FIFDH – Châtel : « La vie des demandeurs d’asile est suspendue à l’entête d’une enveloppe »

[Par Larbi GRAÏNE]

 

Franco-norvégien, Jonathan Châtel, 34 ans, a vécu en France la plupart du temps. C’est aussi pour mieux connaître son pays, la Norvège, qu’il est parti au cœur du cercle polaire. Il y a dans cette investigation sur les demandeurs d’asile dont il nous livre les résultats à travers son premier film documentaire de 60’, Les Réfugiés de la nuit polaire, coréalisé avec Charles Emptaz, quelque chose de théâtral. Projeté le 13 mars 2013 au Nouveau Latina de Paris dans le cadre du 12e Festival International du film des Droits de l’Homme, Les Réfugiés de la nuit polaire, n’a pas manqué d’interpeller sur la situation des demandeurs d’asile en France.

 

Jonathan Châtel - crédit photo Larbi Graïne

Jonathan Châtel – crédit photo Larbi Graïne

Fjord, chalets éparpillés dans une campagne recouverte d’un manteau blanc, banquise à la dérive, mer azurée surplombée par de prodigieux rochers, rivière serpentant entre de grands icebergs, ce pan de Norvège sur lequel s’appesantit la caméra de Jonathan Châtel, ne fait guère la promotion du tourisme norvégien, même si elle s’efforce de décrire un monde oscillant entre désert polaire et univers féerique. Car l’histoire qui s’y raconte contraste avec ces paysages idylliques dont se ressentent l’opulence et la sérénité. C’est celle des demandeurs d’asile enfermés dans un Alcatraz d’un autre genre. Franco-norvégien, Jonathan Châtel, 34 ans, a vécu en France la plupart du temps. C’est aussi pour mieux connaître son pays, la Norvège, qu’il est parti au cœur du cercle polaire. Il y a dans cette investigation sur les demandeurs d’asile dont il nous livre les résultats à travers son premier film documentaire de 60’, Les Réfugiés de la nuit polaire, quelque chose de théâtral même si à priori, cela semble ne pas s’accorder avec ce genre de film ni avec le sujet traité : la vie des étrangers ayant fui leur pays et qui se retrouvent dans un hôtel désaffecté, le Mottak, transformé en centre d’accueil pour demandeurs d’asile. Or ce côté théâtral, est ce qui rend compte le mieux de la réalité vécue par les pensionnaires de ce centre insulaire implanté dans l’archipel des Lofoten.

 

Un homme de théâtre
L’air intellectuel, la chevelure ébouriffée, le visage ovale et bienveillant, arborant une fine moustache et une barbe, ce spécialiste du théâtre d’Ibsen, metteur en scène, scénariste, compositeur, voire enseignant et directeur d’un département d’études théâtrales à l’Université, se prend tout de suite de sympathie pour Salek, un Sahraoui militant pour l’indépendance du Sahara occidental. Jonathan Châtel, pour faire jouer sa pièce a trouvé le site idéal en le village de Stamsund, une petite île de pêcheurs. « J’ai choisi cet endroit parce qu’il présente un microcosme de la société norvégienne. Si mon film avait été tourné dans une grande ville, le centre serait noyé et la population ne se serait même pas aperçue de son existence. Là dans le village, on voit le Mottak immergé dans la société ». Et de confesser « il y a aussi quelque chose de subjectif dans ce qui a présidé à mon choix, c’est le fait que Salek soit enrôlé dans un théâtre local (Teater Nor )».

