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Protection et accès à l’information, les nouveaux enjeux du journalisme

Depuis le 17 juillet, les internautes kazakh se retrouvent automatiquement redirigés sur une page du gouvernement les invitant à installer un nouveau certificat SSL. Les fournisseurs d’accès à Internet (FAI) kazakh ont reçu l’instruction du gouvernement d’obliger leurs utilisateurs à installer ce certificat SSL pour accéder au réseau et contourner le protocole de chiffrage HTTPS. Cette mesure viserait à protéger les citoyens, les organismes publics et entreprises privées contre les attaques de pirates informatiques, les fraudeurs sur Internet ou autre type de cyber-menaces. Mais derrière cette explication étatique, beaucoup d’internautes y perçoivent une façon de surveiller toute l’activité des journalistes et activistes sur Internet.

Un certificat SSL permet normalement de lier utilisateur, nom de domaine et serveur afin de chiffrer les échanges de données et certifier qu’un site web est bien celui qu’il dit être. Mais une fois installé, le certificat kazakh offrirait une ‘backdoor’ (porte dérobée) aux autorités: celui d’origine, copié et modifié, est remplacé par le nouveau qui déchiffre les données, examiner le contenu puis les chiffres à nouveau sans que l’utilisateur lambda ne puisse remarquer la manœuvre.


Depuis les révélations de surveillance mondiale dans les documents d’Edward Snowden, les géants du web ont changé leurs techniques de sécurisation des données.


Qu’est-ce qu’un « Fournisseur d’Accès à Internet »?

Un Fournisseur d’accès à Internet (FAIest l’organisme qui permet le raccordement aux réseaux Internet à l’utilisateur. 

En France, il s’agit de Free, SFR, Bouygues Telecom, Orange, Colt…

Ils sont généralement gérés par des entreprises privées (France, États-Unis ou Kazakhstan) mais peuvent parfois être administrés directement par un État qui souhaite garder un contrôle total sur ses réseaux (Chine).

Dans la chaîne de l’information, deux FAI distincts interviennent pour lier l’émetteur et le récepteur aux réseaux.

Les FAI représente un intérêt politique de plus en plus important, car c’est par eux que circule toute l’information sur Internet.

Le « Man-in-the-middle » intercepte vos données

En cryptographie, on nomme ce type d’attaque ‘Man-in-the-middle’ (l‘homme du milieu).

Intercepter une connexion sans que l’émetteur et le récepteur ne s’en rendent compte. Le risque principal du certificat SSL est qu’une fois la clef cryptographique compromise l’ensemble des données est déchiffrable par un tiers.

L’attaque au Kazakhstan évite le problème de la cryptographie. Ni l’hébergeur ni l’utilisateur (qui a installé le certificat étatique) ne peut se rendre compte de l’attaque.

Cependant des internautes avertis ont pu rapidement repérer la supercherie et le signalement transmis aux éditeurs de navigateurs peut ensuite être suivi d’un bannissement du certificat corrompu, ce qui entraînerait un blocage de l’accès aux sites aux utilisateurs kazakh.

Des précédents de censure de l’information au Kazakhstan

Depuis 2012, la majorité des titres indépendants du pays catégorisé comme « extrémistes » ont été interdits dans le pays, faisant chuter le pays à la 158ème place sur 180 dans le classement de la liberté de la presse de Reporter sans frontière.

Le Kazakhstan avec un taux de connectivité de plus 76% représente l’un des pays les plus connecté d’Asie, les mesures de censures d’Internet se heurtent dès lors à une grande opposition dans la population.

En 2015, le gouvernement avait déjà tenté d’installer le même moyen de surveillance des réseaux, mais les banques, FAI, et diverses organisations du privé et du public avaient fait pression sur le gouvernement, car ce type de mesure isolationniste se fait au risque d’être coûteuse pour l’économie du pays.

Ces tentatives sont non sans rappeler le Grand Firewall de la Chine qui organise la censure et la surveillance à l’échelle du pays, au point de créer un intranet coupé du reste du monde, l’usurpation du certificat SSL étant une des nombreuses méthodes utilisées.

Depuis 2013, les révélations de l’ancien consultant à la NSA Edward Snowden démontre comment l’agence de renseignement nord-américaine a établi une surveillance mondiale des réseaux Internet et de télécommunication.

Si le protocole internet HTTPS sécurise les échanges de données, la NSA a montré qu’elle pouvait malgré tout – et entre autres – tracer les activités des utilisateurs.

