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Ingérence et attaque marocaine en plein Paris : des militants et des journalistes menacés

[LIBERTÉ D’INFORMER] La Maison des journalistes a pu interviewé l’un des intervenants de cette conférence, le journaliste Hicham Mansouri. Exilé en France, attaqué et diffamé au Maroc par des procès sans cesse reportés, hébergés il y a quelques années par la Maison des journalistes, Hicham a accepté de nous raconter ce qu’il s’est passé.

Presse au Maroc : de la censure à l’autocensure

[Liberté d’informer] Contrairement à l’image que le gouvernement marocain tente de promouvoir à l’étranger, la conquête de la liberté de la presse reste dans ce pays une bataille loin d’être gagnée. Une étude récente publiée dans l’Année du Maghreb (CNRS éditions) montre qu’il existe un fort décalage entre l’optimisme des autorités, qui affirment que le paysage médiatique marocain est libre et pluraliste, et les réalités observées sur le terrain par des organisations internationales telles que RSF, FH, Human Rights Watch ou Amnesty International.

Un Arabe dans le Métro : « Attention aux pickpockets! »

Attention aux pickpockets! Dès que je monte dans le métro de Paris, j’entends cette alerte. J’ignore pourquoi je me sens à chaque fois concerné. Par l’accusation et non l’alerte (si vous ne l’aviez pas deviné). Ce sentiment est d’autant plus fort que la voix féminine répète le message en plusieurs langues sauf l’arabe. Je ne suis pas le seul à le penser. Prenons par exemple ce couple de touristes britanniques qui est tout près de moi.

Avec un geste de la main, le monsieur vient d’alerter sa compagne de faire attention au potentiel pickpocket derrière elle. Elle se retourne, me regarde de haut en bas, puis fait un pas vers son conjoint en collant son sac à main sous son épaule. J’ouvre mon sac à dos et en tire un journal afin d’oublier l’humiliation, mais surtout dans l’espoir de rassurer mes voisins. Je tombe sur une photo d’un concert qui me rappelle une blague:

  • Y a-t-il des européens dans la salle?
  • Oui!!
  • Levez vos mains! (les concernés lèvent tous les mains en l’air). Des arabes dans la salle?
  • Oui!! (quelques personnes)
  • Fouillez dans les poches!!!

Je plie mon journal et observe les lumières clignotantes sur la carte des stations de la ligne. Inversement aux tramways de mon pays, je me dis que les noms des arrêts du métro parisien rendent beaucoup d’hommage aux personnalités ayant marqué l’histoire de la République, d’Europe et du monde entier. Victor Hugo, Emile Zola, Michel-Ange,  etc.

D’un métro à un autre

A Rabat c’est plutôt: Hay Karima (quartier de Karima), Mohammed V, Pont Hassan II, Nations-Unies, ou encore Hôpital Moulay Youssef ». Quel malheur. Je n’ai aucune nostalgie. J’aime mon exil et le Maroc ne me manque pas. En tout cas pas trop. Quand ça arrive, je me rends vite à Barbès. Les foules, les vendeurs de cigarettes qui abordent les gens et, pour utiliser le terme de l’humoriste algérien Fellag, les “Hitistes” – c’est-à-dire ces personnes adossées au mur toute la journée pour observer les passants. La station de Métro de Barbès ne ressemble pas aux autres. Les murs sont tristes et les panneaux n’existent pas ou fonctionnent rarement. Le temps s’arrête à Barbès. Au Maroc.

Un mouvement brusque me réveille de mon “voyage” au Maroc. Le métro vient de prendre un virage et une vieille dame a failli tomber. J’étais sur le point de lui céder mon siège avant de me rendre compte que j’étais aussi debout. J’ai aussi oublié que j’avais décidé de ne plus céder ma place aux… vieillards sans canne ou qui ne le demandent pas. Oui, depuis le jour ou une “vieille” dame, bien maquillée, m’avait regardé méchamment. Elle avait pris ma proposition comme une insulte à sa beauté et à sa jeunesse.

Tristes anecdotes sur la ligne 13 du métro parisien

La ligne 13, que je prends presque chaque jour, est une ligne bizarre. On dit que c’est un chiffre porteur de malheur. Moi, j’aime ce chiffre. C’est mon anniversaire et c’est l’ordre de la première lettre de mon nom dans l’alphabet. Sur cette ligne, il n’y a jamais de place libre. On y voit toutes les couleurs et tous les âges. Durant chaque trajet, je scrute les visages des gens en essayant de deviner leurs parcours, leurs “origines” et leurs rêves. Hier, inconsciemment, j’ai passé plus d’une minute à suivre la conversation d’un jeune berbère. J’ai même essayé de deviner ce qui se disait à l’autre bout du fil, moi qui partage avec lui la même langue natale.

  • Non, ne lui donne pas les 2500 dirhams, fais attention!

Je devinais que rien n’avait changé dans mon pays. Il faut toujours faire attention. Se méfier de tout. Du commerçant, des chauffeurs de taxis, des policiers, des voisins, de sa famille et, parfois, de soi-même.

