Témoignage d’un journaliste syrien en exil :
Je dois me reconstruire, mais je dois toujours lutter pour la Syrie.

A seulement vingt-quatre ans, le photojournaliste syrien, Abdulmonam Eassa, a témoigné et documenté la destruction de sa ville natale Hamouria, à quelques kilomètres de la capitale et le massacre de son peuple.

Au lieu de devenir aigri ou nerveux face à un monde injuste et violent, Abdulmonam dégage une tranquillité totale, avec un regard doux et un sourire charmant.

“Je dois me reconstruire, mais je dois toujours lutter pour la Syrie.”

Ses études ont été indéfiniment interrompues à cause du siège de la Ghouta orientale, la région qui ceinture Damas et qui inclut Hamouria. Cette fermeture fut imposée par le gouvernement Syrien lorsque des groupes rebelles ont envahi sa ville, il avait seulement dix huit ans quand sa vie a été bouleversée.

Avec une mobilité restreinte, Abdulmonam et ses amis ont utilisé ce temps mort afin d’informer le monde externe de leur réalité. Ils se sont lancés dans un voyage imprévu de photojournalisme, en capturant la violence qui les entourait.

Maintenant, six ans après, ils sont dispersés aux quatres coins du monde, leur destin étant déterminé par les acceptations d’asile.

Pour Abdulmonam, c’est la France qui lui a ouvert ses portes. Il me raconte son parcours, humblement, dans le sous-sol de la MDJ. Il me montre quelques une de ses photographies, qui ont rapidement attiré l’attention internationale grâce aux réseaux sociaux. Travaillant d’abord à son compte, puis en freelance pour des agences locales pendant deux ans, il devient en 2015 photojournaliste indépendant pour l’Agence France Presse, publiant plus de mille photos.

L’importance et l’influence de sa communauté imprègne son discours. Il attribue sa croissance, personnelle et professionnelle, à ceux qui ont vécu la terreur a ses côtés. Pour lui, ses proches sont à remercier pour son succès.

«Je comptais sur mes amis pour améliorer mes compétences. On a tout appris ensemble. On s’inspirait des images sur les réseaux sociaux, mais on s’est formé tout seul, entre nous. J’ai du témoigner en photographiant beaucoup de morts car je savais qu’il était nécessaire de le partager avec le monde entier. Sans formation, j’ai documenté tout ce que je pouvais. En particulier les attaques aériennes qui ont entraîné la mort de centaines d’habitants innocents. »

Pendant deux mois de terreur, de février à mars 2018, Abdulmonam a retransmis les massacres dans la Ghouta orientale sous forme de texte, photo et vidéo. Dans l’espoir d’éliminer les groupes rebelles, les forces gouvernementales syriennes avec le soutien des forces aériennes russes, ont lancé une opération militaire, créant encore plus de destructions avec des centaines de morts civils.

Parmi les destructions, sa maison bombardée, tout comme la majorité des alentours. Au lieu de s’écrouler sous les ruines, le jeune homme est devenu un pilier et s’est dédié à sauver le plus de civils possibles, frappés par les attaques aériennes.

De plus, il n’était jamais distrait par rapport à sa responsabilité: documenter cette réalité pour attirer l’aide internationale.

Pendant les cinq années du siègej’étais gravement blessé trois fois pendant que je prenais des photos.

Après avoir reçu des menaces d’un officier de police, pour être l’un des seuls journalistes à documenter les raids aériens, il compris que c’était le moment opportun pour fuir. En même temps, un accord entre les forces du gouvernement syrien et la faction rebelle a forcé le déplacement de tous les habitants de la Ghouta orientale vers le nord du pays.

Abdulmonam tenta donc de franchir la frontière turque puisqu’il se situait à sa proximité.

Ces premières neuf tentatives furent infructueuses. Avec la détermination qui ne l’a jamais quitté, malgré tous les obstacles, à la dixième traversée, c’est un succès !

En racontant ces moments, une sensation d’excitation et une légère nervosité traversent son corps, comme s’il le revivait.

Après son arrivée à Istanbul en mai 2018, malgré un certain soulagement, il est en situation illégale. Mal à l’aise et limiter professionnellement, il sait qu’il ne peut pas rester.