La solution VPN pour sécuriser ses sources

Pour parer à ce type d’espionnage ou de blocage, il existe différentes techniques qui dépendent de la situation et des besoins de l’utilisateur.

Un VPN (Réseau privé virtuel) permet de créer un tunnel de l’ensemble du réseau avec un serveur distant et d’accéder aux sites normalement bloqués via ce serveur relais.

Cependant, la sécurité d’un VPN reste relative à la technologie de chiffrage utilisé et dépend de la confiance de l’utilisateur avec le fournisseur du service qui dispose d’un accès direct aux données échangées.

Le VPN n’est pas gratuit. Selon les régions du monde, il n’est pas toujours accessible. Si en France, des entreprises privées proposent des VPN illimités pour quelques euros par mois, au Tchad le service d’un VPN, qui était nécessaire pour accéder aux réseaux jusqu’au mois de juillet, coûte au minimum 10€ le gigaoctet.

« L’oignon » au secours de la libre information

Une autre solution est l’utilisation du navigateur Tor. Il permet de profiter d’un réseau décentralisé de relais dans le monde pour rendre tout traçage ou interception des données très difficiles (mais toujours relatifs).

Tor est en constante évolution et permet notamment un accès au web même depuis les pays qui tente de le bloquer. Comment ? Grâce à un système de passerelles pour rejoindre le réseau Tor via des relais alternatifs.

L’utilisation de Tor laisse malgré tout une trace importante : les FAI locaux ainsi que tout observateur du réseau peuvent repérer l’utilisation du navigateur. Ainsi, un journaliste souhaitant crypter ses activités sur les réseaux peut dans le même temps attirer l’attention sur lui et ses informations.

Schémas du logiciel Tor et du protocole HTTPS

Depuis les révélations de surveillance mondiale dans les documents d’Edward Snowden, les géants du web ont changé leurs techniques de sécurisation des données. Notamment par la normalisation du protocole HTTPS au détriment du HTTP classique (« s » signifiant sécurisé). 

L’activité sur les réseaux étant de plus en plus facilement traçable, c’est le chiffrement des échanges à travers de nouvelles méthodes de cryptographie qui s’est considérablement démocratisé.

Suite aux révélations de surveillance des télécommunications, des applications de messageries internet comme WhatsApp, Telegram ou iMessage ont été les premières à installer le chiffrage sur les conversations écrites puis orales.

La transparence est la sécurité, la cryptographie est la clef

En parallèle, les rédactions de journaux du monde ont également suivi la tendance. Elles ont progressivement adopté les nouvelles plateformes qui proposent des solutions sécurisées pour la sauvegarde internet de données et la diffusion d’informations sensibles.

Open Source VS Propriétaire

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ce sont pour la plupart des programmes open source –dont le code source est public et non pas privatisé– qui sont recommandés pour la sécurisation de données. Cela signifie que quiconque peut explorer le code pour y déceler les failles. En conséquence, les programmes open-source basent toute leur sécurité sur la cryptographie et l’échange sécurisé des clefs.

Dissimuler le code revient également à ne pas être entièrement transparent avec l’utilisateur sur le fonctionnement du système.

Le programme propriétaire ne permet pas au grand public d’accéder au code source, selon un principe de sécurité par l’obscurité: c’est le code lui-même qui est crypté pour que les failles éventuelles du programme ne soient pas accessibles.

C’est la politique d’une société comme Apple qui vante l’impénétrabilité de leurs systèmes. Cependant, celle-ci demeure comme toujours relative et repose sur un contrat de confiance avec l’utilisateur qui perd le contrôle sur ses données.

Il n’existe pas en sécurité informatique de solution pérenne, c’est un domaine en constante évolution: un programme, aussi sûr soit-il aujourd’hui, peut être compromis le lendemain par une nouvelle faille.

Les journalistes doivent apprendre de plus en plus à jongler avec les technologies qu’ils utilisent pour garantir le secret des sources, de plus en plus mis en danger par l’évolution rapide des technologies. Si la cryptographie n’est pas un domaine facile d’accès, elle semble représenter aujourd’hui l’avenir à moyen terme de la sécurité informatique pour les journalistes et activistes de pays dictatoriaux.