 

Un drame humain
Du reste, des 120 résidents du Mottak, quelques individualités sortent du lot. En plus de Salek, il y a le Syrien Oussama et un couple congolais. A eux quatre explique Châtel, ils représentent trois situations différentes. Si Salek s’est vu refusé à deux reprises sa demande d’asile et de ce fait devrait être renvoyé dans son pays, Oussama, lui, a reçu une réponse positive de la part de l’Udi, (la direction norvégienne de l’immigration) tandis que le couple congolais est en attente d’une réponse. « J’ai voulu décrire le désarroi de ceux qui vivent dans l’attente de ce sésame qu’est le statut de réfugié, c’est pourquoi je me suis plus intéressé aux personnes incarnant les différentes situations qu’aux nationalités des uns et des autres » soutient-il. Le film montre Salek comme quelqu’un de très sociable. Artiste accompli, il peint des tableaux, et campe des rôles sur les planches. Gentleman, il se mêle à la vie mondaine du village et fait connaissance avec une ancienne ministre norvégienne des Affaires étrangères. Mais il est présenté comme originaire du « Sahara occidental » devant être expulsé vers le « Maroc ». Jonathan Châtel a choisi de ne pas être très politicien, ce qui l’intéresse c’est le drame humain. Est-ce que Salek dont la demande d’asile a été refusée mérite-t-il le statut de réfugié ? Châtel pense bien que oui. « Salek est une personnalité, c’est quelqu’un qui a beaucoup de talent » dit-il. Le film n’évoque pas le statut du Sahara occidental dont une partie est administrée par le Maroc. La souveraineté de ce pays sur ce territoire, qui est une ancienne colonie espagnole est sujette à équivoque puisque l’ONU a décidé d’y faire tenir sous la supervision d’un organisme onusien un référendum d’autodétermination.

 

La Norvège, un pays riche mais fermé
Châtel fera observer que la « Norvège est un pays riche » rappelant qu’on y a découvert du pétrole dans les années 70 ». Dans le film, un habitant de Stamsund déplore le fait que la Norvège soit un pays fermé aux demandeurs d’asile, croyant savoir qu’on a « fait toutes ces lois afin d’empêcher de faire venir les gens de couleur ». Un autre plaide pour un « tri » des demandeurs d’asile pour ne pas être amenés à les parquer si l’on s’évertuait « à accorder le statut de réfugié au tout venant ». Est-ce que le Mottak a eu à héberger une personne provenant d’un Etat européen ? Jonathan Châtel a commencé par dire non avant de se raviser, signalant avoir entendu parler du « cas d’un Français mais dont je n’ai pas suivi la situation».

 

Comme à la prison
Châtel a réalisé un film où perce l’angoisse d’hommes et de femmes qui attendent la réponse de l’organisme appelé à leur accorder ou refuser le statut de réfugiés. Il a laissé entendre que les autorités considèrent les gens du Mottak comme des prisonniers. Et d’affirmer « d’ailleurs ils ont été avertis que s’ils ne donnaient pas signe de vie au bout de trois jours, ils seront exclus du centre ». Le film de Châtel rappelle un peu, même si on parait forcer sur le trait, la vie de ces prisonniers qui attendent leur tour pour passer sous la guillotine. « Ils ne veulent pas réfléchir à leur cas, ni échafauder des plans pour l’avenir avant de connaitre le sort qui leur est réservé » souligne Châtel. Et ce dernier de résumer ainsi la situation « la vie de ces gens est suspendue à l’entête d’une enveloppe, ils savent qu’à un moment ou un autre leur vie va basculer ». La délivrance pour certains intervient après une réponse positive, mais c’est le calvaire pour ceux qui doivent recevoir une réponse négative.

 

Quid de la France ?
En quelque sorte ces pensionnaires du Mottak, vivent ces moments d’attente comme un supplice « malgré le fait qu’ils touchent deux fois par mois, 200 euros ». Dans le débat, une intervenante fera remarquer que si en Norvège les demandeurs d’asile semblent être mieux traités que ceux de France, en percevant plus d’argent et en ayant droit à un hébergement, parfois à un travail, il n’en demeure pas moins qu’ils endurent la même situation d’incertitude que leurs homologues en France. En somme, un meilleur confort n’améliore en rien leur état psychologique.