Il dépose de nombreuses demandes d’asile, et après quelques mois il reçoit la grande nouvelle: la France sera son nouveau pays. Rempli de gratitude et prêt à commencer une nouvelle vie, il arrive à Paris le 1er octobre 2018. Enthousiaste à l’idée de s’intégrer, il suit assidument des cours de français tous les jours de la semaine à l’Association Pierre Claver, une école conçue pour guider et intégrer les réfugiés.

Il ne semble pas avoir peur, bien qu’être loin de tout ce qui est familier effraie la grande majorité.

« Maintenant, je veux aider de loin. Je concentrerai ma couverture médiatique sur les Syriens en Europe, pour raconter leurs histoires. »

Avec la même positivité, il démontre du réconfort à l’idée que son passé n’est pas complètement perdu. « Je suis presque sûr que notre travail, celui de mes amis et moi, changera quelque chose en Syrie. Mais ca prend du temps. »

Son souvenir:

« Mon plus grand souvenir se situe devant ma maison. Je suis la avec beaucoup de personnes qui comptent pour moi: mes amis, ma famille et mes voisins. Bien que cette mémoire soit ternie, car elle implique beaucoup de destruction et de douleur, elle est très belle. Je connais tout le monde dans mon quartier depuis mes premiers souvenirs. On s’est donné ce que l’on pouvait, même s’il ne restait plus grand chose. Au milieu de la destruction, il y avait toujours un sentiment de communauté. »

Le keffiyeh:

« En 2011, la première fois que les forces militaires sont entrées dans notre ville, ils ont tué 8 personnes: trois d’entre elles étaient mes cousins ​​et deux étaient mes voisins (père et fils). Trente minutes avant l’arrivée des soldats, j’étais devant chez moi, avec mon keffiyeh enroulé autour de mon visage. A ce moment là, j’avais décidé de donner mon écharpe à mon cousin, juste avant qu’ils n’arrivent. J’ai reussi à me réfugier chez mon voisin mais j’ai entendu les bruits. Je les ai entendu les tuer. Quand je suis sorti, j’ai retrouvé mon keffiyeh sur un cadavre.

Avant de quitter la Syrie, j’ai acheté une autre écharpe, exactement comme celle que j’avais passé à mon cousin. Normalement on l’utilise pour se protéger dans les zones de conflit, pour ne pas respirer la poussière après les bombardements. Aujourd’hui, je le porte pour des raison esthétiques. Mais surtout, parce que cela me rappelle ma famille, mon pays et ceux qui luttent contre le gouvernement et les forces militaires. Ce n’est pas juste une écharpe, c’est une déclaration politique, un symbole de notre cause.

J’ai presque tout laissé en Syrie. Les seuls objets que j’ai emporté avec moi jusqu’ici sont mon ordinateur, mon disque dur, mon appareil photo et les habits déjà sur mon corps. J’avais le keffiyeh sur moi, donc elle est maintenant aussi en France. »

EN SAVOIR PLUS SUR CE THÈME

La révolution syrienne vue par la chaîne Russia Today ou la nouvelle lutte de l’information

Avec plus de 1.400.000 vues, c’est la vidéo star de la chaîne YouTube du média russe. Pour la version allemande, c’est près de 1.800.000 et c’est plus de 4.500.000 pour la vidéo postée sur la page Facebook « In the NOW » qui appartient, sans que ce soit explicitement indiqué, à la rédaction de Russia Today. L’image est forte, le propos cinglant, le décor officiel onusien couronne le tout: « La jeune journaliste indépendante qui remet en cause un confrère mainstream ». En 3 minutes 30, elle y dénonce la propagande occidentale, la corruption de l’organisation de Défense Civile Syrienne et l’inexistence de source fiable. Pourtant la journaliste, Eva Bartlett, n’est pas tant indépendante que le précise le sous-titre, le décor siglé ONU, pas vraiment officiel, et le propos plutôt mensongé comme le décrypte le journal Libération.

Médias occidentalistes contre médias russes

La guerre civile syrienne trouve ses origines début 2011, dans le sillage des révolutions arabe du Maghreb. Dès 2012, la Russie offre un appuie logistique à son allié syrien. En septembre 2015, Vladimir Poutine annonce répondre à la demande de soutien militaire du chef d’État syrien. Au moins 5.000 soldats sont déployés ainsi que plusieurs sociétés militaires. Les bombardements débutent à la fin du mois sur les groupes djihadistes et rebelles.