La révolution syrienne vue par la chaîne Russia Today ou la nouvelle lutte de l’information

Avec plus de 1.400.000 vues, c’est la vidéo star de la chaîne YouTube du média russe. Pour la version allemande, c’est près de 1.800.000 et c’est plus de 4.500.000 pour la vidéo postée sur la page Facebook « In the NOW » qui appartient, sans que ce soit explicitement indiqué, à la rédaction de Russia Today. L’image est forte, le propos cinglant, le décor officiel onusien couronne le tout: « La jeune journaliste indépendante qui remet en cause un confrère mainstream ». En 3 minutes 30, elle y dénonce la propagande occidentale, la corruption de l’organisation de Défense Civile Syrienne et l’inexistence de source fiable. Pourtant la journaliste, Eva Bartlett, n’est pas tant indépendante que le précise le sous-titre, le décor siglé ONU, pas vraiment officiel, et le propos plutôt mensongé comme le décrypte le journal Libération.

Médias occidentalistes contre médias russes

La guerre civile syrienne trouve ses origines début 2011, dans le sillage des révolutions arabe du Maghreb. Dès 2012, la Russie offre un appuie logistique à son allié syrien. En septembre 2015, Vladimir Poutine annonce répondre à la demande de soutien militaire du chef d’État syrien. Au moins 5.000 soldats sont déployés ainsi que plusieurs sociétés militaires. Les bombardements débutent à la fin du mois sur les groupes djihadistes et rebelles.

RT recrute alors pour couvrir le conflit de nombreux indépendants qui partagent un point de vue pro-russe, voir pro-Bashar el-Assad. Toujours critique de l’ingérence occidentale, ainsi que son idéologie envahissante, la chaîne prend alors un angle souverainiste pour ‘expliquer’ les exactions du régime de Bashar el-Assad.

Plus problématique encore, les reportages entretiennent une confusion constante – et contraire à toute déontologie – entre les groupes salafistes djihadistes et les groupes rebelles de l’Armée syrienne libre.

Syrie : confessions d’enfants qui n’ont rien connu d’autre que la guerre


« Les combattants de Liwa al-Quds, c’est ce qui ressemble le plus à une famille pour Jamil. » Lizzie Phelan, reporter de Russia Today.


Le 13 décembre 2016, les rebelles de l’armée syrienne libre déposaient les armes à Alep. Ils avaient jusqu’alors tenu la ville face aux forces royalistes, tandis que dans les campagnes alentours, le régime faisaient également face au groupe État islamique.

Dans un reportage pour RT à Alep, trois jours plus tard, la journaliste britannique Lizzie Phelan accompagne une chabiha, une milice pro-gouvernementale, qui sauve des enfants de « la guerre » (La quoi ? Révolution ? Non, connais pas.)

On retrouve tout du long la rhétorique des civils utilisés comme bouclier humain et la journaliste entretien la confusion en parlant des « terroristes » pour nommer les groupes rebelles.

La bataille d’Alep a fait plus de 21.500 morts selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). en grande partie à cause des frappes menées par le régime syrien et la Russie. Celles-ci ont parfois visé intentionnellement les populations civiles d’Alep – comme ceux-là mêmes interviewés dans le reportage de RT – avec l’utilisation d’armes chimiques, de barils explosifs largués par hélicoptère et d’armes à sous-munitions comme révélé par erreur dans un reportage de RT.

Dans une interview pour le New York Times en janvier 2012, la reporter de guerre de RT et de l’agence iranienne Press TV, Lizzie Phelan défend sa vision d’un journalisme souverainiste:

« Je me sens davantage en paix avec moi-même en travaillant pour le média d’un pays qui se défend d’une agression extérieur que pour un autre dont l’idéologie impérialiste justifie d’elle même le fait d’être imposé partout dans le monde et par tous les moyens nécessaires. (…) Le rôle de ces médias mainstream, BBC, France 24, Al Arabiya, Al Jazeera, est de créer un récit qui justifie une intervention en Syrie, en Libye. »

« Je pensais aller à Homs mais j’ai dû renoncer car c’était trop dangereux pour moi suite aux attaques de journalistes par la prétendu Armée syrienne libre. » explique la journaliste de RT, faisant allusion à la mort du cameraman Gilles Jacquier le même mois dans des circonstances incertaines. Mais un mois après, ce sont deux journalistes occidentaux (Marie Colvin et Rémi Ochlik) qui couvraient le conflit du côté des rebelles de Homs qui étaient tués, cette fois-ci directement visé par les forces du régime.

