les confessions forcées, un « classique » des médias chinois

Les confessions publiques comme celles qu’on fait Zhao Wei et Gui Minhai sont très répandues dans les médias chinois, elles sont réalisées en collaboration avec les autorités et diffusées aux heures de grande écoute de la télévision publique chinoise.

En réalité, ces confessions sont produites sous la menace et représentent une des nombreuses pratiques utilisées par le régime pour tisser la toile de sa propagande. Celles-ci n’ont jamais fait illusion à Hong Kong ou à l’international et visent majoritairement le public chinois sensible à la propagande du PCC.

Mais voir apparaître ce type de pratique propagandiste à Hong Kong, dans un média pourtant censé être indépendant du pouvoir, semble indiquer que la Chine continentale a déjà commencé à reprendre la main sur la presse hongkongaise.

Dans un article pour la revue Made in China en novembre 2018, Magnus Fiskesjö, anthropologue et ami de Gui Minhai estimait la réputation du journal définitivement ternie: « Ces récentes affaires montrent que le South Chinia Morning Post [depuis son rachat par Alibaba] ne peut désormais plus être considéré comme une organisation de presse indépendante. »

Une opinion qui semble partagée par les Hongkongais, alors même que le journal était auparavant perçu comme le quotidien le plus sérieux de la presse. Selon un sondage de l’Université chinoise de Hong Kong, le SCMP est le journal qui a le plus perdu en crédibilité entre 2003 et 2016.

Un nouveau journalisme d’opposition

En réponse à la pression chinoise grandissante, de nouveaux médias web au financement alternatif sont apparus avec une ligne radicalement opposée à la rétrocession de Hong Kong.

Extrait d’une manifestation du 5 août filmé à 360° par Hong Kong Free Press

Né dans le sillage de la Révolution des parapluies de 2014, Hong Kong Free Press (HKFP) est un journal web anglophone.

Ce média fonctionne par donation, selon un modèle non lucratif et affiche une transparence sur ses finances. Sa couverture alternative des manifestations de 2019 diffère du reste de la profession, les journalistes filment les rassemblements et affrontements au côté des manifestants.

FactWire est une agence de presse bilingue apparue en 2016. Elle se concentre sur l’investigation des affaires nationales et fonctionne sur un modèle économique similaire à HKFP. Sa première enquête exposa les graves défauts de qualité des rames de métros hongkongaises importés de Chine continentale. Depuis le début des manifestations, FactWire couvre les cas de violences policières en recoupant le déroulé des événements grâce aux dizaines de vidéos disponibles sur la toile.

Face à une influence chinoise de plus en plus présente, ces nouveaux médias entendent peser sur le marché de l’information hongkongaise en mettant en avant la liberté d’expression, la démocratie et les droits de l’Homme contre le système chinois. Un climat de peur entretenu par des attaques contre les journalistes.

Des journalistes pro-démocratie pris pour cible

Kevin Lau au club des correspondants internationaux de Hong Kong le 9 mai 2015

« On m’a souvent demandé ces deux dernières années si la presse à Hong Kong était en danger. Maintenant, je crois que la réponse est claire comme de l’eau de roche. Elle l’est. »

Le Ming Pao est un des plus gros journaux de la presse hongkongaise, de tendance plutôt libérale et en faveur de l’ouverture vers Pékin. En 2014, le journal participait à une enquête du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) sur les paradis fiscaux mis en place par le gouvernement de Xi Jinping et le PCC [Parti Communiste Chinois].

Le 26 février 2014, Kevin Lau, rédacteur en chef au Ming Pao est attaqué au couteau alors qu’il sortait de sa voiture. Deux hommes appartenant aux triades hongkongaises lui infligent de multiples blessures au dos et aux jambes.

Pour la sphère politique, aucun lien ne peut être établi entre l’attaque de Kevin Lau et une atteinte à la liberté de la presse. Mais le Ming Pao, rejoint par toute la profession journalistique, dénoncent alors cette attaque comme un crime contre la liberté de la presse.

Mais cette attaque rejoint la liste grandissante des violences contre les journalistes depuis la fin des années 90.

  • En 1996, le journaliste Leung Tin-Wai se fait mutiler au hachoir dans son bureau de travail.
  • En 1997, Albert Cheng, journaliste de radio se fait poignarder dans le parking de son lieu de travail.
  • Chen Ping éditeur du magazine iSun Affairs subit un passage à tabac en 2013
  • Deux jours plus tard le patron de l’Apple Daily, Jimmy Lai, retrouve une machette et une hache en guise d’avertissement à son domicile vandalisé.

Tous partagent une opinion opposée à la rétrocession de Hong Kong.