 

 

FIFDH, Roman Vital fustige le traitement des demandeurs d’asile en Suisse

[Par Benson SERIKPA]

[Ci-dessous les propos recueillis par Carole SERIPKA]

 

Rejetés au paradis, pourrai-t-­on résumer, le film­ documentaire de Roman Vital, qui a ouvert la 12ème édition du Festival International du Film des Droits de l’Homme (FIFDH), le mardi dernier au cinéma le Nouveau Latina, à Paris. Ce film intitulé « Life in paradise », qui passe en avant-première en France, a tenu en haleine le public présent pendant 78 min. Il met en exergue la vie miséreuse des demandeurs d’asile rejetés dans un des centres de déportation que compte la Suisse. Mais aussi, le réalisateur suisse projette le regard que les fonctionnaires qui y travaillent ont de ce centre ­même et de son fonctionnement. Et il n’occulte pas pour autant l’opinion à la fois hostile et dégradante des habitants de Valzeina, village paradisiaque qui abrite ce centre, sur « ces voisins » que le gouvernement leur impose.

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Photo crédits : http://www.rtr.ch/

 

Lors du débat qui a suivi la projection de ce film­ documentaire (en compétition officielle), Roman Vital a précisé qu’il a travaillé en toute objectivité dans le souci d’inviter les camps politiques (Droite et Gauche) suisses à se pencher sur la politique de l’immigration, notamment sur la question des demandeurs d’asile sur le territoire Suisse.

 

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Bien avant la projection de « Life in paradise », Jonathan Vaudey, Responsable de programmation du FIFDH, a rappelé que cet événement se veut être une plate forme d’expression sur les questions liées aux Droits de l’Homme. Selon lui, toutes les programmations seront suivies de débats avec les différents réalisateurs. Au nom de Vincent Mercier, Délégué général FIFDH Paris, il a remercié tous les partenaires de cette manifestation qui accueille pour la première fois l’UNHCR.
Pour sa part, Bernard Schricke, Directeur Action et plaidoyer France ­Europe, Secours Catholique, ­Caritas France, s’est dit heureux de soutenir une fois de plus cette initiative de l’association Alliance Ciné. Il a notamment encouragé le public à avoir également un grand intérêt pour l’exposition photo intitulée « Les oubliés de nos campagnes », qui se tient à la faveur de cette 12ème édition du FIFDH. Une belle soirée, qui en annonce encore de plus belles, jusqu’au 18 mars prochain, pour les mordus du 7ème Art qui, veulent bien entendu joindre l’utile à l’agréable.

[Propos recueillis par Carole Sérikpa]

Freddy Djerra (Dessinateur de presse) : « Plus informatif qu’engagé…»

« Le film partait dans tous les sens. C’est bien de prendre une position à savoir, être neutre. Mais pour moi, on ne peut traiter ces sujets, notamment ceux des Droits de l’Homme sans être engagé. On ne peut pas faire ce genre de film­ documentaire et dire qu’on laisse les gens  se faire leur propre idée. Je crois que son film est plus informatif qu’engagé et c’est vraiment désolant».

Laurène Lepeytre (Réalisatrice) : «C’est partial »
«J’ai été choquée par ce film, parce que le réalisateur dit être neutre. Pour moi, il n’est pas neutre parce qu’il épouse le point de vue des habitants. Qui, sont très peu en empathie avec ces demandeurs d’asile. J’ai l’impression que le réalisateur n’a pas réussi à créer cette proximité entre les habitants et ces demandeurs d’asile. Les paroles des habitants sont tellement choquantes et on n’a pas de contre­points pour contre-balancer le poids de leurs propos. Et c’est ce qui me gène. Du coup, pour moi ce film est partial ».

Gérard Valadier (Animateur au Secours Catholique) : « Un regard froid »
«Ce film est une occasion de se poser des questions sur le regard que nous portons sur les hommes quel que soit leur situation. Dans les commentaires des habitants de ce village, nous pouvons penser que c’est un regard froid. Mais en même temps, c’est le regard que porte certaines personnes sur les demandeurs d’asile. C’est donc l’occasion de s’interroger, est-ce le seul regard que je veux porter sur les gens ? Ou, est-ce que je veux aller plus loin? C’est un pas de plus sur la compréhension de la situation. Le plus important c’est de le montrer aux personnes qui ne sont pas encore convaincues, pour qu’elles voient l’aspect plus humain de la chose ».