À l’ère de la post-vérité, l’objectivité n’a plus de sens et les massacres ne sont que des opinions

Une autre cible récurrente de la chaîne RT est la Défense civile syrienne ou Casques blancs accusés de tous les maux : enlèvement d’enfants, manipulations, voir même d’actes terroristes.

Cette organisation humanitaire est présente depuis le début du conflit au côté des groupes révolutionnaires. 4.000 volontaires sont présent dans l’ensemble du pays pour évacuer des décombres les victimes et prodiguer les premiers soins.

Très présente sur les réseaux sociaux, l’organisation syrienne a reçu dès 2013 un soutien financier des États-Unis et de l’Europe, et un appui logistique de l’ONG Britannique Mayday Rescue. Les installations des Casques blancs souvent ciblées par les frappes russes et loyalistes, c’est plus de 260 volontaires qui ont perdu la vie depuis le début du conflit. Les bombardements visant les zones rebelles sont souvent doublés pour atteindre, quelques minutes après la première salve, les secouristes occupés dans les décombres.

Recherge YouTube "Casques blancs" : Revoilà Lizzie Phelan qui nous ''réinforme'' cette fois-ci sur les Casques blancs

Le 7 avril 2018 à Douma, la chaîne RT prétend que les 3 bonbonnes de gaz chloré, qui ont fait près d’une centaine de victimes civiles avérées, ont été déposés par les rebelles. Mais très vite les images des bonbonnes cabossées par la chute, voir passées à travers un plafond pour l’une, contredisent cette version.

Le fait que les bonbonnes ait été larguées incrimine directement le régime qui a le contrôle total, avec les forces russes, du ciel syrien. Quelques jours après, une vidéo montrant la frénésie dans un hôpital de Douma a été reprise par le média russe qui sous entend une manipulation de la Défense civile syrienne .

Pourtant aucun casque blanc n’apparaît pas dans la vidéo originale, et pour cause celui-ci est complétement indépendant de l’organisation. On peut trouver comme source première de cette vidéo le groupe Facebook Douma.Revolution et la chaîne YouTube du potentiel auteur de la vidéo.

« Toute l’information selon des sources contradictoires »

Robert Fisk sur Russia Today (Capture d’écran, 2012)

Dans les journalistes cités par RT France sur cette attaque on retrouve également le grand reporter britannique Robert Fisk (The Independent) qui couvre le conflit syrien en compagnie des forces russes et syriennes.

Mais depuis le début du conflit, Fisk fait l’objet de nombreuses critiques de ses confrères pour ses positions pro-Bashar. Le site Conspiracy Watch affirme que Fisk a « quasiment perdu toute crédibilité auprès de la communauté des grands reporters, et plus généralement de la presse occidentale ».

Sur l’attaque chimique de Douma du 7 avril, le journaliste a rapporté le témoignage d’un médecin qui contredit la version occidentale et remet la faute sur un casque blanc qui aurait provoqué volontairement la vague de panique. Par la suite, Fisk a été très critiqué, car le médecin cité n’était pas présent ce jour là et il n’aurait pas pris la peine, pourtant présent dans les premiers à Douma, de rencontrer les médecins de garde ce jour là.

Et finalement, si c’était plutôt la Russie qui essaierait grâce à ses médias de justifier son intervention en Syrie ? Non, à la MDJ on ne tombera pas dans le complotisme…​

Derrière la propagande pour les régimes syriens et russes diffusée par la chaîne, il est surtout reproché à RT une couverture inégale du conflit, ignorant la réalité de la révolution syrienne.

Le 23 novembre 2018 à Kafranbel, le journaliste et militant révolutionnaire Raed Fares, sous la menace constante des groupes djihadistes, était abattu en pleine rue par un commando de trois hommes armés. Tandis que les médias occidentaux traiteront l’information en rendant hommage à l’homme et son combat pour la révolution, RT et l’ensemble des médias russes n’en diront pas un mot.

Derrière cette guerre de l’information et les intérêts géopolitiques de chacun dans la région, la couverture de RT du conflit syrien a pourtant un effet bien réel. En ajoutant à une situation chaotique la chape de plomb d’une désinformation propagandiste, RT permet d’abord et avant tout de cacher les crimes de guerre et assassinats politiques d’un boucher de Damas.