RT recrute alors pour couvrir le conflit de nombreux indépendants qui partagent un point de vue pro-russe, voir pro-Bashar el-Assad. Toujours critique de l’ingérence occidentale, ainsi que son idéologie envahissante, la chaîne prend alors un angle souverainiste pour ‘expliquer’ les exactions du régime de Bashar el-Assad.

Plus problématique encore, les reportages entretiennent une confusion constante – et contraire à toute déontologie – entre les groupes salafistes djihadistes et les groupes rebelles de l’Armée syrienne libre.

Syrie : confessions d’enfants qui n’ont rien connu d’autre que la guerre


« Les combattants de Liwa al-Quds, c’est ce qui ressemble le plus à une famille pour Jamil. » Lizzie Phelan, reporter de Russia Today.


Le 13 décembre 2016, les rebelles de l’armée syrienne libre déposaient les armes à Alep. Ils avaient jusqu’alors tenu la ville face aux forces royalistes, tandis que dans les campagnes alentours, le régime faisaient également face au groupe État islamique.

Dans un reportage pour RT à Alep, trois jours plus tard, la journaliste britannique Lizzie Phelan accompagne une chabiha, une milice pro-gouvernementale, qui sauve des enfants de « la guerre » (La quoi ? Révolution ? Non, connais pas.)

On retrouve tout du long la rhétorique des civils utilisés comme bouclier humain et la journaliste entretien la confusion en parlant des « terroristes » pour nommer les groupes rebelles.

La bataille d’Alep a fait plus de 21.500 morts selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). en grande partie à cause des frappes menées par le régime syrien et la Russie. Celles-ci ont parfois visé intentionnellement les populations civiles d’Alep – comme ceux-là mêmes interviewés dans le reportage de RT – avec l’utilisation d’armes chimiques, de barils explosifs largués par hélicoptère et d’armes à sous-munitions comme révélé par erreur dans un reportage de RT.

Dans une interview pour le New York Times en janvier 2012, la reporter de guerre de RT et de l’agence iranienne Press TV, Lizzie Phelan défend sa vision d’un journalisme souverainiste:

« Je me sens davantage en paix avec moi-même en travaillant pour le média d’un pays qui se défend d’une agression extérieur que pour un autre dont l’idéologie impérialiste justifie d’elle même le fait d’être imposé partout dans le monde et par tous les moyens nécessaires. (…) Le rôle de ces médias mainstream, BBC, France 24, Al Arabiya, Al Jazeera, est de créer un récit qui justifie une intervention en Syrie, en Libye. »

« Je pensais aller à Homs mais j’ai dû renoncer car c’était trop dangereux pour moi suite aux attaques de journalistes par la prétendu Armée syrienne libre. » explique la journaliste de RT, faisant allusion à la mort du cameraman Gilles Jacquier le même mois dans des circonstances incertaines. Mais un mois après, ce sont deux journalistes occidentaux (Marie Colvin et Rémi Ochlik) qui couvraient le conflit du côté des rebelles de Homs qui étaient tués, cette fois-ci directement visé par les forces du régime.

À l’ère de la post-vérité, l’objectivité n’a plus de sens et les massacres ne sont que des opinions

Une autre cible récurrente de la chaîne RT est la Défense civile syrienne ou Casques blancs accusés de tous les maux : enlèvement d’enfants, manipulations, voir même d’actes terroristes.

Cette organisation humanitaire est présente depuis le début du conflit au côté des groupes révolutionnaires. 4.000 volontaires sont présent dans l’ensemble du pays pour évacuer des décombres les victimes et prodiguer les premiers soins.

Très présente sur les réseaux sociaux, l’organisation syrienne a reçu dès 2013 un soutien financier des États-Unis et de l’Europe, et un appui logistique de l’ONG Britannique Mayday Rescue. Les installations des Casques blancs souvent ciblées par les frappes russes et loyalistes, c’est plus de 260 volontaires qui ont perdu la vie depuis le début du conflit. Les bombardements visant les zones rebelles sont souvent doublés pour atteindre, quelques minutes après la première salve, les secouristes occupés dans les décombres.

