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La leçon du « Printemps Arabe » avant un « Hiver Européen » !

[D’Alep à Paris] Sarah passe ses jours et ses nuits sans réaliser qu’elle est à Paris. Elle prend souvent le métro pour voyager dans son imagination et comparer ses deux vies « celle d’Alep et celle de Paris ». Elle entretient une forme de confusion entre ses deux villes, oubliant qu’il n’y a pas de métro à Alep.

Bienvenue en France

[EXIL] Suite du périple de Diddy. Après avoir couvert une manifestation dans son pays puis avoir été arrêtée, elle a pu prendre l’avion et traverser la douane sans encombre. Extenuée, la voici à Paris où sa nouvelle vie commence.

L’exposition photo d’Ameer à la Chapelle Notre-Dame de la Sagesse

[EXPOSITION] Samedi après-midi 6 octobre 2018. À 4.000 km d’Alep, en Syrie. 6 ans après le début des bombardements. Retour à Paris. D’une photo à une autre, le regard d’Ameer Al Hablbi nous habite. Le temps de l’exposition, nous vivons dans deux mondes parallèles: l’angoisse de la guerre et la douceur de vivre d’un étudiant parisien.

Un Arabe dans le Métro : « Attention aux pickpockets! »

Attention aux pickpockets! Dès que je monte dans le métro de Paris, j’entends cette alerte. J’ignore pourquoi je me sens à chaque fois concerné. Par l’accusation et non l’alerte (si vous ne l’aviez pas deviné). Ce sentiment est d’autant plus fort que la voix féminine répète le message en plusieurs langues sauf l’arabe. Je ne suis pas le seul à le penser. Prenons par exemple ce couple de touristes britanniques qui est tout près de moi.

Avec un geste de la main, le monsieur vient d’alerter sa compagne de faire attention au potentiel pickpocket derrière elle. Elle se retourne, me regarde de haut en bas, puis fait un pas vers son conjoint en collant son sac à main sous son épaule. J’ouvre mon sac à dos et en tire un journal afin d’oublier l’humiliation, mais surtout dans l’espoir de rassurer mes voisins. Je tombe sur une photo d’un concert qui me rappelle une blague:

  • Y a-t-il des européens dans la salle?
  • Oui!!
  • Levez vos mains! (les concernés lèvent tous les mains en l’air). Des arabes dans la salle?
  • Oui!! (quelques personnes)
  • Fouillez dans les poches!!!

Je plie mon journal et observe les lumières clignotantes sur la carte des stations de la ligne. Inversement aux tramways de mon pays, je me dis que les noms des arrêts du métro parisien rendent beaucoup d’hommage aux personnalités ayant marqué l’histoire de la République, d’Europe et du monde entier. Victor Hugo, Emile Zola, Michel-Ange,  etc.

D’un métro à un autre

A Rabat c’est plutôt: Hay Karima (quartier de Karima), Mohammed V, Pont Hassan II, Nations-Unies, ou encore Hôpital Moulay Youssef ». Quel malheur. Je n’ai aucune nostalgie. J’aime mon exil et le Maroc ne me manque pas. En tout cas pas trop. Quand ça arrive, je me rends vite à Barbès. Les foules, les vendeurs de cigarettes qui abordent les gens et, pour utiliser le terme de l’humoriste algérien Fellag, les “Hitistes” – c’est-à-dire ces personnes adossées au mur toute la journée pour observer les passants. La station de Métro de Barbès ne ressemble pas aux autres. Les murs sont tristes et les panneaux n’existent pas ou fonctionnent rarement. Le temps s’arrête à Barbès. Au Maroc.

Un mouvement brusque me réveille de mon “voyage” au Maroc. Le métro vient de prendre un virage et une vieille dame a failli tomber. J’étais sur le point de lui céder mon siège avant de me rendre compte que j’étais aussi debout. J’ai aussi oublié que j’avais décidé de ne plus céder ma place aux… vieillards sans canne ou qui ne le demandent pas. Oui, depuis le jour ou une “vieille” dame, bien maquillée, m’avait regardé méchamment. Elle avait pris ma proposition comme une insulte à sa beauté et à sa jeunesse.

Tristes anecdotes sur la ligne 13 du métro parisien

La ligne 13, que je prends presque chaque jour, est une ligne bizarre. On dit que c’est un chiffre porteur de malheur. Moi, j’aime ce chiffre. C’est mon anniversaire et c’est l’ordre de la première lettre de mon nom dans l’alphabet. Sur cette ligne, il n’y a jamais de place libre. On y voit toutes les couleurs et tous les âges. Durant chaque trajet, je scrute les visages des gens en essayant de deviner leurs parcours, leurs “origines” et leurs rêves. Hier, inconsciemment, j’ai passé plus d’une minute à suivre la conversation d’un jeune berbère. J’ai même essayé de deviner ce qui se disait à l’autre bout du fil, moi qui partage avec lui la même langue natale.

  • Non, ne lui donne pas les 2500 dirhams, fais attention!