« Osez questionner » – Slogan de la chaîne RT

Lancée en 2005 en langue anglaise sous le nom RT International, au départ basé à Moscou , la chaîne internationale russe, Russia Today s’est rapidement déclinée en arabe et en espagnol et a ouvert des bureaux internationaux.

La branche française de RT est lancée en décembre 2017 et fait face très tôt à une opposition ferme du gouvernement français.

Le Syndicat national des journalistes dénonce dans un communiqué le 12 juillet 2018, la fermeté de l’État envers la chaîne qui s’est fait interdir pendant la campagne présidentiel l’entrée de tous les meeting du partie présidentiel En Marche, puis perdait ses accréditations à la salle de presse de l’Élysée en mai 2018.

Malgré un format d’actualité en continue (BFM TV, C News), RT revendique une ligne éditoriale très critique des démocraties libérales  et des médias occidentaux. La chaîne a trouvé dans le mouvement des Gilets jaunes un nouvel écho pour sa liberté d’opinion, sa ligne souverainiste et son opposition au gouvernement français.

Elle réalise son record d’audience le 8 janvier 2019 avec 763.000 visiteurs uniques.

Fin 2018, RT compte une cinquantaine de journalistes et prévoit à terme une rédaction permanente de 150 employés.

« CNN sucks » : le coup de grâce de Donald Trump

Mardi 18 juin, Donald Trump lance sa campagne pour les élections de 2020 à Orlando. Après six minutes de discours dont quatre de critiques envers les médias, la chaîne d’information continue CNN décide de couper le président américain et de reprendre l’antenne. Un acte qui se place dans la continuité d’une mésentente entre Trump et CNN qui ne fait qu’empirer depuis le début du mandat. Retour sur une guerre des nerfs.


Le doigt pointé vers les caméras, Donald Trump déclare « Au fait, ça, c’est un tas de fake news!« .


 

« CNN sucks, CNN sucks, CNN sucks« . Les supporters de Donald Trump n’ont cessé de clamer leur colère durant de longues minutes envers la chaîne. Cette scène se déroule lors du discours de campagne du président américain en Floride, mardi 18 juin. Il n’a pas fallu attendre longtemps, deux minutes précisément, pour que sa prise de parole dérive vers des critiques anti-médias.

Le doigt pointé vers les caméras, Donald Trump déclare « Au fait, ça, c’est un tas de fake news!« . S’en suivent des huées envers les journalistes présents sur place de la part des supporters. La chaîne d’information en continue CNN fait alors le choix d’arrêter la diffusion du discours.

Le présentateur John Berman reprend la parole et explique que le président « est sur scène depuis maintenant six minutes. Pendant deux minutes, il a parlé de l’économie. Et puis pendant quatre, ce n’étaient que des attaques envers les médias ».

Ce nouvel épisode rompt définitivement toutes relations cordiales entre le président et la chaîne, déjà bien écorchées par le passé.

  • L’usage de la violence : le combat de catch

Dimanche 2 juillet 2017, Donald Trump publie sur son compte Twitter un montage de lui frappant un homme au visage recouvert d’un logo CNN renommant la rédaction « Fraud News CNN« . On y voit le dirigeant prendre par le cou un homme au bord d’un ring de catch, le plaquer au sol et lui asséner plusieurs coups de poing avant de se relever et de partir. La séquence est authentique puisque elle date de 2007 et est extraite d’un match de catch intitulé « la bataille des milliardaires ».

« Nous continuerons à faire notre travail. Il devrait commencer à faire le sien », a répondu la chaîne américaine suite à cette attaque sur ses réseaux tout en dénonçant un président qui « encourage la violence contre les journalistes« .


« Mon nom est CNN et j’ai été agressé par le président des États-Unis« .


D’un ton humoristique, CNN publie une réponse via le compte de Mark Humphries. On y voit un personnage représentant CNN se confesser sur les agressions répétées du président des Etats-Unis. « Mon nom est CNN et j’ai été agressé par le président des États-Unis ». Une réponse qui a été largement relayée sur Twitter avec plus de 35.000 partages.  

  • Sarah Murray, l’ »horrible journaliste » de CNN

Sarah Murray, reporter pour la chaine américaine n’a pas échappé au déferlement de haine de Donald Trump envers les médias durant sa campagne présidentielle.