Un garçon de cinq ans, accompagné de sa maman, monte dans le métro.

  • Maman, il y a trop de monde! (lance le petit apparemment effrayé par la foule afro-asiatique).
  • Oui.
  • Maman, pourquoi il n’y a pas de places?
  • Car les gens sont assis.
  • Maman, pourquoi il fait noir? (tunnel).
  • Allez, on descend au prochain!

Moi aussi je devais descendre… il y a trois stations !

Maroc : Dégradation de l’état de santé d’un activiste détenu dans la prison de Kénitra

[Par Samad AIT AICHA]

Près de trois mois après  son arrestation, l’état de santé de l’activiste, membre du Mouvement 20 février à Casablanca, Rabii Houmazen (29 ans) s’aggrave des suites de la grève de la faim que le prisonnier a tenue durant 10 jours. Le jeune activiste du M20F, version marocaine des révoltes des printemps démocratiques survenues dans les pays arabes, est condamné à dix mois de prison ferme et à une amende de 6200 dirhams (environ 600 euros).

Portrait de l’activiste Rabii HOUMAZEN emprisonné depuis trois mois par les autorités marocaines ©A.MOUKTAFI

Selon un communiqué de sa famille publié sur les réseaux sociaux il y a quelque jours,  l’activiste du Mouvement 20 Février et étudiant Rabii Houmazen a eu des problèmes respiratoires  et a connu une «dégradation de l’état de santé suite à des infections pulmonaires  après une grève de la faim de 10 jours. Pourtant, les autorités ont refusé de le soigner» ajoute le communiqué.

Dès qu’il a eu la possibilité de le faire depuis la prison, Rabii a confirmé avoir «entamé une grève de la faim de dix jours à partir du 23 mars pour protester contre l’injustice, contre l’interdiction de poursuivre mes études en philosophie derrière les barreaux, contre la répression, pour mon identité politique et ma libération immédiate».

Pour le comité de soutien, la lutte pour la fin de son emprisonnement continue. «On va continuer à combattre pour la liberté de l’étudiant marocain Rabii Houmazen qui risque de ne pas pouvoir poursuivre ses études derrière les barreaux, ainsi qu’à défendre son identité politique, à travers plusieurs actions de protestation et de mobilisation qu’on organisera» nous a confirmé Marwa Khouya, coordinatrice du comité.

Depuis l’arrestation de Rabii Houmazen alias “Sakhet”, le 19 février 2017, une levée de boucliers a eu lieu dans toutes les sphères activistes marocaines. En effet, une campagne de solidarité a aussitôt été lancée sur les réseaux sociaux, appelant  la libération immédiate  de “Sakhet”, comme le souligne un communiqué de l’Association Article 19.

Affiche de soutien à Rabii HOUMAZEN, diffusée sur les réseau sociaux par l’association Article 19 @Article 19

«Rabii est incarcéré dans des conditions inhumaines, privé de denrées alimentaires et de produits de base. Tout cela se déroule dans le cadre d’un procès qui, le moins que l’on puisse dire, est loin de répondre à des normes justes et/ou démocratiques», ajoute comité de soutien à Rabii.

Avant même d’annoncer le jugement et de prononcer son emprisonnement, un  rapport rédigé par  le comité de soutien dénonçait «la présidence judiciaire [qui] a refusé de discuter la tenue d’un procès pour expliciter ou rendre nul l’objet de l’arrestation de Rabii Houmazen, dans une atmosphère d’oppression et d’humiliation. De fait, le juge a donc expulsé Rabii Houmazen de la salle de l’audience ainsi que ses amis et famille qui le soutenaient pendant l’audience au tribunal de première instance, et a annoncé la condamnation sans appel du prévenu concerné. Condamnant ainsi Rabii Houmazen à dix mois de prison ferme et au paiement d’une amende de 6200 dirhams, par contumace, sans possibilités de recours».

Après  sa participation à une manifestation contre l’accaparement des terres collectives par la société Al Omrane à Sidi Taybi Rabat – village entre Rabat et Kénitra, où de nombreux citoyens sont sous le joug d’une véritable mafia immobilière qui menace de les expulser de leur maison à tout moment-, Rabii Houmazen a été arrêté à son retour à Kénitra et a découvert qu’il était poursuivi par les autorités pour avoir participé à une précédente manifestation, celle des enseignants stagiaires à Kénitra en date du 15 mars 2016. Le rapport du comité de soutien détaille : « De bonne heure, alors qu’il transportait les banderoles préparées pour la commémoration du Mouvement du 20 Février à Rabat et Casablanca, Rabii a été victime d’un accident ambigu, suivi de son arrestation pure et simple.»

De violents échanges avaient opposé les manifestants professeurs stagiaires aux forces de l’ordre à Kénitra, fin février 2016 ©France24/Youtube :

Sa famille organisera une manifestation le samedi 22 Avril 2017 devant le Parlement, à Rabat, pour exiger sa libération immédiate et la fin des arrestations arbitraires prononcées contre des militants politiques par les autorités marocaines.