 

 

Expoesie Le Chant Des Possibles

La Galerie Jacques DEVOS accueille du 6 au 31 mars la première EXPOESIE parisienne de Marc Alexandre OHO BAMBE (Poète) et Frédéric EBAMI (Graph Designer), fondateurs de l’agence « et l’homme CRéA » et membres du Collectif On A Slamé Sur La Lune. Avec le contribution de la réalisatrice Laurène Lepeytre.

« Le texte accouche de l’image ou l’image illustre le texte, visuels et mots se superposent
et posent ensemble la question essentielle et éternelle, du sens de notre présence au monde…
Visuelle ou scripturale, sonore ou silence, la POESIE irrigue L’EXPO qui donne à voir,
entendre,ressentir le monde, les rêves, la vie, les possibles qui ruissellent. »

Photo crédits : Pierre Toh
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Festival International du Film des Droits de l’Homme (FIFDH) : La 12ème édition s’ouvre lundi

[Par Benson SERIKPA]
 
Le Festival International du Film des Droits de l’homme (FIFDH) démarre ce lundi pour s’achever le 18 mars prochain à Paris. Cet événement qui est à sa 12ème édition permettra au public de découvrir une vingtaine de projections inédites.

 

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Vincent Mercier, DG du FIFDH et son équipe annoncent à cette occasion 8 films en compétition officielle, 12 films hors compétition, 2 films en compétition UNHCR et 5 films courts-métrages. Cette initiative de l’association Alliance Ciné, selon lui, vise à promouvoir les meilleurs films-documentaires sur les questions de Droits de l’Homme.
« Il se veut être un lieu où l’art vient nourrir l’engagement militant et réciproque », souligne Vincent Mercier. A cet effet, il est annoncé des débats, des conférences, des tables-rondes, en somme des échanges pour le moins fructueux, à l’issue de chaque projection entre les réalisateurs, le public et la presse.

 

Les organisateurs ont coopté un jury officiel (Grand Prix et Prix spécial), un jury Etudiant (Grand Prix et Prix spécial du jury), un jury Lycéens et Apprentis de Paris Il-de-France pour les Droits de l’Homme (Prix lycéens et apprentis), un jury de la Maison d’arrêt de Fleury-Mérogis (Grand Prix) et un jury UNHCR. Le Prix UNHCR, associé pour la première fois à cet événement cinématographique, décernera un Prix du meilleur documentaire traitant de la question des réfugiés.

 

Les férus du 7ème Art, qui effectueront le déplacement seront respectivement accueillis au Nouveau Latina, au Cinéma du Palais, à l’Espace culturel Emmaüs , au Louvel Tessier, au Centre d’animation Curial et au Ciné 104 de Paris.

 

Le FIFDH en dehors de la France, s’est aussi développé en Afrique notamment, au Togo, en République Centrafricaine, au Cameroun, à Madagascar et en Tunisie.

 

 

Le doigt d’Ali Farzat

Par Nahed Badawia, journaliste syrienne

(nahedbada @ gmail . com)

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     Ali Farzat, caricaturiste syrien, est l’auteur de l’affiche du festival international du film des droits de l’homme qui a eu lieu à Paris du 11 au 18 mars 2014 au cinéma nouveau Latina.

 

     C’est l’un des plus grands dessinateurs de presse du monde arabe ainsi que le rédacteur en chef d’Al-Domari (L’Allumeur de réverbères), un hebdomadaire satirique qu’il a fondé en 2004 pendant la période du « Printemps de Damas ». Mais l’événement  marquant qui permet de l’identifier de mieux en tant qu’artiste libre, a eu lieu le 25 août 2011, place des Omeyyades à Damas.