Je devinais que rien n’avait changé dans mon pays. Il faut toujours faire attention. Se méfier de tout. Du commerçant, des chauffeurs de taxis, des policiers, des voisins, de sa famille et, parfois, de soi-même.

Un garçon de cinq ans, accompagné de sa maman, monte dans le métro.

  • Maman, il y a trop de monde! (lance le petit apparemment effrayé par la foule afro-asiatique).
  • Oui.
  • Maman, pourquoi il n’y a pas de places?
  • Car les gens sont assis.
  • Maman, pourquoi il fait noir? (tunnel).
  • Allez, on descend au prochain!

Moi aussi je devais descendre… il y a trois stations !

Le festival Cinéma de Turquie à Paris : un refuge pour la liberté d’expression

C’est la 15ème édition Cinémas de Turquie” à Paris du 30 Mars au 8 Avril. Le Festival organisé avec la Mairie de 10ème arrondissement et l’association ACORT. L’intérêt de ce festival est la libre expression : certains films diffusés sont censurés en Turquie. Découvrez le programme ici

Une semaine de cinéma dédiée à la Turquie, le tout à Paris ! Attention, ce ne sont pas “des films turques” ce sont les films qui parlent de la Turquie, qui traverse la Turquie, qui viennent de Turquie, avec toute la diversité culturelle de ce pays.

A l’époque de la mondialisation, les relations, les subventions internationales et les équipes travaillant à la production d’un film sont internationales. Que signifie film turque, français, américain ou kurde dans ce contexte ?

Assurément pas grand chose. Il est donc important de souligner la volonté des organisateurs : c’est un festival de « cinéma de Turquie » et non pas de « cinéma turque ».

Cette balade des films de Turquie à Paris fête son 15ème anniversaire lors de cette édition. Pendant le Festival, il est possible de voir les dernières œuvres du « cinéma de Turquie » d’aujourd’hui qui ont gagné des prix dans les festivals internationaux. Dans certaines projections, il y a des rencontres avec l’équipe des films en compétition. C’est une chance de pouvoir poser des questions directement aux réalisateurs ou aux comédiens.

Liberté d’expression aux salles de cinéma parisiennes

Mais pour moi, en tant que journaliste et réalisateur de cinéma en exil, le plus important côté de ce festival est « la liberté d’expression ». Comme madame la Maire du 10ème arrondissement, Alexandra Cordebard, a souligné pendant son discours d’ouverture de ce festival, « la Turquie passe des temps difficiles ».

L’autoritarisme et la censure surplombent tous les domaines en Turquie. Malheureusement, cela comprend aussi le cinéma. Il y a beaucoup de films comme « Zer » de Kazım Öz ou « Tereddüt » de Yeşim Ustaoglu qui sont censurés par l’Etat ou bien autocensurés par leurs auteurs de peur de représailles. Et cette situation tragique crée aussi des situations absurdes.

Absurdité & Censure

Si vous voulez mieux comprendre l’absurdité de la censure qui se passe en Turquie, je veux partager avec vous ce qu’a expliqué Monsieur Öz, le réalisateur de « Zer » après la projection de son film pendant l’ouverture du festival.

Öz a dit que son film « Zer » est peut-être le premier film de toute l’histoire du cinéma où l’Etat a accepté de financer le long métrage pour après le censurer : rendez-vous compte, cette subvention du Ministre de la Culture Turque a financé un film car c’était proposé pendant l’époque de paix. Malheureusement, la diffusion du film a été au moment où la guerre a commencé. Conséquence, la conjoncture politique de la Turquie a joué un rôle de censure dans ce film. L’Etat n’a donc pas voulu sa diffusion sans censure alors qu’il l’avait subventionné.

Vous avez donc la chance d’être à Paris et  de voir ces films sans censure grâce au Festival de « Cinéma de Turquie ». C’est pour cette raison cette vision ouvert et position politique a coté de la liberté d’expression de ce festival fait Paris aussi un refuge pour le « cinéma de Turquie ».

Ce Festival peut faire plus !

J’espère que cette rencontre dédiée au cinéma de la Turquie peut enrichir les échanges entre la Turquie et la France du cinéma: dans le futur, on pourrait imaginer  des compétitions avec des rencontres entre professionnels de cinéma français et turque. Y compris, au niveau de la production pour développer des partenariats et peut-être avec la création d’un budget de subvention afin d’aider les cinéastes indépendants.

La programmation turque du festival à découvrir ici

Kaboul, Paris, Bagdad, Londres, Téhéran… N’oublions pas !

Paris, Place de la République – Le mercredi 7 juin 2017, après une semaine d’attentats à Kaboul, les afghans vivant à Paris ont organisé un rassemblement pour la mémoire des victimes des attaques terroristes. Sur leurs mains étaient inscrits des vers d’un des poèmes du poète persan Saadi, Jardin de roses :

Les hommes font partie du même corps / Ils sont issus de la même essence / Si le destin faisait

souffrir l’un des membres / Les autres n’en auront pas de repos / Toi qui es indifférent aux

malheurs des autres / Tu ne mérites pas d’être nommé un Homme.