En septembre 2015, le candidat s’en prend violemment à la journaliste, sans jamais la nommer. Il l’accuse de mentir sur le nombre de personnes se rendant à ses meetings. « C’est une journaliste horrible. Oh, regardez, la pièce est vide! La pièce n’était pas vide, tout le monde était debout juste à côté de moi. »

Deux mois plus tard, le président récidive, cette fois ci directement sur le plateau de CNN dans l’émission New Day. « Elle est vraiment mauvaise, votre reporter, […] J’ai les plus grandes foules! […] Si on écoute Sarah Murray, on a l’impression qu’il n’y a que trois personnes à la Trump Tower ». L’animateur Chris Cuomo essaye tant bien que mal de défendre sa collègue devant le président, en vain.

  • Les dérapages de la rédaction de CNN

En mai 2017, une polémique secoue la chaine américaine. Kathy Griffin, co-présentatrice depuis 10 ans d’une émission pour le réveillon publie un cliché pris par Tyler Shields. On y voit l’animatrice poser avec une fausse tête de Donald Trump décapitée et pleine de sang. Très vite, l’image devient virale. Kathy Griffin est renvoyée, et le président américain affirme que son fils de 11 ans, Barron, a du mal à se remettre de cette photo.

Le 22 juin 2017, la publication d’un article sur le site de CNN plonge la rédaction dans une nouvelle polémique. L’article affirme qu’un proche du président, Anthony Scaramucci, a discuté avant l’élection de Trump avec le Russian Direct Investment Fund, un fonds d’investissement russe. Après relecture, de nombreuses erreurs sont relevées par Sputnik News et Breitbart, des médias pro-Trump et pro-Poutine.

Le jour suivant sa mise en ligne, l’article est supprimé. Suite à ça, l’auteur de l’article, Thomas Frank, l’un des membres de l’équipe d’édition, Eric Lichtblau et le responsable de la cellule d’enquête Lex Haris démissionnent de la chaîne américaine.

Donald Trump a réagit à ses départs sur son compte Twitter en accusant le « faux média CNN » d’avoir publié des « articles russes bidons ». « Ils ont pris le faux média CNN la main dans le sac » a-t-il poursuivi.

LA CHAINE D’INFORMATION AMERICAINE CNN

Cable News Network (CNN) a été fondée en 1980 par Ted Turner, un magnat des médias américains. Depuis 1996, la chaine est aux mains de WarnerMedia, deuxième plus grand groupe de production télévisuelle, cinématographique, et de divertissements au monde en termes de chiffre d’affaires.

CNN devient un réseau mondial grâce à la couverture en direct de l’accident de la navette spatiale Challenger en janvier. La chaîne est la première à définir les codes de l’information en continu, avec les « breaking news », les longs plateaux sur le terrain et les débats d’opinion entre invités. On parle même d’ »effet CNN » qui désigne l’influence des médias. CNN est l’un des seuls média international à être financé par des recettes publicitaires. La chaine dépassera d’ailleurs le milliard de dollars de bénéfices cette année, selon son président Jeff Zucker. Les profits s’élèvent à des centaines de millions de dollars.

Aujourd’hui, CNN est largement dépassée par sa rivale Fox News, qui attire 800 000 téléspectateurs américains en audience moyenne quotidienne, contre seulement la moitié pour CNN. Mais son audience bondit dès que les Américains cherchent à connaître les dernières nouvelles d’un fait d’actualité de première importance.

De l’Allemagne à l’Italie : la relation entre médias et gouvernement

[DOSSIER] Les fermeture et délocalisation prochaines de la salle de presse du Palais de l’Elysée démontre une volonté de réduire les relations entre le cœur du gouvernement et les médias français. L’Elysée annonce là un schéma inédit dans une France où l’hostilité et le repoussement des médias se font de plus en plus communs. Un acte peu similaire aux pays voisins dont, pour la plupart, les gouvernements et les médias semblent encore travailler ensemble dans le traitement de l’information. Vision sur la situation en Europe.

Conversation de bistrot : « Méfiez-vous des amalgames et ne tombez pas dans la marmelade ! »

 

Mangeur de bambou, moi Yuan Meng, le panda né en exil au zoo de Beauval, j’en entends des trucs depuis mon enclos. Les gens discutent, bavardent, s’étripent ou se congratulent. Au rayon de leurs conversations favorites, un sujet qui m’est familier : les médias. Et tout ça parfois à cause de moi. Voici pourquoi et comment.