 

   Ce jour-là,  Ali Farzat, a été violemment agressé par des sbires (Shabihha) du régime Syrien. Ils ont brisé ses mains, ses doigts. C’était évidemment une punition sauvage contre son crayon, son talent, son esprit critique et son courage. Parce qu’il a osé transgresser le tabou syrien intouchable. Il a caricaturé le président. Cela, dès le début de la révolution. Son dernier dessin, représente  Assad avec ses valises faisant  du stop tandis que passe devant lui une voiture conduite par le président Libyen déchu Al-Kadhafi.

     
Lui briser les doigts, c’était reconnaître sa créativité. Et en même temps, c’était révéler en plein jour le visage criminel du régime à l’opinion internationale. Opinion qu’il essaie de convaincre que tous les crimes, en Syrie, sont perpétrés par des terroristes.

 

     Or, les premiers six mois de la révolution, il n’y avait contre le régime que des millions de jeunes pacifiques manifestant pour la liberté dans les rues, et des intellectuels qui les soutenaient. Mais le régime préfère raconter des histoires de terroristes plutôt que la vérité dure pour lui: son peuple veut qu’il dégage. Et  bien entendu, pour le régime que les intellectuels démocrates syriens expriment cette vérité, est plus dangereux  que  des terroristes.

 

      Ali Farzat, lui, refuse de se voir en homme politique. « Mon engagement pour la patrie est mû par la morale. Je suis né pour critiquer ce qui a été, ce qui est aujourd’hui et ce qui sera demain ».  Donc il a Exprimé sa colère,  comme d’habitude par ses moyens artistiques. Après la guérison de ses doigts,  Ali Farzat a réalisé un dessin qui parodiait sa photo prise à l’hôpital après son agression, dans lequel il a donné à son majeur une toute autre signification…

 

      La Syrie, en ce moment, ressemble à ce dessin. Elle a été agressée par la dictature. Et maintenant elle est en train d’être agressée par les trois groupes* de terroristes, soutenus  par  les pouvoir régionaux et internationaux.

 

La Syrie en ce moment, est fatiguée, mais elle ne cesse pas d’espérer, comme son grand artiste Ali Farzat, voir la liberté et la démocratie l’emporter.

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* »Bachesh , Daesh et Halesh »  Noms satiriques donnés par des militants Syriens à:

 Le régime, Kaeida et Huzbualla

 

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Merci à mes professeures de Français à la Maison de journalistes:

Guillaume Tournier et Françoise Serrero

 

 

Vladimir Poutine, représente t-il un danger pour le monde ?

Débat : Poutine, icône des nationaux-populistes européens

Par Saida HUSEYNOVA

Le dimanche 16 février, un débat, animé par Alexis Lacroix et Galina Ackerman, écrivain et spécialiste de la Russie, a été organisé au cinéma Saint-Germain à Paris dans le cadre des séminaires de La Règle du jeu. Les thèmes essentiels évoqués ont été ceux autour de la politique de Poutine, du danger de cette politique pour la France, pour l’Allemagne, pour le reste du monde, et de la mobilisation de la société civile. Le débat s’est déroulé avec la partecipation de Mischa Gabowitsch, Mikhail Rykline, Michel Eltchaninoff, philosophes, et les témoignages d’Oksana Shachko (Femen) et Zara Mourtazalieva, journaliste et blogueuse, ex-prisonnière tchétchène. 

Vladimir Putin

Photo de www.foxnews.com (AP/RIA NOVOSTI/PRESIDENTIAL PRESS SERVICE)

Le débat a commencé par le discours de Galina Ackerman qui était rentré de Kiev. Elle a évoqué les enjeux du Maïdan pour l’avenir de l’Europe dans le contexte du thème du débat. D’après elle, Poutine ayant toujours la nostalgie de l’URSS, soutient des régimes « amis » dont le président ukrainien Viktor Ianoukovitch. Elle a attiré notre attention sur le fait que c’est l’avenir de l’Europe qui se décide en Ukraine en ce moment : « Les Ukrainiens ne veulent pas être associés à un autre régime pourri qui est celui de Poutine, y compris d’entrer dans l’Union douanière avec la Russie qui va lier l’Ukraine avec trois autres régimes dictatoriaux ; russe, biélorusse et kazakh. Ils veulent vivre dans un état civilisé, un état de type européen, ils veulent changer en profondeur les institutions. Il ne s’agit pas seulement de se débarrasser de Ianoukovitch, il s’agit de se débarrasser du système d’un état machiavélique. Et je n’ai pas vu un seul slogan anti-russe et antisémite sur le Maïdan, contrairement à ce que disent les médias russes», a-t-elle affirmé.