La question du mobile de l’attaque s’est ensuite posée. À ce moment là, Kevin Lau et la rédaction du Ming Pao collabore avec le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) pour une enquête sur les montages fiscaux organisés par l’élite politique chinoise du PCC.

Une corrélation qui n’a pas été plus approfondie, n’ayant aucune preuve que l’attaque ait été commandée depuis la Chine, les organisations de protection des journalistes ont préféré écarter toute hypothèse prématurée.

Après 11 arrestations et 2 condamnations, l’enquête n’est finalement pas parvenue à déterminer de commanditaire, cependant ces même triades hongkongaises sont depuis réapparues à plusieurs reprises. Contre le mouvement pro-démocrate en fin 2014, et également le 22 juillet dernier où cette fois-ci, elles ont été aperçues collaborant avec les forces de police hongkongaise dans de nombreuses vidéos amateur compilées par le New York Times.

La rétrocession de Hong Kong en 1997 a porté un grand coup au journalisme hongkongais et les affaires d’ingérence se sont succédées. Face aux pressions chinoises, le modèle libéral hongkongais ne semble pas capable de protéger la liberté de sa presse et tend au contraire, sous la pression, à collaborer avec Pékin. Reste la société hongkongaise, qui elle, après 14 semaines de mobilisation, ne semble pas l’entendre de cette oreille.

Une présence massive sur les réseaux sociaux et un important retour du journalisme citoyen

Si la situation pour la presse semble s’assombrir à Hong Kong, la mobilisation elle ne semble pas diminuer.

Alors que les manifestants étaient quelques dizaines de milliers dans les rues en 2014, les cortèges ont rassemblé cette année près de deux millions de personnes mi-juin et 1,7 million le 18 août, alors même que le mouvement tend à se radicaliser.

Dans Le Temps du débat sur France Culture, Eric Sautedé, analyste politique basé à Hong Kong, évoque un soutien populaire de près de 80% et une mobilisation de 25% des citoyens (pour une population de 7,4 millions).

« Be Water »: slogan phare de la mobilisation

Dans ce contexte, le mouvement a développé une présence d’une importance sans précédent sur les réseaux sociaux.

La communication autour des mobilisations, empreinte de culture asiatique, est massive et a largement dépassé les frontières chinoises (voir thread twitter du photojournaliste Maxime Reynié sur les visuels partagées sur les réseaux)

Suivant le modèle du réseau de journalisme citoyen Indymedia en Europe et Amérique du Nord (ensemble de médias citoyens locales de tendance de gauche radicale), In-Media version hongkongaise s’est développé à Hong Kong de façon collaborative depuis 2004.

Alors que le journalisme citoyen à connu un fort déclin en Occident au profit des réseaux sociaux, In-Media a continuer à fonctionner au gré des mobilisation contre la gouvernance chinoise.

Le site de In-Media connaît depuis le début des manifestations des pics d’affluence (classé 82.000e début juin, inmediahk.net est aujourd’hui 38.000e mondial selon les statistiques de trafic Web Alexa) tandis que la page Facebook compte elle plus de 560.000 abonnés.

Cameroun : Du « Piment sur les Lèvres » mais une voix en prison

Arrêté en janvier dernier, le rappeur et activiste Valsero et son ami Amente font partie des 500 prisonniers politiques dans les geôles camerounaises arrêtés en ce début d’année. Laurène Lepeytre, réalisatrice indépendante française, a suivi le rappeur de 2014 à 2015 pour son documentaire « Du Piment sur les Lèvres ». Aujourd’hui, elle se mobilise de nouveau au côté des associations de défense des droits de l’Homme pour exiger sa libération. Le 20 août, sept mois après son arrestation, la date de son procès est enfin tombée : Valsero comparaîtra le 6 septembre devant un tribunal militaire et risque maintenant la peine de mort.

Laurène Lepeytre : documentariste du monde

Ancienne rédactrice en chef de l’Œil de l’Exilé (devenu l’Œil de la MDJ), Laurène Lepeytre est depuis 2009 documentariste indépendante.

Dans ses films, elle dépeint les sociétés évoquant l’exil, les religions, les hommes, la place des femmes, leurs combats. Son objectif, souvent tourné vers l’Afrique, laisse la parole à ses personnages et s’efface afin de laisser apparaître d’autres réalités.

Lors d’un voyage au Cameroun en 2012, Laurène fait la connaissance du rappeur Valsero qui lutte pour la jeunesse et rappe ses difficultés en tant qu’artiste engagé au Cameroun tout en évitant la censure.

Depuis plus de vingt ans, Valsero chante sa colère des gouvernants camerounais et interpelle Paul Biya, le président au Cameroun, au pouvoir depuis 1982 et plus ancien dirigeant (hors monarchie) en place dans le monde. Ses chansons depuis mises sur le Net ont connu un grand succès.

