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Solidarité avec les journalistes et syndicalistes turcs

[APPEL A LA SOLIDARITÉ] La répression en Turquie contre les journalistes et syndicalistes se poursuit inexorablement mettant en cause l’existence même de la liberté d’expression et de la liberté syndicale : cinq de nos confrères, dont une responsable syndicale, viennent de se voir condamnés à de lourdes peines de prison ferme.

Des journalistes turcs oubliés dans les prisons d’Erdogan crient à l’aide !

[LIBERTÉ D’INFORMER] « Nous sommes des journalistes oubliés dans la prison de Silivri », ont déclaré 19 journalistes turcs dans une lettre publiée sur Internet la semaine dernière. Détenus depuis plus de deux ans, les 19 journalistes ont déclaré : «Nous qui n’avons pas d’autre métier que le journalisme, nous disons que nous ne voulons pas être oubliés et que nous attendons que justice soit rendue».

« J’ai vu la haine de la société envers le journal pour lequel je travaillais »

[TÉMOIGNAGE] Entretien avec un journaliste turc exilé: « J’ai vu la haine de la société envers le journal pour lequel je travaillais ». « Même avant le coup d’Etat, on dormait dans nos bureaux au cas où la police arriverait, histoire qu’on ait le temps d’informer nos lecteurs en temps réel de ce qui se passait ».

Le Président d’urgence

[TRIBUNE LIBRE] L’Etat d’urgence qui dure depuis 2 ans va finir le 18 juillet si le Président Erdogan ne le prolonge pas. Même si l’Etat d’urgence disparaît de la Turquie, avec le nouveau pouvoir octroyé par son nouveau Président, la Turquie a un “Président d’urgence” ce qui est devenu une situation normale. Le Président de cette « Nouvelle Turquie » Recep Tayyip Erdogan a juré sur la Constitution puis est officiellement devenu « l’hyper président » de son pays.

« J’ai 20 ans et je veux un futur »

[MIGRATION] Rania Mustafa Ali a filmé son voyage de Kobani en Syrie à l’Autriche. Ses images montrent ce que de nombreux réfugiés affrontent lors de leur voyage risqué en Europe. Rania a rencontré des passeurs, elle fut gazée et battue à la frontière macédonienne. Elle risqua ensuite de se noyer en Méditerranée, voyageant dans un bateau destiné à accueillir 15 personnes mais bourré avec plus de 60 personnes.

Le football n’est jamais juste du football

Le chroniqueur du Financial Times, Simon Kuper, a publié un livre qui s’appelle « Football against Enemy » (Le Foot contre l’Ennemi) en 1994. La traduction turque de ce livre est « Futbol Asla Futbol Değildir » traduit par « Le football n’est jamais juste du football ». Dans ce livre Kuper regroupe vingt-deux histoires dans vingt-deux pays différents pour comprendre l’effet politique et culturel du foot dans le monde entier.

Le 3 Mai 2018 à Istanbul, l’une des plus grandes équipes de la Turquie, le Fenerbahçe a assuré la pérennité de cette phrase : le football n’est jamais juste du football. Plus de 20.000 supporteurs de Fenerbahçe (les membres des socios) ont voté pour choisir leur président. D’un côté, il y avait Aziz Yıldırım, président du Fenerbahçe depuis 20 ans. De l’autre, Ali Koç, le us jeune fils de la famille le plus riche de toute la Turquie.

Ali Koç a gagné le poste de président du club de Fenerbahçe : 16.920 votes contre 4.644 pour Aziz Yıldırım.

Ce résultat est devenu un « TT » (trend topic) sur le réseau social twitter. En particulier, les jeunes supporteurs, qu’ils soient pour le club de football du Fenerbahçe ou ceux de Galatasaray, ou bien encore du Beşiktaş, ces jeunes ont fêté le résultat comme étant un symbole de « la nouveauté » et « du changement ». Ceci a confirmé la phrase : « le football n’est jamais juste du football« .

C’est ton tour Ince !

Dans plusieurs tweets, les fans de football ont mentionné les prochaines élections générales et présidentielles qui vont avoir lieu le 24 juin 2018. Ils espèrent que comme les supporteurs du Fenerbahçe qui ont changé de président alors qu’il était qualifié comme étant « unchangeable » depuis 20 ans, la Turquie peut aussi changer de président de la république Recep Tayyip Erdogan, alors qu’il est à la tête du pays depuis 15 ans.