Dialogue entendu récemment, dans le genre « conversation de bistrot », faut bien l’avouer :

– C’est un ours en noir et blanc ! A dit quelqu’un en me contemplant (car on ne me « regarde » pas : on me « contemple »).

– Voui, voui : il est de la race des ursidés, celle des ours. Lui a répondu un autre qui passait par là, en bon passant tout occupé à passer…

– Merci pour la nouvelle. J’avais jamais fait le rapprochement… faut dire que c’est pas dans les médias qu’on aurait appris ça.

– Vous lisez quoi ?

– Heu… rien.

– Moi non plus.

– De toute façon on sait pas à quoi ils servent tous ces torchons de papier…  auxquels j’ajoute aussi les radios, les sites web et les TV qui nous saoulent avec leurs débats et leurs nouvelles tordues. Gna, gna, gna, tous les mêmes …

– Ouais, ouais : tout ça c’est de la mélasse, au mieux : de la confiture, voyez. On nous dit que c’est de la fraise mais ça n’en est pas. On nous dit que c’est de la framboise ou de l’orange mais ça n’en est pas. On nous dit…

– … Que c’est de la rhubarbe…

– … Et ça n’en est pas, assurément. Tous menteurs, cher monsieur !!!!!!!!!

– Je vois, monsieur, que nous nous entendons. Il est agréable de croiser ainsi d’honorables citoyens tels que vous, au hasard d’une promenade, et avec qui – de plus – il est possible d’échanger de saines idées en toute quiétude, loin des gêneurs ! Voyez-vous : je pense qu’on devrait les faire taire tous ces bavards du clavier et du micro.

– C’est bien vrai ! Comme ça on serait mieux informé !

Des journalistes bientôt transformés en croquettes ?

Là, ce qui devait advenir et advenu :  je me suis roulé au sol. Ce n’était pas une chute, pas une glissade malencontreuse mais l’abrupte manifestation de mon irrépressible désir… d’hurler de rire. Tous les médias dans un même bocal, donc, avec une étagère de cuisine pour unique horizon. Ça c’est fait. Et les journalistes, pour leur part, on les transforme en croquettes ou en fruits confits ? Serait-ce bon pour votre régime (dans tous les sens du terme, hmmmm ?).

Obèse, désinformé et jouet des puissants sans état d’âme : ce serait alors ton destin, mon ami. Je te le dis. A partir de là, c’est toi qui vois.

Mon œil de panda est affûté

Qu’on se le répète « ubi et orbi » : le panda, lui, ne sera jamais pris la patte dans le pot de confiture car le panda, lui, a le temps de lire, de regarder et d’écouter. Le panda mène une existence édifiante, mais si, mais si… Le panda sait qu’il n’y a guère de rapport entre le Petit Bleu du Lot-et-Garonne et CNN, pas plus qu’entre un reporter de guerre, un journaliste d’investigation et un commentateur de la vie politique ou un chroniqueur sportif. Tous apportent leur pierre à l’édifice (en professionnels qu’ils sont encore). Avec de tels ingrédients, pas possible de les amalgamer et d’en faire de la confiture.

Plus fort avec une métaphore

Osons « la métaphore » (j’aime décidément beaucoup ce mot tellement à la mode, dis donc) : toutes ces filles et tous ces gars qui nous observent et qui nous parlent, les journalistes, sont les fondations au moins autant que la charpente et aussi bien que les murs de notre maison commune…

Les gens peuvent se moquer et me traiter de naïf… Néanmoins, je sais que les enfants, eux, me comprennent (c’est ce que m’assure mon traducteur qui les rencontre dans des débats autour des médias). Ils savent bien que l’information ce n’est pas de la marmelade (la branche anglaise de la famille des confitures), pas même une toute autre mixture indigeste, à la composition et à l’origine inconnues. Les médias n’ont pas pour destin de finir sauvagement amalgamés et en tartines (de confiture, bien sûr). Ils n’en voudraient pas.

L’enfance c’est l’avenir en chantant !

NON. Les enfants ne l’ignorent pas, eux. Pendant que TOUS les adultes (j’amalgame, j’amalgame avec jubilation et mauvaise foi, comprenez bien) pendant que tous les adultes se vautrent donc dans leur suffisance et dans la pièce d’à côté, à l’heure du goûter les enfants apprennent à lire en déchiffrant les étiquettes, mine de rien. Plus tard, ils liront peut-être « Confiture Magazine » sur leur smartphone … et, au bout du compte, ils sauront faire la différence, avec nuances, entre ceci ET cela, entre une marmelade et la diversité des médias.