Claire référence à Fela, icône de la contestation populaire au Nigeria, le « Zombie » de Valsero n’est plus la personnification d’une junte militaire aveugle, mais celle d’un peuple endormi incapable de se soulever.

Après un appel à financement sur Internet achevé en septembre 2014, Laurène Lepeytre se lance dans ce nouveau projet de documentaire.

Avec l’aide de quelques amis camerounais. elle passe deux mois à filmer la capitale Yaoundé, les discussions politiques, l’évangélisme, le franc-parler de Valsero.

« Les benskineurs (motos taxi camerounais) venaient souvent à notre rencontre, certains sont payés pour prêter une oreille à ce qui se passe en ville et le remonter aux renseignements. On a eu une fois une fois un problème avec l’un d’eux, on a partagé une bière avec lui et ça s’est finalement bien terminé. »

Le documentaire a été tourné en grande partie sans autorisation, Laurène a dû ruser pour rester discrète sur ce qu’elle faisait au Cameroun: « J’ai demandé à un ami camerounais de me tourner des plans dans les rues de Yaoundé. Des policiers l’ont arrêté, mais comme il n’avait rien de suspect, ils l’ont rapidement relâché.« 

Finalement, le tournage s’est terminé sans complication. Début 2015, le documentaire paraît et fait le tour des festivals, Laurène obtient une diffusion télé en Nouvelle-Calédonie.

À l’approche de nouvelles élections, Valsero décide de s’engager dans la politique de son pays. Au départ militant du CRAC (Croire au Cameroun), le parti décide finalement de ne pas participer aux élections, Valsero s’engage alors avec son association ‘Our Destiny’ au côté du MRC (Mouvement pour la Renaissance du Cameroun) avec à sa tête Maurice Kamto.

« Ça a été très mal vu par certains Camerounais qui ont vu ça comme une trahison. Pour beaucoup, politique riment davantage avec corruption que solution » raconte Laurène.

Valsero rappeur en prison se bat pour la démocratie

Crédit : Facebook Our Destiny – Avril 2018

Octobre 2018, le candidat sortant, Paul Biya brigue un nouveau mandat. Mais après une victoire sans surprise, le Cameroun se retrouve secoué par l’opposition qui ne reconnaît pas le résultat officiel. S’ensuivent de nombreuses manifestations de l’opposition entre décembre et février qui se solderont par près de 500 arrestations suivit de peine de prison.

La prison centrale de Kondengui: l’Enfer au Cameroun

Parmi ces détenus, 130 n’ont pas de date de sortie et risqueraient la peine de mort sur la base de huit chefs d’accusation : « hostilité à la patrie, incitation à l’insurrection, rébellion en groupe, insurrection, attroupement, trouble à l’ordre public, association de malfaiteurs, complicité ».

C’est le cas notamment de Valsero qui est arrêté en marge d’une manifestation de l’opposition le 26 janvier avec son ami ingénieur du son Amente. Tous ont été déférés à la prison de Kondengui dans la capitale Yaoundé. Prévue pour accueillir 1.500 détenus, cette prison en accueillerait en réalité entre 5.000 et 6.000.

En mars, Laurène Lepeytre décide alors de diffuser en accès libre son documentaire « Du Piment sur les Lèvres » sur YouTube pour sensibiliser sur le sort de Valsero. Elle participe activement au collectif « FreeValsero » et lance une cagnotte pour fournir à Amente, condamné à 12 mois de prisons, une cellule plus décente.

Dans la nuit du 22 au 23 juillet 2019, une mutinerie éclate dans la prison centrale de Kondengui où sont enfermés Valsero, Amente et le chef de file du MRC. Cette mutinerie se déroule dans un quartier où sont regroupés les militants indépendantistes anglophones, Valsero et Maurice Kemto sont eux enfermés dans un autre quartier de haute sécurité.

Sur Facebook, des lives tournés par les détenus de la minorité anglophone du pays qui ont lancé l’émeute témoignent de la situation. Près d’une dizaine de coups de feu ont été entendu selon les témoins. Le bilan officiel fait état de deux blessés parmi les détenus mais RFI en dénombrerait six dont deux dans un état grave.

Le 20 août 2019, sept mois après son arrestation, la date de son procès est enfin tombée : Valsero comparaîtra le 6 septembre devant un tribunal militaire et risque maintenant la peine de mort.


Contacté par ses soutiens camerounais, Amnesty Internationale a lancé une pétition pour la libération de Valsero et des 130 autres détenus que vous pouvez trouver ici. Pour connaître l’issue du procès, vous pouvez suivre la page Facebook « FreeValsero ».