Dans beaucoup de tweets, les opposants d’Erdogan ont mentionné l’un de ses plus importants adversaires politiques, Muharrem Ince, Ce candidat de parti opposant – CHP – interprété par :  « C’est ton tour Ince ! »

Des réussites vers la chute: Yıldırım

Pendant deux décennies, Aziz Yıldırım est devenu le meilleur président du Fenerbahçe selon les statistiques. Entre autres succès, l’ère Yıldırım a conquis 6 titres du championnat turc de football et 5 coupes nationales. Il faut ajouter la coupe d’Europe de basketball et plus de 35 trophées avec les équipes de basket féminin et de volley-ball homme et femme confondus.

Alors après avoir autant réussit, comment Yıldırım est-il devenu si peu populaire parmi les supporters ? Yıldırım s’est noyé dans ses succès ; Il est devenu un « homme seul« . Yıldırım a viré des entraineurs comme Zico ou Ersun Yanal qui venait juste d’être sacré champion. L’ancien président de Fenerbahce a aussi viré l’une des légendes de Fenerbahçe, Alex Desouza, alors qu’il était encore prêt à rendre de précieux services au club Istanbouliote.

Pire, ses excès l’ont poussé à décider qui va jouer dans l’équipe et qui ne va pas jouer. Il est aussi connu pour avoir envahi la chambre des joueurs quand il n’est pas content des résultats. Sa relation avec les médias n’a pas non plus été brillante. Il est connu pour sa attitude agressive et imprudente par rapport au média. Il est donc devenu un symbole des dérives autoritaires de la Turquie.

Une année en prison

L’apothéose a surement été le scandale de fourberie en 2011. Il est resté en prison pendant un an. Fenerbahçe fut disqualifié de tous les tournois européens  – UEFA – pendant deux ans.

Depuis, Yıldırım tente de créer un contre-procès. Il accuse le mouvement Gülen d’être à l’origine d’un complot contre lui et Fenerbahçe. Le procès continue. Quelques journalistes sont aussi accusés d’avoir accentué ce procès. Sa théorie est simple : Yıldırım soutient que le mouvement Gulen a essayé d’envahir Fenerbahçe. C’est pour cette raison qu’il a été envoyé en prison.

Mais jusqu’à maintenant, Yıldırım avait toujours été réélu à la tête du club turque. Même son ancien adversaire à l’élection de 2013, Mehmet Ali Aydınlar, avait subi des accusations comme quoi il était lié au mouvement Gulen. Mais en 2014, selon les enregistrements du son confidentiel qui a été diffusé sur Youtube, on a appris que c’est Erdogan qui supportait Aydınlar en 2013 et non pas le mouvement Gulen.

Après une guerre entre les deux candidats Aydınlar et Yıldırım qui continua toute l’année 2013, ils finirent par signer un partenariat contre Ali Koç. Et c’est ainsi que l’ancien candidat malheureux Aydınlar, qui est le big boss d’une chaine d’hôpital privé, devient grâce à cette filiale le sponsor de Fenerbahçe.

Un partenaire étrange: Erdogan

Cette fois-ci en 2018, Yıldırım avait d’autres partenaires étrangers contre Koç, ami d’Erdogan. Juste avant les élections présidentielles du Fenerbahçe,  Erdogan a déclaré lors d’une interview qu’il est pour une équipe qui a beaucoup d’ »expérience » pour diriger le Fenerbahçe.

Cette déclaration d’Erdogan est aussi une raison de la politisation des élections de ce club mythique. D’ailleurs, sur les réseaux sociaux, les gens associent la défaite d’Yıldırım comme étant aussi celle d’Erdogan. Donc cette élection de Fenerbahçe est devenue une inspiration politique pour les opposants d’Erdogan.

Au lieu de mettre de l’huile sur le feu, Ali Koç, le nouveau président des supporters du Fenerbahçe surnommés les ‘canari’, a déclaré le jour de sa victoire alors qu’il était dans le stade :  «Ce n’est pas important qu’Atatürk soit supporteur ou non de telle ou telle équipe, ce qui est important c’est de suivre le chemin d’Atatürk. »

Maintenant Ali Koç et sa campagne sont devenus un espoir de changer Erdogan le jour des élections présidentielles du 24 Juin 2018. Koç a montré une personnalité opposée à celle de Yıldırım. Il a toujours une vision. Et Koç sait communiquer avec les gens et les médias. Donc il devient un exemple du nouveau leadership qu’on cherche en Turquie. Avec Fenerbahçe, il devient un nouveau symbole d’une partie de la Turquie qui veut un changement dans la vie politique. 

https://twitter.com/SLuleci/status/1003326272959893504

«J’avais simplement besoin d’un pays libre»

« Déjà en Syrie, j’aimais la France. J’avais simplement besoin d’un pays libre »

Nassim a commencé son métier en écrivant pour le journal de son université. Journaliste Syrien, la quarantaine portant une barbe de trois jours, il se souvient de l’engouement et de l’enthousiasme qu’avait suscité la prise de pouvoir de Bachar el Assad au début des années 2000 : « Quand El Assad a pris le pouvoir, il a dit à tout le monde que désormais la Syrie était un pays libre, que la politique allait changer ».