J’ose l’espérer, moi le panda animé par le rêve d’un avenir qui chante : Ils sauront de quoi ils parlent, eux, nom d’un bambou !

Crédit : Sylvie Howlett

Yuan Meng

(Traduction de Denis PERRIN)

Tuerie de Dallas, les faits et les médias français

[Par Jean-Jules LEMA LANDU]

Apprendre que les forces de l’ordre ont tué des citoyens américains, aux États-Unis, parfois pour une peccadille, n’est pas loin d’être rangé dans le rayon des faits divers lambdas. Chaque année, mille personnes tombent sous les balles de policiers, tandis que les médias rapportent  l’information chacun à leur manière. Les uns pour y apporter un antidote. Les autres pour en rajouter une couche de tension. Parfois, par mégarde.

Il en va ainsi du drame qui s’est déroulé, jeudi soir, 8 juillet, à Dallas, en marge d’une manifestation contre les bavures policières. Pour avoir bien fait attention au contenu des médias français, on a pu voir se dégager aisément cette ligne de démarcation.  D’un côté, on a enregistré l’emploi des termes généraux, dans un souci clair d’inviter à l’union des cœurs, de l’autre celui du ton de l’ « information brute », avec un relent d’altérité, dans le but de désunir.

(Source : SPENCER PLATT / AFP)

(Source : SPENCER PLATT / AFP)

« Ouest-France », par exemple, dans son édition du week end (9-10 juillet), a titré : « Dallas : le tireur voulait tuer des policiers ». Dans son introduction, le quotidien enchaînait : « Cinq agents ont été tués et neuf personnes blessées, jeudi soir, pendant un rassemblement pour protester contre la mort de deux hommes noirs tués par les forces de l’ordre ». Sans insinuation. A travers le texte, long de 70 lignes (colonnes journal), la même délicatesse dans le choix des mots a prévalu, car on n’y a relevé que deux fois le mot « noir » et trois fois le mot « blanc ».

Savamment dosés, les termes du journal parlent de « l’homme », tout court. Que cet homme soit   blanc ou noir. On y a collectionné, pour ce faire, trois exemples, à valeur pédagogique :  « un tireur » ; « la première victime » ; « un homme de 25 ans »…

Le quotidien « Le Monde » a fait la même preuve de professionnalisme, face à un sujet sensible concernant le vivre ensemble des sociétés multiraciales. C’est sur un ton neutre que le média a ficelé  son titre : « Cinq policiers tués à Dallas par des snipers ». On ne peut mieux dire. Le fond de l’article a épousé la même philosophie de mesure.

Sur l’autre versant, « France Info » et « France 24 », deux chaînes de radio et  de télévision, qu’on a également suivies, y sont allées autrement. Presque de la même façon, elles ont rendu l’information telle quelle, dans sa crudité terminologique : « À Dallas, un Noir armé a déclaré avoir l’intention de tuer des policiers blancs ». C’était brut, dur…

(Source : AFP)

(Source : AFP)

Était-ce une bonne manière  d’informer, en France, où existe une société multiraciale à forger ? Surtout, par ce temps, où les phénomènes des replis identitaires, nourris par la montée des extrémismes de droite, envahissent pratiquement tout le continent européen ?  La posture, à cet égard, de « Ouest-France » et de « Le Monde », a répondu à cette question. À nos yeux, elle est également un message, à la normande, pour dire que la France, dans cet angle, a aussi ses cactus. Comme l’ont démontré les événements dans les banlieues en 2005.

Notre intention n’est point celle de dispenser un cours de journalisme ou de morale, dont nous n’avons pas la moindre qualité, mais de montrer simplement –  s’il en est besoin –  que les temps sont mûrs, pour tous les pays qui ont choisi de vivre avec les immigrés, de déployer à leur avantage une vraie politique d’intégration. Car, la mondialisation ne doit pas se comprendre uniquement en termes économiques. Elle porte également le projet des sociétés multiculturelles, appelées à s’inscrire dans les règles du « village planétaire », dont le but final doit être l’« unité des cœurs ». Si la super puissance outre-Atlantique ne l’a pas encore compris, que la France le comprenne. Et presse le pas. Car, et pour paraphraser Mandela, la vraie puissance appartiendra, demain, « aux pays colorés ». Comme l’arc-en-ciel.