Recherge YouTube "Casques blancs" : Revoilà Lizzie Phelan qui nous ''réinforme'' cette fois-ci sur les Casques blancs

Le 7 avril 2018 à Douma, la chaîne RT prétend que les 3 bonbonnes de gaz chloré, qui ont fait près d’une centaine de victimes civiles avérées, ont été déposés par les rebelles. Mais très vite les images des bonbonnes cabossées par la chute, voir passées à travers un plafond pour l’une, contredisent cette version.

Le fait que les bonbonnes ait été larguées incrimine directement le régime qui a le contrôle total, avec les forces russes, du ciel syrien. Quelques jours après, une vidéo montrant la frénésie dans un hôpital de Douma a été reprise par le média russe qui sous entend une manipulation de la Défense civile syrienne .

Pourtant aucun casque blanc n’apparaît pas dans la vidéo originale, et pour cause celui-ci est complétement indépendant de l’organisation. On peut trouver comme source première de cette vidéo le groupe Facebook Douma.Revolution et la chaîne YouTube du potentiel auteur de la vidéo.

« Toute l’information selon des sources contradictoires »

Robert Fisk sur Russia Today (Capture d’écran, 2012)

Dans les journalistes cités par RT France sur cette attaque on retrouve également le grand reporter britannique Robert Fisk (The Independent) qui couvre le conflit syrien en compagnie des forces russes et syriennes.

Mais depuis le début du conflit, Fisk fait l’objet de nombreuses critiques de ses confrères pour ses positions pro-Bashar. Le site Conspiracy Watch affirme que Fisk a « quasiment perdu toute crédibilité auprès de la communauté des grands reporters, et plus généralement de la presse occidentale ».

Sur l’attaque chimique de Douma du 7 avril, le journaliste a rapporté le témoignage d’un médecin qui contredit la version occidentale et remet la faute sur un casque blanc qui aurait provoqué volontairement la vague de panique. Par la suite, Fisk a été très critiqué, car le médecin cité n’était pas présent ce jour là et il n’aurait pas pris la peine, pourtant présent dans les premiers à Douma, de rencontrer les médecins de garde ce jour là.

Et finalement, si c’était plutôt la Russie qui essaierait grâce à ses médias de justifier son intervention en Syrie ? Non, à la MDJ on ne tombera pas dans le complotisme…​

Derrière la propagande pour les régimes syriens et russes diffusée par la chaîne, il est surtout reproché à RT une couverture inégale du conflit, ignorant la réalité de la révolution syrienne.

Le 23 novembre 2018 à Kafranbel, le journaliste et militant révolutionnaire Raed Fares, sous la menace constante des groupes djihadistes, était abattu en pleine rue par un commando de trois hommes armés. Tandis que les médias occidentaux traiteront l’information en rendant hommage à l’homme et son combat pour la révolution, RT et l’ensemble des médias russes n’en diront pas un mot.

Derrière cette guerre de l’information et les intérêts géopolitiques de chacun dans la région, la couverture de RT du conflit syrien a pourtant un effet bien réel. En ajoutant à une situation chaotique la chape de plomb d’une désinformation propagandiste, RT permet d’abord et avant tout de cacher les crimes de guerre et assassinats politiques d’un boucher de Damas.

« Osez questionner » – Slogan de la chaîne RT

Lancée en 2005 en langue anglaise sous le nom RT International, au départ basé à Moscou , la chaîne internationale russe, Russia Today s’est rapidement déclinée en arabe et en espagnol et a ouvert des bureaux internationaux.

La branche française de RT est lancée en décembre 2017 et fait face très tôt à une opposition ferme du gouvernement français.

Le Syndicat national des journalistes dénonce dans un communiqué le 12 juillet 2018, la fermeté de l’État envers la chaîne qui s’est fait interdir pendant la campagne présidentiel l’entrée de tous les meeting du partie présidentiel En Marche, puis perdait ses accréditations à la salle de presse de l’Élysée en mai 2018.

Malgré un format d’actualité en continue (BFM TV, C News), RT revendique une ligne éditoriale très critique des démocraties libérales  et des médias occidentaux. La chaîne a trouvé dans le mouvement des Gilets jaunes un nouvel écho pour sa liberté d’opinion, sa ligne souverainiste et son opposition au gouvernement français.

Elle réalise son record d’audience le 8 janvier 2019 avec 763.000 visiteurs uniques.