 

Mischa Gabowitsch, philosophe, est venu spécialement de Berlin pour cette rencontre. Il a trouvé assez anormal que, dans le cadre d’un séminaire consacré à la Russie, à la société russe et à Poutine, l’Ukraine était automatiquement évoqué comme si elle faisait parti d’un certain «Royaume Russe». Cependant M. Gabowitsch était dans l’ensemble d’accord avec l’analyse de Mme Ackerman sur les événements en Ukraine.

 

Au sujet de l’évolution de la société civile russe et la culture de la protestation, M. Mischa Gabowitsch a attiré l’attention sur le rôle des médias : «Les images des manifestations en Russie ont été créées par des médias moscovites, les images étaient extrêmement pauvres, elles ont été produites par les médias russes, et aussi bien par les médias occidentaux et qui ont été prises à leur tour par les manifestants en Russie. Et l’une des raisons pour lesquelles les manifestations se sont terminées en Russie, est que les manifestants ne se reconnaissaient pas dans ces images médiatiques d’un mouvement de classe moyenne. Sans oublier que, la répression policière et l’adoption de nouvelles lois qui limitaient les manifestations, existaient aussi ».

 

Évoquant le rôle de la religion orthodoxe dans l’idéologie de Poutine, et la transformation de son régime, Mikhail Rykline a constaté que Poutine, qui règne en Russie depuis plus de 14 ans, voulait gouverner sans idéologie. En clair, il manipule des idéologies diverses, y compris l’orthodoxie, le libéralisme, l’aspiration démocratique qui était fort dans les années 90. « Après la fameuse déclaration du président Medvedev, en 2011, annonçant que Poutine allait se présenter aux présidentielles, ce dernier est venu au Kremlin très affaibli car il a perdu le soutien de la grande partie de la classe créative. Étant donné que l’électorat est très attaché à l’église, Poutine devient dépendant  de l’église orthodoxe.»

 

En continuant la discussion sur le même thème Michel Eltchaninoff a affirmé que Poutine veut incarner une sorte de pôle idéologique de défense de la chrétienté : « C’est une simulation chrétienne qui devrait finalement être une forteresse face aux attaques de l’islamisme d’un côté et à l’américanisme de l’autre. L’américanisme qui est perçu par Poutine et ses idéologues comme la désintégration des valeurs traditionnels de la famille, avec par exemple la lutte contre les homosexuels est une forme de machisme politique ».
M. Eltchaninoff a attiré l’attention sur un autre point important et inquiétant pour l’Europe. D’après lui, Poutine n’a jamais eu peur de montrer des passions et des sentiments haineux depuis plusieurs décennies, que nous, de notre côté, essayons de combattre. « L’admiration de N. Sarkozy pour Poutine était liée à la décomplexions politique et idéologique de Poutine. C’est un des moteurs de la jonction entre ce qu’on peut appeler idéologie poutinienne et une nébuleuse, ici en France à l’extrême droite, mais aussi dans des mouvements qui font des ponts entre la Droite et l’extrême droite. De l’autre côté, l’idéologie de l’Eurasisme se répand de plus en plus dans un milieu extrême droite européenne, notamment française. La Russie doit s’affirmer non pas en tant que puissance européenne, non pas seulement en puissance orthodoxe, mais en tant que puissance eurasienne ».