Kaboul, la capitale afghane a été encore frappée par un attentat terroriste le mercredi 31 Mai 2017. Une semaine après, le bilan s’annonçait lourd pour la population civile : 150 personnes ont été tuées, plus de 300 blessées et des centaines de familles endeuillées. Kaboul n’est pas la seule cible de ces attaques inhumains, Paris, Bagdad, Londres, Téhéran et tant d’autres villes sont les témoins impuissantes de ces actes barbares.

« Agissons pour une paix universelle et n’oublions pas les victimes civiles de ces attentats terroristes ». Tels étaient les cris scandés pendant ce rassemblement à la Place de République au centre de Paris mercredi dernier.

 

Paris - Rassemblement pour la mémoire des victimes des attaques terroristes à Kaboul © Mortaza Behboudi

Paris – Rassemblement pour la mémoire des victimes des attaques terroristes à Kaboul © Mortaza Behboudi

 

Paris - Rassemblement pour la mémoire des victimes des attaques terroristes à Kaboul © Mortaza Behboudi

Paris – Rassemblement pour la mémoire des victimes des attaques terroristes à Kaboul © Mortaza Behboudi

 

Paris - Rassemblement pour la mémoire des victimes des attaques terroristes à Kaboul © Mortaza Behboudi

Paris – Rassemblement pour la mémoire des victimes des attaques terroristes à Kaboul © Mortaza Behboudi

Nouvelle visite sentimentale à la Seine

ou « Je n’ose pas  regarder la vérité face »

Un poème de Nahid SIRAJ

Traduit de l’anglais au français par Denis PERRIN,

(téléchargez la version originale ici)

Sans titre ©Nahid SIRAJ

 

Chère Seine,

 

Je ne connais rien du cerveau droit de Pachebel,

Mais une nuit je me suis senti prêt à quitter Paris,

La cadence du Canon a pris le dessus sur mon esprit

Et mon existence n’a pas su trouver ses racines… mais des larmes.

 

Supporterais-tu à jamais ces pleurs ?

Un « Paillard » arrivera-t-il à donner plus du sens à ma vie ?

Je me souviens de la nuit où tu t’es révélée toi-même

Une sorte de flot se muant en paroles

M’a fait comprendre d’où proviennent les discours.

Tu m’as amené vers cet instant précis où naît le premier mot.

Comme il était profond  ton amour pour moi, Seine !

Néanmoins je désirais alors  me séparer de tout

Pour un voyage désespéré.

Pour cause de cœur brisé

De volonté annihilée ?

Moi, je n’ai plus de certitudes, Seine !

 

Tu te souviens de ma voix effarée

Tentant de trouver le tempo de la vie ?

Oh ! J’ai cherché les sentences

Capables de m’aider à franchir l’espace qui me sépare d’elles !

 

Lors de la plus solitaire et inédite des nuits

Tu as bien convié des légendes suprêmes ?

Et  tel l’altruiste, ont elles bien joué le plus pur des airs pour nous ?

Cela m’a donné des ailes, celles de la mélodie ;  je pourrais voler, je ne pouvais pas, pourquoi ?

 

Existe-t-il quelqu’un qui souhaiterait le savoir,

Sur le grand écran de la pleine Lune

Et montrer le récit de Malick avec la finesse de Lubezki ?

 

Qu’il te soit rendu grâce car j’étais là ;à m’imprégner de «  la meilleure façon de regarder ».

 

Sans doute as-tu œuvré au mieux à mon bénéfice, Seine !

Mais jusqu’où aller dans le consentement pour implorer la vérité ?

Jamais nous ne vénérons l’utérus du Temps.

Est-ce l’empilement de données abstraites accumulées dans ma tête,

Ou bien des images obsédantes ?

 

Qu’est-ce qui provoque ce séisme d’ordre chimique dans ma tête ?

Le sais-tu ? Je l’ignore, ma Seine !

Néanmoins je suis bien là, ici je dis mon amour –

Et je me sens si médiocre au point de ne pas te posséder

Tellement « académique » au point de ne pas te désirer tel ce trésor que tu es !

 

Note de l’auteur : Nouveau pays, nouvel environnement ; par-dessus tout, nouveau langage. Et, être confronté à des événements inattendus, voire désolants. Ma vie à Paris a commencé de la pire des manières ce qui a fortement influencé mon adaptation sociale. De fait, je suis devenu solitaire. Et cette solitude m’a fait devenir un amoureux de la Seine. J’aime profondément la Seine et elle me le rend bien. Le lien qui nous unit est particulier, tellement spécial qu’il me rappelle parfois le «réalisme magique». Le poème Nouvelle visite sentimentale à la Seine raconte le commencement de ma vie à Paris et les révélations qui ont accompagné mes nuits solitaires sur les berges du fleuve.