Fin 2018, RT compte une cinquantaine de journalistes et prévoit à terme une rédaction permanente de 150 employés.

« I would like you to mention it in the portrait as the « syrian revolution », it was not a « civil war » or a « movement », we have to call it as what it was: a revolution. »

Hasan, a detached look in the eyes, a wristband to the colors of the Free Syrian Army, is struggling to remember of any independent journal: “At least, I am certain that there no media covering of what happened in the country.” In February 2011, Hasan is 21, he is living in Douma in the east suburb of Damas. While he is finishing a tourism degree at university, the still nascent Arab revolutions, found an echo in the syrian social medias.

The next month, protests where organizing on Internet, in the streets only a few hundreds of demonstrators but the repression is severe. Yet the feeble processions of the beginning where increasing from a week to another, the repression cements the protest and the social medias do the rest. Hasan feel the need to cover the events “To show what is really happening there.” He starts with other journalists activists filming the gatherings and posting the videos on Facebook or Youtube in the evening. In the protestations, cameras were prohibited and impound by the mukhabarats (regime secret services) but impossible to prohibit smartphones.

Photo prise par Hasan pour l’AFP

From 2012, slaughters and tortures committed by the regime forces and its militias seal the fate of the country: dozens of thousands have been marching, despite the threats, in the streets of Damascus.  »Bashar must leave », it will be a revolution. During the summer, the government lost  control, the siege formed. Three areas controlled by various revolutionary groups appear, Douma will be the last city held by the rebels 8 years later.

Once the Ghouta isolated, tap water has been quickly cut by the regime. In order to assure the needs of the population, the solution was to collect soil water by some holes 40 to 60 meters deep in the ground. “To pump the water, we used engines but soon it the energy ran out as well. Drawing water manually was not enough, then we began using all the energy sources we could find: plastic bags, cooking oil and even margarine.

Hasan joined in 2013 the Douma hospital team, he photographed the wounded, including many children, and the surgeries. The suburb hospital transformed into a war hospital and organized in services. A day of April, wounded persons came with unusual symptoms, eyes cornea and respiratory mucosa burnt, suffocation, nausea and vomiting: Bashar al-Assad experiment the chlorine gas and sarin gas on the rebel populations. (1) Following the chemical attack of April 2013, international medias started to take interest on the Douma.

Between 2011 and 2013, it is at least 110 actors of the information that have been killed in the conflict according to a report of Reporters without borders. (2) Facing the happening, international medias decided to stop sending reporters on the field. The AFP then launch a program named  »Citizen journalists », the objective is to recruit and form syrian photojournalists from the Beirut bureau.

Hasan is contacted later after a bombing in a market of Douma in August 2015, the AFP provides a camera and give him a training on photojournalism by Internet. (3) From this moment, Hasan photographies began to illustrate French medias tackling the casualty assessments of the life in Douma.

In November 2017, bombing become randoms and unpredictable.

The regime wages us a physic and psychologic war, you are never in peace, never safe. At this time, we could only live in the basements”.

A shell fell, the rescue come to extract the victims from the rubble, then a few minutes later, a second detonation, a new strike, targeting this time the rescue.

In February 2018, the noose is tightening around Douma, the bombing intensify again. The towns of  Mesraba and Harasta fall. People flee the city. “The regime wanted a total evacuation. If we stayed, it would be the prisons of the regime that awaited us.

In April, Hasan left his native region to Idlib and then take the direction of Turkey. For ten attempts, he tried to cross the Turkish border, and at the tenth he managed finally to smuggle avoiding the Turkish border guards.

I had no bearings, no emotions, I could not watch any videos from Syria. With my syrian passport, I was nobody.

It is the AFP that suggested him an exile to France. The travel without any money or help took 11 months to Hasan. Now he wishes to resume studies in journalism, in France, far away from Syria.

« In November 2017, bombing become randoms and unpredictable. “The regime wages us a physic and psychologic war, you are never in peace, never safe. At this time, we could only live in the basements

A shell fell, the rescue come to extract the victims from the rubble, then a few minutes later, a second detonation, a new strike, targeting this time the rescue. »

Maroc : « Interdit de conférences académiques, censuré, diffamé, je vis sous la pression permanente de la police politique »

Communiqué de Maâti Monjib, historien, politologue marocain, journaliste et défenseur des droits de l’Homme. En, mai dernier, Mediapart soutenait l’universitaire « interdit de quitter le territoire et soumis à des pressions du Ministère de l’Enseignement marocain et à des «épreuves kafkaïennes» pour avoir participé à une soutenance à l’Ecole normale supérieure, à Paris. »

Un cas parmi des dizaines d’autres subit par Maâti Monjib qui dénonce par ce communiqué un bilan d’un an entre harcèlement, censure et diffamation. 