 

Par la suite, le débat a continué avec les témoignages exceptionnels de deux femmes engagées, Oksana Shashko (artiste Femen), et Zara Mourtazalieva, ex-prisonnière du régime russe.
Oksana Shashko, est en exil en France, suite aux manifestations du Femen contre Poutine qu’elle a désigné comme leur ennemi numéro 1 en tant que féministe et citoyenne ukrainienne. « Nous sommes contre toutes les dictatures et pour nous, Poutine symbolise les traits d’un dictateur. Dès le début lorsque Ianoukovitch est arrivé au pouvoir nous avons senti la main lourde de Poutine dans la limitation de la liberté et dès le début nous nous sommes opposées à cette alliance de Ianoukovitch et Poutine ».

 

Zara Mourtazalieva, journaliste-blogueuse, a passé 8 ans en prison. Comme l’a expliqué Galina Ackerman, elle a été piégée, accusée de terrorisme sans la moindre preuve et malgré l’intervention de plusieurs défendeurs des droits de l’homme, des ONG, la couverture médiatique, n’a pas aidé. Zara Mourtazalieva a témoigné aussi sur ce que signifie le système judiciaire et le système carcérale sous Poutine. Depuis son arrivée au pouvoir les mauvais chiffres ont augmenté, a-t-elle dit. « Le régime de Poutine, peut-être, n’aurait pas été aussi terrible s’il ne brisait pas en masse la vie des personnes innocentes qui se trouvent incarcérées pour de longues années. Au niveau de l’arbitraire, c’est comparable à la période Stalinienne ».

 

 

A Paris, Michel Thierry Atangana remercie François Hollande et toute la France

L’ex-prisonnier a salué l’engagement du président français pour sa libération

 

Par René DASSIE [renedassie @ sfr . fr ]

 

Libéré lundi à la faveur d’une grâce présidentielle, Michel Thierry Atangana est arrivé vendredi tôt le matin à l’aéroport Roissy Charles-de-Gaulle. Il a remercié la France et notamment le président François Hollande, pour la mobilisation qui a conduit à sa libération, après dix-sept de détention à Yaoundé, la capitale camerounaise, pour des détournements de fonds qu’il a toujours niés. Il souhaite désormais tourner la page et reconstruire sa vie de famille.

 

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« Pour l’instant Je suis extrêmement usé mentalement, moralement. Le choc est un choc que vous ne pouvez pas imaginer. Ce n’était pas dix-sept ans dans une prison. C’était dix-sept ans dans une cellule en isolement. Pour l’instant, il faut d’abord que je retrouve intérieurement les codes de la société française que je partage totalement, pour m’exprimer de manière libre .» Il est environ 7h30 ce vendredi, lorsque Michel Thierry Atangana prononce ses premières paroles d’homme libre de retour chez lui. Nous sommes dans le pavillon des réceptions de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulles.

 

Veste sombre et chemise blanche, les traits tirés, marqué par sa longue détention, l’ingénieur financier de 49 ans, qui est sorti de prison lundi suite à un décret signé une semaine plus tôt par le président Paul Biya a dû céder à l’insistance des journalistes, pour s’exprimer. Il voulait prendre quelques jours pour se reposer et se soigner, avant de parler à la presse. Il hésite, visiblement un peu perdu, cherche ses mots. Ce qui ne l’empêche pas d’exprimer sa gratitude envers le président François Hollande. « Ce qu’a fait le président François Hollande, c’est un effort d’une haute grandeur sur le plan humain. Je dois simplement dire merci ce matin. Merci toute la France, merci à mon pays. Je suis content de revoir mes enfants, de revivre ».

 

Une heure plus tôt lorsqu’il est arrivé, aucune caméra n’a filmé sa descente d’avion, Paris ne souhaitant pas froissé davantage Yaoundé, en laissant croire qu’il s’agit de la libération d’un otage. Un véhicule officiel est cependant venu chercher l’ex-prisonnier et sa suite, certains de ses avocats et soutiens camerounais. Direction le pavillon des réceptions où a été prévu une conférence de presse. Il y a là des officiels, notamment Hélène Conway-Mouret, la ministre des Français de l’étranger et Jean-Yves Leconte, le sénateur représentant les Français établis hors de France. Il y a aussi des membres du comité qui l’a soutenu en France, dont son président Dominique Sopo et son Porte-parole Ibrahim Boubakar Keita, par ailleurs président de BDM TV. Mais il y a surtout son fils Éric, âgé de vingt-deux ans, qui a ému la France lors de ses interventions dans les médias audio-visuels.