Pourtant, c’est le début de nombreux problèmes pour Nassim. Sous l’ordre des autorités syrienne, la police politique l’arrête. Il passe alors, 74 jours en prison pour avoir exercé son travail de journaliste.  « En 2006, j’ai pensé qu’il fallait que je quitte la Syrie, je suis donc parti en Jordanie et en Egypte où j’ai travaillé pour ABC News, un média américain. A cette époque, je continuais à faire des aller-retours en Syrie ».

Jusqu’au jour où il n’est plus autorisé à quitter le territoire. « J’ai décidé d’aller voir les autorités pour comprendre pourquoi mon passeport était refusé et me suis retrouvé à nouveau enfermé dix-huit jours durant lesquels on m’a torturé ».

Malgré les années, les séquelles sont encore visibles sur ses bras et d’autres parties de son corps.

Lors de l’arrivée de l’Etat islamique, en 2014, il se rappelle avoir assisté à plusieurs décapitations : « Ils affirmaient être le nouveau gouvernement. Les corps restaient sur place 2 à 3 jours avant d’être déplacés ».  Nassim décide de témoigner de l’horreur à laquelle il assiste auprès de ABC News. Conséquence : Daesh le recherche.

En 2015, alors qu’il revient de Turquie, il est arrêté par des membres de l’Etat islamique : « Toutes les deux heures, de nouveaux prisonniers arrivaient. Dans la nuit, vers trois heures du matin, ils nous disaient qu’ils allaient nous tuer. Plusieurs fois, ils m’ont emmené dans une pièce, ont sorti un couteau et simulé une décapitation sur ma gorge. Parfois, d’autres prisonniers étaient réellement tués, on entendait leurs cris. Je comprends maintenant pourquoi certains otages ne semblent pas effrayés sur les vidéos d’exécutions, ils doivent penser que leurs bourreaux ne les tueront pas vraiment, comme ils l’ont fait avec moi. »

Finalement, Nassim est libéré et s’échappe en Turquie. De là, le journaliste part pour l’Europe et traverse la Grèce, la Macédoine, l’Autriche, l’Allemagne et la Suisse pour arriver en France. Avec 700 euros en poche, il loge dans différents hôtels avant d’entendre parler de la Maison des journalistes, qu’il rejoindra quelques semaines plus tard. Aujourd’hui, Nassim souhaite vivre ici et reprendre son métier de journaliste pour se reconstruire.

 

Souvenir :

« Je suis chrétien, je n’ai plus ma place en Syrie. Dans mon pays, il y a dix ans, il y avait un million deux cent mille chrétiens. Maintenant en Syrie, je pense qu’il y a plus que deux cent mille. Un million de chrétiens a disparu. Le problème qui se pose aujourd’hui est surtout ce qu’on va faire après la guerre. La plupart ne veulent pas revenir car ils ont tout perdu. Nous, les chrétiens, on est plus les bienvenues en Syrie.

Quand j’étais petit, je jouais avec mes amis. J’étais de religion chrétienne, un ami était musulman, un autre Yézidis et un autre sunnite ou chiite. On ne demandait pas de quelle religion était chacun parce qu’on ne pensait pas à ça. Quand tout sera fini en Syrie, il en restera des séquelles dans notre mémoire. Pas que pour moi, pour tous les Syriens. Un autre problème qui se pose sont les enfants de l’Etat Islamique. Ils ont été endoctrinés dès leur plus jeune âge. Que vont devenir ces enfants à la fin de la guerre ? Ces enfants ont tué des gens en Syrie. Je les ai vu plusieurs fois jouer au foot avec la tête des personnes décapitées. Que va-t-on faire de ces enfants ?

Je ne sais pas ce que je verrai aujourd’hui si je retourne en Syrie. Je n’ai pas envie de revenir dans mon pays. J’ai envie de reconstruire ma vie en France. Trouver un travail, des amis, une famille. Chaque chose en son temps. »