« Il y a ainsi une sorte de complicité obligée des censeurs et censurés. Et c’est dommage car cela empêche l’éclatement de la vérité : la presse est, dans sa grande majorité, sous contrôle. Ceux qui n’acceptent pas la censure, soit disparaissent, soit s’autocensurent. »


 

Communiqué de Maâti Monjib

En l’espace d’une semaine, j’ai été interdit de conférence deux fois.

La première conférence organisée par une grande école d’ingénieurs de Casablanca qui est une université privée. Cette conférence devait porter sur l’Etat marocain à travers l’histoire.

La seconde intitulée: « Développement politique et système national d’intégrité en Afrique » était organisée dans le cadre d’une université d’été au bénéfice de quelques dizaines de jeunes activistes et intellectuels sub-sahariens.

Bravo la diplomatie parallèle chantée tous les jours par les médias de propagande officiels!

Cette même semaine, une interview dans un quotidien de grande diffusion a été censurée. Je tais le nom de la journaliste (d’ailleurs professionnelle et courageuse) ainsi que le nom du journal car j’ai été critiqué par des amis pour les avoir dévoilés il y a quelques jours. Cela représente des risques pour les concernés.

Il y a ainsi une sorte de complicité obligée des censeurs et censurés. Et c’est dommage car cela empêche l’éclatement de la vérité : la presse est, dans sa grande majorité, sous contrôle. Ceux qui n’acceptent pas la censure, soit disparaissent, soit s’autocensurent.

Dans cette petite interview censurée, j’avais essayé de montrer le caractère tendancieux et « sécuritaire » du rapport officiel sur le Hirak du Rif. Ce rapport soi-disant « droits-humaniste » justifiait honteusement et maladroitement la répression du Hirak et les lourdes condamnations de ses activistes et leaders (jusqu’à 20 ans).

Même pour le régime ce rapport était contre-productif puisqu’il était sans aucune valeur ajoutée par rapport aux communiqués de la Direction Générale de la Sûreté Nationale. Et que dire des décisions, manipulations et condamnations par une justice aux ordres contre les braves activistes pro-démocratiques du Rif, l’une des rares régions qui lève la tête courageusement pour dire non au despotisme et au système des copains et des ripoux.

Ce rapport officiel montre clairement que le régime se ferme de plus en plus, les voix de la raison sont étouffées même en son sein. Tout le monde à l’intérieur du système (y compris les institutions de gouvernance) se met au service des Services. C’est dangereux pour le pays, c’est dangereux pour les libertés publiques et c’est dangereux pour le régime lui-même qui n’a plus essentiellement que deux piliers de soutènement: la répression –comme moyen d’action et la corruption -comme ciment de l’élite au pouvoir.

Pour résumer, je viens de passer, chers ami-es une année universitaire très dure : un exemple, j’étais invité depuis octobre à sept conférences qui ont toutes été interdites. Sauf à Agadir où une personne courageuse a résisté aux pressions.

L’administration « universitaire » refuse aussi de m’autoriser à participer à des colloques ou soutenances de thèse à l’étranger, comme cela m’est arrivé plusieurs fois cette année. Or de telles activités scientifiques sont partie intégrante du travail de tout professeur de l’Enseignement supérieur et impacte énormément l’évolution de sa carrière et le jugement de ses pairs.

En même temps et comme par hasard, la presse des Srabs (Services) mène contre moi une abjecte campagne de diffamation et de mensonges qui dit entre autres que je suis un Fonctionnaire-Shabah (fantôme). Or mes étudiants, mes collègues et les administratifs de l’établissement où je travaille savent que je me suis acquitté cette année, et comme toujours, de mes devoirs professionnels normalement malgré les obstacles semés sur mon chemin par les collaborateurs des Services.