 

Éric Atangana se jette dans les bras de son père et l’étreint longuement. Il ne peut retenir ses larmes. Il avait cinq ans lorsqu’il l’a vu pour la dernière fois, avant son départ pour le Cameroun, où il passera dix-sept ans en détention. Le jeune adulte n’a désormais qu’une idée en tête : rattraper le temps perdu, reconstruire une relation père-fils qui a été brutalement interrompu. Éric Pleure, mais il pleure de joie. « Le simple fait de le toucher, c’est indescriptible. Je suis tellement heureux de le voir, heureux pour mon petit frère qui avait un an quand il a disparu, heureux de voir ma mère heureuse, et toute la famille. C’est un grand soulagement, énormément d’émotion pour tout ce qui s’est passé. » Et d’ajouter : « C’est un combat très dur qui se termine aujourd’hui. Je suis heureux d’avoir vécu ce combat et d’avoir réussi à faire sortir mon père de prison. Je suis tellement fier de mon père. On va prendre le temps de réapprendre à se connaitre et de reconstruire cette relation père- fils. le projet c’est juste qu’il aille bien dans un premier temps. Il va prendre ses soins médicaux. »

 

Apaisement entre Paris et Yaoundé

 

Dans son intervention, Dominique Sopo revient sur les dures conditions de détention de Michel Thierry Atangana qui ont altéré son état de santé. Il rappelle que sa mère est « morte de chagrin », pendant sa détention. L’ancien président de SOS Racisme salue vivement l’engagement personnel de François Hollande qui a appelé Paul Biya plusieurs fois. Il souligne aussi le rôle de l’Onu, qui a récemment demandé au gouvernement camerounais de libéré M. Atangana. Pour sa part, cet homme qui goûte ses premiers jours de liberté veut désormais tourner la page de sa mésaventure tropicale. Il l’a souligné lors de sa brève intervention. « Je prends ma libération comme un espace édifiant qui permettrait de consolider ce qui est nécessaire pour que les relations lointaines, ancestrales entre la France et le Cameroun continue à porter des fruits. C’est pourquoi nous allons œuvrer à notre petit niveau pour que le dialogue entre les président François Hollande et Paul Biya continue à porter des fruits pour le bien des peuples français et camerounais », déclare-t-il. Le sénateur Jean-Yves Leconte abonde dans le même sens, en soulignant l’importance des relations entre les deux pays. Cependant, il plaide la cause de l’avocate Lydienne Yen Eyoum, une autre Française d’origine camerounaise emprisonnée depuis quatre ans sans jugement à Yaoundé, pour des faits de détournement de deniers publics qu’elle nie farouchement.

 

« Lors de mon passage à Yaoundé, j’ai constaté la situation de Mme Eyoum qui attend son jugement depuis des années dans ses conditions très difficiles qui atteignent à sa dignité. C’est une Française. J’espère que dans la foulée de la prise de conscience du président Biya sur la situation de Michel Thierry Atangana, l’innocence de Mme Eyoum va être établie et sa libération va être faite très rapidement », laisse-t-il entendre, avant de conclure. « Ce serait le parachèvement de cette belle séquence pour laquelle aujourd’hui nous partageons notre joie ». pour sa part, Me Dominique Tricot, un des avocats français de Michel Thierry Atangana insiste sur la réparation par le gouvernement camerounais, du préjudice que son client a subi.

 

Une séance de débriefing à huis clos avec les officiels suit la conférence de presse. Puis Michel Thierry Atangana quitte l’aéroport pour se rendre à l’hôpital du Val-de-Grâce pour des examens. Son fils dont il n’a pas lâché la main depuis leurs retrouvailles l’accompagne.