Imaginez ! Je suis actuellement, et cela depuis février, dans une situation insoutenable. L’administration centrale me considère (par écrit et par le moyen de missives officielles signées et cachetées) comme absent depuis cinq mois et demi. Quelques responsables de base, aussi professionnels que courageux leur répondent, parfois par écrit, que non, autrement dit que je suis présent…

Mais l’administration centrale continue à ignorer leurs réponses (officielles signées et cachetées) en leur demandant toujours si j’ai repris mon travail comme si j’étais en abandon de poste. Le but apparent est de me maintenir sous pression pour que j’arrête de m’exprimer sur la nature du régime qui est passé –je le redis ici à toute fin utile-, depuis les dernières élections législatives, du « statut » d’un régime semi-autoritaire à un régime, académiquement qualifié par les spécialistes, d’autoritaire.

Ils veulent aussi m’empêcher par le moyen de ces pressions lâches de m’exprimer en tant que responsable de l’Association Liberté Maintenant illégalement interdite (Freedom Now الحريةالآن) sur les abus de pouvoir et les violations des droits humains et des libertés d’expression et de presse.

A chaque fois que je prends position ou que je publie un article qui ne plait pas aux décideurs dans la presse qui parait à l’étranger, une campagne mensongère de dénigrement me « crucifie ».

Je suis aussi parfois objet de filature sans parler du fait, Ô combien gênant, que mon téléphone est sous écoute active depuis mai 2015. C’est d’ailleurs par ce moyen qu’ils savent que je suis invité par tel ou tel établissement ou que j’ai un entretien avec un périodique…. Aussi durant avril-mai derniers, des dizaines d’articles, de vrais articles pas des brèves, m’ont honteusement insulté et diffamé, photos à l’appui sur le plan de ma vie privée et publique, de mon travail, de mes convictions…etc.

Des caricatures calomnieuses de moi sont publiées, elles m’affublent des cornes de Satan, de costumes de mafieux avec des dollars tombant de leurs poches… Des centaines de pages Facebook y ont participé l’année dernière par exemple suite à un article que j’ai publié en mars 2018 sur l’affaire du journaliste Bouachrine. La campagne s’est ralentie depuis mi-juin 2019, et c’est bon à prendre. Tout y passe, du sexe à l’argent, du service de l’étranger à la trahison de la patrie, de la vaste ferme à la villa cossue…

Honte sur vous! Vous laisserez une mauvaise image de l’Etat marocain pour les générations futures. Vous contribuez par ces moyens vils à la dégradation de l’image de notre pays chéri qui pourtant nous lie tous. Je n’ai jamais su que dire la vérité vous met dans une colère aussi noire!

Communiqué de Maâti Monjib

« Le régime nous faisait une guerre physique et psychologique, tu n’es jamais en paix, jamais en sécurité » – Témoignage d’un journaliste syrien exilé

Un bracelet aux couleurs de l’Armée Syrienne Libre au poignet, l’air détaché, Hasan ne parvient pas à se remémorer d’un seul journal « indépendant » en Syrie. « Je suis certain, en tous cas, qu’il n’y avait aucune couverture médiatique de ce qu’il se passait dans le pays. »

En février 2011, Hasan a 21 ans, il vit à Douma dans la banlieue, à l‘est de Damas. Alors qu’il termine des études de tourisme à l’université, les révolutions arabes au Maghreb, encore naissantes, trouvent un écho jusqu’aux réseaux sociaux syriens.


« J’aimerais que tu parles dans le portrait de ‘révolution syrienne’, ce n’était pas une ‘guerre civile’ ou un ‘mouvement’, il faut l’appeler par ce que c’était : une révolution. »


Le mois suivant, des manifestations s’organisent sur Internet. Dans les rues, quelques centaines de militants les composent, la répression est sévère. Mais les timides cortèges du début grossissent de semaines en semaines, la répression cimente la contestation et les réseaux sociaux font le reste.

copyright Hasan – AFP – Hôpital de Douma

De révolté à journaliste pour témoigner

Hasan ressent le besoin de couvrir les évènements, de « montrer ce qu’il se passe ici ». Il débute avec d’autres journalistes activistes filmant les rassemblements et postant le soir sur Facebook ou YouTube. Dans les manifestations, les caméras et appareils photos sont interdits et confisqués par les moukhabarats (services secrets du régime) mais impossible d’interdire les téléphones.

Dès 2012, les massacres et tortures perpétrés par les forces du régime et ses milices scellent le destin du pays : des dizaines de milliers de manifestants ont défilé, en dépit des menaces, dans les rues de Damas. « Bashar doit tomber », ce sera une révolution.

Durant l’été, le gouvernement perd le contrôle et le siège de la Ghouta se forme. Trois zones contrôlées par différents groupes révolutionnaires apparaissent, Douma sera le dernier quartier contrôlé par les rebelles, huit années plus tard.

Une fois la Goutha isolée, l’eau courante fut rapidement coupée par le régime. Afin d’assurer les besoins de la population, la solution fut de puiser l’eau du sol par des trous de 40 à 60 mètres de profondeur.

« Pour pomper l’eau, on utilisait des moteurs mais bientôt, c’est l’énergie qui venait à manquer. Tirer l’eau avec des pompes manuelles n’était pas suffisant, alors on a commencé à utiliser toutes les sources d’énergie qu’on pouvait trouver : les sacs plastiques, l’huile de cuisine et même de la margarine ».

copyright Hasan – AFP – Hôpital de Douma

Hôpital de Douma et attaque chimique

Hasan rejoint en 2013 l’équipe de l’hôpital de Douma, il photographie les blessés, dont de nombreux enfants, et les opérations chirurgicales qui s’y déroulent.

L’hôpital de banlieue se transforme en hôpital de guerre et s’organise en différents services de soin.

Fin mars, des blessés avec des symptômes anormaux arrivent à l’hôpital, cornée des yeux et muqueuses respiratoires brûlées, suffocation, nausées et vomissements : Bashar el-Assad expérimente les armes chimiques sur les populations rebelles. C’est à ce moment que les médias internationaux commencent à s’intéresser à l’hôpital de Douma.


« Le régime nous faisait une guerre physique et psychologique, tu n’es jamais en paix, jamais en sécurité. À cette époque, nous ne pouvions plus vivre que dans les caves. »


Entre 2011 et 2013, c’est au moins 110 acteurs de l’information qui ont été tués dans le conflit selon un recensement de Reporters sans frontières, face à un tel constat, les médias internationaux décident de ne plus envoyer de correspondants sur place.

Hasan sera contacté par l’AFP après un bombardement dans un marché de Douma en août 2015, l’agence le forme au photojournalisme par internet. À partir de ce moment, les photos d’Hasan se retrouvent en illustration des articles de médias français évoquant les bilans meurtriers du quotidien de Douma.

copyright Hasan – AFP – La Goutha

En novembre 2017, les bombardements sont aléatoires, impossibles à prévoir.

« Le régime nous faisait une guerre physique et psychologique, tu n’es jamais en paix, jamais en sécurité. À cette époque, nous ne pouvions plus vivre que dans les caves. »

Un obus tombe, les secours s’activent pour sortir les victimes des décombres, puis quelques minutes après, une seconde détonation, une nouvelle frappe, visant cette fois-ci les secouristes.

« Je suis parti avec mon appareil photo, un ordinateur emprunté à un ami et les clefs de mon appartement à Douma. »

En février 2018, l’étau se resserre autour de Douma, les bombardements s’intensifient de nouveau. Les quartiers voisins de Mesraba puis Harasta tombent. Les gens fuient la ville. « Le régime voulait une évacuation totale. Si l’on restait, c’était les prisons du régime qui nous attendaient. »

En avril, Hasan quitte sa région natale pour Idleb, puis prend la direction de la Turquie.

À dix reprises, il essaya de traverser la frontière turc, et à la dixième il parvint finalement à échapper aux garde-frontières turcs. « Je n’avais plus de repères, plus d’émotion, je ne pouvais pas regarder de vidéos de Syrie. Avec ou sans papiers syrien, hors du pays je n’étais personne. »

C’est l’AFP qui lui proposa un exil en France. Le voyage, sans argent ni contact, pris onze mois à Hasan. Désormais, il souhaite reprendre des études en journalisme, en France, loin de la Syrie.

« Quand je couvrais la révolution en Syrie, j’emportais toujours ce keffieh avec moi, je le portais durant chaque attaques chimiques. »

« A l’aéroport de Paris, j’ai vu deux hommes s’embrasser. J’ai alors compris ce qu’était la liberté » Témoignage d’un journaliste syrien en exil

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